Ce matin, c’est vraiment le soleil qui me tire de mon sommeil vers 5h45. Je somnole encore un peu avant d’émerger. Il fait grand beau ! Incroyable. Je déjeune à l’abri après avoir rangé bâche, matelas gonflable et duvet. A 7h00, je suis d’attaque pour ma pratique Qi Gong devant ce point de vue grandiose. Hélas, un gars s’est pointé avec son drone. Je n’ai pas spécialement envie de finir sur les réseaux sociaux. Je quitte donc cet incroyable bivouac.

Avant de quitter cet endroit, je précise que mon « refuge » devait être en fait le poste de garde d’un bunker défensif dont les fondations sont encore présentes plus haut sur cette colline, colline tapissée de ces formes arrondies bizarroïdes. Je sors de cette extraordinaire pointe DownPatrick Head avant de retrouver ma petite route EV1 qui longe la mer.

Par contre, avant d’arriver à ce nouvel estuaire, il m’a fallu arpenter un long plat montant et quelques bosses bien pentues. Pour une mise en jambe matinale, ce n’est pas terrible. D’ailleurs, je m’arrête rapidement pour enlever ma veste d’hiver et ne garder que mon coupe-vent. Et, comme vous le voyez sur la photo du dessus, de gros nuages arrivent du continent poussé par un vent du sud. Je profite encore de ces rayons de soleil matinaux. Je ne sais pas si cela va encore durer longtemps …

Effectivement, le ciel se couvre. La température se rafraichit. Je n’ai encore pas vu grand monde ce matin. Je circule sur de petites routes desservant des fermes. Les vaches sont rentrées à l’étable pour la traite matinale. La route est constellée de bouses. Ces odeurs et ces bruits de trayeuse me rappellent mon enfance chez mes grand-parents sarthois. Mais j’ai encore en mémoire ma grand-mère trayant ses vaches à la main assise sur son trépied.

Je poursuis ma remontée de cet estuaire avant de franchir le pont qui enjambe le fleure Moy. Le ciel s’obscurcit de plus en plus.

Vers 8h30, j’arrive à Kilala au milieu de cet estuaire et de la Kilala Bay alors que le crachin arrive. Je me pose pour enfiler mon ciré jaune et continue à descendre plein sud. Au niveau fringue, je ne vais faire que ça toute la journée en alternant veste chaude, coupe-vent et ciré jaune. J’ai à nouveau le vent dans le pif. Le ciel s’est à nouveau couvert de nuages menaçants. J’enchaîne montées et descentes de petites collines à travers cette charmante campagne.

En milieu de matinée, j’arrive par une belle piste cyclable traversant la forêt d’un grand domaine et longeant l’estuaire jusqu’à la ville Ballina. Je double et croise coureurs et marcheurs sous ses frondaisons. D’ailleurs, c’est assez rare d’avoir rouler dans des forêts.

A 10h pétantes, j’entre dans cette charmante cité où je me pose pour un Full Irish Breakfast fort bienvenu.

Comme souvent, cet endroit ne désemplit pas. Par contre, il n’y a pas non plus la wifi. Mais, ô miracle, j’ai résolu, grâce à mon ami Loïc (mon expert en téléphonie), mon problème de point d’accès à mon téléphone. Je peux dorénavant me connecter en wifi depuis mon iPad sur mon téléphone Google Pixel5. C’est beau la technique. Après ce copieux petit-déjeuner, je remonte maintenant l’estuaire plein nord vers Inishcrone. J’ai vent dans le dos et j’envoie du lourd. Une heure plus tard, j’arrive dans cette petite station balnéaire où des cours de surf sont donnés.

De l’autre côté, tout au fond, on aperçoit DownPatrick Head. Il pourrait mettre des ferries plutôt que de contourner les estuaires !

Je ne m’attarde pas et poursuis ma route vers le nord en suivant la R397. J’ai toujours vent dans le dos. Je me mets en position triathlète et déboule à 35km/h à Easky. Je croise un gars en mode Gravel mais à l’arrêt. Il me fait signe que je suis fou ! Je traverse ce village et salue un collègue en plein discussion avec un piéton.

En face de ce centre se trouve un salon de coiffeur. J’entre et demande avec mon plus bel accent anglais du sud : « Easky ci vous pouvez mi couper li cheveux ? ». « No sir, my planning is complety full » me répond la patronne. Tant pis. Je poursuis ma route. Plutôt que de suivre l’itinéraire EV1 qui rentre dans les terres pour éviter la N59 avant Ballysadare, je suis mon itinéraire au plus près de la mer. Comme souvent, ce panneau précise la distance de sécurité d’un mètre cinquante. Vu les murs de pierre ou les talus enserrant la route, il vaut mieux pour les cyclistes.

Les paysages ont vraiment changés par rapport à hier. Je roule tout droit à travers de grandes prairies verdoyantes avec l’océan en toile de fond. Je me dirige vers le massif tout au fond à droite.

L’heure avance. Je ne traverse aucun village. Cependant, je trouve un commerce au milieu d’un hameau. Je m’y arrête pour acheter de quoi me faire un pique-nique que je vais dévorer en bord de mer. Je m’installe à l’abri du vent sous ces dalles verdies par les algues.

Après ce sympathique repas, je repars. Ce massif impressionnant avec son sommet Truskmore à 647 mètres se rapproche. La grande ville de Sligo ville principale de ce comté (SO) est bâtie au pied.

Vu l’importance de cette ville, j’ai le choix entre me poser maintenant ou la traverser pour tenter de bivouaquer en froid de mer derrière. Il fait beau. Le vent est toujours favorable. Je décide de continuer. Par contre, je suis dans l’obligation d’emprunter la route nationale N59 pendant quelques kms. Je serre les fesses le long de ma bande jaune et arrive le plus vite possible à Ballysadare en fond de la baie du même nom. Puis je traverse Sligo par l’est en suivant l’EV1 et traversant les zones commerciales de périphérie. Je rentre quand même un peu en ville …

… avant de la quitter en pente directe sur la colline. Cela me rappelle ma sortie de Cork. Après 100 bornes dans les pattes, ça grimpe sec debout sur la petite plaque. Je passe ensuite en-dessous du massif avant de bifurquer vers la mer à l’ouest.

Il est 17h30 quand j’arrive dans le village de Carney. J’y ai repéré un pub dans lequel je me dirige direct. Manque de bol, la TV est branchée sur le cyclisme puis l’athlé. J’aurais bien voulu suivre la 2è mi-temps de la finale de foot entre l’Espagne et la France. Tant pis. Je me contenterais de la finale du 4*100m féminin. Nouvelle désillusion avec la 4è place du relais français après la médaille d’argent du blagnacais Bilal Bennama en boxe hier soir.

Je discute avec les gars au comptoir dont l’un, qui a un ami à Granville, m’indique un spot pour planter ma tente. C’est sûr que l’ambiance n’est pas très féminine. Les fucks jaillissent à chaque phrase. C’est pas que je m’ennuie mais il faut quand même que je m’installe et que je dine. Je me rends direct à l’endroit indiqué à 2kms environ du village. C’est effectivement parfait. J’essaie de trouver un coin à l’abri du vent. Je suis dans la Dumcliff Bay.

A 20h30, alors qu’un gars est dans sa voiture sur un parking au-dessus avec le moteur qui tourne depuis un moment, je me rentre au chaud.

Je viens d’effectuer ma plus longue étape de cette balade irlandaise et de passer par la même occasion la barre des 2.000 bornes. Demain, je continuerai ma remontée vers le nord.
Résumé : 130kms, 7h20, 17,7km/h, 897D+, variable, bivouac