Que cette nuit a été douce à tout point de vue. Couché sur mon tapis végétal et mon matelas gonflable, j’ai dormi comme un bienheureux. Je me réveille au lever du soleil alors que j’ai l’impression de fermer l’oeil. J’attends 6h30 pour plier le bivouac. Hier soir, j’ai eu la visite surprise du résident habituel de ce lieu. En effet, alors que je bouquinais bien au chaud dans mon duvet, j’ai entendu le son rauque d’une biche. J’ai sorti la tête de ma tente pour l’apercevoir dans le champ du dessous. Elle n’avait pas l’air contente que je squatte son emplacement. Et ce matin, c’est un bel arc-en-ciel qui accompagne mon départ. Quel bonheur !

J’ai juste le temps de monter à la petite église en bois du village qu’un grain éclate. Je m’installe à l’abri … d’un abri en bois pour déjeuner. L’orage est passé. Je peux prendre la route en empruntant la nationale DN18.

Arrivé à Sighetu avec un bordel monstre à l’entrée de la ville causé par des contrôles douaniers (la frontière est marquée par la rivière Tisa au nord de la ville), je me dirige vers le Mémorial des victimes du communisme. Une nouvelle pensée pour Cathy et sa maman, (ex-)secrétaire du PCF montalbanais.

Et oui, ici aussi, ils ont fait des victimes malgré une idéologie positive. Malheureusement, le monument est à l’intérieur et les portes n’ouvrent qu’à 9h30. Tant pis. Je ne verrai que l’affiche prise en photo en haut du col grimpé un peu plus tard.

Je continue ma route en direction de la bourgade de Sapanta. J’y arrive par la charmante route nationale DN19. Je me rends d’abord au monastère dont les bâtiments impressionnent par la taille et la structure en bois. Après avoir sonné, nous attendons en vain avec un couple roumain la venue d’une nonne pour nous ouvrir et visiter l’église. Tant pis également.


Je me rends ensuite à l’extraordinaire « Cimetière joyeux de Sapanta« . Ce lieu est le dernier site remarquable que je voulais visiter en Roumanie. Chaque tombe est décorée du métier ou de la passion du défunt.

Je ne regrette absolument pas ce grand détour pour venir jusqu’à cet incroyable endroit. En toile de fond, l’Ukraine m’invite à venir la visiter. Mais je file à l’ouest.

J’espère y venir un jour une fois le conflit terminé et les russes chassés. Et j’espère que Poutine ainsi que le génocidaire Nétanyahou et les tirans du Hamas, Trump et tous les oligarques et dictateurs de par ce triste monde glissent en Enfer, comme sur cette peinture du porche de l’église du cimetière.

En sortant, je m’installe dans un café-bar où la patronne parle très bien français. Elle a travaillé à la Défense et a habité à Ozoir-la-ferrière. C’est sympa de pouvoir échanger en français. Mais l’heure avance. Il me faut reprendre la route alors qu’il est déjà plus de 11h00. Je longe la frontière ukrainienne au plus près alors que je traverse le village de Teceu Mic. Juste en face, au-delà de la rivière, se trouve la bourgade ukrainienne de Tiachiv.

Alors que je continue de suivre la frontière mais, cette fois-ci forestière, je grimpe un col jusqu’à 645 mètres pour rebasculer dans la plaine. Arrivé au sommet, une gargote m’invite à me poser. Je déjeune de 2 saucisses roumaines et de morceaux de fromage de brebis et de vaches. Je les trouve un peu fades.

Les nuages accrochent à nouveau les sommets. L’orage menace. Alors que 14h approche, je plonge dans la vallée en direction de Satu Mare, dernière ville avant la frontière romano-hongroise.

