Ma foi, la nuit fut fort agréable sous mon abri de MOR. Par contre, le soleil levant m’a réveillé aux aurores. Cette fois-ci, je ne replonge pas. La journée est annoncée « caniculaire » (nouvelle alerte météo reçue). Le campement est vite plié et le déjeuner vite avalé. A 6h30, je suis déjà sur la route. Je retrouve mes lacs entourés de forêts.

Par contre, la GV longe la route 651 en travaux. C’est le gros chantier sur plusieurs kms. Les rares automobilistes doivent patienter un long moment avant de s’engager sur l’unique voie restante. Quant aux cyclistes, comme d’hab’, ils avancent. A ce sujet, savez-vous quelle est la vitesse d’un véhicule (thermique ou électrique) en agglomération : 14km/h. Et celle d’un vélo ? 15km/h.

Donc je file à 15km/h en moyenne vu le profil vallonné de ce début de matinée. Avant d’arriver au village de Blakaly, je tourne à droite. Je passe devant un étrange trophée en bord de route. En fait, il s’agit d’une tour d’observation qui domine les alentours. Évidemment, j’y grimpe quatre à quatre. A 60 mètres d’altitude, la vue est effectivement superbe à 360°c.

D’un côté, un lac allongé avec un endroit superbe au pied pour bivouaquer. Dans une prochaine vie, j’y reviendrai …

De l’autre, un lac rond avec toujours ces grandes prairies où paissent de nombreux troupeaux de vaches et ces forêts de conifères.

Rapidement, je me retrouve à nouveau sur un chemin blanc. Je roule bon train, en descendant par le chemin droite, et file tout droit. Je passe devant une nouvelle tour d’observation identique à la précédente. Je continue mon chemin. Arrivé au village de Skajzgiry, je me rends compte que j’ai raté une bifurcation. Il me semblait bien que le vent avait changé de direction vu que je montais au nord.

Je n’ai plus qu’à faire demi-tour et prendre l’embranchement sur la gauche pour descendre au sud. J’emprunte toujours un agréable chemin qui me fait longer le Suwalski Park Krajobrazowy. Par contre, vu je ne passe que dans des hameaux complètement paumés en pleine campagne, je ne trouve aucun sklep ! De temps en temps, je longe des champs où poussent d’énormes pierres de granit. Drôles de culture !

Après avoir retrouvé une belle route bitumée, je file vers la bourgade de Jeleniewo. J’y trouve enfin un beau restau où la jeune patronne me sert un bienvenu americano accompagné de 3 pignes de pain caramélisées. Comme d’hab’, j’ai stationné HakaOne devant le rack à vélo juste sur la droite du cerf.

Après cette belle pause et la photo prise de la devanture, je vais pour enfourcher HakaOne quand je me rends compte que quelque chose cloche. Effectivement, mon panneau solaire a disparu ! Alors ça, c’est la première fois que je me fais voler quelque chose depuis que je voyage à vélo. Je pense que c’est un jeune branleur (ou plusieurs) qui a dû passer là, voir le vélo et le panneau dessus. Vol stupide de circonstance. Il aurait aussi pu me piquer la tente voire le vélo. Ce qui m’embête le plus dans l’affaire, ce sont mes deux batteries externes qui étaient à l’intérieur dont une en « charge ». De plus, à 5 minutes près, j’en sortais une pour recharger mon portable sur lequel il ne restait plus que 5% de batterie. En fait, je pense que mon panneau solaire était bien mort lui aussi vu la lenteur de chargement par rapport aux autres voyages. Enfin, cela me rend quelque peu amer avant de quitter ce beau pays.
Après cet épisode fâcheux (ce n’est que du matériel), je reprends ma route en direction de la ville de Sulwaky avant de m’arrêter devant ce monument aux morts pour les soldats russes tués au front en chassant les allemands.

Sur les 46 tombes de ce cimetière, un certain nombre n’a qu’une étoile rouge (en haut à gauche). Certainement par ce que le soldat tué n’a pu être identifé. Alors que d’autres n’ont que le nom et très peu une stèle avec le visage. Celui-ci est mort le jour anniversaire de ses 38 ans. Au total, ce furent 46.000 prisonniers soviétiques tués dans le camp de prisonniers de Suwales et 5.136 soldats et officiers tombés au combat.

