Réveillé au lever du soleil vers 6h15 comme chaque matin. Mon horloge biologique s’habitue à ses nouveaux horaires de pédaleur libre. Avec l’orage d’hier soir et, peut-être, de la pluie cette nuit, la tente est trempée. Je l’étends au soleil pendant que je me prépare. Puis, après avoir avalé deux tranches de pains et une barre énergétique, je plie les gaules vers 7h15. Après une courte descente, j’arrive dans le village d’Evrenovozo. C’est toujours aussi mort. Pas une âme à l’horizon. Je passe devant cette charmante église orthodoxe et attaque ma journée par une belle petite route bitumée.

Au cours de la montée, je m’arrête devant un dolmen (même en bulgare, j’arrive à traduire). Mais quelle idée de construire un dolmen sous une ligne électrique. Ils ont un goût étrange ces bulgares !

Puis je passe devant un magnifique chêne. Je ne comprends pas tout ce qui est inscrit sur le panneau mais il me semble que cet arbre aurait 700 ans au moins …

Peu après 9h00, j’arrive dans le village au nom imprononçable de Zvezdets avec de nombreux immeubles vétustes de style russe. Ce village se trouve sur la route principale E87 qui va jusqu’à Burgas. Des hommes attendent en groupe certainement pour aller bosser en ville. Le trafic est intense. J’ai bien fait de couper à travers champs et forêts.

Je m’installe à la terrasse du commerce-distributeur café pour me boire un café accompagné d’un croissant au chocolat sous cellophane avec mes 5 BGN en poche. Les personnes présentes ainsi que beaucoup de celles croisées depuis hier sont typées Rom comme dans le film « Gadjo Dilo » de Tony Gatlif avec Romain Duris dans un de ces premiers rôles.
Puis je reprends ma route de traverse en suivant toujours mes panneaux TC. Au bout de cette superbe route, j’arrive dans un endroit insolite : le parc de Petrova Niva. Un énorme monument à la gloire de je-ne-sais-qui, quelques bâtisses abandonnées, une église, un théâtre de verdure et une grande bâtisse d’ou sort un vieil homme avec deux vieux chiens, composent cette plateforme au bout de la route bitumée.

Le vieil homme, probablement sourd comme un pot (de yaourt bulgare évidemment !), me hurle dessus. Il m’indique une trace pour poursuivre ma route. Il est gentil le pépère mais c’est un sentier de randonnée. Je préfère rebrousser chemin et retrouver un peu plus bas un sentier tracé TC.

Juste avant d’emprunter le chemin, je reçois un appel du fiston qui essaiera de me régler mon pb de CB avec laquelle je ne peux retirer des pépètes. Lui au bout du monde et moi au milieu de nulle part. J’hallucine à chaque fois ! Je me retrouve à nouveau en pleine forêt sur un superbe sentier.

Je n’ai qu’à suivre mon panneau TC et ne pas confondre avec d’autres pistes de VTT (voire de rando). Là, je dois partir à gauche(cf panneau sur le chêne). De toute façon, ma trace me confirme que je suis dans la bonne direction : plein est.

Comme dans le film « A bicyclette« , il va me falloir franchir cette petite rivière. Par contre, à l’inverse des deux pieds-nickelés (en toute tendresse), je ne vais pas essayer de traverser en pédalant. Je préfère tomber les chaussures et pousser HakaOne. J’ai de l’eau jusqu’au genou, bien m’en a pris

Une fois cette rivière nommée Beneka franchie, je vais la suivre par un chemin forestier qui suit la courbe de niveau et, ce, sur rive gauche.

Je ne croise personne. Seulement 4 lapins et 3 lièvres mais pas de cervidé. Les rares constructions que je croise sont à l’abandon. J’enjambe un pont aux balustrades bien rouillées avant de rejoindre la route 99 qui mène à Tsarevo au bord de la Mer Noire.

Mais, comme midi a sonné, je trouve une sente qui m’emmène au bord de cette rivière. Je vais pouvoir faire un peu de lessive, me baigner (pas longtemps, l’eau est plutôt frisquette), rédiger ces lignes, exposer mon panneau solaire, casser la croûte et faire une bonne sieste avant la dernière partie de cette journée. Je ne sais encore si je prendrais la route directe ou si je continuerais sur ma trace TC en bourdure de rivière jusqu’à Ahtopol un peu plus au sud.

Finalement, après une bonne sieste réparatrice et sans être gêné par la circulation au-dessous de la colline, je décide de poursuivre sur la route 99. Au croisement, un gendarme avec sa voiture de patrouille surveille le peu de trafic (routier … Peut-être y en a-t-il d’autres ?). Je ne sais pas si c’est cela qui me perturbe ou si je ne suis pas bien réveillé mais je pars dans le mauvais sens. Après avoir grimpé qq kms, je me rends compte de ma méprise. Je n’ai plus qu’à redescendre, saluer le gendarme au passage et grimper le col de l’autre côté. Je suis toujours en plein forêt mais cela ne fait que monter et descendre sur une route bien détériorée. Quant aux panneaux, c’est à l’avenant.

Le ciel commence à s’assombrir comme hier soir. Je fais un crochet dans le village de Gramatikovo. Sur la place principale de ce village avec un bel hôtel mais aussi désert que les autres, je tombe sur un café-restau. Je m’offre un vrai café servie par une vraie vieille dame très sympa parlant quelques mots d’anglais. Alors que je lui demande de ‘leau du robinet, elle me donne une bouteille d’eau minérale prétextant que je risque d’avoir mal à l’estomac. Trop sympa. Je retrouve ma route. L’heure avance.
Je ne vais pas prendre le risque de filer jusqu’en bord de mer. Un peu au_dessus de Izgrev (« or is not grev pour la SNCF ? » … telle est la question en ce pont du 8 mai férié en France), je trouve une source en bord de route. Pas très loin, un abri pour pique-niquer. Je m’y arrête. Ce sera parfait pour ce soir. Je n’ai plus qu’à installer le bivouac un peu plus haut pour être à couvert. C’est la fin d’une superbe journée « Into the wild ». J’adore et je me régale.

Résumé :

80kms, 5h30, 14,3km/h, 893D+, nuageux / beau temps / nuageux, bivouac