On ne change pas une équipe qui gagne. Donc même motif, même punition : réveil vers 5h du mat’, lever vers 6h30, pliage de tente, p’tit déj’ sous mon abri (avec les jambes protégées des moustiques par la housse Rose de HakaOne et la tête par le pochon de cette housse), départ vers 7h45. Je quitte mon lac sous un ciel gris. C’est reparti mon kiki !

Je reprends ma route bitumée V112 à travers la campagne lettone encore endormie. En passant devant cette ferme, je m’arrête pour immortaliser ces châteaux d’eau d’acier. En arrivant dans ces contrées lointaines, je pensais que c’était des tours d’observation. Mais j’ai vite percuté que non. Sur celle-ci, un couple de cigognes y a fait son nid.

L’ambiance est bizarre ce mardi matin. Une brume tenace enveloppe tout le paysage ce qui crée une atmosphère surréaliste. D’autant plus quand je passe devant ces baraquements plantés au milieu de nulle part.

Juste après, je rentre dans un chemin interdit pour y apercevoir ce champ avec des lignes couvertes de bâches noires. Je ne sais pas ce que c’est. Les baraquements doivent hébergés des travailleurs de l’extérieur qui ne résident pas dans le hameau de Pociems quelques kms plus loin. Là, quelques barres en béton identiques à toutes celles déjà vues et devant datées de l’époque soviétique, hébergent les travailleurs lettons.

Je préfère, ô combien, ces paysages de prairies fleuries noyées dans la brume. Finalement, en me rapprochant de la côté, la brume finit par se lever. Par contre, après avoir traversé la route orange, je me retrouve à nouveau sur une piste. Je traverse cette campagne lettone sans voir de teutones. Tu m’étonnes ! Même des lettones, y’en a pas des tonnes.

Alors que j’arrive dans la bourgade de Vilkene, je fais une croix sur mon café dans un endroit cosy. Ce sera café à la machine avec sachet de gâteaux aux pains d’épices acheté dans l’épicerie du coin. Je vais le prendre assis sur un banc du parc sportif. Au fond, on remarque à nouveau une barre en béton hébergeant les ouvriers agricoles du coin.

Ces ouvriers, je les retrouve un peu plus loin en plein travail de désherbage après que le tracteur, avec une jeune femme jockey assise derrière pour assurer la trace, sarcle les rangs. Par contre, je n’ai pas reconnu la plantation malgré mes deux années de maraîchage à L’Arche-en-Pays-Toulousain. Je n’en ai pas beaucoup parlé depuis le début de mon voyage mais je pense souvent à tous les membres de la Communauté.

Cela me rappelle aussi mes jeunes années lorsque j’allais passer une quinzaine de jours de « vacances » d’été chez mes grands-parents paternels, paysans dans la Sarthe. Entre les travaux de coupe du bois d’hiver (j’en garde d’ailleurs le souvenir avec un morceau d’acier d’un coin pour fendre le bois dans le mollet gauche), la traite des vaches et les plantations assis justement derrière le tracteur, j’ai appris la dureté de ce beau métier mais ô combien ingrat. Je m’arrête ensuite devant une plantation de groseilles bio comme il y en a quelques unes dans le secteur. Il faudra un peu plus de soleil pour qu’elles murissent.

Alors que je me rapproche de la route nationale A1, je fais un nouveau stop pour prendre en photo cette superbe ferme restaurée. Mais, c’est surtout pour signaler que, en Lettonie, contrairement aux autres pays de l’est traversés, les fermes et maisons à la campagne portent un nom, comme dans nos campagnes, alors qu’ailleurs elles portaient le nom du hameau ou du village suivi d’un numéro. Pour en revenir à mes grands-parents, la ferme s’appelait Le Grand-Friche dans la commune de St-Jean-de-la-Motte. Après leur décès, elle a été rachetée par des parisiens fortunés qui l’ont aménagés en résidence secondaire.

Après une cinquantaine de bornes, je coupe enfin la route nationale. La mer Baltique n’est plus très loin, Tallin, capitale de l’Estonie, non plus mais par la route directe.

