J41 – mardi 11 mai – Aguilas / La Manga

Réveillé un peu avant 7h donc à 8h je suis déjà dans les starting-blocks. Mais personne n’est réveillé et la grille du camping est close. Comme la porte du frangin est ouverte, je vais toquer chez lui. Je le réveille et il m’ouvre le portail. Je lui laisse un billet de 10€ pour les remercier et reprends ma route.

Je me dirige vers le Cabo de Cope en empruntant la route RM-D15. Ah oui, j’ai oublié de dire que j’avais quitté l’Andalousie et que je suis rentré dans la région de la Murcie. C’est à nouveau très sauvage malgré de grandes plaines maraîchères. Le soleil tape déjà fort sur l’ermita de cope.

Ensuite, je me prends le vent dans la tronche pour remonter à l’intérieur et choper la RM-D20 qui me fait grimper un col avant de basculer dans l’autre vallée. De là-haut, la vue est splendide. On distingue bien l’immense cratère où se sont installés les maraîchers et les bords du volcan autour. D’ailleurs, les roches y sont bien volcaniques.

Dans la vallée, je prends la RM-332 qui longe l’autoroute AP-7. Il n’y a donc pas trop de circulation et je roule bon train vent dans le dos. Par contre, en arrivant vers Mazarron, la circulation devient plus dense. Je me dirige vers le port où je m’arrête boire mon café et manger ma tostada du matin. Puis il me faut repartir de cette baie de Mazarron.

J’emprunte à nouveau une petite route (la RM-E22 cette fois-ci) qui m’oblige à franchir un nouveau col. Mais que le spectacle est beau une fois arrivé en haut …

Avant de redescendre dans la vallée de Carthagène, j’adresse un dernier regard nostalgique à ces montagnes volcaniques se jetant dans la mer que je parcours depuis quelques jours. En effet, j’ai bien peur que la platitude et la foulitude ne reviennent à l’ordre des jours suivants.

Il est bientôt 13h30 et il commence à faire très, très faim. J’arrive dans la vallée et, effectivement, cela m’a l’air bien plat. Arrivé à Canteras dans la banlieue de Carthagène, je dégote un restau comme je les apprécie. Un menu del dia particulièrement copieux (consommé de poulet, salade mixte, brochettes de poulet/frites, gâteau au nougat, café) m’aide à recharger les batteries avant d’aller parcourir cette grande ville.

Mais avant de partir, il faudra bien me couvrir. Non, ce n’est pas ça. Je reprends. Mais avant de partir, un serveur vient me discourir. Il veut en savoir plus sur mon voyage. Je lui sors mes cartes et lui explique mon projet. Il en est tout abasourdi. Il me dit préférer les paysages du nord de l’Espagne. Qu’ici, la végétation est trop sèche et qu’il fait trop chaud. Tu m’étonnes, Ayrton ! On se checke et c’est reparti mon kiki. Toujours sympa ces échanges impromptus …

Finalement, je ne parcours rien du tout. C’est moche. Je n’ai qu’une hâte : en sortir ! Je passe au pied du château et du bidonville en-dessous et suis la route qui longe une voie ferrée qui nous emmène à La Union puis à la pointe de Cabo de Pelos. Il y a beaucoup de mines abandonnées dans le coin. Toutes les collines (ancien volcan) ont été exploitées.

Je contourne donc cette espèce de lagon immense avant de rentrer dans cette longue bande au loin qu’il ferme ce lagon. Par contre, ce n’est pas une barrière de corail qui ferment le lagon … mais une barre d’immeubles !

En effet, cette bande de terre, d’une dizaine de kilomètres de long sur 500m au plus large, est plantée d’immeubles et bien sûr de commerces en tout genre pour occuper les occupants des immeubles … sans oublier la plage évidemment. Pour l’anecdote, un contre-la-montre de 9 kms aura lieu ici dans le cadre de la Vuelta (le Tour d’Espagne cycliste) en août.

Côté Cabo de Pelos
Côté île

Une 2*2 voies la traverse de part en part. Sur le côté a été tracé une mauvaise piste cyclable. D’ailleurs, je pense à Isadora ma douce et calme collègue de l’Arche qui m’avait envoyé ce midi une photo d’une piste cyclable improbable avec saut d’obstacle. Là, c’est pas mal non plus dans le genre. Des fois je me demande qui peut valider de telles absurdités ? Encore un autre exemple d’écologie responsable et raisonnée : mettre des obstacles sur les pistes et les trottoirs pour qu’il n’y ait pas trop de monde de dessus et que les citoyen.nes puissent continuer à prendre leur voiture …

Je finis par arriver assez tard à l’embarcadère avec peu d’espoir pour ce soir. Effectivement, la prochaine traversée sera demain matin à 10h30. J’ai donc le temps de me trouver une villégiature en bord de mer pour la soirée. Je trouve assez rapidement mon bonheur. De toute façon, même en cette saison, beaucoup d’appartements et de commerces sont encore fermés. J’imagine l’enfer en plein été ici ! Je vous présente donc mon squat pour la soirée. Il y a pire comme endroit.

Résumé : 125kms, 7h00, 17,9km/h, squat

J40 – lundi 10 mai – La Isleta del Moro / Aguilas

Hier soir, cela a été chaud quand même. Il a fallu que je fasse du bricolage pour que je sois complètement à l’abri du vent. J’ai d’abord dû remonter un mur.

Puis bricoler une porte avec un matelas et une pancarte de panneau de chasse !

J’ai donc pu dormir avec vue sur la voute étoilée. Et oui, le toit s’est effrondé. Ce qui est bien dommage car, après la tempête, c’est la pluie qui s’est invitée. J’ai donc dû sortir ma bâche et m’en couvrir pour ne pas finir ma nuit trempé. A 8h, je repars. Le temps est menaçant mais le vent s’est calmé. Je quitte ma tour de guet à regret mais très gai quand même. J’admire en partant ma construction. Pas mal quand même …

Je reprends ma route avec ces paysages toujours aussi grandioses mais ô combien exigeants. De plus, en ce lundi matin, il n’y a pratiquement personne. J’adore ces ambiances de bout du monde.

Par contre, il me faut encore grimper pour basculer de l’autre côté et me diriger à présent vers le nord.

De temps en temps, je traverse un village où de belles villégiatures ont été construites. Ici, il s’agit de Agua Amarga. On doit y être tranquille pour écrire ou peindre ou « que sais-je » …

J’arrive enfin à Carboneras en suivant les panneaux EV8. Je n’ai même plus besoin de brancher mon GPS. Je continue en suivant la côte et j’emprunte la AL-5107. C’est toujours aussi splendide. Je me régale les mirettes et les mollets aussi. J’aperçois de là-haut l’hôtel en construction mais à l’abandon que j’ai pris en attaquant ce col et au loin la Centrale Thermique et l’usine à ciment à l’entrée de Carboneras.

Le vent se remet à souffler fort. Il faut faire gaffe aux écarts quand je le prends de côté. De plus, cela assèche et il fait soif. J’apprécie d’autant plus ces fontaines de village.

Je finis par redescendre de ces montagnes volcaniques et arrive à Mojacar. Je retrouve les grandes plages et sa promenade, les restaus et ses cafés en enfilade, les papys et mamys qui promènent leur spleen sur les remblas (« Ils doivent s’ennuyer à cent sous de l’heure » comme aurait dit ma grand-mère maternelle). Je ne trouve pas mon bonheur dans tous ces restaus touristiques et je poursuis ma route jusqu’à Garrucha où je dégote un p’tit restau sympa, tenu par des jeunes, en dehors des zones touristiques. Je déjeune et en profite pour appeler ma belle-sœur Florence, femme de mon frère ainé Yves-Marie, dont c’est l’anniversaire aujourd’hui. Je tairais son âge mais cela doit bien faire 35 ans qu’on se connaît ! Comme le vent me pousse toujours au cul, j’en profite et je repars en direction de Carthagène en suivant toujours la côte. D’ailleurs, l’EV8 ne passe pas par là. C’est dommage car la route est superbe et il n’y a pas grand monde dessus.

C’est un régal. De grands faux plats montants suivis de grandes descentes avec vent dans le dos. J’avance bon train. Par contre, je ne pers pas trop de temps dans les stations balnéaires que je traverse. Je dois dire aussi que les promoteurs font parfois très forts. Cela ne donne vraiment pas envie de rester dans le coin !

J’arrive du côté d’Aguilas où je me pose pour ma pause. Il est aux alentours de 16h mais j’ai déjà bien roulé. J’aimerais me faire un stop dans un camping pour laver la bête, le destrier, les sacoches, le linge et la vaisselle. Et voir aussi la connectique. J’en trouve un pas trop loin sur Map.me. J’y go. Ce camping est situé à 4 kms au-dessus de cette station balnéaire à l’intérieur des terres. Mais, quand j’arrive sur zone, je m’aperçois que les panneaux dirigent vers une aire de camping-car. J’y suis, j’y vais. Effectivement, le camping est désert et a l’air fermé. Je pousse le portique, entre, me dirige vers une maison d’habitation, frappe à la porte, hèle. Au bout de quelques minutes, un homme assez corpulent en sort. Je lui baragouine en espagnol que j’aimerais bien poser ma tente, que je suis crevé, que le prochain camping est à 40kms. L’homme me dit que le camping est fermé. Mais il remarque mon maillot du Stade Toulousain et commence à me parler avec quelques mots de français. On parle rugby et j’apprends finalement que c’est un ancien pilier de rugby se nommant Pedro, de Biarritz, ayant vécu au pied du stade Aguilera. Il a même joué contre Blanco. Il est installé ici depuis une trentaine d’années avec son frère. Incroyable ! Il m’ouvre donc le camping, me branche l’eau chaude et l’électricité, me donne une baguette et un 1l de bière (ben oui, il a bu toutes les cannettes) pour m’éviter de redescendre en ville. Je peux donc dérouler mon programme comme prévu. « Tout se fera ».

Et, comme c’est la journée des belles-sœurs, j’en profite aussi pour appeler Corinne, la femme de mon 2è frère Franck, qui viennent de retourner dans nos terres natales d’Anjou après avoir vendu leur commerce de Limetz-Villez, village proche de Giverny plus connu pour y avoir accueilli la maison de Claude MONET !

Et la veille, j’avais eu Stéphanie, la femme de mon 3è frère Manu, qui s’inquiétait de ne plus avoir de nouvelles.

Résumé : 105kms, 5h50, 18km/h, 66km/h max, camping

J38 – samedi 8 mai – Salobrena / Almerimar

A 8h pétantes comme promis, j’ai déguerpi de mon terrain de foot et de mes baraques … habitées.

Je me dirige vers Motril pour y déjeuner. Je m’installe sur une terrasse de bar/restau de plage qui n’a pas encore ouvert. Je sais … je suis joueur. Puis je reprends la route N-340 toujours vers l’est. La circulation y est paisible en ce samedi férié. Et le paysage toujours aussi grandiose. Cependant, un nouveau spectacle s’offre à mes yeux. Ce sont d’immenses serres qui sont plantées sur les falaises ou dans les petites vallées. Décidément, je n’en sors pas !

