J59 – lundi 30 juin 2025 – Solnica / Krzekoty

C’est à nouveau le froid qui me réveille ! Un comble en ces périodes caniculaires sur la France. Vers 5h du mat’, j’enfile mon tee-shirt à manche longue pour finir ma nuit au chaud. Je lève mon corps vers 6h15 alors que mon esprit me demandait de rester encore un  peu sous la couette. Le vent du nord souffle à nouveau. De ce fait, tout est sec. Je plie les gaules avant de rejoindre l’aire de repos de l’EV10 pour y déjeuner confortablement assis. Ce matin, ce sera thé noir, jogurt avec muesli et banane bien mûre, pain aux céréales et miel.

Avant de prendre la route, je signale que je viens de passer la barre symbolique des 5.000 kms à une unité près. J’aurais voulu faire exprès, je n’y serais pas arrivé. De plus, cela est aussi le hasard, j’en suis à 42.195 mètres (un marathon !) de dénivelé ! Soit à la louche, 800 mètres de dénivelé par jour sachant que, depuis 10 jours, c’est profil plutôt plat. J’en suis également à 43 nuits sous la tente pour 15 hébergements en dur notamment lorsqu’il a plu ou que je suis en mode pause.

Après les chiffres, les actes. Il est 7h15 quand je reprends la route. Je quitte cette aire où il y a toujours un kit d’outils attaché et une pompe (au fond à gauche). Un plan permet également de se repérer et de voir les endroits à visiter. Il indique également les prochaines aires (environ tous les 15 kms). Mais, je me répète, il manque un point d’eau !

Je vais suivre la trace EV10 qui emprunte une route partagée longeant le fleuve Nogat (que j’ai dû déjà suivre et que j’ai dû appeler rivière). Cet EV10 est en fait le tour de la mer Baltique. Cependant, ce que je n’avais pas tilté en regardant le site, c’est que la trace passe dans l’enclave russe. Pas glop, pas glop !

Le ciel est dégagé. La journée s’annonce belle. Après avoir passé le hameau de Kępki, je continue à suivre ce fleuve pour rejoindre le lagon de la Vistule alors que l’EV10 part au sud dans la cambrousse. J’ai parfois du mal à comprendre la logique de ces tracés.

La route est toujours aussi paisible sans beaucoup de circulation, certainement reportée sur l’autoroute S22 un peu plus au sud. Je fais quand même gaffe aux batraciens alors que j’ai vu une biche morte, fauchée par un automobiliste, dans un fossé.

Je m’arrête devant la stèle dédiée aux morts du camp de concentration de Stutthof (aujourd’hui Kamionek Wielki). Ce camp, et ses sous-camps, est notamment connu pour « La marche de la mort ». En effet, le 19 janvier 1945, alors que l’Armée Rouge progresse à l’est, le commandant SS du camp décide de déplacer les prisonniers vers d’autres camps plus à l’ouest. Ce sont plus de 30.000 prisonniers, dont des français, qui furent ainsi déplacés du 25 janvier au 12 mars 1945. Plus de 17.000 moururent.

Après ce terrible épisode, je repars sur la petite route longeant le lagon. Je fais une pause sur le premier port rencontré …

… avec, à côté, sa belle plage de sable fin.

Puis je retombe sur la GreenVelo qui, elle, longe la côte sur un chemin bétonné mais parfaitement praticable. Je ne comprends pas pourquoi l’EV10 ne s’appuie pas dessus. C’est quand même plus agréable de rouler là que dans la pampa. 

D’autant plus que, sur cette trace, il y a une magnifique plage. Dommage que le bar-restau soit fermé. De temps en temps, je tombe aussi sur des bases de camping-cars  et véhicules aménagés pour les passionnés de kitesurf. Vu le zef, ils doivent s’amuser !

Après cette belle balade en bord de lagon, je parviens dans la ville de Tolkmicko. A nouveau, je ne trouve aucun café ouvert. Coup de bol, je m’arrête devant une marchande de glace au cas où. Elle fait du kawa et également de délicieux gâteaux faits maison dont un à la fraise des bois et aux épinards. Évidemment, je teste : un délice ! Je repars vers 11h pour la traversée de la forêt.

