C’est à nouveau le froid qui me réveille ce matin vers 5h du mat’. Cela faisait longtemps. J’enfile mon tee-shirt à manches longues avant de replonger. La pluie a cessé. Elle est tombée drue toute la soirée. J’émerge vers 6h30. Tout est trempé. Je mets la tente à sécher pendant que je déjeune. Je plie les gaules vers 7h45 après avoir admiré une dernière fois mon bivouac avec une timide percée de ciel bleu.

Je sors par un chemin du lac, traverse le nord de la ville encore endormie puis emprunte la route jaune (donc sans piste en principe) n°2105 en direction de la ville Siauliai. Elle est distante d’une trentaine de bornes. Le vent du nord souffle toujours. Il est glacial. La température est de 13°c. Je suis frigorifié. Je m’arrête pour enfiler mes jambières et ma veste d’hiver. Cela me rappelle l’an dernier en Irlande. JE suis vraiment dans le dur ! Et ce n’est pas cette sculpture d’arbre qui va me rebooster.

Je retrouve une grande plaine céréalière. Celle-ci est plantée d’immense éolienne, pas encore en service car le parc est en construction. C’est vrai que cela défigure quand même le paysage.

Cependant, les habitants de ces petites maisons soit de bois, soit de briques blanches comme celle-ci, n’ont pas le choix.

Après une difficile matinée, entre le froid, le vent, les longs faux plats montants et le moral dans les chaussettes, j’arrive en périphérie de cette grande ville. Auparavant, j’ai à nouveau traversé nombre de hameaux à la conjugaison au passé simple mais sans vie et sans café. Il y a juste dans celui de Pakapé où mon coeur s’est emballé. En effet, alors que les stores d’une épicerie étaient fermés, un homme attendait devant. C’était 9h58. L’homme me fait signe que le magasin va ouvrir. J’attends. La patronne est une jeune beauté divine, brune, nombril à l’air. Bonté divine ! Cela me réchauffe d’un coup. Par contre, elle n’a pas de café. Tant pis. Je poursuis ma route et arrive enfin, par une magnifique piste cyclable, en ville.

Je traverse à nouveau les zones d’entrée de ville dont celles prolétaires aux bâtiments de briques blanches, comme partout, même dans certaines bourgades.


Puis je me dirige vers le centre. Dans la grande rue piétonne, quelques restaurants jouent des coudes pour attirer la clientèle BCBG des beaux commerces et tertiaires.

J’en choisis un au pif (celui de droite). J’opte pour le menu du jour avec sa soupe aux épinards et légumes de saison (spinaty) …

… suivi du plat national lituanien (cepelinai su męsa varske). Ce sont des boulettes de pommes de terre farcies avec de la viande servies avec des lardons et du fromage blanc. Je me régale. Le nom cepelinai vient de la forme qui évoque celle des zeppelins. Je ne sais pas si mes compagnons de voyage Jimmy Page, Robert Plant, John Paul Jones et John Bonham était au courant

Après ce bon déjeuner, je vais prendre mon café/gâteau dans une boulangerie un peu plus bas. Quand j’en sors peu avant 14h, il s’est mis à pleuvoir. J’emprunte une piste cyclable pour sortir de la ville. Comme d’hab’, il y a toujours un abruti « qui en a pour 2 minutes » pour stationner en plein milieu. Je m’arrête et sonne à la maison. Mais personne ne m’ouvre. Moi, ça va, je vais passer. Mais imaginez votre gamin s’il contourne la voiture par la route avec le camion qui arrive en face. C’est ce que je dis toujours à nos politiques lorsqu’ils sont très fiers d’inaugurer une piste ratée : « Pensez à vos enfants ou petits-enfants, est-ce que vous les laisseriez aller sur cette piste ? ».

En sortant de la ville, je longe la route principale verte A12 en empruntant toujours une piste cyclable. Après une dizaine de kms, j’arrive sur le site de la Colline aux croix.

A l’entrée (gratuite), un parking accueille nombre de cars de touristes, de camping-cars et de voitures. Quant à moi, je m’y rends direct. Ce site est assez remarquable. Sur une petite colline se dressent des milliers de croix de toute taille.

Je vous laisse vous balader en empruntant l’escalier principal puis de petites sentes.



Après cette visite assez surréaliste, je repars, sous le crachin, en sens inverse sur la grande route A12. Je ne suis pas certain de la continuité de la piste cyclable. Effectivement, elle s’arrête au niveau de l’intersection pour aller sur le site. Finalement, j’opte pour prendre une piste afin de rejoindre un itinéraire jaune à l’est. Après la colline des croix, ce sera mon chemin de croix. « On the trail again, again … ». Cet aprèm, c’est Francis Cabrel qui m’accompagne. Vu la météo, je fais le choix de belles chansons mélancoliques. J’adore !

Finalement, cette piste est plutôt roulante. Après quatre bornes, je rejoins la route jaune n°4001. De là, c’est tout droit en direction de la bourgade de Pasvitinys. Je poursuis ma remontée vers le nord avec toujours ce vent dans le pif et la pluie sur la tête. Il n’y a que quand je traverse une forêt, à l’abri du vent, que j’ai vraiment l’impression d’avancer. L’heure avance. Le ciel est gris. La pluie tombe. Je m’arrête à Mikniũnai faire mes emplettes. Cela sent le plan galère.
A la sortie de l’épicerie, je rencontre un vieux motard robuste au crâne dégarni et à la vraie barbe blanche de Père Noël. On engage la conversation en anglais alors qu’il est perché sur sa Honda Enduro 750. Il me raconte que, l’an dernier, il est monté au Cap Nord avec sa moto. 5.000kms aller/retour d’ici. Ah oui quand même !

Arrivé dans le hameau suivant, je pars à la recherche d’une maison ou grange abandonnée. En effet, il n’y a aucun lac, aucune rivière, aucune forêt avec abri pour m’héberger au sec. Au premier essai, je me fais jeter par le paysan de la ferme voisine. Le second sera le bon. Je trouve une ancienne ferme à l’abandon. Au fond, une grange dont la porte n’est pas fermée m’accueille pour la nuit.

Je prépare mon petit lit douillet dans la paille avant de dîner. Dehors, il tombe des trombes d’eau. Une nouvelle fois, ma bonne étoile était avec moi. « Tout se fera ! » N’est-il pas ?

Fin de cette longue et déprimante journée sous la pluie et dans le vent.
Résumé :

94kms, 6h23, 14,7km/h, 209D+ 280D-, nuageux / pluie, squat