Ce matin, c’est le bruit des bagnoles qui me réveille. Un comble en ce dimanche matin. Je ne comprends pas pourquoi il y a tant de monde à cette heure indue. Je sors du duvet vers 6h15.
J’ai une grosse pensée pour mon ami Riri que j’ai eu hier au téléphone. Ce matin, il est parti à 5h, en mode backpacking, de Leipzig pour rejoindre Strasbourg avec pour thème « La réconciliation franco-allemande ». Au programme : 1.600kms à parcourir en 6 jours max sans assistance. Et, ensuite, il enchainera par une diagonale vers Hendaye (1.200kms en 4 jours). Quand on dit que je suis fou, j’en connais d’autres … Quant à moi, à 7h30, j’attaque la grimpette après être sorti de ce camping à taille humaine et fort sympa.

Après 8 bornes de grimpette, j’arrive en haut du col. Je comprends pourquoi il y avait autant de bagnoles ce matin. Tous les parkings sont blindés. Il y a un départ de rando. Je n’ai pas bien compris si c’était une course ou un évènement. Mais il y a du monde …

J’attaque la grande descente toujours sur cette belle route 957. J’arrive dans la vallée. Je vais longer la rivière Skawica. La route est pratiquement plate et de bonne qualité. J’ai un léger vent qui me pousse au cul. J’envoie du lourd. Je roule à 27km/h de moyenne. Que du bonheur … En traversant le village du nom de la rivière, je suis attiré par toutes ces personnes qui sont figées sur le parvis de l’église. Dans les autres villages, j’avais déjà remarqué beaucoup de monde qui se rendait à la messe dominicale. Dans ce pays, la religion catholique est presque une institution d’état.

Je m’arrête un peu à l’écart. J’entends le curé qui récite une prière. Puis il prononce quelques paroles. Toutes les personnes debout s’assoient sur les bancs. Je comprends alors que l’église est blindée et que les personnes arrivées trop tard restent à l’extérieur. Incroyable ! En fond de vallée, je rejoins la route nationale 28 peu avant Maków Podhalanski. La circulation y est beaucoup plus dense. Heureusement, à l’entrée de la ville suivante de Sucha Beskidzka, ma trace m’envoie sur la colline dominant cette nouvelle vallée. Bien que ça grimpouille raide à nouveau, c’est quand même beaucoup plus agréable.

Sauf que, après les dernières maisons perchées sur cette colline, la petite route se transforme en mauvaise piste. Notamment, dans la descente, avec le contre-jour et de mauvais rochers. Je préfère mettre pied à terre plutôt que de me casser la margoulette. D’autant plus, que le poignet et la côte ne me font plus trop souffrir.

Une fois la route 956 (j’ai perdu 1 point !) rejointe, je repère sur Google Maps le seul café dans la bourgade de Zembrzyce. Je m’y rends. Coup de bol. C’est une pâtisserie-café. Il est 10h15. C’est l’heure de ma pause café-écriture. J’adore.

D’autant plus quand certaines clientes ont des tenues pour le moins affriolantes … Je me calme. Surtout que cette charmante femme est la maman de 3 jeunes garçons. 11h sonne aux cloches de l’église. Il est temps de repartir. On the road again …

Je passe à droite de l’immense pont qui enjambe la rivière Paleczka en laissant Zembrzyce à main gauche. Cette ville est d’ailleurs construite entre les 2 rivières Skawa et Paleczka au-dessous d’un nouvel immense lac artificiel. Lac que je vais contourner par l’est en grimpant dans les collines.

Peu après midi, j’entre dans la ville de Wadowice. J’y retrouve une belle piste cyclable qui m’emmène jusque dans le centre.

J’y arrive à la fin de la messe. Quelques personnes sont à nouveau debout à l’extérieur faute de place à l’intérieur. Alors que je m’apprête à prendre cette photo, je suis interpellé par un cyclotouriste polonais. Il est en vadrouille pour quelques jours et a déjà fait quelques périples dans et autour de la Pologne. Il est très curieux de connaître mon équipement (tente, panneau solaire, GPS, …). Je le quitte pour aller déjeuner dans un des restaus du centre. Ce midi, j’opte pour la spécialité maison : « De volaille« . C’est une belle pièce de poulet, enroulée et panée dans une farce, servie avec PdT et légumes. Pas de photo vu que mes appareils sont en cours de recharge au comptoir.