En effet, la trace GreenVelo m’envoie en plein milieu d’une grande forêt au bord de ce lagon. Autant dire que je ne croise personne excepté un gars assez costaud en mode gravel arrêté à un MOR (aire de repos des GreenVelo). Il me rattrape et entame la conversation en anglais me demandant, as usual, ce que je fous là ! Quand je lui dis d’où je viens, j’ai droit à « You are a crazy guy !« . Après le Grand Homme, me voici le Type Fou. A bien y réfléchir, il n’a pas tout à fait tort non plus.

Je rejoins la route bitumée qui mène à la ville « côtière » de Frombork. J’y trouve un bon restau où je me fais plaisir. Ce midi, ce sera (énorme) côte de porc panée avec ses pommes de terre à la vapeur et ses légumes de saison. Le tout accompagné de groseilles et d’un verre de vin rouge. Après ce délicieux repas et un double-espresso, je prends mon dessert dans la pâtisserie du village. En effet, la celle du restau était à 30PLN soit 7€ (aussi cher qu’en France). Alors que le bâton de brownie (un brownie en barre nappé de caramel, de noix et de chocolat noir) à 2,20€ est une tuerie. Après l’avoir mangé en pédalant, j’ai failli faire demi-tour pour en reprendre un autre !

J’entame la seconde partie de la journée benaise comme disait ma grand-mère maternelle. Je quitte cette belle bourgade de Frombork à la magnifique cathédrale fortifiée. Par contre, les panneaux EV10 ont disparu ! Je pense qu’il doit y avoir des conflits avec certaines régions.

Puis je remonte plein nord jusqu’à quelques encablures de la frontière polono-russe. Une fois arrivé dans ce dernier village polonais sur cette route, je bifurque à droite alors que je suis à 700 mètres de la frontière. J’ai hésité quelques instants à m’y rendre. Mais bon. Je vais devoir faire tout le tour de cet oblast, en passant par la Lituanie, avant de retrouver la mer Baltique.

J’emprunte une nouvelle petite route après avoir traversé le village aux cigognes. D’habitude, depuis mon départ, chaque village possède un, voire deux, promontoires où nichent un couple de cigognes et leurs cigogneaux. Mais là, il y a des promontoires partout ainsi que des nids construits sur le toit des granges.

Je file bon train, plein est, vent de nord-ouest dans le dos, sur cette petite route campagnarde. Je longe la frontière russe qui est parfois à quelques centaines de mètres un peu plus au nord. Je m’arrête ensuite dans le sklep du village de Zelazna Gora. A l’intérieur, une dizaine de personnes tapent la causette. Mon arrivée va provoquer l’attraction de la journée. En effet, ce n’est pas évident de choisir ses denrées alors qu’il y a un comptoir devant et la patronne derrière. Heureusement, une jeune femme, parlant quelques mots d’anglais, fait la traduction (petit/grand, gauche/droite, en haut/en bas, …). La scène est assez comique. Sans parler des deux ivrognes de service qui viennent me taper la causette en polonais ! Je les quitte et passe devant cette petite ferme restaurée bien sympathique.

Ce n’est pas le tout de faire le pitre et prendre des photos mais il me faut partir à la pêche au bivouac. Je repère la trace de la GreenVelo qui rejoint ma route à l’est à une dizaine de bornes de là. En effet, la route passe au milieu de cultures céréalières et de marécages. Donc aucune chance de trouver mon bonheur. Une fois arrivé, je ne peux que constater que l’aire MOR est squattée par les jeunes du village. Il me faut remonter la GV et trouver une piste éloignée du village et des fermes isolées. Après quelques minutes, je tombe sur une clairière près d’une coupe de bois avec un promontoire de chasseur. Ce sera parfait pour ce soir. Il est déjà 17h30. J’installe le campement.

Une fois le campement installé, je monte sur mon perchoir pour y boire ma bière accompagnée de cacahuètes en rédigeant ces lignes. Puis je casse la croûte là-haut en attendant que le soleil décline derrière les arbres.

Résumé :

103kms, 5h55, 17,4km/h, 600D+ 498D-, beau temps, bivouac


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