Réveillé aux aurores par les mouettes. Je sors la tête de la tente. Il fait beau alors que les nuages s’accumulent sur les monts. De plus, avec le vent, la tente est sèche. Je me sors de mon nid douillet pour déjeuner devant ce ciel toujours aussi chargé. Une femme arrive pour sa balade matinale. Puis, c’est un homme qui vient promener son chien. Il vient discuter et me propose de boire le café. J’accepte avec grand plaisir.

Puis, une fois mes affaires pliées, je pratique ma séance de Qi Gong devant la plage de galets. Avant de partir et avant que je n’oublie, je vais dédicacer cette journée à ma mère, 87 ans aujourd’hui et en mode survie dans son EHPAD lavallois. Peu avant 8h, je reprends la Wild Atlantic Way que suit également l’EV1. De temps en temps, ma trace revient vers l’océan. J’adore lorsque je retrouve ce spectacle. A nouveau, une ferme abandonnée domine les éléments. Quel dommage avec cette vue incroyable !

Puis je repars dans la paisible campagne irlandaise pour rejoindre Grange et traverser la Grange River et ce petit estuaire. Je passe devant l’ancienne école qui date de 1891. Elle a été joliment restaurée et magnifiquement fleurie. Malheureusement, je passe devant alors qu’un gros nuage masque le soleil. Pendant que j’y pense, je voulais aussi noter le fait que la plupart des écoles des bourgades et villages sont à l’extérieur du bourg. Et, souvent, l’arrêt des voitures est interdite devant. Seuls les bus ont le droit de stationner.

Je continue ma route alors que j’arrive au-dessus de l’estuaire. Un attroupement sur la gauche attire mon attention. Je vais voir. Il s’agit d’une démonstration de dressage de chien Atlantic Sheepdogs.

Une trentaine de personnes assiste à cette démonstration orchestrée par le patron de cette ferme aux 1.000 têtes de mouton. J’écoute les explications et questions/réponses du public avant d’assister à la démonstration au sifflet de ce chien regroupant un troupeau de moutons en bas du champ. Je filme la scène. Cela me rappelle les borders collies pyrénéens.

Arrivé à Grange, je pars à nouveau dans la pampa pour éviter l’axe principal N15. Je passe en-dessous ce massif toujours aussi impressionnant face nord.

A nouveau, je suis seul au monde. Peu de voitures. Pas de village. Vers 11h, je reviens vers la côte et arrive dans la splendide et touristique cité balnéaire de Mullaghmore. La route pour aller à la plage est fermée tellement il y a de prétendants. Je contourne ce promontoire par la gauche après avoir aperçu au loin un magnifique château érigé sur la falaise.

Après une grosse montée et une effrayante descente avec l’océan au contrebas, j’arrive devant le port. La vue y est splendide avec l’océan et le massif montagneux en arrière-plan. Je m’installe dans un café pour y prendre mon plat matinal. Par contre, vu l’affluence, ma commande est passée à l’as. Heureusement, le responsable de salle est français. C’est un jeune caennais qui vient de reprendre ce commerce avec ses parents. On discute du pays. Il m’offre un espresso pour l’attente. Sympa mais je ne suis pas pressé. Par contre, les prix sont touristiques. Je paie 4€ plus cher qu’hier pour la même commande. La chocolatine est à 2,70€.

Il est midi passé. Je reprends mes pérégrinations après avoir feuilleté L’Equipe. Je quitte ce superbe promontoire avec sa magnifique plage très recherchée apparemment.

Puis, j’en sors pour emprunter ma petite route fléchée EV1 qui longe l’océan alors que la route nationale N15 est dans les terres. J’en profite. Cela ne va, hélas, pas durer.

Je fais un break à Tullaghan où il y avait un superbe bivouac au pied de cette tour de surveillance. D’ailleurs, cette bourgade est jumelée avec Granville que j’évoquais hier.

Je traverse ensuite le village de Bundoran avant de rentrer dans les terres pour rejoindre la ville de Ballyshanon en fond d’un estuaire. Je ne suis qu’à quelques kilomètres de la frontière avec l’Irlande du Nord. D’une ligne qui part presque d’ici jusqu’à Derry/LondonDerry au nord, tout le littoral est irlandais (catholique). A l’ouest de cette ligne, c’est l’Irlande du Nord (protestante).

Il me faut à nouveau grimper sec pour sortir de cette ville et couper à travers mont et collines dans cette campagne irlandaise, où le massif forestier s’étend, en suivant de petites routes toujours aussi charmantes. Le temps s’écoule paisiblement alors que j’écoute les douces et mélancoliques chansons de Francis Cabrel.

Je traverse de paisibles bourgades en dehors de toute circulation. C’est calme. C’est reposant. De plus, il fait un temps superbe.

Vers 15h, j’arrive dans la grande ville de Donegal également bien abritée au fond de son estuaire. Je m’arrête en plein centre alors qu’un concert est donné. Comme j’ai mon coupe-vent du Stade, je me fais interpellé par un passionné de rugby irlandais raide-dingue d’Antoine Dupont !

Je fais un petit tour pour jeter un œil au château avant d’aller faire quelques emplettes en prévision du bivouac de ce soir.

Puis je prends la route de Mountcharles pour y trouver un bivouac. Je longe l’estuaire jusqu’à tomber sur le petit port et un café fort sympathique. Par contre, pas de Guinness mais un Sprite. Cela n’a quand même pas la même saveur …

Par contre, de là, il me faut remonter en pente directe en haut de la colline. Je me fais doubler par un gars à vélo de course, au moins aussi âgé que moi (le gars pas le vélo !), qui m’encourage. Avec les sacoches, j’ai quand même du mal à l’accrocher. Une fois retombé sur l’EV1, je me dirige direct vers la pointe que j’ai ciblé pour ce soir. J’arrive au bout en faisant gaffe de bien respecter le panneau (même si c’est une bagnole !).

Je suis au bout du monde. A l’extrémité se trouve une pierre tombale à la mémoire d’un gars du village décédé à 32 ans et retrouvé dans cette baie. J’installe mon bivouac à l’abri de ce petit obstacle contre le vent qui vient de la mer. Parfait pour cette nuit !

Voilà une nouvelle journée qui va s’achever. Par contre, j’aimerais revenir sur « le pourquoi du comment » qui m’a travaillé cette nuit. En effet, certains doivent se demander pourquoi « je m’inflige » (entre guillemets) tout cela et ce que « j’éprouve dans ces épreuves ». Je ressens tout simplement un sentiment de liberté inégalable. JE ME SENS VIVANT. Moi qui adore le sport, j’aurais pu rester scotcher devant ma TV pendant ces 15 jours olympiques. Mais j’ai viscéralement besoin de partir à l’aventure, parcourir de nouvelles contrées, rencontrer d’autres cultures, me mettre aussi en danger. Et, même si ces voyages sont éprouvants tant physiquement que mentalement, je suis tout simplement bien et en accord avec moi-même … surtout devant de tels paysages !

Il est temps de faire ma toilette, rédiger ces lignes, dîner et lire mes journaux bien au chaud alors que le soleil se couche sur cette journée bien remplie.


Résumé : 110kms, 6h03, 18,2km/h, 774D+, beau temps, bivouac