A ce sujet, c’est jour de marché à Blagnac. Je ne sais plus qui l’assure ce matin pour l’Arche. Je suis maintenant sur la Costa Tropical et je comprends pourquoi. A 8h ce matin, ça tapait déjà. J’imagine au mois d’août ici, ce doit être chaud patate ! Je poursuis ma route de baie en baie, la voilà la jolie baie avec son village, sa plage de sable gris, sa promenade, ses restau et bars. Par contre, il faut à chaque fois, remonter la falaise. Mais que le spectacle est grandiose …

En milieu de matinée, je m’arrête dans un bar/restau avec vue superbe sur la baie de Castell de Ferro. J’y prends mon cafe solo largo accompagné de tostadas con tomatos y aceite. Puis il me faut reprendre la route qui grimpe à nouveau.

Je continue ma route mais ce ne sont plus des stations balnéaires que je traverse mais des stations prolétaires !

Je m’arrête à La Rabita pour déjeuner et finir mes restes d’hier (poulet curry et couscous). Je m’installe sur un banc à l’ombre et fais ma popote. Cela amuse beaucoup les autochtones. Je repars sous le cagnard. Après très peu de kilomètres, je traverse un nouveau village et m’arrête sur la place à l’ombre d’un oranger. Je m’allonge sur le banc. Siesta !!! A mon réveil, me viennent ces paroles :

Sous la serre, pas d’dessert.

T’es prostré ? No postre !

T’es amer ? T’as la Mer.

C’est Férié ? Trabaje !

Et, pour aller dans ce sens, il est à noter l’ordre des routes. Tout en haut, l’autoroute qui file tout droit à travers les montagnes, empruntant ponts suspendus et tunnels, drainant son flot de nantis vers les belles stations balnéaires. Au milieu, la route N-340 qui serpente plus bas au milieu des stations prolétaires. En bas, les mauvaises routes qui desservent les quartiers populaires et les serres surchauffées.

Il fait chaud ! Même le vent est chaud. Je progresse en écoutant Led Zepp’. A Balanegra, comme dans les autres stations, je quitte la route pour longer la plage. Les quelques restaus ouverts sont blindés de Blancs espagnols de souche. Des blacks esseulés errent baladeurs aux oreilles. A quoi peuvent-ils bien penser ? Des beurs discutent en matant les quelques touristes sur la plage. L’un d’eux me propose du haschisch. Je m’arrête dans un bar climatisé boire une cerveza bien fraîche. Certains clients ont dû en abuser car l’ambiance est chaude. Par contre, il n’y a toujours pas de wi-fi. Je décide de poursuivre ma route en suivant la côte et passer par Balerma et Almerimar. En me retournant, j’aperçois les sommets … enneigés !!! Incroyable vu la chaleur caliente.

Arrivé à Almerimar, qui m’a l’air d’être une grande station balnéaire, je continue ma recherche de wi-fi. 1ère terrasse : ko, 2nde terrasse : ko, 3ème terrasse : OK ! Allez je me tape une nouvelle cerveza. Et je vais enfin pouvoir, entre autre, charger l’Equipe et savoir si Lille est toujours devant le PSG. Puis je pars ensuite de l’autre côté de cette station pour entrer dans le Parc Naturel. Je parcours quelques kilomètres pour m’éloigner des emmerdeurs et me pose au milieu de nulle part.

Résumé : 105kms, 6h30, 16,2km/h, bivouac

J39 – dimanche 9 mai – Almerimar / La Isleta del Moro

3h du mat’. Malgré mes boules Quiès, je suis réveillé par la tempête. La tente plie mais ne rompt pas. Le vent s’en donne à cœur joie dans cette immensité plate.

Cela me rappelle ma plus randonnée dans les Pyrénées. J’étais parti avec Coco depuis Gavarnie en montant par le refuge de Tuquerouye pour aller au Mont-Perdu et retour par la Brèche de Roland. 4 jours de marche. Le 3è jour, alors que nous bivouaquions au pied du Monte Perdido, l’orage avait éclaté dans la nuit. Nous étions dans cette même tente. Coco voulait partir en pleine nuit et descendre au refuge de Goriz. Finalement, nous avons laissé passer la tempête et attaqué le sommet le matin à 6h avec crampons et piolets pour être les premiers là-haut à 3.200m sous un soleil magnifique ! Là, je fais la même chose et à 7h30, il fait grand beau et le vent est tombé. Je plie vite fait les gaules à cause des moustiques et reprends la piste pour sortir de ce Parque Natural.

Par contre, après avoir retrouvé une route bitumée je me tape 10 kilomètres à suivre des serres. Oui dix bornes de serre en enfilade sur 1 km de large : 10.000.000m2 de poivrons, courgettes, tomates qui poussent là-dessous avec force « médicaments ». De véritables usines à légumes. Hallucinant !!! Quand je pense à nos légumes de l’Arche où tout est fait manuellement et avec amour, cela me laisse penseur … C’est vrai que c’est un peu plus cher mais à quel prix justement ?

Je finis par arriver dans cette immense station balnéaire de Roquetas de Mar où je déjeune le long de la plage. Comme chaque dimanche matin, ça sporte bien en Espagne !

En sortant de cette station, j’ai la chance d’avoir la N-340 à moi tout seul pratiquement. En effet, un éboulement de falaise a coupé la route et de gros travaux sont en cours. La route est donc interdite aux véhicules. Quel pied ! Je vois au large une usine à poissons. Mais je ne sais pas lesquels ?

Avant de basculer dans la baie d’Almeria, je jette un dernier coup d’œil en arrière pour regarder cette baie immense que je viens de traverser en suivant à nouveau de belles pistes cyclables.

J’arrive à Alméria par le port maritime. Les destinations vont vers l’Algérie (Oran, Alger, …). Je grimpe au château d’Alméria et traverse la Médina. J’ai l’impression d’avoir traversé la Méditerranée. Les habitants me regardent passer l’air dubitatif.

Puis je redescends côté européen le long de la plage et m’arrête dans le Café de Paris. En reprenant la promenade, c’est gavé de monde … et ça me gave. Il faut redoubler d’attention entre les cyclistes qui ne tiennent pas la droite, ceux qui arrivent en face en duo sans trop se serrer, les joggeurs qui font leur frac, les papys et mamys qui se baladent dessus …

Je finis par sortir d’Almeria et me dirige alors vers le Cabo de Gata qui est la pointe la plus au sud-ouest de l’Espagne. Je m’arrête dans le village juste avant afin de pique-niquer à l’ombre et de siester. Il est 15h00 quand je me réveille et le gros morceau m’attend. J’attaque donc la montée vers ce cap avec 10% annoncé.

Une fois arrivé au phare, je me fais tirer le portrait.

Mais ce n’est pas fini. Là, c’était l’apéro. Il me faut maintenant basculer de l’autre côté de cette route des volcans. Avant cela, j’ai reçu les encouragements d’une aficionada qui, lorsqu’elle m’a vu au phare, m’a lancé : « Eres una màquina de Dios ! » . Rien que ça. Pour ne pas la décevoir, je vais me coltiner une autre montée bien corsée. Heureusement, le Dieu Eole me pousse dans le dos.

Arrivé là-haut, je tombe sur un panneau de l’EuroVélo. Et oui, je viens de rejoindre l’EV8. Cela faisait un bail. Toujours aussi cool les parcours EuroVélo !

Les paysages sont à nouveau extraordinaires. D’ailleurs, je pilote à vue sur une piste difficile à travers une zone volcanique. Les zones jaunes sont du soufre. Ce sont les fameuses calderas (cratères) que j’avais eu l’occasion de découvrir au Cap-Vert.

Arrivé en bas, le spectacle n’est pas mal non plus avec sa plage de bout du monde …

son décor de western …

Et son berger seul au monde avec son troupeau de biquettes …

J’arrive enfin à San José où je me pose boire une bière Estrada Galicia (cela faisait longtemps) bien fraîche et bien venue et bien chère (tarif français à 3€). Mais bon, l’endroit et la serveuse sont très sympas. Je reprends mon itinéraire en suivant l’EV8. Il fait encore grand beau et chaud mais le vent souffle en tempête. J’atteins même 57kms/h en faux plat descendant sans pédaler vent dans le dos ! Mais vent de côté, cela devient très dangereux. Les rares véhicules passent au large alors que je fais de putains d’écart. Il faut que je trouve un endroit abrité rapidement. Une tour de guet apparaît sur ma gauche. J’y go. Banco ! Quel bol … Un de mes plus beaux bivouacs. J’aménage un peu l’intérieur et ce sera parfait pour cette nuit. Quelle journée contrastée à nouveau : sordide ce matin, populeuse dans la matinée et extraordinaire dans l’après-midi …

Je dédie d’ailleurs cette journée à mes enfants. À ma fille Gwendoline qui a pris une décision difficile mais assumée avec une nouvelle vie qui s’ouvre devant elle. À mon fils Titouan qui vient de terminer (provisoirement) ses études et obtenu son Baccalauréat en Administration des Affaires Internationales concentration Marketing (B.A.A.) ce jour-même. Coïncidence, je finirai ma fiole en cet honneur (offerte pour mon Noël) de vieux rhum (merci encore Myriam de l’Arche !) ce soir.

Résumé : 100kms, 5h45, 17,4km/h, bivouac

J35 – mercredi 5 mai – Zahara de los Atunes / Gibraltar

Encore réveillé au lever du soleil, je ne traîne pas. J’aimerais rouler ce matin pour éviter un temps soit peu le zef. Je pars déjeuner dans le village au soleil après avoir plié le campement.

Je trace ma route en essayant de longer la côte plutôt de prendre à l’intérieur des terres comme me le propose Maps.me. D’ailleurs, lorsque je prends la route, Tarifa est indiqué à gauche et moi je pars à droite. Si j’avais su … Je file donc vers Atlanterra, petite mais ô combien cossue station balnéaire construite sur la colline. C’est splendide. Au loin le phare de Caraminal et au delà de l’océan le Maroc !

Je suis ma trace et traverse ce village. Ça grimpe sec. Un VTTiste me double et m’encourage alors que je suis debout sur les pédales tout à gauche. Il y a beaucoup de chantiers sur les hauteurs et donc de routes qui partent dans tous les sens. Pas évident de suivre le chemin indiqué. Finalement, en haut de la colline, j’arrive devant un sentier. Je vérifie la trace. C’est bien cela. Pas trop le choix sinon je dois revenir à mon point de départ pour choper la route principale ! Une vache et ses petits se demandent ce que je fous là.

