Réveillé aux aurores vers 6h15. J’émerge à 6h30. La nuit a été pluvieuse et venteuse. Ce matin, c’est couvert avec un minuscule coin de ciel bleu. C’est le calme avant la tempête … Je me fais ma séance de Qi Qong devant le Ross Lake avant de plier la tente et de déjeuner alors que le crachin débarque. Ce n’est que le début des réjouissances. Je quitte ce beau bivouac.

Vers 7h45, je reprends la route EV1 après être sorti de mon chemin. Peu de temps après, je m’arrête pour prendre en photo ces petits blocs de tourbe en train de sécher (quoique …) qui serviront ensuite de combustible.

Puis je repars alors que une petite pluie s’invite. Le plafond est bas. Le ciel est sombre. Je commence à grimper de petites collines au milieu d’une lande désertique. De temps en temps, j’aperçois une habitation. Cette charmante chaumière est hélas à l’abandon.

Je chemine ensuite sur ces fameuses petites routes bordées de muret de pierre. Lorsqu’elle avait une quinzaine d’années, ma fille Gwendoline était partie avec sa copine Anna et son père et mon ami Alain C. se balader une semaine en roulotte en Irlande. J’ai en souvenir ces images. A cette occasion, spéciale dédicace à ma puce adorée et la bise à ses 2 hommes Sylvain et Ethan. Je suis encore à l’abri du vent entre ces murets de pierre. Cela ne va durer.

En effet, je commence à grimper à travers la lande balayée par un méchant vent. La pluie s’intensifie. Au loin, j’aperçois l’immense lac où je voulais initialement bivouaquer.

Je continue à avancer péniblement sur la petite plaque et le 32 dents alors que la pente est rude et que le vent souffle fort. J’arrive à un deuxième plateau où se trouvent des laquets et une ferme vraiment isolée. D’ailleurs, depuis mon départ, je n’ai encore croisé personne.

Il est 9h00. Le vent souffle violemment depuis la mer. J’ai l’impression de faire du sur-place. Ce n’est pas le Bora en Croatie, comme lors de mon périple Venise–Istanbul en 2022, qui m’avait carrément fait valdinguer à 2 reprises. Là, je l’ai pleine bille. Il tombe maintenant des cordes. Cela devient compliqué. Même en redescendant, je ne dépasse pas le 20km/h. Je continue à avancer péniblement courbé sur HakaOne. Pas un chat à l’horizon à part une camionnette qui me double. Il doit se demander ce que je fous là. Seuls des brebis et moutons paissent au milieu de cette nature sauvage.

Je traverse maintenant un champ d’éoliennes qui turbinent à plein vent. Il doit faire 8°C en ressenti. Je passe le sommet à 242m. Je suis « trempé, gueuné » comme disait ma grand-mère. Aucune maison à l’horizon. Je tente à 2 reprises de m’abriter dans une cabane en pierre mais elles sont fermées par un cadenas. La 3è sera la bonne. C’est un abri pour brebis et moutons. Nickel ! Je suis trempé jusqu’aux os. Je rentre HakaOne. Puis je me fous à poil, quitte toutes mes fringues trempées et me frictionne avec ma serviette. J’enfile ensuite des affaires sèches (collant de course à pied, polo chaud, doudoune). Je dégage les crottes de bique, pose ma bâche et me prépare un thé bien chaud. Quelle matinée de ouf ! Ce doit être une des pires passées sur mon vélo.

Vu les conditions, je décide de faire relâche jusqu’à demain. Je comprends maintenant pourquoi le rochelais rencontré hier me disait que le capitaine lui avait prédit qu’il y aurait 80% de malade ce jour. S’il fait ce temps en mer, ils doivent effectivement déguster. Cette anecdote me rappelle d’ailleurs un convoyage en Méditerranée, avec Hélène la maman du fiston Titouan, à bord d’un voilier de régate. Nous étions tombés en pleine tempête de nuit. J’avais passé la nuit assis en haut de l’escalier un saut entre les jambes à dégueuler et me prendre des vagues sur la gueule. D’autres souvenirs (footing dans la nuit noire du désert marocain, bivouac en plein orage au pied du Vignemale, …) me reviennent en mémoire pour me rappeler que nous sommes des brindilles au milieu de Dame Nature parfois déchaînée. Nous sommes minuscule et certain devrait parfois ne pas l’oublier.
Revenons à mes moutons (de circonstance). Je m’installe donc dans mon abri. Les hirondelles qui y nichent ne sont pas très contentes. A ce sujet, je passe bien évidemment le bonjour à tou.tes mes ami.es d’ECOSOL, notre liste pour avoir une ville blagnacaise plus Ecolo, puis Solidaire et plus Citoyenne. Et il y en vraiment besoin. Comme dans notre société en général d’ailleurs. J’essaie de bricoler un vase pour empêcher que des gouttes d’eau ne tombent sur mon matelas. J’installe aussi mon fil à étendre le linge pour tenter de faire sécher mes vêtements à l’intérieur. Ce n’est pas gagné.

Vers 12h30, je déjeune de beans achetés hier. Puis je rentre dans mon duvet pour faire une sieste ô combien méritée. Le vent souffle toujours aussi fort et la pluie n’a pas cessé. Cette fois-ci, je ne mets pas mon réveil pour ma sieste de 30 minutes. Ce n’est qu’au bout de 2 bonnes heures que j’émerge. Hé bé … J’avais besoin de récupérer.

La tempête s’est calmée. Quelques nuages bleus ont fait leur apparition. C’est tant mieux. Je vais en profiter pour étendre mes affaires dehors, faire sécher la tente, réviser le vélo (changt patins avants, graissage chaine, resserrage visserie, nettoyage … et réparation rétro suite à chute malencontreuse de HakaOne). Cela m’occupe jusqu’à 18 heures.

Ce soir, au dîner, je finirai ma casserole de beans. Mes cafés et ma Guinness me manquent mais bon. Il faut faire avec les conditions. Cela fait partie de l’aventure à vélo. J’espère que demain, après ma nuit dans la cabane, ces conditions seront meilleures et que je pourrais profiter de ces, à nouveau, superbes paysages sauvages. Je profite des derniers rayons de soleil avant d’aller assister au spectacle de la soirée.

Et oui, je ne vois pas dit mais il y a un nid d’hirondelles dans la cabane. Au début, avec le vent, je n’avais pas remarqué. Mais c’est à mon réveil que j’ai entendu des piaillements. Une petite hirondelle réclamait sa pitance. Je ne voyais que le bout de son bec … Mais ma présence empêchait ses parents de le nourrir. Une fois couché, ils sont venus lui apporter sa becquée. Spectacle incroyable de voir ces hirondelles entrer par la porte, se poser délicatement sur le rebord de la planche où se trouve le nid, nourrir le petit et repartir à tir d’aile chasser d’autres insectes. Et, ce, jusqu’à la tombée de la nuit …

Résumé : 29kms, 2h10, 13,4km/h, 341D+, tempête, bivouac