J67 – mardi 8 juillet 2025 – Dovainonys / Seredzius

Réveillé à 5h du mat, je replonge jusqu’à 6h30. A 7h30, je quitte ce superbe bivouac de ce lieu nommé Mergakalnis

Il a plu cette nuit. Le ciel est à nouveau menaçant en ce mardi matin. Je reprends le chemin piétonnier puis traverse le hameau avant de retrouver ma route. Après quelques kms parcourus, une biche sort de la forêt et traverse la route à 200 mètres devant moi. Heureusement, aucun véhicule ne passe à ce moment. Hier, j’ai vu un faon, mort dans le fossé, fauché par un chauffeur-faucheur.

Je passe à nouveau au-dessous de l’autoroute A1 qui mène directement à Kaunas. Quant à moi, je vais partir au nord dans la forêt pour éviter cet axe. Avant d’y entrer (dans la forêt, pas dans l’axe !), je passe devant cette charmante ferme fleurie. Au-dessus des arbres, en haut à droite, on aperçoit une tour de gué pour prévenir les incendies.

J’attaque la traversée de la forêt après avoir passé la bourgade de Pravieniskes. C’est une piste qui me semble roulante. Après la pluie, elle est un peu collante mais ça devrait le faire. Après quelques centaines de mètres parcourus, j’aperçois ce panneau qui signale un site. Je m’y arrête.

Il s’agit d’une plaque commémorative suite à la déportation et à l’assassinat de juifs … français en 1944 ! Après avoir nettoyé la plaque du bas, j’essaie de déchiffrer le texte écrit en français. Il s’agit d’une plaque commémorative à la mémoire des 878 juifs déportés et tués à Kaunas (Fort IX) et dans le village traversé. Ce texte finit par « N’oublions jamais ces victimes tués par la barbarie nazie au nom de la haine raciste. » Hélas, l’Histoire ne fait que de se répéter.

Puis, j’entame une longue chevauchée de 7 kms où je croise, à mon grand étonnement, de nombreuses voitures avant de retrouver une route bitumée. J’entre dans la province de Kaunas jumelée, comme chacun sait, avec celle du Connacht en Irlande où j’étais l’an dernier à cette époque. Les conditions climatiques ont été celles d’aujourd’hui pendant 53 jours ! Il me faut à présent traverser les fameuses zones d’entrée d’agglomération. Cela n’en finit pas d’autant plus qu’il me faut franchir une colline avant de basculer sur le fleuve.

A 10h00, j’arrive enfin dans la vieille ville avec son château, bâti entre les rives de la rivière Neris, dont la confluence est juste après, et du fleuve Nemunas.

Puis je pars déambuler dans la vieille ville en contrebas. Hélas, la place principale est en plein travaux de dallage.

Je m’arrête dans un café à l’angle. Mauvaise pioche. Le café n’est pas terrible. La prise pour recharger mes appareils (il ne me reste que 3% sur le téléphone) ne fonctionne pas. La wifi ne fonctionne pas. Et, comble du comble, il n’y a pas de pâtisserie ! Tant pis. En payant au bar, je tombe sur un espagnol venant de la Mancha qui boit son café vite fait alors que son groupe l’attend. J’échange quelques mots en espagnol avec lui. Que c’est dur de switcher en espagnol alors que je pense en anglais. Je pars me balader à vélo dans la vieille ville.

Puis, après avoir difficilement traversé un boulevard urbain par un passage souterrain avec une rampe à vélo vraiment mal conçue (heureusement qu’un couple m’a aidé à pousser le vélo vu que je patinais grave avec mes chaussures à cale), je me balade dans la rue commerçante. Au bout de celle-ci se dresse l’imposante église de Saint-Michel-Archange.

Il est midi passé. J’ai les crocs. Je pars à la recherche d’un restau. Après plusieurs tentatives infructueuses (cave sans réseau, restau blindé, restau trop prout-prout), je trouve enfin un endroit où me restaurer. De plus, la jeune serveuse est très sympa. Je goutte enfin la fameuse soupe rose à la betterave accompagnée de lamelles de pomme de terre. C’est un délice. Puis je dévore une brochette de poulet avec ses frites congelées (hélas !) et sa garniture de légumes. Toujours ni pain, ni dessert. J’irai le prendre plus loin avec mon expresso.

Après bien des zigouigouis, j’arrive à sortir de la ville. Je suis épuisé nerveusement. C’est vraiment compliqué de se balader à vélo dans une grande ville. Il faut faire gaffe aux piétons, aux feux, aux voitures tout en essayant de profiter de la ville. Je finis par rejoindre une belle piste qui longe le fleuve Nemunas. Plus à l’ouest, ce fleuve est la frontière naturelle avec l’oblast de Kaliningrad. Là, c’est un régale. 