Je suis contraint de la suivre quelques kilomètres. Mais, comme je l’ai montré hier, c’est en empruntant l’ancienne route, plantée de chaque côté de magnifiques chênes. Je pense que le choix a dû être fait pour conserver cette superbe allée et construire une nouvelle route à côté. Très bonne initiative. En France (et ailleurs bien évidemment), on continue à saccager Dame Nature et massacrer des chênes centenaires pour construire une autoroute (l’A69 en l’occurence) hors la loi, inutile et néfaste à l’environnement. Et, comme souvent, dans quelques années, on se rendra compte, à nouveau mais trop tard, de l’aberration de ce massacre à la tronçonneuse et de cette dépense publique. Cela me révolte et me fait, parfois, sortir de mes gonds …

Je me calme. Je respire bien fort. Je quitte ce morceau de bitume pour emprunter une piste forestière parellèle à cet axe beaucoup trop bruyant et dangereux à mon goût. D’uanta plus que je viens de passer la matinée dans le calme et la tranquillité de la campagne en ne voyant pas grand monde. J’y croise 3 jeunes randonneuses habillées de pied en cape avec de plus un filet sur la tête pour se protéger des moustiques. Ça pullule ! Alors que je m’arrête pour prendre cette photo, j’ai les mollets attaqués pour une nuée de ces saloperies. Je file en faisant gaffe tout de même de ne pas me vautrer sur ce chemin piégeux. Alors que j’arrive dans la petite ville côtière de Salacgrīva, j’y croise cette fois-ci une mère et sa fille ado. Elles sont en débardeur et short ! Ce n’est pas possible. Elles doivent avoir une potion magique.

Une fois arrivé dans ce port côtier, je déniche un restau italien à la bonne réputation sur les fameuses notations Google. Je m’y installe et commande un des plats du jour : pasta ai frutti di mare accompagnées d’une Peroni évidemment. Je me régale. De plus, les nuages ont l’air d’être chassés par une brise marine. Ce que j’avais envisagé dans mon fil quotidien « instagrammé ». Je finis par un double-espresso à l’italienne : serré-corsé.

Cele ne m’empêche pas d’aller piquer un roupillon au pied du phare. Avant cela, profitant de la brise et du soleil qui perce enfin, je mets ma tente à sécher en prévision de ce soir.

Arrivé à Ainazi, dernière bourgade avant la frontière, je fais un petit crochet pour aller voir la Baltique. Il n’y a pas foule ce mardi aprèm. Il faut dire que, malgré la beauté de cette plage de sable fin, ça pue l’eau croupie des marais.

Avant de franchir la frontière, un topo sur ce second pays balte. La Lettonie est un pays balte coincé entre Lituanie au sud et Estonie au nord, au sud-est par la Biélorussie et à l’est par la Russie. Sa population est de 2 millions d’habitants pour une superficie de 64.559 km2 (à peu près équivalente à l’Occitanie). Le SMIC y est de 700€ alors que le salaire moyen est de 1.570€. Ce qui est surprenant car la vie y est aussi chère qu’en France. Vers 16h, je franchis la frontière entre ces deux pays baltes. L’heure du bivouac approche.

Je m’arrête dans le hameau de Ikla côté estonien, devant cette charmante église pour faire le point. Je repère une épicerie où je me rends. L’accueil y est glacial. De plus, je cherche une bouteille d’eau pour le bivouac. Mais à part des bouteilles gazeuses posées sur le sol et des bombonnes d’eau minérale de 5 litres, je n’en vois pas. Je demande à la patronne qui me montre fort aimablement (j’exagère un peu) le frigo en me montrant les mêmes bouteilles, me semble-t-il, que par terre. Je lui demande sans gaz. Elle me chope une bouteille en gueulant Gaasita. Je comprends que cela veut dire sans gaz ! Puis après, elle me balance banane, pomme et tomate (que j’achète chaque soir) après les avoir pesés. Bonjour l’ambiance !

Après ce chaleureux accueil estonien, je file vers le camping que j’ai repéré un peu plus loin. Comme dans les autres pays baltes, ce sont des emplacements gratuits qui se trouvent sur une aire en bord de plage. C’est parfait pour ce soir. J’y monte le bivouac avant d’aller faire trempette.

Le problème est qu’il n’y pas pas de déclivité sur ces plages. A part me tremper les mollets, je ne peux pas nager. Tant pis. D’ailleurs, en fin de soirée, un couple d’allemands, avec son berger évidemment, débarque. La femme veut aller nager. Au bout de 100 mètres, elle a toujours l’eau au genou.

ll est l’heure de l’apéro et de l’écriture. La bière est une « A. Le Coq » (Premium Quality Lager from London, Tallinn, Tartu). Original pour un p’tit franchouillard en vadrouille !

En ce mardi, jour de la réunion communautaire de L’Arche-en-Pays-Toulousain, spéciale dédicace à tous ses membres présents et passés. Toutes ces personnes en situation de handicap et valides font partie de ma deuxième famille, comme j’aime à les appeler. Sans eux, ma vie serait beaucoup plus morose. Merci à vous pour ce que vous êtes.
« Etre ou paraître ? » telle est la question comme j’aime à dire.
Résumé :

84kms, 5h24, 16,3km/h, 423D+ 502D-, nuageux / beau temps, bivouac