Après avoir fait une halte à l’entrée de la ville dans le magasin Action afin d’y acheter 2 nouvelles batteries externes, je me dirige en plein centre ville. J’y trouve un restau self-service sobre mais efficace. J’y prends un plat de viande farcie autour d’un cornichon (!) avec du riz et de la salade. Par contre, il n’y a ni alcool, ni pain, ni dessert, ni café. Le plat est délicieux. Je vais ensuite prendre mon café accompagné d’un gâteau (ciesto) chocolaté dans la pâtisserie en face. Une fois repu, je vais m’allonger dans un parc pour siester. Le thermomètre atteint les 30°c ! Les marchands de glace font fortune.

Je reprends ma route pour attaquer le dernier tronçon de cette journée. Là, ce n’est pas compliqué. La GV suit la route 653 qui mène à la frontière. De plus, le vent me pousse au cul. Je traverse cette fois-ci le haut du Wigierski Park Narodowy. Je traverse également le village au nom prédestiné. J’en reparlerai tout à l’heure.

Après avoir fait mes emplettes dans la bourgade de Sejny, je file jusqu’au lac de Holny où j’ai repéré un café. En fait, c’est un café-bar-glacier en bordure de plage avec chaises longues et parasol. Quelques autochtones sont encore en maillot de bain alors que le ciel se couvre. Je dépense mes derniers zloty et bois ma dernière bière polonaise accompagnée de ces gâteaux de boulard, comme aurait dit mon frangin Franck le pâteux, fourrés à l’abricot ou à la cerise.

Je prends une dernière photo d’un lac avec ce ciel menaçant. Il va falloir que je m’affole pour trouver un hébergement. Plutôt que de suivre la grand route, ma trace m’envoie dans la pampa.

Je retrouve une piste blanche qui mène à la frontière. A une centaine de mètres de cette frontière matérialisée par des bornes blanches et une coupe dans la forêt, se trouve une ferme abandonnée. Je vais y jeter un œil. Elle n’est effectivement plus habitée. Par contre, dans la bâtisse en bois à gauche, j’ouvre une porte sans cadenas, entre et vois des porcelets dans un box ! Donc quelqu’un doit venir les nourrir.

Finalement, je m’installe un peu plus bas à couvert. Je suis à 30 mètres de la frontière. Les nuages ont envahi le ciel. Quelques gouttes tombent. Mais j’ai le temps de prendre ma douche et de monter le bivouac au cas où … Puis je vais récupérer un banc trouvé derrière la ferme. Il est temps d’écrire puis de dîner. Auparavant, j’appelle Manou, le dernier de la fratrie, qui fête son anniversaire aujourd’hui. Je tairai son âge mais j’ai l’impression que c’est toujours un gamin. Quoique. Il a 20 ans vu qu’il est à nouveau amoureux ! Spéciale dédicace Manou et je te souhaite tout le bonheur du monde. Pour fêter cette superbe nouvelle et ma dernière soirée polonaise, je bois à notre santé avec une vodka Zubrowka évidemment !

Comment aurais-je pu quitter ce pays sans en boire le nectar ? C’eût été un sacrilège. D’ailleurs, je me rends compte que je n’ai toujours pas fait le topo sur ce pays. Il serait grand temps. La Pologne est située au centre de l’Europe. Sa superficie des 312.685 km2 (2 fois plus petite que la France). La population est de 37 millions d’habitants. Le salaire minimum mensuel brut est de 1.100€. Le salaire moyen est à 2.050€. La vie y est un tout petit moins chère qu’en France. Le prix du litre d’essence et de diésel est à 1,33€.

Je termine cette dernière soirée sou comme un Polonais après m’être terminé ma fiole de vodka. J’admire mon dernier (magnifique) coucher de soleil alors que l’orage est passé au loin.
Résumé :
114kms, 6h32, 17,4km/h, 572D+ 611D-, beau temps, bivouac