Comme son nom l’indique, ici il ne fait soleil qu’un seul jour par semaine : Sunday. Aujourd’hui, c’est Fogday. Je me réveille aux aurores comme d’hab’. Le vent qui balaie le bout de cette péninsule a fait sécher ma tente qui a pourtant pris cher cette nuit avec un gros grain. Malgré mes boules Quiès, le bruit de la pluie sur ma tente m’a réveillé. Finalement, je suis content de cette nouvelle demeure. Le montage/démontage est très simple. Je n’ai que 6 piquets à planter et une grande armature qui soutient les tentes intérieures et extérieures. Vers 7h30, je reprends la route de Dingle.

Finalement, vu la météo, je zappe la boucle autour de la pointe qui me faisait revenir sur cette ville. Je m’échauffe avant d’attaquer le gros morceau de la journée. Je vais emprunter la R560 qui rejoint la côte au nord. Et je vais devoir grimper un col à 460 mètres d’altitude juste en dessous du An Bhinn Dubh à 479m. En sortant de Dingle, je rate l’embranchement et tire tout droit pour me retrouver sur un chemin balisé.

Puis je rejoins la route et attaque la montée de ce col. Évidemment, ce n’est pas le col de la Loze (petit clin d’œil à Henri notre (b)routeur préféré qui vient de se taper ce col à 75 ans passés … à fond la forme !). Mais ça grimpe à 7 ou 8% pendant quelques kms. Et, avec les sacoches pesées à 17kgs à l’auberge de jeunesse, la tente et ma sacoche avant (3kgs) à se trimballer, sans parler du poids de HakaOne, c’est plutôt sportif !

Mais bon, j’ai mon 32 dents, une roue neuve et la patate. Je grimpe tranquillement pour arriver au sommet dans la purée de pois.

J’enfile ma veste d’hiver et mon coupe-vent aux couleurs du STC. Et c’est parti pour la descente assez dangereuse dans sa 1ère partie avec une route étroite et glissante. J’y croise une cycliste qui grimpe à un bon train. On se salue. Puis j’attaque la 2nde partie très roulante. Je bloque le compteur à 68,3kms/h. Je prends quand même le temps d’admirer ces laquées qui émergent du brouillard.

Après cette épique traversée, j’aperçois enfin au loin la mer.

Un rayon de soleil (« a sunspoke » hi-hi-hi) perce alors que j’arrive dans la plaine où de nombreuses brebis et béliers paissent tranquillement. Je viens de traverser la péninsule de Corca Dhuibhne où le Cnoc Bréanainn (ne me demandez surtout pas comment ça se prononce en gaélique !) au nord de Dingle culmine à 951 mètres quand même.

Je continue sur l’EV1 et m’arrête dans le village de CastleGregory. Il est pile-poil 10h. C’est l’heure de mon AméricanoScone ! Las. La wifi ne fonctionne pas. Tant pis. Il vous faudra attendre un peu plus tard pour lire mes affabulations.

Je reprends ma petite route avant de retrouver une route régionale R560, puis la route nationale N86. Avant cela, je profite de mes routes locales où les abords sont toujours aussi colorés et fournis.

Et là, je n’ai pas d’alternative. Ça circule pas mal. Cette route n’est qu’une 2 voies avec peu de place sur le côté. Je serre les fesses. D’autant plus qu’elle est limitée à … 100kms/h et que le revêtement est bien pourri. A un moment, je me fais serrer par un abruti tirant une petite caravane et qui ne veut pas perdre son temps à attendre 1 minute pour doubler sans risque. La plaque de sa caravane est française ! Véridique. J’arrive enfin au bout de cette route interminable. Je traverse alors l’estuaire …

… avant de me calmer en retrouvant le North Kerry Way tout au fond de la baie de Tralee que j’évite en prenant ce chemin. J’emprunte ce superbe chemin piéton/vélo alors que le fort vent me pousse au cul …