Je continue cahin-caha mais à un moment ça grimpe dans des rochers. Impossible de continuer même en poussant le vélo. Là, ça se complique. Pourtant, je n’ai pas l’impression d’être très loin de la route. Je pose le vélo et pars à pied. Effectivement, il doit y avoir 200 à 300m de mauvais chemins. Je prends mes sacoches en bandoulière pour les déposer plus haut. Je redescends et au tour du vélo. Les épreuves de Koh-Lanta à côté, c’est du pipi de chat !

Je retrouve un chemin carrossable puis la route CA-8202 pour arriver à El Lentiscal. Le paysage est absolument grandiose. Quelques camping-cars allemands se sont posés dans le coin. J’ai le capot ouvert et le moteur en surchauffe. Je me pose donc prendre mon café matinal. Un dur début de journée mais tellement beau !!!

Je reprends la route goudronnée et finis par rejoindre la nationale N-340. A un moment, je veux bifurquer à nouveau pour longer les plages mais je me retrouve bloqué par un bras de mer. Tant pis. Je vais jusqu’à Tarifa par cette grande route. Le vent a refait son apparition. Et ça souffle à nouveau fort. Arrivé à Tarifa, je me pose dans un restau, pour mon menu del dia, sur une petite place à l’intérieur des remparts.

Je me balade ensuite dans les ruelles avant de récupérer le chemin tracé par mon GPS. Il se prend en front de mer au bas de la citadelle. Au départ, c’est une piste. Puis, très vite, la piste se transforme en chemin de randonnée pédestre. Finies les conneries. Demi-tour droite. Je reprends la route nationale. Tant pis. Là, c’est beaucoup moins folichon mais j’ai au moins l’impression d’avancer. Le paysage est devenu aride. Seules des éoliennes ont poussé au milieu de ces immenses pâturages.

Même si je ne dépasse pas le 10km/h. En effet, ça grimpe sans discontinuer jusqu’au col à 340m. Ça redescend. Et puis rebelote, nouvelle montée jusqu’à un nouveau col à 320m ! Et, enfin, belle descente vers Algeciras avec vue sur Gibraltar.

Je traverse Algeciras sans m’y arrêter excepté une halte chez MacDo pour y déguster un Sundae Chocolat (souvenir de ma semaine à New-York avec le fiston) et profiter de la Wi-Fi que je ne trouve pas depuis hier. J’emprunte une belle piste cyclable verte qui longe la zone portuaire immense. En sortant de cette zone, je fais une halte pour regarder les gamins s’entraîner sur un stade d’athlétisme. Cela faisait bien longtemps.

Par contre, après cela devient nettement plus compliqué voire critique. Mon GPS m’emmène sur l’A-7 (autoroute de la Méditerranée) afin que je puisse traverser le seul pont qui enjambe le Rio Palmones. Je n’ai pas le choix. Je reste à droite et je sers les fesses. Je reçois quelques coups de klaxons. Une fois sorti de ce merdier, j’arrive à Palmones en suivant une voie de service qui longe cette autoroute. Là, j’ai droit à la traversée de zones commerciales immenses. Puis le GPS me renvoie sur l’A-7. Je me pose et regarde mes cartes. Je préfère descendre le long du golfe de Gibraltar. Maintenant, ce sont des zones industrielles (gaz, panneaux solaires, …) que je me tape. Il y a quand même des cyclistes qui roulent par là et des gens sur la plage. C’est délirant.

Puis j’arrive dans le dédale de Gibraltar côté espagnol. Je file le long de la plage et repère un camping au nord. Je ne m’arrêterai pas à Gibraltar anglais. Je ne sais même pas si c’est ouvert et quelles sont les conditions d’entrée. Et puis, j’y suis déjà venu aussi. Et à vélo, cela doit être chaud !

Je finis par dénicher le camping qui n’est pas indiqué et qui est dans un centre sportif (puddle, tennis, foot). Je pense que je suis le seul occupant. Après avoir fini de monter ma tente à l’emplacement 21 (enfin ce que j’ai compris), un gars se pointe et me dit que je ne suis pas sur la bonne place, que les tentes sont à l’intérieur et que mon emplacement doit être le 28. Je lui explique que je suis seul, qu’il n’y a personne mais il ne veut pas en démordre. Je suis donc obligé de changer d’emplacement. La personne handicapée à l’accueil est très gênée mais ce n’est pas sa faute. Elle me donne alors la clé pour accéder aux douches. Enfin ! Mais, une fois sous la douche chaude, je me rends compte qu’il n’y pas d’eau froide !!! C’est pas vrai … Tant pis, je me rince à l’eau bouillante. Il est temps de dîner en lisant les exploits du PSG la veille. Quelle bande de clowns ! Par contre, j’aurais bien aimé voir la 1/2 entre Chelsea et le Real mais il n’y a pas de TV. Décidément, 14€ la douche chaude, cela fait un peu cher quand même. J’espère que je pourrais au mins recharger mon iPad sur lequel il ne reste plus que 7% de charge. Que cette après-midi aura été compliquée !!!

Résumé : 100kms, 6h30, 15,4km/h, camping

J33 – lundi 3 mai – San Leandro / El Puerto de Santa Maria

Réveillé au lever du soleil, je sors de mon duvet. Le ciel est couvert ce matin. Certainement pour cela que je n’ai pas eu froid après ma nuit à la belle étoile. A 8h15, je suis déjà en route pour sortir enfin de ce secteur. Malgré les aboiements des chiens alors qu’un quad traverse leur territoire suivi par une meute de lévriers (entraînement à venir j’imagine), mon voisin, le berger dans sa caravane, n’est toujours pas levé.

Je reprends mes chemins de traverse qui longe toujours cette immense zone maraîchère. D’ailleurs, ça bosse déjà de bon matin pour récolter les oignons. A cette heure à l’Arche de Blagnac, Guillaume a dû donner ses consignes pour la matinée et chacun doit également être au boulot. Je pense fort à vous mes ami.es !!!

Au bout d’une heure, je rejoins la route A-471. Le paysage devient plus vallonné. Ce sont à présent des cultures céréalières et des vignes qui couvrent ces collines. Je retrouve aussi la circulation avec toujours ce respect pour les cyclistes. Bien que je roule sur la bande d’urgence qui doit faire un mètre, les automobilistes doublent large. Sauf évidemment un aburrido qui me frôle à quelques centimètres de mon rétro ! Grosse frayeur et gestes véhéments. Le gars, parce que je n’imagine pas une femme faire cela, se prend d’ailleurs des appels de phare et des coups de klaxon par les automobilistes qui le croisent. Quel gros con !

Après 2h de route et 45km parcourus (!!!), je finis par arriver à San Lucas de Barrameda (j’adore ces noms de ville à rallonge) où je trouve un réparateur vélo super sympa qui passe un temps fou à essayer de me réparer mon pb d’électricité. Il finit par me remettre la lumière. Bon, c’est pas tout à fait ce que je voulais mais cela veut dire que la Dynamo et la connectique sont OK. Je verrais cela plus tard. Puis forcément je prends ma pause syndicale café / gâteau avant de repartir. Cette ville est à l’embouchure du Rio Guadalquivir et donne également sur l’océan. Enfin !!!

A la sortie de la ville, je trouve un restau dans lequel je me régale d’ortiguillas et de patatas fritas accompagné d’una cerveza. Puis je me dirige ensuite vers Xérès. J’emprunte alors une mauvaise piste cyclable où il ne fait pas bon avoir trop picolé avant. Avec ma bière, cela devrait aller. Les poteaux à mémoire de forme, chers à de nombreux adhérents de l’asso 2P2R, ont de beaux jours devant eux.

Les nuages ne sont pas partis. Le vent me souffle dorénavant dans le nez. Cela faisait bien longtemps. Des cultures maraîchères et florales égaient un peu le paysage. D’ailleurs, il faudrait que je demande à Carmina quelles sont ces fleurs ?

Après avoir longé un moment cette piste, je me retrouve sur une nouvelle route nationale : la A-491. Je repère sur le côté une voie de service qui me paraît beaucoup moins chiante. Je la prends. Ça monte. Ça descend. Ça ne rend pas. Ça souffle. J’en chie. Ce matin, ça roulait fort. Cet aprèm, ça roule faible. De plus, je suis obligé de contourner une base navale. Et enfin, le pompom. La voie de service revient sur la route qui se transforme en 2*2 voies limitées à 120. Je n’ai pas trop envie de finir en pâté. J’emprunte donc un mauvais chemin qui part dans la cambrousse pour éviter cette portion. Autant dire que le temps ne passe pas bien vite. Si vous regardez bien ci-dessous, vous apercevrez un navire de guerre au bout du champ de blés !

Pourtant j’écoute Mathieu CHEDID pour me distraire. Mais, même avec M, j’aime pas cet aprèm ! J’arrive enfin à proximité de Cadix. Je me pose pour faire le point. Je dois faire les courses vu que je n’ai absolument plus rien à manger. Et aussi que je trouve un nouveau gant de toilette. Le mien n’a pas supporté les vibrations à l’arrière du porte- bagages et il s’est fait la malle. Finalement, je me pose dans le camping des Dunas de San Anton en face de Cadix. Pas trop le choix en fait !

Résumé : 90kms, 5h00, 18km/h, camping

J37 – vendredi 7 mai – Malaga / Salobrena

La nuit a été agitée. Un salopiaud de moustique a réussi à s’immiscer sous ma tente. Impossible de le zigouiller. D’ailleurs cela me rappelle une citation du Dalaï Lama : « Si vous pensez que vous êtes trop petit pour changer quelque chose, essayez donc de dormir avec un moustique dans votre chambre ». Ce matin, le réveil matinal est brutal et brumeux. Après avoir plié ma tente, je vais déjeuner le long de la mer où un pêcheur essaie d’attraper des poissons … ou peut-être des étoiles ?

Je file sur Malaga en suivant fidèlement mon GPS vu qu’il me faut traverser une zone industrielle et, accessoirement, le Rio Guadalhorce. Arrivé en ville, je n’ai plus qu’à suivre la belle piste cyclable rouge qui serpente le long du front de mer. Je suis surpris d’y tomber sur le Centre Pompidou alors que le brouillard s’est dissipé.

Après être enfin sorti de cette immense station balnéaire (où je ne viendrais certainement pas passé mes vacances), je dois emprunter à nouveau l’ « autoroute » MA-24 / N-340 qui longe la côte. Mais je vais plutôt essayer de longer la plage. La brume est retombée. Les petites stations s’enchaînent mais c’est beaucoup moins oppressant et friqué qu’hier. Des hôtels 2* et des immeubles plus simples. Ça marche, ça joggue, ça court, ça roule, ça tchatche énormément ! Et plus aucun black (*) vendeur à la sauvette. Un autre monde. Je me balade tranquillement en suivant un cheminement en terre battue ou une vraie piste cyclable en dur. Que du bonheur !!!

Vers 10h00, je me pose dans un café en bord de mer. Il y a pas mal de monde en terrasse notamment la Policia et la Guardia Civile. Comme d’hab’, je rentre à l’intérieur à la recherche d’une prise pour recharger mon iPhone. Je pianote sur l’iPad. Le serveur passe. Une fois, deux fois, trois fois … et m’ignore royalement. Je l’appelle et il daigne enfin venir prendre ma commande. Par contre, no enchufe (pas de prise accessible). Il part. J’attends. Cela commence à me gaver grave. Même si je ne suis pas pressé. Je vais au bar et demande également pour la wifi. No wifi. Bon, allez je me casse. Ce ne sont pas les cafés sympas qui manquent. D’ailleurs, j’en trouve un quelques kilomètres plus loin … mais toujours pas de wifi. Vraiment un autre monde ! Par contre, la brume est toujours présente ce qui crée une ambiance singulière, le ciel et la mer se confondant.

En fin de matinée, le voile se lève enfin. La mer retrouve ses couleurs. Les paysages également. Je traverse toujours ces paisibles stations balnéaires en l’occurrence Torre del Mar.

Vers 13h00, j’arrive à El Morche. Je repère un magasin de vente à emporter où j’y commande un poulet au curry et son couscous pour 5€. Cela me fera 2 repas vu la quantité. Alors que je me dirige vers la plage pour y déjeuner tranquillou, j’avise un véhicule français immatriculé 31. Incroyable ! Il y a un jeune couple à bord que j’aborde à bâbord. La voiture est Haute-Garonnaise, lui de Jerez, elle antibaise. Heu, enfin, je veux dire d’Antibes quoi ! Après elle fait ce qu’elle veut de son corps. Bon, ok. J’ai boisé ma queue (comme on disait au billard). Ils vivent ici où la vie y est beaucoup moins chère qu’à Antibes. Tu m’étonnes. Je les laisse vaquer à leurs occupations et m’en vais déjeuner avec vue sur mer avant de reprendre ma route toujours aussi agréable.

Je m’arrête me balader dans la charmante ville de Nerja. C’est un dédale de ruelles où les restaurants jouent à touche-touche et sont tous blindés. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment les espagnols ont pu garder leurs bars et restaus ouverts. Et nous, non. Après je n’ai pas les chiffres concernant la mortalité entre nos 2 pays. Mais bon …

Par contre, en sortant de Nerja, les choses se compliquent. Finie la platitude du relief. Il va falloir passer sur la petite plaque. Mais, en contrepartie, les paysages deviennent somptueux. Ça se corse dans tous les sens du terme mais ça en vaut le coup d’œil ! Je vous laisse apprécier le paysage … Remarquez les tours perchées sur chaque promontoire. J’imagine que ce devait être des tours de guet pour prévenir lorsque les Maures approchaient des côtes. Ceci vers le XIIIé siècle me semble-t’il …

L’heure avance et il ne faudrait pas que je me fasse avoir comme hier soir. J’arrive à Salobrena où je fais quelques emplettes et m’arrête boire ma bière tant désirée. De plus, elle est accompagnée de jambon et de chips. Puis je pars à la recherche d’un bivouac en bord de mer … Que je finis par trouver sur un terrain de foot aménagé dans une zone maraîchère entre Salobrena et Modril. Ce sera parfait pour la nuit.

Par contre, alors que le bivouac est planté et que je m’apprête à dîner, une voiture arrive et se gare devant le baraquement. Quelques minutes après, un homme de ma génération vient me demander de déguerpir. Après négociation, j’arrive à le faire plier et je lui promets de déguerpir avant 8h demain matin. Ce sont les risques du métier …

Résumé : 110kms, 6h45, 16,3km/h, bivouac

J36 – jeudi 6 mai – Gibraltar / Malaga

Réveillé au lever du jour par le chant des oiseaux. Il y a pire comme réveil ! Comme ma tente et ma bâche de vélo sont humides à cause de la rosée matinale, je vais déjeuner sur ma table à côté de l’accueil. D’ailleurs, c’est fermé alors que, hier soir, le réceptionniste m’avait dit qu’il y avait toujours quelqu’un. Décidément … Mon iPad est à l’intérieur. J’espère qu’il ne va pas trop tardé. J’en profite aussi pour vérifier la connectique de mon système eWerk. Je ne comprends pas. Tout semble OK mais cela ne fonctionne plus. Vers 8h45, un nouveau réceptionniste arrive enfin. Je finis de me préparer tranquillou et à 9h00 je repars sous une légère brume de ce camping vraiment atypique.

Je reprends le front de mer avant d’attaquer un gros morceau. En effet, il va me falloir basculer de l’autre côté d’un massif rocheux avant de retrouver … la Méditerranée. Et oui, j’ai quitté l’Océan pour longer dorénavant la Mer !!! Je jette un dernier coup d’œil au mont Fujibraltar dont le sommet est embrumé ce matin.

Comme prévu, ça se corse dès que je quitte le front de mer. Le réveil musculaire est pour le moins brutal. Je me retrouve sur une piste qui longe l’autoroute. A un moment, je suis obligé de poser le pied à terre devant un mur dont le revêtement est pourri. Mes pneus routes n’adhèrent pas. Je patine et risque de me casser la gueule. Un orteil pété, ça suffit ! Je laisse au loin et avec grand plaisir cette baie industrio-urbaine de Gibraltar.

Au bout d’une heure de route, je tourne à droite direction Sotogrande. Et là, le contraste est vraiment saisissant. Entre ce que je viens de traverser hier, notamment des quartiers à la limite de bidonvilles, et l’endroit où j’arrive … Déjà, il y a une barrière avec un vigile dans sa guérite qui surveille l’entrée de ce quartier. Je passe et j’arrive dans un un endroit incroyable. Des avenues à 2*2 voies sans aucune circulation bordées de magnifiques demeures. Un autre monde. Peut-être celui des premiers de cordée de notre cher Président Jupitérien. Les seules personnes que je croise sont des artisans à travailler en bas de l’échelle.

Je traverse le Rio Guadiaro , longe la marina privée, franchis une nouvelle barrière et arrive à La Paloma où je m’arrête prendre mon café matinal chez Laïla. J’en profite pour envoyer un petit coucou à mon amie et collègue d’AtoS Leïla et à toute l’équipe de l’Arche.

Après avoir quitté La Paloma, je rencontre l’A-7. Et là, pas le choix, je suis obligé de la prendre de force. Il n’y a pas d’autre alternative. Je vois d’autres cyclistes qui roulent dessus. Donc je la prends. Je roule à donf’ quand je suis dessus. Cette zone se décompose en plusieurs tranches : la mer, la plage, une zone urbanisée, l’autoroute A-7, une zone urbanisée, la montagne.

Arrivé à Estepona, je bifurque vers la côte pour y déjeuner. J’y trouve un petit restau (Boulevar Cafe-Bar) … sur le boulevard qui descend vers la mer. Je prends comme d’hab’ mon menu du jour. Alors que je finis de déjeuner, un gars vient me voir et commence à discuter. Je lui propose de s’asseoir et de boire un café. C’est un hollandais d’Amsterdam qui fait un break ici. Il voyage pratiquement toute l’année à vélo. Il a roulé en Amérique du Sud et du Nord. Il remonte en juin sur Amsterdam. Impressionnant. Il me quitte en me souhaitant un bon voyage et peut-être un de ces 4 à Blagnac pour un warm-shower … Par contre, les choses rigolotes reprennent. C’est soit trouver un peu de place le long de l’A-7 …

Soit trouver un peu de place le long de la côte …

A choisir, je préfère de loin la côte ! D’ailleurs je traverse Marbella en suivant ce type de cheminement. C’est quand même beaucoup plus agréable que d’avoir les voitures qui vous serrent les miches.

Je suis impressionné par la foule qui fréquente ces endroits. Les restaus et les terrasses de café sont blindées. De nombreux blacks, noirs, renois, personne de couleurs (*) essaient d’y vendre leur camelote de contrefaçon. Des russes ont élu villégiature ici. Leur blondeur et leur accent se différencient de la population locale. En fin d’après-midi je finis par arriver à Fuengirola. Avant d’y arriver, j’avais trouvé un superbe bivouac dans une cabane en haut de la falaise de bord de mer. Mais j’ai trouvé qu’il était vraiment trop tôt pour m’arrêter. Bien mal m’en a pris …

Après m’être arrêté boire ma bière-récompense, je poursuis donc mon chemin en commençant à chercher un endroit pour la nuit. Mais que nenni ! Les stations balnéaires s’enchaînent les unes après les autres. Même chose pour les cafés, restaus et hôtel minimum 4*. Impossible de dégoter un bivouac dans cette zone touristique. Je continue mon chemin et finis par arriver en-dessous de l’aéroport de Malaga – Costa del Sol ! En suivant la plage, je finis par tomber, d’abord sur un endroit fréquenté par les homos du coin, puis sur no man’s land où je peux enfin planter ma tente à l’abri d’un vieil eucalyptus. Il était grand temps.

Résumé : 125kms, 7h15, 17,2km/h, bivouac

J34 – mardi 4 mai – El Puerto de Santa Maria / Zahara de los Atunes

Douce nuit malgré de relatives mauvaises nouvelles. Réveil matinal. Déjeuner devant la plage du camping. Matinée compliquée en perspective.

En effet, il me faut quitter cette énorme baie et cela ne va pas être simple. C’est tout un réseau d’autoroutes, routes, chemins de fer, rivières, marais et zones urbaines qu’il va falloir traverser. Je m’arrête dans le centre urbain de cette ville portuaire afin de faire une petite prière avant de prendre la route.

Puis c’est parti. J’ai tracé ma route afin d’emprunter le maximum de pistes et de voies cyclables. Parfois, la route est sympathique.

Parfois, cela se complique ! Heureusement, une passerelle a été construite au niveau de la flèche pour enjamber tout ce merdier. Mais MAPS.ME ne le savait pas …

Par contre, j’ai la batterie de mon iPhone déchargé. Je l’économise au maximum. Manque de bol, à l’embranchement qui devait m’emmener vers Cadix, il est éteint et je prends la mauvaise route. Au lieu de partir dans la baie sur la droite, je contourne par la gauche. Quand je m’en rends compte, j’ai déjà fait une dizaine de bornes et suis arrivé à El Marquesado où je m’arrête prendre mon café. Je fais le point. Impossible de couper dans les marais et prendre l’autoroute. Comme j’y étais déjà allé avec le fiston, je zappe et continue ma route vers l’est. Je retrouve enfin la mer et la plage. Et aussi un exercice de sauvetage en mer avec hélicoptère.

Vers 13h00, je m’arrête déjeuner en bord de mer dans un restau avec el menu de dia (entrée, plat, dessert, bière et café) pour 10,20€. Je repars repu sans répit, ni repos. J’ai bien déjeuné mais je mange aussi du vent qui vient de l’est. Ça souffle fort. J’essaie de suivre au plus près l’océan par la route côtière et, parfois, je m’aventure sur les sentiers maritimes. Et, franchement, cela me récompense de ces quelques journées à l’intérieur du pays.

