La nuit fut fort agréable sous mon chêne. Seul quelques animaux sauvages (sangliers, chevreuils, …) vinrent fureter autour de la tente. Mais cela ne me dérangea pas plus que cela. A 6h30, le soleil vint me rappeler que j’avais encore de la route à tailler. Après avoir plié mon barda puis pris un p’tit déj’ léger (pomme/chocolat/barre de céréales), je retrouve mon fidèle compagnon HakaOne. Nous sortons de la forêt après 400m de mauvais chemin. En faisant gaffe aux ornières, je me prends une branche d’épines dans la figure. Me voila zébré pour quelques jours !

Puis je retrouve une belle route bitumée. Comme hier, je traverse quelques villages dont la majorité des maisons sont à l’abandon. Je ne croise qu’un minibus scolaire qui embarque les rares gamins de ces villages perdus. Et un paysan qui part au champ perché sur son tracteur.

Puis ma trace m’envoie sur des pistes. Je longe la frontière turque. Autant vous dire que je suis seul au monde ! Enfin pas tout à fait. En traversant la forêt un peu plus bas, je tombe nez-à-nez avec un daguet. Nous sommes autant surpris l’un que l’autre. Chacun continue son chemin.

Je poursuis ma route sous un ciel nuageux. J’emprunte encore des pistes. Les rares routes sont des cul-de-sac qui mènent à des villages au pied des collines marquant la frontière bulgaro-turque. Je n’ai pas intérêt à me paumer ou à me blesser dans le coin. C’est vraiment paumé. J’aurais pu emprunter la route principale qui mène à Burgas. Mais circuler sur cet axe fréquenté ne m’enchantait guère. Dans ce coin paumé, je surprends cette fois-ci un chevreuil.

Au bout de la piste, je tombe sur cette centrale à gaz j’imagine.

Vers 10h30, j’arrive dans le village de Momina Tsarkva. Sur la place principale, je trouve enfin un petit commerce. Je m’y arrête. Évidemment, la vieille dame qui tient cet endroit n’accepte pas la CB. Je lui demande quand même de l’eau.

Un des deux paysans présents me propose un café à la machine. J’accepte fort volontiers. Pour le déguster, je m’installe à une des trois tables disponibles avec une nappe … alsacienne. Incroyable !

Puis je repars sur mes chemins de traverse. Vers 12h15, je m’arrête pour ma pause-déjeuner : une barre énergétique Décath’ ! Mais le paysage est superbe. A force d’arpenter ces collines sur de mauvais chemins, je suis légèrement entamé. Je m’arrête pour une sieste bien méritée.

Après 30′ de pause syndicale, je reprends le manche. Lorsque je rentre à nouveau dans la forêt, un chevreuil me file sous le nez. J’adore ! En une matinée, j’aurais vu plus d’animaux sauvages que pendant ma balade irlandaise de 35 jours et mon périple de 6 mois en Asie (zéro pointé !). Je sors de la forêt pour tomber sur la Mer Jaune alors que je veux rejoindre la Mer Noire. Par contre, je continue à faire gaffe à ne pas me gameller sur ces mauvais chemins souvent défoncés et aux plages de sable traîtresses.

Peu après 13h30, après une belle descente sur une piste forestière, j’arrive dans le village de Golyamo Bukovo. Comme tous les autres villages, l’ambiance est lugubre. Cependant, je passe devant un commerce de bouche. Je m’y arrête et négocie avec la patronne le fait de pouvoir payer en euros sonnants et trébuchants. Je fais quelques emplettes et m’installe pour dévorer un morceau de saucisson et de la feta maison avec du pain sous cellophane, le tout accompagné d’une bonne bière. Dieu que c’est bon !

Il est 14h20. Le soleil tape à nouveau fort. J’ai sorti mon panneau solaire pour pouvoir recharger mes batteries externes afin de pouvoir recharger téléphone et tablette qui, eux, se déchargent décidément beaucoup trop vite à mon goût. Je suis repu et un peu pompette mais je retrouve une route bitumée. Je vais pouvoir relâcher ma vigilance. Par contre, pour sortir de ce village perdu dans la vallée au bord d’une petite rivière, la pente est à 11% avec un dernier passage à 15%. La bière est vite éliminée.

Arrivé presqu’au sommet de cette colline, je tombe sur une fontaine. J’en profite pour remplir mes trois gourdes. On se sait jamais. Peu après, la route bitumée se termine devant l’entrée d’un monastère. Deux molosses en gardent l’accès. Je ne m’y aventure pas. La route se transforme alors en piste forestière au départ de pins puis après de magnifiques chênes. Je me régale malgré la difficulté du parcours.

Par contre, de gros nuages font leur apparition à l’horizon. Il va falloir que je me hâte pour trouver un endroit où bivouaquer. J’arrive dans le village de Bliznak. Soit je coupe sur un nouveau chemin comme initialement prévu pour rejoindre Primorsko, soit je continue en suivant la route bitumée en suivant la trace TC qui me ferait arriver un peu plus au sud sur la Mer Noire. Je choisis ma 2è option. Je grimpe à nouveau en haut de la colline. Arrivé au sommet, je bifurque sur un chemin à gauche où je trouve un superbe emplacement.

Il est 16h30. Je me hâte de monter le bivouac. Le ciel gronde méchamment. A peine ai-je le temps de me foutre à poil pour profiter des premières gouttes et faire ma toilette de chat que le déluge s’abat. Je me sèche vite fait et me couche à poil dans mon duvet. Ça souffle, ça gronde, ça secoue … J’ai l’impression de revivre ma tempête irlandaise. Bon, j’arrive quand même à m’endormir dans ce tumulte. J’émerge vers 19h. L’orage est terminé. Le soleil a refait son apparition. Je peux enfin sortir de ma tente pour terminer cette magnifique mais ô combien éprouvante journée. Certainement une de mes plus rudes depuis que j’arpente l’Europe à vélo.
Résumé :

82kms, 5h35, 14,5km/h, 1.018D+, nuageux / beau temps / orage, bivouac