Après ce bon déjeuner, je me déguste une glace chocolat à l’extérieur vu que les desserts me paraissaient un peu cher au restau. Puis je me cherche un coin à l’ombre une fois sorti de la ville. Je sieste mes 30 minutes syndicales. Le soleil tape à nouveau fort. Je continue ma progression vers le nord-ouest en direction de la ville de Oswięcim en polonais, Auschwitz en allemand. Mais, auparavant, il me faut tracer à travers la campagne par de charmantes routes. Au loin, j’aperçois les contreforts des massifs que je viens d’emprunter.

Les champs de céréales et marais ressurgissent. Les reliefs s’adoucissent. Les forêts rapetissent. Les pentes se font lisses. Les hordes de motards rugissent. Les gamins en famille à vélo s’assagissent. Et moi, j’enfile les saucisses !

Alors que j’arpente toujours de petites routes de campagne, je passe devant un trio tenant stand. Je m’y arrête pour boire une verre de jus de cerise et manger un gâteau. C’est toujours un plaisir de voir des jeunes essayer de se faire de l’argent de poche de cette façon. Cela me rappelle l’Irlande l’an dernier et le Danemark il y a quelques années déjà. Par contre, les pôvres sont un plein cagnard

Je profite de cet arrêt au stand pour regarder mes cartes. Je ne suis plus très loin de l’objectif. Au sud de cette ville de 35.000 habitants, je vais traverser une zone de lacs. J’y repère un « lieu de repos ». Je m’y dirige. En fait, il s’agit d’une table au bord des lacs avec, effectivement, un lieu pour y planter ma tente et m’y reposer.

J’aime bien avoir un tel endroit où je peux me poser pour écrire et manger. Un minimum de confort ne fait pas de mal dans ce monde de brutes. En parlant de cela, je consulte les sites pour connaître les horaires d’ouverture et les modalités. Sur le site officiel, les prochaines visites sont ouvertes pour le lundi 26/6. Gloups ! Mais, quelques billets seraient en vente libre. Demain matin, je vais me pointer à l’ouverture et tenter ma chance.

Alors que je rédige ces lignes et que j’ai déjà vu passer quelques VTTistes qui me saluent en passant, deux jeunes s’arrêtent pour faire une pause. Ils s’installent et, par traducteur interposé, on échange. En blanc, c’est Mateus. En noir, c’est Pavel. Lui fait du tir sportif avec un lance-pierre (en l’occurrence des billes d’acier). Il arrive à toucher une branche à 50 mètres. Impressionnant. De plus, j’ai droit à ma bière (sans alcool) mais qu’est-ce qu’elle est appréciée. Merci les gars pour ce moment de partage.

Une fois les gars partis, je cherche des infos pour demain sur Google. Je tombe par hasard sur cet article, incomplet mais significatif, du Monde. Rétrospectivement, cela fait quand même un peu froid dans le dos.
Puis, je fais ma pratique quotidienne de Qi Qong devant le coucher du soleil. Il y a pire comme endroit pour rester en contact avec Dame Nature et se ressourcer en énergie positive. Il est temps de rejoindre mon home-sweet-home.

Une fois mes lectures terminées, je rejoins les bras de Morphée. Mais je suis réveillé par le bruit d’une voiture qui vient se garer juste à côté de ma tente. Quelqu’un en sort et m’interpelle. J’espère que ce n’est pas pour me virer, me violenter voire me violer ! En fait, il s’agit d’un chasseur nocturne. Il vient juste me prévenir en anglais (« I am hunting ») de ne pas m’inquiéter. Je l’entendrais partir plus tard sans qu’un seul coup de fusil n’ait été tiré.
Résumé :

94kms, 5h03, 18,6km/h, 1209D+ 1749D-, beau temps, bivouac