J9 – vendredi 26 juillet – Adrigole / Kenmare

Ce matin, c’est le froid et l’humidité qui me réveille vers 5h30. Je m’emmitoufle sous mon duvet et attend un peu avant d’émerger. Tout est trempé. Cependant, quelques coins de ciel bleu apparaissent alors que le soleil se lève également. Je plie vite fait les gaules et retrouve la route principale et l’EV1. Au loin se dresse le mont Knockowen sous un ciel incroyablement (presque) bleu. Cela ne va hélas pas duré …

Peu avant 8h, après avoir essoré banc et table, je me pose pour prendre mon p’tit’ déj’. Il y a pire comme endroit … Je reprends la route qui va s’élever à nouveau en s’éloignant de la côte.

Les nuages accrochent les nombreuses petites montagnes de cette pointe. Le ciel s’obscurcit à nouveau. Est-ce un mauvais présage ? Alors que je grimpe tranquillement sur la plaque du milieu une pente à 4 ou 5%, j’entends à nouveau un sinistre craquement suivi du cliquetis moqueur du rayon (spoke) qui frotte sur les autres copains. Et deux rayons à zéro !

« Un rayon : ça va. Trois rayons : bonjour les dégâts ! ».

Je m’arrête à nouveau pour étudier la situation. Je dévisse le rayon pété et décide de poursuivre jusqu’à la prochaine bourgade en espérant trouver un nouveau mécano. En arrivant à l’entrée de Castletownbere, je passe devant le golf du village. J’ai oublié de parler de ces golfs qui, comme en Écosse, sont présents partout.

Peu avant 9h30, j’arrive dans la bourgade. Je dois patienter quelques minutes avant que le café local n’ouvre. Arrivent à ce moment 3 cyclotouristes. Ce sont les premiers que je croise depuis mon départ. Je commence à leur baragouiner en anglais. La femme me répond en français ! Hélène, médecin à Mauléon (79) en-dessous de Cholet (49) accompagne ses 2 fils, Pierre l’ainé qui vit à Genève et Ismaél le cadet âgé de 13 ans qui se prépare avant un stage de football à Mâcon (pays de Griezmann je crois). La maman et le grand fiston roulent chargés sur des vélos équipés électrique alors que le jeune est sur un vélo Décathlon musculaire (!). Nous passons un moment ensemble avant que chacun ne reprenne sa route. Eux vers l’est, moi vers l’ouest. Chapeau la petite famille et bonne route !

Je profite de cette rencontre insolite pour passer le coucou à mon frangin Franck et sa femme Corinne qui se sont installés dans nos terres angevines à Jallais entre Cholet et Angers. Quand je vous dis que le monde est petit …

En discutant, ils m’ont signalé que le garagiste du village devait aussi réparer les vélos. En repartant, je m’y arrête. Le vieux monsieur qui tient se garage farfouille dans sa boutique pour me dégoter 2 rayons à la bonne dimension. Las, il n’a pas la clé pour démonter ma K7. Donc impossible de remonter ces rayons cassés du côté K7. Cependant, il m’indique qu’un magasin se trouve à Kenmare qui se trouve an nord de cette pointe de Béarra. Évidemment pendant que nous discutons, un grain éclate. J’attends que ça se calme avant de repartir.

Je décide donc de poursuivre le tour de cette pointe et de continuer jusqu’à cet autre village distant d’une soixantaine de kms. Je prends le risque. Sinon il me faudrait retourner à Bantry. Je ne regrette pas mon choix. Les paysages sont à nouveau à couper le souffle.

Même ce mouton semble apprécier la vue du haut de son promontoire. A moins que ce ne soit ma présence qui l’interpelle.

En fin de matinée, j’arrive en vue de la pointe avec le mont Lackacroghan (313m) qui la domine. Il y a une forte montée et une quinzaine de kms À/R pour aller au bout. Je ne vais pas tenter le diable et préfère bifurquer à droite pour me rendre dans le village d’Allihies.

