Ce matin, c’est grasse mat’. Je me réveille après 7h. J’ouvre le volet. C’est couvert et il bruine. Je me prépare tranquillement avant de descendre dans la salle de restau qui ouvre à 8h. J’ai droit à un F.I.B. servi par une ukrainienne fort sympathique et que je comprends parfaitement … contrairement à beaucoup de serveuses irlandaises. Peu avant 9h, je sors HakaOne de son couloir. Il est temps de reprendre la route. Nous quittons River House sous les nuages.

Après être sorti de Dungloe que je connais maintenant par cœur, je rejoins l’EV1 pour emprunter une ancienne voie de chemin de fer qui longeait ces côtes.

Cette ancienne voie, dorénavant aménagée pour les piétons et les cyclistes, est superbe. Je longe quelques lochs balayés par ces vents toujours aussi puissants.

Je circule à nouveau à travers la lande sous la protection de la Vierge Marie. A part quelques maisons isolées, c’est vierge (si je puis dire) de toute civilisation.

Je chemine pendant plus d’une heure à travers cette lande perdue et balayée par le vent. Les nuages menacent toujours mais, à part, un peu de crachin, je ne vais pas encore tester mon nouveau ciré.

Après cette superbe mise en jambe, je retrouve la N56 à Croithli. Cela devient de suite beaucoup moins sympathique. Je suis obligé de l’emprunter pendant quelques kms en suivant la Clady River. Heureusement, je bifurque ensuite sur la route R251 qui longe le lac Nacough. J’arrive au pied de l’impressionnant mont An Earagail qui culmine à 741 mètres. Dommage, sa tête est prise dans les nuages.

Vers 11h, je m’arrête dans le hameau de Dunlewy au pied du lac Dunlewey et de ce dôme pour y boire mon café dans la station-service-commerce du coin. Comme dans beaucoup de supermarchés, une machine est en libre-service. A côté, un certain nombre de gâteaux sont également proposés à la vente. Vous vous servez et vous consommez. Ensuite vous allez à la caisse pour régler ce que vous avez consommé. La confiance est totale. Ces gens du Nord ont vraiment une autre mentalité … Je reprends la route en contournant ce massif. Ça grimpe sec. Une trouée me permet d’apercevoir son sommet avant que les nuages ne l’envahissent à nouveau.

J’arrive ensuite sur un immense plateau balayé par le vent du sud. Heureusement, je l’ai dans le dos. A part quelques moutons à tête noire, je vais parcourir, pendant un certain temps, ce no man’s land … Expression qui porte vraiment bien son nom.

J’emprunte une petite route à travers ces landes où la végétation se fait rare. Quelques laquets agrémentent ce paysage sauvage.

En me rapprochant de la côte et de l’océan que j’aperçois au loin, le ciel bleu fait son apparition. Par contre, en me retournant, de gros nuages s’accumulent sur le plateau que je viens de traverser sans encombre … et sans pluie. Seul un arbuste contemple les 3 monts au fond de ce plateau perdu.

Je redescends toujours en empruntant de petites routes pour éviter la N56 qui longe la mer. J’évite ainsi la ville de Dunfanaghy planquée au fond de son estuaire. Par contre, je passe dans le village de Creeslough. Il est déjà 14h00 bien sonné. Je m’arrête dans le Coffee Shop Huckleberry pour y manger une belle salade de saumon suivi d’un espresso-brownie chaud. Cela devrait tenir jusqu’à ce soir.

A 15h00, je sors de ce café. Juste à côté, il y a un salon de coiffure unisex. Je comprends donc féminin vu qu’il n’y a que des femmes à l’intérieur. Je rentre et demande s’il y a un salon homme dans le village. La patronne me dit qu’on va s’occuper de moi. Parfait. Une belle femme d’une cinquantaine d’années, un peu trop maquillée à mon goût, une teinture en cours sur ses cheveux et une attelle à son bras pour soulager un tennis-elbow arrive. Elle me fait une superbe coupe au ciseau pour la modique somme de 14€ en espèces. Le même prix que chez mon barber blagnacais. Je repars tondu comme un mouton. J’en avais vraiment marre de cette houpe sur la tête.

Je reprends la route, alors que les nuages sont arrivés jusqu’ici, en abandonnant au bout de quelques kms l’EV1. J’ai en effet l’intention de monter en haut d’une pointe jusqu’au phare de Fanad Head. J’adore ces bouts du monde. Il doit me rester une trentaine de bornes. J’espère que la météo serait aussi belle là-haut que le long de la côte. Au fond de l’estuaire, j’aperçois le Doe Castle.

Je m’arrête ensuite dans le village de Carraig Airt pour y faire mes emplettes quotidiennes. En bord de mer, il y a un espace public abrité du vent. J’hésite à me poser. Mais c’est quand même au cœur du village. Je n’aime pas trop. Avant de reprendre la route, je regarde cette petite famille rentrant de sa balade à cheval.

Je vais devoir franchir le Harry Blaney Bridge pour rejoindre cette péninsule. Ça souffle fort. Et le mauvais temps arrive dans la baie. Ce passage de pont me rappelle celui du pont de St-Nazaire. Moins long mais aussi venté et pentu.

Comme par enchantement, le soleil refait son apparition alors que je passe de l’autre côté. J’entame la dizaine de kilomètres qu’il me reste en empruntant à nouveau de petites routes. Je suis toujours vent de dos alors qu’il y a quelques pentes à grimper. Peu avant 18h, j’arrive sur zone. Le ciel est dégagé. Le soleil brille. Le spectacle est superbe.

Le phare domine l’océan alors qu’au loin se dresse la colline de Dunaff Hill culminant à 291 mètre au-dessus des flots. Je devrais y passer demain avant de monter à la pointe la plus au nord de l’Irlande et d’entamer ma re descente vers le sud. En attendant, j’en prends une nème fois plein les mirettes.

Je pars me balader sur ce bout du monde à la recherche d‘un éventuel endroit pour me poser. A côté du phare de Fanad, il y a l’ancien bâtiment des garde-côtes (Old Coastguard Station). Entre les bâtiments, une terrasse herbeuse est abritée du vent qui souffle fort. Ce sera parfait. J’attends que les derniers touristes décampent pour que, moi, je campe. Comme l’herbe pousse sur la terrasse, je consolide mes piquets avec morceaux de bois et pierres. Mais, vu l’emplacement, la tente ne risque pas d’être soufflée comme avant-hier !

Je peux savourer ma bière fraîche artisanale pour arroser cette nouvelle belle journée de vadrouille. Puis, une fois mon dîner avalé, je pars faire ma séance de Qi Gong sur la pointe devant ce prodigieux paysage. Au fond, on aperçoit la dernière pointe la plus au nord de l’Irlande.

Une fois ma séance terminée, je me pose pour admirer le coucher de soleil dans les brumes océaniques.

Quelques photographes sont venus profiter de ce spectacle gratuit de Dame Nature. Encore un dernier coup d’œil sur ce phare avant de rejoindre ma tente et mon petit lit douillet.

Quoique …

Résumé : 100kms, 5h43, 17,5km/h, 910D+, nuageux / éclaircie, bivouac