Réveillé aux aurores, je patiente un peu avant de sortir de mon abri anti-moustiques très efficace. J’ai bien fait de l’installer en catastrophe hier soir. Cela m’a permis de bien dormir. Donc de bien récupérer. Donc d’être en pleine forme pour cette nouvelle journée qui débute par un bon p’tit déj’ avec vue imprenable sur toute la faune qui s’éveille comme moi.

Dans ces instants magiques, je mesure la chance que j’ai de pouvoir les vivre. Même si ces voyages à vélo sont parfois difficiles tant physiquement que mentalement, ces moments de grâce au milieu de Dame Nature valent tous les tourments endurés. Parfois la solitude me pèse aussi. Mais, comme le disent des voyageurs solitaires dans un article du Libé d’hier et comme je le dis souvent, c’est « totale liberté ! ». Vous êtes maître de vos choix, de vos erreurs, de vos oublis. N’est-ce pas mesdames les vaches ?

Après 3 kms de chemin, je retrouve la route bitumée qui déambule dans la belle campagne estonienne. Je passe à nouveau devant de belles fermes. Celle à la partie habitation en bois et partie grande en pierre. Comme d’hab’, tout est nickel : pelouse tondue, massifs de fleurs, aucun bordel.

En cette belle matinée, je ne croise personne dans les rares hameaux traversés. Il faut dire que j’emprunte des routes en dehors des villes principales. De temps en temps, un arrêt de bus au milieu de nulle part attend patiemment ses voyageurs.

Là, je passe au-dessus d’un petit cours d’eau. Au fond, une ancienne église en pierre est en ruine. J’imagine la rude vie des habitants de l’époque où elle devait être encore debout.

Après une vingtaine de bornes sur le bitume, je retrouve une piste pour me rapprocher du bord de mer et du port de Virtsu. Il me semble que c’est la première fois que je trouve ces murets en pierre depuis mon arrivée dans les pays baltes.

J’ai retrouvé le bitume avant de traverser d’immenses lacs en bord de mer et d’arriver à destination. Il est 10h30.

Je m’installe au café de l’embarcadère. Il y a la wifi, une prise de courant à portée d’une seule table que je squatte, du café et un délicieux muffin au chocolat. C’est parfait. Les allemands d’hier soir m’avaient parlé de ces îles de Muhu, Saaremmaa, Hiumaa et Vormsi. Mais, vu le monde qui attend, cela ne me tente pas trop. Cette première partie de matinée était superbe. Le reste le sera beaucoup moins.

Finalement, je reprends la route après avoir jeté un oeil sur le petit port et le grand parc d’éoliennes, très nombreuses autour de cette baie. Par contre, je dois encore me fader le long de la route nationale 10. Dès que je peux, je m’évade sur des chemins la longeant.

Vers 13h, j’arrive enfin à proximité de la bourgade de Lihula. Je quitte la RN10 pour m’y diriger. J’y ai repéré le seul restau ouvert. En fait, c’est une pizzéria, tenue par un charmant couple, dans une vieille maison en bois. L’intérieur est très cosy. J’imagine l’hiver au coin de la cheminée avec sa chérie. Arrête de rêver man et déguste ta pizz’ au poulet et ananas accompagné d’une bonne bière Aleksander. « Tout se fera … ».

Hier soir, j’ai eu mon ami Loïc au téléphone. Il est à vélo entre sa villégiature de Carnac et St-Malo où réside sa fille Delphine. Elle est d’ailleurs à l’origine des envies d’ailleurs de mon fiston Titouan parti faire ses études à Montréal sur ses chaudes recommandations. Bien lui en a pris vu son parcours. Loïc a donc traversé le village de Gaël entre Rennes et St-Malo. Village qui, d’après ma légende, a donné le prénom à l’auteur de ces lignes.