Alors que le vent d’ouest souffle fort de ce côté de la montagne, je traverse la bourgade de Certeze aux grosses demeures cossues et voitures rutilantes. Puis j’arrive dans la ville de Negresti-Oas. J’aurais bien aimé acheter une barquette de fraises à un des nombreux marchands ambulants posés à chaque carrefour mais la barquette est vraiment trop grosse à emporter.
Je me pose finalement dans un café-pizza pour y boire un délicieux café Lavazza. Le patron parle un peu français. Il a fait ses études à Paris puis est parti à Caen avant de s’expatrier 6 mois en Autriche et quelques années à Milan. D’où les pizzas. Puis il s’est marié, a eu un fils et s’est installé ici. Après ses palabres, je regarde mes cartes. Je n’ai pas trop envie de continuer sur cette route nationale DN19. Cela circule beaucoup et, avec le vent, ça craint du boudin. Je repère le circuit cyclable Digla Tur qui longe la rivière Tur. En sortie de ville, je dois traverser les voies de l’ancienne gare à l’abandon complet. Cela commence fort.

Puis j’emprunte un sentier stabilisé qui me mène à une ferme au milieu de nulle part. Une vieille femme sans dent, une ex à François Hollande, se demande ce que je fais au milieu de sa ferme. Elle me baragouine quelque chose mais, après avoir branché mon traducteur, elle devient muette ! Finalement, elle m’indique de suivre la trace au milieu du champ. C’est effectivement ce que m’indique mon GPS. C’est reparti into the wild !

Ensuite, je me retrouve dans une maison en chantier au milieu de nulle part après avoir raté un embranchement de chemins. Puis je finis en traversant une grande plaine en essayant de suivre ce chemin cyclable qui n’a pas dû être emprunté souvent ! J’arrive à l’entrée du village de Remetea Oasului et traverse un camp de gitans. Ils sont aussi étonnés que moi de me retrouver ici. Un jeune, au tee-shirt floqué Los Angeles, fait des wheelings sur son scooter. Deux jeunes femmes, courbées au-dessus d’une bassine, font la lessive. Et le père me fait de grands signes et se marre bien en me voyant passer.

Je monte ensuite la route DJ109K qui me mène à la bourgade de Calinesti-Oas qui domine un grand lac artificiel. Je m’arrête dans le premier M.M pour y acheter une bonne glace au chocolat (le thermomètre d’une pharmacie en ville indiquait 35°C !) et y faire mes emplettes. Les nuages s’amoncellent sur cette hauteur. Il ne faut trop que je tarde à trouver un endroit. Alors que je sors de cette bourgade avant d’attaquer la descente qui mène au lac, j’aperçois une grande maison en bord de route qui me semble à l’abandon. Je vais faire un tour derrière. Il y a un terrain qui m’attend ! De là, je vois un bout du lac. Ce sera parfait pour ce soir.

Alors que je suis en train de rédiger ces lignes en dégustant ma bière-récompense, un homme me surprend en apparaissant derrière le tas de bois. C’est le propriétaire du terrain qui rentre des champs et vient déposer son motoculteur. Il n’est pas du tout agressif. Bien au contraire. On papote pendant un long moment via le traducteur. D’ailleurs, nous sommes de la même année (1961). Avant de partir, il veut absolument que je vienne à son camion récupérer un « schnitzel » (une sorte d’escalope panée). Il me laisse également un saut contenant une délicieuse soupe paysanne avec choux, carottes, morceaux de saucisses fumées et aussi un sac de pain ! Mon dîner est servi. Je n’ai plus qu’à passer à table et le remercier chaleureusement.

Il est 20h30. Le soleil se couche. Je vais pouvoir rejoindre mes pénates et lire les exploits de la française Boisson à RG. Encore une belle journée chargée d’émotions, de belles rencontres et d’agréables paysages. Vivement demain !
Résumé :
Voici les 2 traces Openrunner (finalement, c’est plus simple) car, avec mon GPS Mapy.com je ne peux pas mixer deux types de pratique (trace Vélo de route + trace « Cyclotourisme »).


93kms, 5h30, 16,9km/h, 643D+ 811D-, beau temps, squat