Mais, forcément, à un moment la piste bitumée devient piste blanche. D’ailleurs, j’ai retrouvé l’EV11 qui emprunte cet axe. La piste est assez stable. Je peux rouler malgré quelques frayeurs avec quelques passages sablonneux pour le moins « déstabilisant ». Je vais effectuer presque 20 bornes sur cette piste entrecoupée de quelques secteurs bitumés pour desservir des hameaux.

Cependant, c’est du pur bonheur. A part quelques pêcheurs, je ne croise personne. Je suis seul au monde sur ma piste. Mais toute bonne chose ayant une fin, la piste s’arrête au pied de la bourgade de Vilkija et rejoint la route orange n°141 parallèle au fleuve.

J’en profite pour m’arrêter à l’épicerie du coin pour mes emplettes quotidiennes La patronne est plutôt du genre austère. J’ai la possibilité soit d’emprunter le bac puis de prendre la rive gauche plus sauvage mais avec des routes blanches, soit de poursuivre rive droite mais avec plus de circulation. J’opte pour la seconde option. Malgré un petit vent d’ouest, j’avance bon train. Pendant ma halte, j’ai regardé ma carte et repéré un belvédère à 6kms de là. J’y arrive. En fait, le belvédère est occupé par un manoir interdit à la visite sauf le week-end. Je pousse jusqu’à la chapelle puis un chemin qui mène en haut de la falaise mais ce n’est pas « bivouacable ».

Un peu plus loin, un camping est indiqué. Je m’y rends mais je fais à nouveau chou blanc. Il est fermé. Je n’ai plus qu’à redescendre la belle grimpette de 600 mètres à 8% que je viens de me taper.

Je reprends la levée du fleuve et bifurque à gauche sur le premier chemin venu. Bingo ! Au bout, je tombe sur un bel emplacement de pêcheurs pour m’installer en bord de fleuve. Il est 17h45 heure locale. En France, c’est l’arrivée du TdF à Rouen que je vais suivre en direct. A ce sujet, je vous propose une digression. Cela faisait un bail. Peut-être ‘ia-je déjà rencontré. Il faudrait demander aux anciens qui me suivent depuis 2019 et mon 1er périple en solo d’Orléans à Budapest par l’EV6.

En 1982, alors que je n’avais que 21 ans mais bossais déjà depuis 3 ans après avoir passé un bac informatique, j’étais resté 15 mois en mission chez Burroughs, pour informatiser la gestion d’effets de commerce pour la Crédit Agricole d’Ile-de-France, au Val-de-Reuil à une vingtaine de bornes de Rouen. Je partais le dimanche soir de chez les parents de ma copine (et ex-future femme mais ça c’est une autre histoire) Sophie pour me rendre dans mon foyer de travailleurs immigrés (et oui, je venais de Tours) où je logeais. A ce sujet, l’accueil des Blacks et des Beurs de ce foyer étaient autrement plus sympas que l’accueil de beaucoup de Blancs rencontrés ici ou ailleurs. Sur ce projet d’une dizaine de personnes, j’avais sympathisé avec Renaud, grand amateur de cocktails.

Comme une partie de cette mission se déroulait pendant la Coupe de Monde de Foot en Espagne, j’allais chez lui voir le 1er match de 18h pendant lequel on se tapait un cocktail fait maison. Puis nous dînions avec sa femme. Et on attaquait ensuite le second match en vidant une bouteille de Vouvray méthode champenoise du grand-père de ma copine. Après cette CdM, quelques virées dans le bar, sis rue du Gros-Horloge à Rouen, de l’ancien barman du navire Le France, j’avais pris quelques kilos que je trainais le dimanche après-midi sur les terrains de foot de Touraine au grand dam de mon entraîneur. Les débordements sur mon aile gauche devenaient un peu plus laborieux.

J’avais également rencontré Joël, un passionné d’automobile, organisateur du Rallye de Rouen avec qui j’allais faire les recos pour tester son road-book à bord de sa Renault Turbo. A 170kms/h sur les petites routes empruntées par les coureurs du TdF, ça dépotait ! D’ailleurs, il avait vrillé sa bagnole au Rallye de Touraine et j’étais remonté avec lui et la voiture sur la remorque. Fin de la digression alors que je me fais attaquer par une nuée de moucherons. Je profite des derniers rayons de soleil, donnant une si belle lumière sur la forêt de l’autre rive, avant d’aller rejoindre mes pénates.

Résumé :

97kms, 6h08, 15,8km/h, 1417D+ 1441D-, beau temps, bivouac


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