Auparavant, je me suis arrêté pour brancher mon panneau solaire et tenter de recharger une batterie externe qui est à plat. Une fois arrivé dans ce village perdu, je pars à la recherche d’un endroit où déjeuner.

Tout au fond, j’aperçois la nouvelle pointe que j’espère arpenter ce week-end.

En attendant je me pose pour me restaurer du fameux wrap poulet accompagné de ces légumes. Puis ce sera un apple pie, sa crème et un café. Il est 14h00. Il me faut repartir …

Je retrouve l’EV1 qui m’indique la direction à prendre. Je note que, contrairement à d’autres EuroVélo que j’ai pu emprunter par le passé, ce tracé est particulièrement bien signalisé.

J’ai encore 60 bornes à faire avec 700m de D+ pour atteindre Kenmare. J’aimerais arriver avant 18h00 au cas où le vélociste soit fermé demain. Et, ce, bien entendu sans qu’un autre rayon ne pète ! Une nouvelle fois, je « débranche » le frein arrière pour éviter que la roue, forcément légèrement voilée, ne frotte sur les patins. Je trace la route à vive allure d’autant plus que j’ai un fort vent dans le dos. Je m’arrête photographier cet hommage à Craig probablement tué à vélo dans sa 33è années.

Je crois que, de mémoire, il y a eu 240 cyclistes tués sur les routes en France en 2023, un nombre hélas en constante augmentation. Et quand on voit le comportement de certains automobilistes, cela ne va pas aller en diminuant. Bien sûr, certains cyclistes (dont je fais aussi partie) commettent des imprudences. Mais, à vélo, nous n’avons aucune carrosserie pour nous protéger. D’ailleurs, je note à nouveau le comportement civique des irlandais qui respectent les fameux 1,50m de distance en doublant. Je ne peux que déplorer que les grosses frayeurs de l’après-midi ont été causées par 2 camping-caristes français (un 44 et un 69) qui me sont passés au ras du rétro. Sinon le paysage est toujours aussi superbe …

Il me reste encore 25 bornes et un petit col à monter …

… avant de basculer dans la vallée et d’arriver enfin à destination. Je descends grosse plaque et finis fort.

Il est à peine 17h00 quand j’arrive devant la boutique et, fort heureusement, car ça ferme à 17h00 ! J’ai carburé en tournant à +20km/h pour faire ces 60 bornes. J’explique au patron mon problème. Il me dit que le mécano est déjà parti en week-end. Gloups ! J’insiste. Il l’appelle et celui-ci propose de passer demain matin pour me remonter ces 2 rayons. Ouf !

Il me propose également d’aller dans l’auberge de jeunesse en face. Comme cela il pourra me prévenir dès que la réparation sera terminée. Je prends donc un lit dans un dortoir où se trouvent déjà un couple de jeunes français et une savoyarde. Ils viennent, comme beaucoup dans cette ville, randonner dans les montagnes alentour. De notre chambre, nous avons une belle vue sur l’artère principale … et la boutique en bas sur la droite.

Je profite de ma fin d’après-midi pour faire sécher ma tente, me doucher et me raser, laver mes fringues (qui puent vraiment le fennec), boire une bonne Guinness dans un pub (servie par une jeune française … décidément !), passer quelques appels à mes proches et … finir la soirée devant la cérémonie d’ouverture des JO ! Ce n’était vraiment pas calculé mais finalement, cela tombe bien. Il est 21h30 (heure locale) et le dernier porteur de la flamme olympique arrive.

Après cette belle journée « française », quoique légèrement stressante quand même, je vais pouvoir dormir dans un bon lit. Et oui, une nouvelle fois, je répète mon mantra « Tout se fera ! ».

Résumé : 105kms, 5h54, 17,8km/h, 1.074D+, variable, auberge de jeunesse


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