En effet, alors que le roi Bernard du comté de la Sarthe avait conquis la reine Marie-Renée d’Anjou, un premier fils, le beau prince Yves-Marie naquit peu après leur union sacrée la vingtaine passée. A l’époque, les médecines modernes ne permettaient pas de gérer les descendances. Pour se reposer, le couple royal partit en villégiature dans la cité corsaire de St-Malo laissant leur rejeton en garde aux parents de la Reine. Chevauchant d’Angers à la cité, ils firent une halte dans une auberge de ce village. Nous étions en décembre. Pour se réchauffer, ils unirent leurs corps divins. Neuf mois plus tard, un nouveau prince naquit. Il fut nommé du nom du village de sa conception : Gaël. Deux autres princes naquirent plus tard : Franck et Emmanuel dit Manou. Les trois autres princes naquirent eux pendant les Olympiades des années 60, 64 et 68 censées réconciliées les peuplades du monde entier pendant cette période. Fin de la parenthèse historique.

Revenons au présent. Donc, après cette bonne pizza dans ce superbe cadre, je pars acheter mon café/dessert à l’épicerie du coin. Puis je vais la déguster sur un banc au pied de l’église luthérienne me semble-t-il …

… vu l’austérité intérieure. Et oui, cette fois-ci, je peux entrer dans l’église. Une porte latérale est ouverte. Une femme, très austère elle aussi, est en train de faire le ménage à l’intérieur. Elle doit se demander ce que je viens faire ici. C’est la Maison du Seigneur ou pas ? Donc ouverte à toutes et tous en principe !

Puis je trouve le coin ombragé pour faire ma sieste. Après cette nuit écourtée et cette longue matinée passée avec Charles Aznavour, j’ai besoin de reprendre des forces. L’après-midi s’annonce longue. En effet, je vais devoir contourner le Parc National Matsalu, avec son estuaire qui entre très loin dans les terres, avant de retrouver la Baltique au nord de ce parc.

Il est 14h30 quand je quitte cette bourgade au bel hôtel de ville comme dans toutes les rares bourgades traversées.

Je retrouve ma superbe RN10. Il me reste encore 12 bornes avant de bifurquer à l’ouest. Mon second panneau de traversée d’élans m’oblige à une pause juste au moment où une horde sauvage, non pas d’élan mais d’Harley, me double dans un boucan d’enfer.

Une fois la bifurcation prise, j’emprunte la route départementale 31. C’est le même type de route avec de longues lignes droites bordées de forêts ou de champs. J’en ai pour 35 bornes avant de retrouver la mer. Je débranche le cerveau et j’avance. Je suis « dur au mal » comme dirait mon frangin Manou. Je ne lâcherai pas tant que je ne serais pas arrivé à la mer. Je m’arrête à un dizaine de bornes de Haapsalu dans le dernier hameau où il y a une épicerie. Je fais mes emplettes pour la soirée. Puis je sors étudier ma carte dans le cimetière du hameau. J’en profite pour voir les 20 derniers kms du TdF avec la montée à Hautacam. Grimpette que l’on avait fait lors d’un séjour avec le STC. J’étais monté un peu moins vite que les cadors.

J’ai peur d’arriver tard en pleine ville et de galérer pour trouver un emplacement. Finalement, je décide de bifurquer à l’ouest pour rejoindre à 8 kms la côte beaucoup moins fréquentée. Mais au bout d’un km d’une mauvaise piste de cailloux, je décide de faire demi-tour et de filer vers la ville. Je verrai bien. Je baisse la tête et appuie sur les pédales. Il est 19h30 quand j’entre dans le centre aux superbes maisons de bois.

Je file encore jusqu’au bout d’une pointe qui donne sur la mer en laissant les aires de camping blindées de camping-cars. Je passe devant un petit port où est amarré un deux-mâts en bois.

Je file jusqu’au bout du chemin. Une barrière en barre l’accès aux véhicules. Au moins, je serai tranquille. C’est à nouveau parfait. Quel bol !

Quelques couples viennent admirer le coucher de soleil pendant que je dîne assis sur mon banc.

Une fois mon dîner avalé, j’effectue ma pratique de Qi Qong devant cet incroyable spectacle. Il est 22h30 quand je rejoins ma couche.

Je suis lessivé après ma plus longue journée en termes de kms et de temps. Elle fut bien monotone pour contourner ce parc national.
Résumé :

128kms, 7h02, 18,2km/h, 325D+ 325D-, beau temps, bivouac
Et toi, tu n’es pas étranger à mon envie de voyage à vélo. Je débute à une modeste échelle.
Loïc
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