Après avoir traversé Conil de la Frontera, j’emprunte une piste cyclable somptueuse comme j’aimerais qu’elle soit toute ainsi réalisée. Elle longe la route A-2233 qui n’est pas très empruntée. Ce n’est que du bonheur … sauf le vent qui me contraint à rouler sur la plaque du milieu à 15km/h. Mais on ne peut pas tout avoir !

Cette piste se termine à Alma del Sur, village du bout du monde fréquenté par les kite-surfers. Je m’y arrête goûter et admirer les figures de ces fous. Au fond, j’aperçois la pointe de Tarifa.

Et, en me retournant, le Cabo de Trafalgar, satané rosbif !

Par contre, une fois sur le sable, il me faut remonter la pente. Et, ça grimpe sec. Mais, comme je traverse le Parque Natural del Barbate avec sa forêt splendide de pins parasols, l’effort est beaucoup plus facile à encaisser. J’arrive dans la ville portuaire de Barbate. Pause cerveza Cruzcampo en front de mer avant de repartir et trouver un bivouac.

Ce qui n’est pas évident du tout puisque je traverse une zone militaire. C’est encore clôturé des 2 côtés de la route. Ils sont vraiment pénibles ces militaires. On ne pourrait pas faire comme au Costa Rica : plus d’armée ! Si on les emmerde, c’est l’ONU qui est censé les protéger. Sans « compter » tout ce gaspillage de fric. Donc je suis obligé de pousser jusqu’au bled suivant le bien-nommé Zahara de los Atunes. Juste avant de rentrer dans cette petite ville, j’avise un chemin qui part à la limite des barbelés. Je vais inspecter les lieux et tombe sur un creux au milieu d’une dune. Parfait pour être à l’abri du vent et des regards. C’est vendu. Je prends mon casse-croûte et pars dîner sur la plage. Il est 19h passé mais le soleil tape encore fort (25°C à l’ombre cet aprèm). Et je profite aussi du coucher de soleil avant de rentrer me pieuter.

Résumé : 100kms, 6h00, 16,7km/h, bivouac

J32 – dimanche 2 mai – La Palma del Condado / San Leandro

Suis réveillé par le froid. Cela faisait longtemps. A 7h30, j’émerge. Le soleil aussi. Pas un nuage à l’horizon. Pas un pet de vent. Mais ça caille grave. Je plie les gaules et déjeune vite fait avant de reprendre la route A-472. J’ai gardé ma doudoune et alterne pour mettre une main dans la poche. Le paysage est plus vallonné donc forcément moins monotone.

Je commence à croiser mes premiers groupes de cyclistes du dimanche matin. La plupart sont des clubs et roule par paquet d’une trentaine de coureurs. Quand je me fais doubler, j’essaie bien d’accrocher les roues mais les gars ont plutôt tendance à accélérer. Toujours ce concours de quéquettes entre cyclistes ! Et pas question de se faire sucer par un bargeot avec ses sacoches … J’arrive quand même à revenir sur un gars en léger surpoids dans une grande montée qui me mène à Sanlucar la Mayor. Le gars est tout surpris de me voir revenir à sa hauteur alors qu’il m’avait déposé sur le plat. On s’amuse comme on peut … Après cette montée en rythme, je m’arrête pour ma pause-café. Auparavant, j’avais également fait une pause pour voir décoller un drôle de champignon poussant au milieu des blés.

En me connectant ce matin, je reçois des nouvelles de Valou, une ancienne collègue d’AtoS que j’avais coaché en course à pieds. Elle est partie vivre à Brisbane en Australie depuis quelques années déjà. Elle vient de courir un trail de 42 bornes avec 2.300m D+. Elle est même monté sur le podium ! Sa fille a déjà 6 ans. Encore un coin que j’aimerais découvrir pendant mes grandes vacances … Pour l’instant, je poursuis mon Tour d’Europe et repars en direction de Séville distant d’une vingtaine de kms. Les villes dortoirs s’enchaînent les unes après les autres. La circulation devient plus dense. Cela sent la grande ville. Je finis par y arriver par une belle piste cyclable verte … mais avec un bel obstacle en plein milieu ! Je suis obligé de virer toutes mes sacoches pour pouvoir passer cette chicane avec, au fond, la Tour Sevilla.

Aparavant, je m’étais arrêté au Décathlon, à l’entrée de la ville et ouvert en ce dimanche, pour y faire quelques emplettes. En effet, comme ma bouteille de gaz est pratiquement vide, j’ai décidé de virer mon ancienne popote et d’en acheter une nouvelle. Las, toujours pas de « Jetboil ». Tant pis, je prends le modèle en-dessous qui fera l’affaire. La mienne est vraiment obsolète. Je balance aussi mon matelas gonflable rapiécé de partout. Avec ma tente, tout ce matos m’accompagne depuis tellement longtemps. Ils ont fait tous les grands sommets pyrénéens avec moi … et Coco également : Mont-Perdu, Vignemale et Aneto. Que de souvenirs en commun … J’arrive dans le centre historique où je m’y arrête déjeuner en profitant du spectacle fluvial.

Séville. C’est effarant comme cette ville, pour moi et certainement pour beaucoup d’amateurs de foot de ma génération, est marquée par la 1/2 finale de CdM de 1982 : l’attentat de Schumacher sur Battiston, l’extase de Giresse en prolong’, la rentrée de Rummenigge, le péno manqué de Bossis. Et des larmes à n’en plus finir …

Ensuite je me balade en mode touriste dans le quartier historique. C’est toujours aussi charmant. D’autant plus que le centre est interdit au voiture. Ne circule que le tramway en site propre (pour les béotiens, ce n’est pas les rails qui sont nettoyés tous les jours mais le fait qu’aucun véhicule ne peut circuler dessus contrairement à notre tramway toulousain et blagnacais). Donc que des piétons et des cyclistes. Aucun bruit. Quel bonheur de se balader en ville dans ces conditions.

Je retourne du côté de la cathédrale et du château, malheureusement fermés tous les 2, mais où se baladent toujours les calèches baladant les quelques touristes de passage.

Bon, ce n’est pas le tout mais j’aimerais bien retrouver l’océan. Je sors de Séville en suivant, comme à l’aller, une belle cyclable verte m’emmenant dans la périphérie. Et là, le choc est rude. Après les banlieues dortoirs, je traverse les zones industrielles. Avec Amazon qui draîne un nombre impressionnants de poids-lourds. D’ailleurs, certains chauffeurs sont dans leur cabine en attendant, j’imagine, l’ouverture des dépôts demain matin. Quel drôle de métier aussi …

Puis j’emprunte une petite route qui me fait longer le golfe du Guadalquivir. Je dois avouer que là, c’est tout au mental (et au Téléphone qui me booste grave). La route rectiligne et plate traverse des plaines immense de culture. Et dire qu’il y a un paysan sur son tracteur en train de labourer le champ à droite. C’est à se flinguer !

Vers 18h00, je m’arrête dans un des rares villages traversés pour y boire une bière, recharger mon iPhone et y acheter une boite de conserve pour ce soir. Cela me fait penser aux villages mexicains dans les westerns.

Je vais essayer de rouler encore un peu avant de me poser je ne sais où … Finalement, en arrivant dans le village d’après, je repère un pont. Je n’ai encore jamais dormi sous les ponts ! Le vent s’est levé. Le paysage est toujours aussi désespérant plat et monotone. J’inspecte les lieux. En mettant les bottes de paille comme pare-vent, ce sera parfait. La journée a été encore bien remplie et l’après-midi assez difficile comme cela. Je finirais cette route demain matin. Je me pose.

Je dîne, finis mon bouquin de Françoise DORIN et assiste au spectacle de la rentrée du troupeau de moutons dans leur enclos accompagné pour le berger et ses chiens. Et tout cela avec le coucher de soleil en prime !

Résumé : 115kms, 6h00, 16,7km/h, 3.000kms, bivouac

J31 – samedi 1er mai – Vila Real de Santo Antonio (POR) / La Palma del Condado (ESP)

8h00 pétante heure portugaise. Je quitte mon charmant hôtel avec chambre, toilette et douche pour 23€ ! L’heure de vérité approche. Pourrais-je traverser sans encombre ce foutu pont de l’A22 ?

8h30 h.p. Je suis à l’entrée de l’autoroute. Soit je me tape 130 bornes pour choper le pont au nord (en ce 1er mai, les ferries ne reprendront pas du service), soit je passe les 3 bornes pour relier Ajamonte. Il y a bien un panneau qui indique interdit aux vélos et aux charrettes mais comme je suis un mix entre les deux …

Le poste de contrôle et les chicanes ont été virés. Je roule à droite sur la bande d’arrêt d’urgence. A cette heure en ce jour férié, il n’y a pas grand monde. Arrivé devant le pont, mauvaise surprise : la 2*2 voies est réduite à 2 voies de circulation et le passage « piéton » sur le côté est fermé. Tant pis. J’y vais. Grosse plaque et banzaï !

10h00 heure espagnole (comme en France). Je suis à une terrasse à boire mon café espagnol. « Tout se fera ! ». Je vois de l’autre côté de la rivière S.R. de Santo Antonio. Adeus Algarve et le Portugal. Bonjour l’Espagne.

10h30. Je reprends la route direction plein est. Mon GPS me fait emprunter un chemin qui serpente à travers un Parc Naturel. Je traverse d’abord un immense marais bordé de cactus …

… puis c’est ensuite une immense plaine fruticole. Je m’y arrête pour y cueillir des fraises et des brugnons. Heureusement que ce ne sont pas des pêches dont je n’aime pas trop la texture.

A ce sujet, cela me rappelle mon enfance et ces fameux pantalons de Tergal que mes frangins et moi portions lors des grandes occasions. Cela me démangeait la peau … une horreur. La fratrie était habillée à l’identique : pantalon gris, chemise blanche et veste bleu marine. Quand on débarquait avec les 3 frangins, nous ne passions pas inaperçu. Par contre, pour jouer avec les autres gamins, ce n’était pas toujours simple. En plus, nous étions mignons tout plein à l’époque. Ma mère nous avait inscrit à un concours de photos dans un grand magasin angevin. Mon frère ainé Yves-Marie avait fini 1er et moi 4é. Les parents étaient trop fiers !

Je continue sur ce chemin en faisant gaffe de ne pas me vautrer lorsque je passe sur des passages sablonneux. Là, le moindre écart et, avec le poids des sacoches à l’avant, c’est gamelle assurée. J’envie d’ailleurs les nombreux VTTistes que je croise sur ce chemin. Trop facile ! Je comprends pourquoi ce chemin devenu rectiligne longe la route nationale. C’est en fait une ancienne voie ferrée réaménagée.

13h30. Je rentre dans la charmante bourgade de Cartaya aux petites rues étroites et aux maisons blanches. Je m’y arrête déguster un Kebab. Cela faisait longtemps. Il faut dire que la communauté maghrébine y est nombreuse, peut-être pour y travailler dans les champs.

14h00. Je retrouve mon chemin. Il fait 20°c à l’ombre mais, dès que le soleil se cache derrière les nuages, le vent apporte un peu de fraîcheur. Finalement, au bout de qq kms, je décide de prendre plutôt la N-431. Ce matin, c’était VTT; cet aprèm, ce sera cyclo. Il n’y a personne sur cette route. Le bitume rend bien. Le vent pousse dans le dos. La grosse plaque est de sortie. J’envoie du lourd ! Par contre, c’est d’une monotonie sans nom … Je traverse des oliveraies et des champs de blé. Je vois quelques haciendas. Les villages traversés sont tristounes. Et je retombe sur le Camino de Santiago. Et là, je dois dire que les pèlerins m’épatent vraiment. Se fader des heures de marche dans ces paysages : chapeau ! Après l’Algarve, le choc est rude.

17h00. Je m’arrête dans le village de San Juan del Puerto pour ma pause goûter. Je me pose dans un parc. Dans le champ de l’autre côté de la voie ferrée, un cheval noir est attaché à un pieu. Il est en plein soleil. Pas un seul arbre pour s’abriter. Sa longe ne doit pas excéder 5m. Il essaie d’atteindre de l’herbe fraîche. Mais, malgré ses efforts, il doit renoncer. Je le vois tourner. Sans espoir. Comment peut-on attacher des animaux ou les enfermer dans des cages ? L’Humain en devient parfois inhumain. J’arrive à Niebla et ses fortifications. Il y a un peu plus de vie. A une terrasse, des clients jouent du flamenco. Je m’y arrête boire une bière et profiter de l’ambiance et du cadre.

18h00. Je reprends la route. J’essaie de me rapprocher le plus possible de Séville. Il me faut contourner toute la baie. Je n’ai pas d’autre choix. Donc autant accumuler les kilomètres avant de revenir sur la côte. Et pourtant que la route est longue et monotone … Je me prépare pour la Route-66 aux USA !

Même les villages ne donnent pas trop envie de s’arrêter.

19h30. Je finis enfin par trouver un endroit où bivouaquer et cela n’a pas été simple. Tout est à nouveau clôturé dans la plaine. Je me suis donc dirigé vers les hauteurs et ai trouvé une oliveraie pour m’accueillir pour la nuit.

21h00. Les jours se suivent mais ne ressemblent vraiment pas. Au dodo avec mon bouquin.

Résumé : 115kms, 6h15, 18,4km/h, bivouac

J30 – vendredi 30 avril – Luz de Tavira / Vila Real de Santo Antonio

30è jour de ce périple de Tour d’Europe à Vélo. J’ai encore dormi comme un bébé dans une chambre sans fenêtre de cette maison à l’abandon. C’est incroyable les nuits que je fais : de 9 à 10h de sommeil ! Je pense que le corps a besoin de récupérer. A 8h, je quitte mon gîte sans déjeuner.

Je vais devoir me taper 150 bornes pour rejoindre Lepe en Espagne alors qu’il n’y a que 45 kms … en prenant l’autoroute A22. Je vais donc devoir monter au nord à Pomarao pour prendre le pont traversant le Rio Guadiana qui marque la frontière avec l’Espagne. De plus, je ne suis même pas sûr de pouvoir traverser sans un test PCR. On verra bien !

Je retrouve mon Ecovia qui me fait progresser tranquillement sur de mauvais chemins à travers les orangeraies et les citronneraies (sic!). A Conceiçao, je m’arrête en bordure de la lagune pour y déjeuner.

Vers 10h30, je m’arrête dans un café à Vila Nova de Cacela. Comme partout, la TV tourne en permanence. Je passe ma commande et jette un œil sur les infos : le 4è déconfinement est annoncé et la frontière avec l’Espagne rouvre demain matin ! J’ai vraiment le cul bordé de nouilles. Je vais pouvoir monter jusqu’au nord, passer la nuit là-haut et traverser la frontière tranquille comme Baptiste.

Dans ce café, je rencontre un couple de parisiens avec une amie qui s’est installée dans le coin. Ils cherchent également à descendre au soleil. Ils me disent qu’il y a un ferry à Vila Real de San Antonio. Et également que je peux passer avec mon vélo pour traverser le pont de l’autoroute qui n’est plus payant à cet endroit. Un autre client portugais leur dit que je peux aussi prendre le bac à Alcoutim au nord. Bon, cela fait beaucoup de possibilités mais pas encore de solution. Je file donc vers V.R. de San Antonio, ville très sympa construite comme nos bastides du sud-ouest.

Je trouve le ferry mais il est bien évidemment fermé. Je décide de poursuivre jusqu’au pont de l’autoroute voir comment ça se présente. Malgré une interdiction aux vélos et aux charrettes, je prends la bande d’arrêt d’urgence alors qu’une voie est neutralisée et j’arrive jusqu’à la frontière. Les policiers portugais me disent que c’est fermé mais que je pourrais passer demain matin. Demi-tour. Je salue au passage une collègue cycliste qui admire le paysage.

Je décide de réserver une chambre pour ce soir et de me poser cet après-midi. Pour l’instant, il fait faim et je me trouve un « restau ouvrier » à Castro Marim où je me régale d’un plat de riz aux poulpes.

Pendant que j’y pense, il y a un truc dont je voulais parler depuis un moment avant de quitter le Portugal. Il s’agit de ces radars à l’entrée des agglomérations qui détectent la vitesse des véhicules. La vitesse y est limitée à 50km/h. Si le véhicule passe trop vite, le feu tricolore placé plus loin passe au rouge ! Je trouve ce système très pertinent pour obliger les conducteurs à respecter la limitation. A méditer …

Après-midi consacré au lavage de linge, au rasage de singe et au reposage de méninge. Par contre, toujours pas de dynamo.

Résumé : 50kms, 3h00, 16,7km/h, chambre

J29 – jeudi 29 avril – Carvoeiro / Luz de Tavira

Je suis réveillé par le chant du coq qui me fait entendre sa voix éraillée en provenance du phare. Je me lève et me prépare. Une fois que tout est plié, je me prends mon p’tit déj’ tranquille peinard sur la terrasse avec vue sur les falaises. Je suis assis sur des coquillages fossilisés. J’imagine la mer qui était au moins à ce niveau. Impressionnant !

La météo est d’humeur taquine ce matin. Et moi, plutôt d’humeur badine. D’ailleurs, après avoir admiré l’immense gouffre, je repars sur les petites routes de ce coin splendide.

Je suis la trace GPS qui m’évite la route principale. Par contre, le paysage et les stations balnéaires changent. La côte devient plus plate et les résidences moins chics !

D’ailleurs, en arrivant en Albufeira sur le port de plaisance, je tombe sur des immeubles dont les promoteurs ont dû racheter des stocks de peinture bradés.

Je me balade dans les ruelles de cette charmante station balnéaire et finis par dénicher un café-crêperie … tenu par un parisien. Un autre français arrive. On discute un moment en terrasse. L’accès à l’intérieur est interdit.

Je reprends ma route en direction de Faro. Malheureusement, je ne peux suivre la côte en continu. Cela n’est possible que lorsque je traverse des stations balnéaires. D’ailleurs, elles s’enchaînent à un rythme infernal. Arrivé à Villamoura, je déniche un petit restau où je peux enfin manger un frango, ce 1/2 poulet grillé. Il y a quelques années, on trouvait des vendeurs le long des routes qui les faisaient cuire et les vendaient. Il me semble aussi que beaucoup plus de portugais parlait français (oui alors est-ce à l’intérieur et dans le nord). Là, plus de frango et en anglais. En repartant, je retrouve mes résidences cossues.

A un moment, je longe même un golf très clair …

… puis une zone de marais salants bien que l’accès y soit interdit.

J’arrive ensuite sur l’aéroport de Faro que je peux contourner en empruntant une belle piste cyclable bi-directionnelle. Cela me fait penser qu’il y avait un projet dans ce sens concernant les pistes de celui de Blagnac. Une fois de plus, les écolos responsables et raisonnés qui nous gouvernent ont dû ranger ce projet au fond d’un tiroir. Pourtant, le besoin est là. Pour celles et ceux qui connaissent le secteur, je vous invite à en faire le tour un matin ou un soir en semaine de non-confinement. Vous m’en direz des nouvelles … Je ne m’arrête pas à Faro. Trop de monde, trop de bruits, trop de circulation. Je file jusqu’à Olhao, petit port abrité par les îles qui ferment l’immense baie de Faro. Je m’arrête faire ma pause-goûter dans un des nombreux cafés qui ceinturent le marché. J’adore ces ambiances de petites bourgades. C’est beaucoup moins stressant que ces villes bruyantes.

Je reprends ma route en suivant scrupuleusement mon GPS qui me fait passer par de petits chemins pour éviter les axes principaux. Malheureusement, cela se finit parfois en cul-de-sac !

Dans ces cas là, cela oblige à faire demi-jour et à emprunter la route. Je tombe ensuite sur une Ecovia qui traverse à nouveau le marais. L’heure avance. Je commence à sortir mes radars. Au bout de quelques kilomètres, je repère une charmante maison qui est à louer pour les vacances. Il ne semble y avoir personne. Je la loue gratuitement pour la soirée ! Je suis en bordure de mer et à l’abri du vent. Parfait pour ce soir. Je m’installe sur la terrasse de derrière pour ne pas être en visibilité de la route. Par contre, après m’être lavé et avoir pris l’apéro, j’aperçois par une des vitres des valises sur le lit. Gloups ! J’ai juste le temps de tout rempaqueter qu’un 4*4 immatriculé en G-B arrive. Je les salue poliment et décampe.

Il n’y a plus qu’à trouver un plan B mais pas évident. Toutes les plantations sont clôturées. Finalement, au bout de qq kms supplémentaires, je déniche une maison abandonnée au bout d’un chemin. Je vois la mer au loin. C’est bon. Je me pose à nouveau. Demain sera une rude journée avec la frontière à passer. D’après les français rencontrés ce matin, le test PCR à 100€ est obligatoire. On verra bien.

Avant de plier les gaules, je voulais dédier cette journée à Clément, responsable de l’atelier sous-traitance de l’Arche, qui quitte l’asso ce soir. Personnalité attachante, grande gueule, anti-conformiste, profondément humain, il a décidé de prendre un autre chemin. Bon vent à toi Clém’.

Et puis une pensée aussi pour mon vieux-frère Vincent avec qui nous partions ensemble l’an dernier avant la levée de l’interdiction des déplacements à plus de 100kms. Que le temps passe vite …

Résumé : 100kms, 6h00, 16,7km/h, squat

J28 – mercredi 28 avril – Sagres / Carvoeiro

Réveil et préparation habituelle. A 8h, je pars pour aller voir le Cabo de Sao Vicente. Il fait beau et chaud en ce mercredi matin.

Au passage, j’admire le Fort de Belixe perché sur son éperon rocheux.

Puis j’arrive enfin à ce cap qui marque la pointe de terre la plus au sud-ouest de l’Europe. Par contre, ce phare est aussi fortifié et il n’est pas possible de rentrer dedans. De plus, j’ai bien intuité pour hier soir. Il m’aurait été difficile de bivouaquer dans le secteur !

Je reviens ensuite sur mes pas pour rejoindre Sagres, sortir de la pointe et prendre cette fois-ci plein est vers Lagos et Faro. Auparavant, je m’arrête aussi pour admirer le fort de Sagres qui barre l’entrée de la pointe et l’accès au phare. Par contre, le temps a complètement changé en 1h. De gros nuages noirs arrivent de l’ouest ! Je pense que je vais encore y avoir droit. Je fais un stop dans un café pour me changer et boire mon café matinal accompagné d’un Pasteis de Nata Coco. Je sors de cette pointe en espérant que les moulins à vent chassent les nuages noirs.

Je me rapproche de la côte en empruntant la belle route EM-537 et j’arrive dans le superbe village de Salema alors que les orages menacent toujours.

Puis je remonte sur la falaise et dévale dans la forte pente. Mais qui dit forte pente dit forte montée !

Avant de bien rigoler en voyant ce tag, j’attaque la forte montée à 16% et là ça rigole beaucoup moins.

D’autant plus qu’en plein effort dans le plus fort de la pente, j’ai la chaîne qui pète !!! Je manque me casser la gueule. Je finis en poussant le vélo jusqu’à un replat. Je sors mes outils et enlève le maillon faible. Par contre, je n’ai pas pensé à prendre une attache rapide. C’est ballot. Un motard s’arrête pour me donner un coup de main. Il s’appelle Pedro, brésilien de Sao Paulo en vadrouille au Portugal.

Il est midi. J’arrive à réparer. Je remercie Pedro qui poursuit sa route vers Sages. Et reprends la mienne. Mais je n’ai pas fait 500m que ça lâche à nouveau. La chaîne est morte. 2500 bornes. Je voulais la changer après avoir trouvé un vélociste afin d’y contrôler ma dynamo. Je n’ai toujours pas changé les fils vu que je n’ai pas la pince pour épissurer les gaines et comme il n’y plus beaucoup de marge … Bon, et bien là, c’est un peu la merde !

Je consulte mon iPhone et vois qu’il y a un réparateur à Lagos à une douzaine de bornes. Je n’ai pas le choix. Je marche quand ça monte, de la roue libre quand ça descend et de la trottinette sur le plat. Après quelques kms, je rejoins la route N-125 pour y faire du stop. La 2è voiture est la bonne. C’est un artisan-plombier-cycliste. On arrive à monter le vélo et les sacoches tant bien que mal dans son Kangoo utilitaire entre une échelle, des tuyaux et son matos. On discute en anglais. Le gars me laisse devant le magasin de cycles. Super sympa.

Il est 14h30. Le magasin ouvre à 15h00. J’ai le temps d’aller me boire un café dans la pasteleria à côté. Le vélociste est super sympa. Il me change la chaîne, me trouve une vis pour ma sacoche, jette un œil sur mon pb électrique mais, vu le monde qui s’agglutine à l’entrée, je lui dis de laisser tomber. Je repars aussi avec une paire de gants rouge; les miens sont vraiment au bout du rouleau. Je ne m’attarde pas à Lagos et reprends la N-125 pour contourner une immense baie.

La chaîne tient le choc. Je suis soulagé. Au début, j’avais l’appréhension qu’elle pète à la moindre montée. J’arrive à Portimao, grande métropole en bordure du Rio Arade. Sur ma route, je passe devant un Décathlon. Comme ma bonbonne est presque vide, je m’y arrête. J’aimerais aussi changer ma popote qui commence à sérieusement dater. Le problème est que le magasin n’est pas ouvert. Il faut commander à l’extérieur. J’essaie d’expliquer en anglais ce que je cherche mais en vain. Un client en attente, après m’avoir parlé en français, essaie de m’aider à expliquer ce que je cherche. C’est un « jetboil » mais rupture de stock. Ce client est en fait belge et travaille pour Canal+ qui va couvrir le Grand Prix de F1 de Portimao ce week-end. Et dire que je croyais qu’il se courrait encore à Estoril ! Je repars après avoir admiré la baie.

Je retrouve la N-125 qui permet de traverser la baie au nord de la ville. Comme l’heure avance, à Lagoa, je décide de plonger vers la mer pour y trouver un bivouac. Je traverse alors des résidences protégées. Je longe des golfs. J’aperçois l’entrée de nombreux « village resort », « golf resort », « hôtel & resort » et « prout-prout resort ». Les grandes demeures aux gazons anglais et aux piscines à débordement sont toutes plus belles les unes que les autres. J’arrive à Carvoeiro où les cafés font touche-touche avec les restaurants et les magasins de luxe. Le village est magnifique mais que ça pue le fric. Ce n’est pas là que je vais trouver un bivouac. Je me dirige alors vers le phare d’Alfanzina. J’y trouve à nouveau un bivouac 5* au bord des falaises après avoir emprunté le chemin de randonnée qui suit cette sublime côte aux falaises percées de grottes.

Il est grand temps de monter le bivouac et dîner d’un délicieux « Mao de Vaco com grao » (ragoût de vache au pois chiche) accompagné de sa Sagres évidemment. Il est 20h30. Le soleil s’est couché de l’autre côté de la falaise. Il est temps que j’y aille aussi après cette éprouvante journée.

Résumé : 75kms, 4h20, 17,3km/h, bivouac

J27 – mardi 27 avril – Vila Nova de Milfontes / Sagres

J’aurais bien aimé faire une grasse mat’ mais comme tous les matins, je suis réveillé vers 7h. Le temps est encore menaçant. D’ailleurs il a encore plu cette nuit mais j’étais bien à l’abri. Je me prépare donc. J’en profite aussi pour laver mon destrier au jet et le bichonner vu qu’il a pas mal souffert ces derniers jours. A 9h30, je quitte mon tepee et reprends ma route vers le sud. Je traverse le rio Mira en empruntant la N-393.

Encore une route assez étroite et empruntée. Je me sers un max sur le côté. Heureusement, cette route est également la résidence de nombreuses cigognes perchées sur leur poteau.

Au bout de 45’, je quitte la route des cigognes pour me rapprocher de la côte. J’emprunte une petite route de campagne qui m’emmène à Cavaleiro. C’est la campagne. Il n’y a plus grand monde si ce n’est des paysans et des saisonniers qui travaillent dans leur champ ou leur serre. Cette région en est couverte. Fraises, framboises, tomates poussent dans d’immenses serres. Vraiment impressionnant.

Je pousse jusqu’au phare de Cabo Sarbao. Spectacle à nouveau grandiose !

De plus, des cigognes ont élu domicile sur la crête des rochers. C’est quand même beaucoup plus sympa que sur les poteaux téléphoniques en bordure de route. Enfin, les goûts et les couleurs …

Par contre, je n’arrive pas à trouver un seul café ouvert. Il faut dire qu’il y a très peu de monde dans le quartier. En fin de matinée, j’arrive dans le magnifique village de Zambujeira do Mar. Je m’y arrête pour prendre un café sur la place centrale. Mais je ne peux que constater que le café est ouvert mais interdit d’y rentrer ou de s’asseoir. De plus, les restaurants sur la place ont l’air également fermés. Je vais donc faire quelques emplettes dans le supermercado. Et là itou. La patronne surveille le port du masque avec célérité. J’ai bien peur que l’Algarve applique des mesures plus drastiques que dans les autres régions. Je vais donc pique-niquer à l’abri d’une petite chapelle avec vue incroyable sur l’océan. L’endroit est magique d’autant plus que plus aucun nuage menaçant n’apparaît à l’horizon.

Mais il me faut repartir. Je rentre à nouveau dans les terres et emprunte la N-120. Les paysages changent à nouveau. Les forêts d’eucalyptus refont leur apparition. C’est beaucoup plus vallonné. Les villages se font rare. Ils sont à l’intérieur des terres et sont construits à l’abri des collines. Le vent doit souffler fort de la mer.

J’avance bon train. J’ai vent dans le dos et Led Zep’ dans les oreilles. Je traverse de belles forêts odorantes sur de petites routes qui me rappellent la Corse.

Par contre, après avoir éteint la musique, je m’aperçois que la batterie de mon iPhone est bien basse alors que j’ai débranché le GPS (il n’y a qu’une seule route). Je m’arrête. Je branche sur la batterie autonome que je pensais avoir chargé ce matin. Rien. J’essaie d’allumer ma loupiote. Toujours rien. Je vérifie la câblerie. Il semble que les fils branchés sur la Dynamo-moyeu soient bien oxydés. Je débranche, nettoie, rebranche. Toujours rien. Bon,je pense que je vais devoir dénuder les fils. Je verrais cela plus tard. J’aimerais bien à Sagrès ce soir. Je reprends la route et continue d’admirer les paysages qui s’offrent à moi.

Je m’arrête faire une pause à Carrapateira, joli village qui doit accueillir pas mal de surfeurs. Je me carapate à nouveau toujours vers le sud mais plus pour longtemps ! En descendant vers les pointes, le paysage devient plus aride. Un champ d’éolienne a été planté. Le vent balaie ce coin de bout du monde. Je l’ai dans le dos et avance à presque 30kms/h. L’heure aussi avance et j’aimerais bien arriver sur la côte pour bivouaquer. Je parviens enfin à Sagres. Les magasins de surfeurs se font la concurrence.

Il me parait compliqué d’aller vers la pointe de Sagres qui est barré par un fort. Tant pis, je continue vers la pointe de Sao Vicente. Je file maintenant vent dans le nez. Il me faut trouver un bivouac. J’aperçois au loin le phare perché au bout d’une longue falaise qui défie l’Océan. Il n’y a aucun végétation. Improbable. Je passe un bâtiment militaire, sur la gauche de la route, entouré de barbelés. Un petit chemin en fait le tour. Parfait !!! Bivouac 5* au bord de la falaise entre les 2 pointes.

Je m’installe sur un endroit non empierré. Je me change et peux enfin déguster ma Sagres bien nommée en contemplant ce paysage grandiose. Malheureusement, le coucher de soleil est encore gâché par une bande de nuages noirs. J’espère qu’ils ne viendront pas faire la java cette nuit au-dessus de ma tente. A ce sujet, je voudrais dédicacer ce coucher de soleil à mon ami Loïc qui est au crépuscule de sa carrière chez Air France, fête son départ ce soir et prend son envol pour une nouvelle vie. A bientôt mon ami ! Il est temps de rentrer dans mon duvet et de récupérer de cette longue journée.

Résumé : 115kms, 6h10, 18,6km/h, bivouac

J26 – lundi 26 avril – Comporta / Vila Nova de Milfontes

Nouvel éveil sous la tente. Nouvelle journée en attente. Il est 8h00 et je suis déjà parti. Le rideau gris est tiré et je n’ai pas trop envie de servir de p’tit déj’ aux moustiques du coin. Ils ont déjà bien dîné hier soir. Les marais sont pourtant de l’autre côté de la route. Je reprends cette longue route rectiligne N-261 bordée par des rizières. La circulation y est dense en ce lundi matin. Dans le village de Torres, je repère un immense pigeonnier coiffé d’un nid de cigognes. Je m’arrête dans l’abribus en face afin d’y déjeuner et d’observer ce qui s’y passe.

Un bébé cigogne tout gris est à l’intérieur et attend probablement la becquée. Au bout d’un moment, le couple réapparaît. La maman le nourrit et le papa semble surveiller les abords du nid. Il y a d’autres nids perchés sur les poteaux électriques. Je dois y aller. Je laisse les cigognes à leurs occupations et je reprends ma route.

Au bout de 50’, je bifurque enfin sur la droite vers Simes. La circulation y est beaucoup plus calme. Je traverse de grandes étendues de sables parsemées de pins parasol et de chênes-lièges. Quelques vignes poussent dans le sable. Cela me rappelle le Vin des Sables produit du côté de Aigues-Mortes. A un moment, de nombreux bâtiments longent la route au milieu de nulle part. J’arrive dans le hameau de Pinheiro Da Cruz. C’est en fait un immense centre pénitentiaire. Quelques prisonniers attendent d’attaquer, non pas une banque, mais le boulot devant une vigne. Je mesure à nouveau la chance que j’ai de pouvoir me balader en toute liberté.

Au milieu de matinée, je m’arrête à Melides dans un tout petit café tenu par une mamie toute petite et fripée. Il n’y a évidemment pas de wi-fi. Elle a l’air toute surprise de me voir ici. Nous essayons de communiquer mais ce n’est pas évident. Je reprends ma route vers Simes. La végétation m’indique que j’approche de la Méditerranée. Cependant, alors que je me dirige vers l’océan, de gros nuages apparaissent au loin. Je continue mon chemin en suivant une route … qui longe l’autoroute démarrant à Vila Nova de Santo André. Je profite de l’occasion pour passer le bonjour à mon oncle Dédé qui a dû rentrer de sa villégiature thaïlandaise.

Alors que j’approche de la ville portuaire de Sines, le ciel s’assombrit et un gros orage éclate. J’ai juste eu le temps de sortir mon imper et de couvrir ma sacoche avant. J’arrive à l’entrée de cette ville portuaire et tombe sur les incontournables commerces des zones commerciales européennes. Je me précipite donc chez MacDo pour m’abriter, me restaurer, recharger mes iBidules et profiter de la wi-fi. Une fois l’orage passé, je reprends ma route non sans avoir admiré la gare avec ses Azuléjos (mosaïques portugaises).

Puis je me dirige vers le port des pêcheurs beaucoup plus sympa que le port marchand. Ce qui m’inquiète sont les gros nuages noirs que je vois à l’horizon. C’est en effet de ce côté que je vais ! Pour l’instant, ça tient.

En approchant de la zone orageuse, je m’arrête dans une école de surf pour remplir mes bidons et demander au patron ce qu’ils pensent de la situation météo.

Il m’indique seulement que le prochain village est à 8kms. Donc soit je sors mon tourmentin et je mets en fuite, soit j’enfile ma tenue de marin-pêcheur et j’y vais. Comme je ne sais pas si et où l’orage va éclater, je prends le risque d’y aller. J’arrive au superbe village de Porto Covo en ne prenant que quelques gouttes. Je me balade dans les petites rues de ce village aux maisons typiques de la région.

Puis je repars en suivant les panneaux Algarve. Je suis obligé de prendre un peu dans les terres et, après quelques kms, le ciel s’assombrit et j’y ai droit. Heureusement, j’arrive dans le village rural de Ribeiro de Azenha et j’ai juste le temps de me réfugier sous l’abri du café du coin. J’en profite pour faire ma pause goûter et discuter avec le patron et un client. Je leur montre sur la carte d’où je viens. Il me prenne pour un loco !

Une fois l’orage passé, je file vers mon point de chute du soir. Le temps s’est à nouveau découvert et j’hésite à retirer ma tenue de pluie. Mais, après avoir été demandé le prix d’une chambre dans un « Pousada » (maison d’hôtes) fermé à cette époque, je repère le fléchage d’un camping, m’y dirige, rentre dans la ville de Vila Nova de Milfontes et me prend un nouvel orage sur la tronche. J’ai juste le temps de m’abriter sous un arbre et d’attendre que le déluge s’arrête. J’arrive à ce camping distant de 500m de mon arbre de fortune et me réserve un Tepee pour la nuit : 3 m2, 2 couches, 1 table. C’est rudimentaire mais je serai au sec cette nuit et j’ai de l’électricité pour recharger toutes mes batteries. Le temps de prendre une bonne douche bien chaude et le soleil est de retour … incroyable ! On se croirait au mois d’août avec nos orages d’été.

Résumé : 100kms, 5h35, 17,9km/h, camping

J25 – dimanche 25 avril – Cabo da Roca / Comporta

Vers 6h00, je suis réveillé par le bruit du vent malgré les boules Quiès. Ça bufle ! Je me rendors jusqu’à 7h30 puis décide de plier mes gaules et d’aller déjeuner à l’abri du vent. Je trouve mon bonheur, dans le village d’Azoia à la sortie de la pointe, à l’intérieur du lavoir. Eau, banc, abri … parfait. Par contre, le réveil musculaire est à nouveau costaud vu qu’il faut remonter sur le plateau et que ça grimpe. Je me demande parfois comment ma mécanique arrive à fonctionner aussi bien vu ce que je lui inflige. Ensuite je retrouve la N-247 qui redescend vers la côte. En ce dimanche matin, il n’y pas de circulation automobile. Par contre, c’est un défilé de cyclistes et de coureurs.

Ce sont des dizaines et des dizaines de cyclistes que je croise ou qui me doublent. Enfin pas tout à fait puisque j’ai retrouvé ma piste cyclable rouge mais qui est utilisée par les coureurs et les marcheurs. D’ailleurs, j’ai failli me prendre une VTTiste qui accompagnait 2 gars allant bon train et qui a eu la mauvaise idée de vouloir passer devant au moment où j’arrivais sur eux ! C’est passé mais juste. Belle frayeur !

Je croise donc des cyclistes en mode solo pépère, solo à bloc, triathlète tête dans le prolongateur, club de compétiteurs se tirant la bourre, club de retraités taillant la bavette (salut les copains du Stade !), duo de femmes, duo d’hommes. De tout. Idem pour les runners … Il faut dire que le cadre est grandiose pour faire son sport dominical. Je finis par arriver à cette grande et belle station balnéaire de Cascais où je m’arrête prendre mon café dans un bar chic en front de mer. Que de monde en ce dimanche matin …

Je retrouve ma piste cyclable rouge que je vais parcourir … jusqu’à Lisbonne pratiquement sans discontinuité. Sinon il m’aurait fallu emprunter la N-247 puis la N-6 qui sont passées en 2 * 2 voies. Beaucoup moins sympa. Je longe donc la mer en rythme de croisière et profite de tout ce monde qui se balade, courre, pédale, surfe … Le temps passe vite. Cependant, certains runners prennent la piste cyclable pour une piste d’athlétisme. Heureusement qu’ils ne sont pas aux Pays-Bas !Il faut quand même rester sur ses gardes.

Je roule tranquille pépère le long de ces stations balnéaires. Le paysage a complètement changé. Depuis que j’ai rejoins la côte après le cap, c’est devenu tout plat. Je retrouve aussi ces fortins qui devaient protéger la côte des envahisseurs. Pour celui-ci, ce sont les surfeurs qui essaient de le prendre d’assaut.

J’aperçois au loin le célèbre pont qui enjambe le Tage. Je n’ai qu’à suivre la piste en évitant les obstacles en tout genre.

Vers midi, j’entre dans Lisbonne et passe justement sous ce pont ô combien impressionnant. Je rejoins ensuite la gare maritime et prends un ticket pour Seixal en face. J’ai juste le temps d’aller acheter du pain et une salade de pâtes à la gare routière en face. Puis de la manger avant qu’une policière ne vienne me dire que c’est interdit. Je mangerai mon dessert de l’autre côté.

Je profite du WiFi gratuit pour tenter d’appeler mes enfants et des amis. Mais personne ne me répond. Tant pis, il est 13h30. J’embarque. 20 minutes plus tard, je suis de l’autre côté de la baie. Je profite d’une prise électrique pour recharger mon iPhone et appeler mes enfants qui s’inquiètent de mon orteil. Tout va bien. J’en profite aussi pour finir mon déjeuner et je repars en laissant derrière moi Lisbonne. J’y reviendrais plus tard pour y passer un long week-end mais sans vélo, ni sacoches.

Je prends direction Setubal en coupant direct. Et là, par rapport à ce matin, c’est le jour et la nuit. Autant ce matin, ça grouillait de monde dans un paysage superbe. Autant cet après-midi, je ne vois personne et c’est d’une tristesse sans nom. Je traverse des cités HLM, des zones industrielles, des paysages moches où les maisons sont à vendre ou en ruine.

Une éclaircie quand même dans cette journée alors que je roule sur une petite route. Une Merco me double, klaxonne et se gare un peu plus loin. Le gars sort de sa voiture, me fait signe de m’arrêter et me dit avec l’accent : « Mais tu es de Toulouse ? C’est pas possible ! ». Et on se met à discuter sur le bord de la route. Il m’explique qu’il a vécu de 5 à 52 ans à Cugnaux. Il avait monté sa boite de transport et sponsorisait le club de cyclo de Cugnaux. Puis a travaillé pour Tisséo (la régie de transport en commun de l’agglo) et pour Verdier (bus scolaire notamment) avant de revenir au pays passer sa retraite. Il me propose de m’héberger à Motijo où il a un pied à terre qu’il aménage. Bizarrement, pendant qu’on discute, une averse tombe de nulle part ! Il est encore tôt et ce n’est pas ma direction. Et puis ce signe du ciel peut-être … Je ne sais pas mais je décline son invitation et continue ma route. J’arrive à Palmela où un château domine la vallée et la baie.

De ce côté, des vignes ont fait leur apparition et le paysage y est plus bucolique. Par contre, mon GPS me fait passer par un sentier destiné aux pompiers en cas d’incendie en contrebas du château. C’est abrupt, raviné et caillouteux. Je manque me casser la binette. Manquerait plus que cela. Je finis par arriver à Setubal, agréable ville à l’entrée de la baie et du rio Sado. Je me dirige à nouveau vers la gare maritime pour une nouvelle traversée en ferry vers Soltroia. Il est 17h00. Le ferry est à 17h30. