La nuit a été compliquée. Malgré mon muret surélevé, le vent a soufflé très fort cette nuit. Le tente a été bien secoué. Mon vélo aussi malgré l’avoir posé contre le muret. Évidemment, il est retombé sur mon rétro cassant ma réparation de fortune faite de deux serflex. Et, ce matin, alors que je me réveille comme d’hab’ vers 6h30, ce n’est pas joyeux non plus. La tempête fait rage et il tombe à nouveau des cordes. Je préfère attendre au chaud que ça se calme. Vers 9h00, alors qu’il pleut toujours, je consulte la météo : vent et pluie toute la journée ! J’attends un créneau plus calme pour ranger ma tente. Pour une fois, j’insère une vidéo dans ce blog. Ce sera beaucoup plus « parlant » que tous mes blablas.
Puis, alors que le déluge reprend, je retourne au village dans le bar-restau-commerce-station service où j’ai bu ma Guinness hier soir. C’est beaucoup plus calme. J’y prends un Américano accompagné d’un muffin. Par contre, je ne savais pas que la salle du bar était ouverte. Je m’y installe. Pour l’instant, je suis seul avec un jeune couple. J’étends mes affaires trempées en à peine quelques kilomètres. J’en profite aussi pour recharger mes appareils et pour essayer de trouver une solution pour ce soir. J’ai beau cherché sur Booking et cie puis, en désespoir de cause, demandé aux serveurs.euses, tous les Bed&Breakfast et hôtels de la région sont complets. Il faut dire que nous sommes en plein été, qu’il fait un temps superbe et que les paysages sont magnifiques. Hmmm …
Je ne trouve qu’une seule solution. C’est de prendre un ferry entre le port de Cleggan à quelques kms d’ici, de me rendre sur l’île d’Inishbofin et de louer la chambre la moins chère à … 192€. Gloups ! Finalement, une femme d’un certain âge, ayant entendu mes requêtes, me propose de m’héberger chez elle si sa famille est d’accord. Elle doit rentrer et me le confirmer. En attendant, je casse la croûte : lasagne, frites, salade. Il ne faut pas se laisser abattre.

Alors que je finis de déjeuner, un couple s’installe à la table derrière moi. L’homme me demande s’il peut faire sécher sa veste sur le dossier d’une des chaises de ma table. J’acquiesce et nous engageons la conversation. C’est un couple de zurichois, Muriel (de descendance quimpéroise par son grand-père) et de Marc accompagné de leur adorable chien Pina (en hommage à la danseuse contemporaine et chorégraphe allemande Pina Bausch). Ils se baladent en camping-car et venaient de faire une promenade avec leur chien sous la pluie. En expliquant ma problématique du moment (trouver en endroit au sec pour ce soir), Marc m’indique l’adresse d’un ancien monastère à 16kms d’ici. Comme je n’ai pas de nouvelle de la femme de ce matin, il appelle le proprio qui me réserve un lit pour ce soir. Je ne sais pas à quel prix mais peu importe. Quand je vous dis que « Tout se fera ».

Il est 15h00. Il pleut toujours mais je vais reprendre la route après avoir remercié mes sauveurs suisses. Je quitte mon refuge provisoire pour reprendre la route EV1.

Je passe dans le port de Cleggan qui dessert l’île où j’aurais pu aller moyennant forte finance. Le ferry attend la rotation de 18h après celle de 9h et de 14h. Quant à moi, je prends à nouveau la rincée. Heureusement, je n’ai plus que 10 bornes à rouler.

Je passe devant une maison abandonnée dans la grande est ouverte. J’hésite un moment à faire demi-tour. En effet, je ne sais pas combien je vais payer ce soir. Et claquer presque 200€ pour prendre une douche et dormir dans un lit me dérange un peu. Après une enfance et une vie où j’ai dû apprendre à gérer un budget serré, sans être pour cela un pingre, je fais gaffe. Finalement, je continue sous le déluge. J’écoute ma voie intérieure qui me dit de continuer. J’arrive à Letterfrack et trouve facilement le Old Monastery Hostel. Je suis rassuré. Il s’agit d’une auberge de jeunesse. J’ai bien un lit réservé dans le dortoir « Toscana » que je partage avec 4 belges qui randonnent dans le Connemara National Park. Comme moi, ils ont bien dégusté hier.
Je peux enfin me raser et prendre une bonne douche chaude, étendre mes affaires (en sortant mon fil et mes pinces) sous un abri où les places pour faire sécher ses fringues sont chères et me poser au chaud. Je vais pouvoir étudier la suite du programme aussi confortablement dans un bon vieux fauteuil en cuir de ce vieux monastère irlandais.

Je ne peux m’empêcher, en traversant ces contrées et Les lacs du Connemara (chanson co-écrite par Michel Sardou et Pierre Delanoë), d’évoquer à nouveau la mémoire de mon cher frangin Yves-Marie.
Terre brûlée au vent
Des landes de pierres
Autour des lacs, c’est pour les vivants
Un peu d’enfer, le Connemara
Des nuages noirs qui viennent du nord
Colorent la terre, les lacs, les rivières
C’est le décor du Connemara.
En effet, Yves-Marie qui défendait les valeurs républicaines, laïques, humanistes, démocratiques, progressistes et sociales, avait des personnes qu’il ne pouvait pas blairer. Il n’y avait pas besoin de mettre une pièce dans le juke-box pour le faire partir au quart de tour. Dans ce lot (entres autres) : Michel SARDOU, Claude FRANÇOIS, Didier DESCHAMPS, les LE PEN (père, fille, nièce et autres clones au sourire émail diamant et aux idées nauséabondes). Forcément, en parcourant ces terres austères, je pense à lui et à Florence. Et aussi, en lisant les CR des JO sur L’Equipe, à mes deux autres frangins Franck, pongiste confirmé, qui doit vibrer devant les exploits des frangins LEBRUN et à Manou (pas Manu !) devant ceux de Léon MARCHAND.

Je profite de cette fin d’après-midi pour échanger avec les nombreux jeunes français, belges et suisses présents dans ce sympathique endroit. Demain sera un autre jour.

Résumé : 21kms, 1h08, 18,5km/h, 178D+, pluie, auberge de jeunesse