… avant de suivre The Tralee to Fenit Greenway qui est, à nouveau, une ancienne voie de chemin de fer transformée en piste. Vers 13h, j’arrive ainsi à Fenit où je trouve un restau en bout de quai avec wifi, prise pour mes appareils, hamburger végétarien, brownie et double-expresso pour me refaire la cerise. En sortant de ce café-snack fort sympathique et ô combien blindé, je vais faire un tour sur la plage. Avec le vent violent, la température ressentie doit être de 12°c. Il y a quand même Charlie qui sort de l’eau. Ils sont fous ces irlandais ! Au loin, on aperçoit le sommet, perdu dans les nuages, de cette péninsule.

Je poursuis mon chemin en suivant toujours The North Kerry Cycleway qui me permet d’emprunter de charmantes routes à travers la campagne avant de retrouver la route régionale R551 toujours moins sympathique. Vent dans le dos, je file bon train entre 25 et 30km/h pour arriver vers 16h00 à Ballyheigue. Je m’y arrête faire quelques emplettes dans le magasin Centra Du coin. Puis je vais en bord de mer admirer le spectacle. Côté sud, c’est plage de sable blanc à marée basse, où quelques fadas se baignent encore, avec la péninsule de Corca Dhuibhne.

Côté nord, c’est côte rocheuse escarpée avec ces couleurs extraordinaires grâce à quelques rayons de soleil qui percent à travers les nuages gris. Alors que j’admire ce cadre extraordinaire depuis une esplanade, un vieux monsieur sort de son appartement pour taper la causette. Après s’être enquis de ma présence ici, Il me montre les 3 sommets de la péninsule qui culminent à 951m, 826m (Binn os Goith) et 851m (Baurtregaum). Il me donne le nom de cette trilogie mais, même en le faisant répéter, je ne comprends pas. Ce doit être du gaëlique que, malgré mes origines, je ne maitrise pas bien …

Je le remercie pour cette visite et prends la route de cette petite pointe au nord-ouest afin d’y trouver un bivouac pour la nuit. J’ai commencé en grimpant ce matin, je finirais en grimpant ce soir. Mais là, c’est plus soft. Ça monte à 4% pendant quelques kms. Comme hier, la route est bordée de belles demeures d’un côté et de champs clos par des barrières de l’autre. Peu avant le sommet, côté mer, je repère une maison bleue adossée à la colline. Elle semble inhabitée. Je poursuis ma route pour voir comment se présente la face nord. C’est en plein vent et sous le crachin. Demi-tour gauche et retour à ma maison bleue où je m’installe bien à l’abri du vent. J’ai même un garage (crade mais bon ça fera l’affaire …) où je vais pouvoir rédiger ces lignes et dîner à l’abri du crachin qui s’invite aussi.

En mettant à jour mon journal de bord, je m’aperçois que je viens de passer la barre des 1.000 bornes (1.073 exactly) en 11 étapes avec 10.318 mètres de dénivelé positif. Cela fait de belles étapes ! A ce sujet, quelques lecteurs perspicaces me demandent pourquoi le kilométrage ne correspond pas entre la photo de mon routeur et le nombre de kms en dessous dans Résumé. C’est tout simplement que le routeur représente la route théorique et que le kilométrage est celui réellement effectué avec, notamment, les zigouigouis dans les villages ou les ratés d’itinéraire. Il est donc toujours un peu plus élevé que le théorique.

Résumé : 98kms, 5h36, 17,5km/h, 846D+, brouillard / éclaircie / crachin, bivouac
Bravo Gaël. Très agréable de te lire chaque jour et de découvrir tes photos.
Nous sommes en Bretagne avec Joël (enfin, administrativement en pays de Loire) du côté de Redon. On t’envoie quelques rayons de soleil et quelques degrés et notre amitié. Bonne suite de rando. L’Irlande est magnifique!
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