Je suis réveillé à nouveau à 5h du mat’ mais, cette fois, c’est par le croassement des corbeaux. Ils font un boucan d’enfer ces emplumés. C’est certainement l’appel du 18 juin ! J’attends que le soleil pointe vraiment le bout de ses rayons pour sortir du lit. Il est un peu plus de 6h. C’est un peu plus calme qu’hier soir. Je mets ma tente à sécher pendant que je déjeune. A 7h, je quitte ce joli lac bien aménagé. Il y a même des panneaux solaires qui permettent un éclairage nocturne. Lorsque je me suis levé pour une pissouille, c’était assez irréel.

Je retrouve ma superbe piste cyclable EV11 qui m’emmène à Wislica. Je suis seul au monde. Hormis deux jeunes qui se rendaient à vélo à leur collège, je ne croise personne. Aux intersections des routes principales, des abris avec matériel de réparation et pompe (en jaune à gauche) ont été installés par les fond européens.

Je circule par monts et par vaux sur ce superbe itinéraire. Si tous les axes pouvaient être de cette qualité. De temps en temps, j’aperçois de loin des paysans en train de sarcler leur champ ou faucher la luzerne pour leurs animaux. Par contre, j’effraie quelques couples de faisans et de perdrix. Quelques cigognes guettent des proies devant les rangées de foins. Un lièvre, lui, se planque dans son champ de luzerne sans prendre la fuite. Les gazouillis des oiseaux accompagnent ma montée vers le nord. Je suis au paradis des cyclotouristes ! Là, je passe devant un marais seulement troublé par le croassement des batraciens.

Sinon, je traverse des cultures de petites parcelles de céréales. Pour le mental, c’est beaucoup moins fatigant que ces grandes plaines de mono-culture.

Lorsque je traverse de rares hameaux, la Vierge Marie me protège. La Pologne est vraiment une terre catholique.

Avant d’arriver à Wislica, je suis obligé d’emprunter la route principale 776 sur quelques kilomètres. Quel contraste ! Je retrouve « Le bruit et l’odeur du diésel moteur » (dixit Zebda). Heureusement, cela ne dure pas et je repars dans la cambrousse. Je file ainsi, alors que le soleil est d’or et que le vent dort, jusqu’ à la ville de Busko-Zdój. Je trouve enfin une boulangerie (Cukiernia) qui fait aussi café. C’est un vrai défilé ! Je prends ma dose d’humains pour la journée. Je profite d’une légère accalmie pour prendre en photo la devanture bien alléchante.

Il est 10h40. Je reprends la route. Je traverse maintenant une forêt de résineux et de bouleaux (dont je ne suis plus prisonnier donc je vais faire de vieux os). Par contre, la piste cyclable se termine. J’emprunte désormais de petites routes campagnardes. Hélas, la signalisation n’est pas terrible. Je suis obligé de me brancher sur mon GPS à la moindre intersection. Aucun panneau n’indique la route à suivre. Pour une EuroVélo, cela la fout mal quand même !

Avec la chaleur, le vent commence à se lever. Et, évidemment, il est du nord. Donc dans la tronche ! Je traverse la petite ville de Chmielnik, chère à Coluche. Au bord de la place principale, il y a une nouvelle halte pour cycliste. Cette fois-ci, il y a de l’eau contrairement aux précédentes. Et cela manque vraiment aussi. Je peux enfin remplir mes gourdes.

Comme il est midi passé, je consulte mes cartes pour repérer un restau dans le quartier. A part ici, il n’y a rien dans la pampa. Cependant, le seul restau du coin est fermé. Je me rapatrie sur un kiosque, indiqué par un local, sis sur la place principale. Ce midi, ce sera kebab-frites accompagné de sa Tyskie.

Puis café-gâteau au chocolat dans la Cukiernia du coin. Je jardine un peu avant de trouver la bonne route pour repartir. Cela me permet de passer devant le cimetière juif. Ce cimetière a été complètement détruit par les allemands lors de l’invasion de la Pologne. De plus, 256 habitants juifs ont été assassinés à Auschwitz. Une association s’est battue pour ériger ce nouveau cimetière juif avec, sur le tumulus, les restes des plaques de l’ancien cimetière.

Je m’éloigne de la ville à la recherche d’un coin tranquille pour siester. Je le trouve après avoir emprunté une piste forestière. Cela faisait longtemps. Après mes 30 minutes de pause syndicale, je reprends la piste. Le décor a changé. Je traverse dorénavant de grandes forêts de résineux. Quelques pâturages font tâche dans le paysage.

Par contre, je ne traverse que des hameaux de quelques maisons. Celle-ci se trouve dans le hameau de Papiernia. Les habitants sont sur le pas de la porte à attendre que le temps passe. Avec la chaleur, cela fait un peu ambiance « Délivrance » pour celles et ceux qui ont vu le film.

Alors que je descends dans la vallée de la Czarna, je tombe sur la Green Vélo. Anne-Claire, croisée à la frontière Slovaquo-Polonaise, m’en avait parlé. C’est une voie cyclable qui traverse toute la Pologne d’ouest en est.

Je vais la suivre un moment jusqu’à la ville de Raków. Je m’y arrête pour faire mes emplettes. Je mets yaourts, pain et autres plus fragiles dans mon sac de course bleu accroché à mon porte-bagage, le reste dans la sacoche avant. Ensuite, je laisse la Green Vélo et monte au nord. A la sortie de cette bourgade, ma trace m’envoie sur une piste forestière sablonneuse et caillouteuse. Ça secoue et ça dérape. Je fais gaffe de ne pas me casser la margoulette. A un moment, je suis obligé de poser pied à terre à cause d’une partie trop sablonneuse. Je me retourne. Plus de sac ! Et merde !!! Avec les secousses, il s’est décroché. Je fais demi-tour. Au bout de quelques minutes, je l’aperçois au milieu du chemin. Ouf !

Une fois sorti de cette piste et de cette immense forêt, je tombe sur un plateau, retrouve des cultures de céréales et des habitations et fermes tout le long de la route. Impossible de trouver un endroit où bivouaquer tranquille. Je m’embarque dans un chemin pour me rapprocher d’un cours d’eau mais c’est trop marécageux. Finalement, alors que je rejoins la rivière Lagowica, je prends une route à gauche qui monte à flanc de côteau. Puis, en haut, un chemin qui part sur le haut de la colline. J’y trouve un couloir jaune où je peux enfin m’installer.

Quelle journée mes aïeux avec la plus longue en temps de parcours et, aussi, le passage symbolique des 4.000 kms … Il est temps de faire un brin de toilette, de casser la croûte (pâtes carbonara lyophilisées, tomates, yaourts chocolat), de bouquiner et, surtout, de récupérer !
Résumé :
111kms, 6h30, 17,1km/h, 917D+ 836D-, beau temps, bivouac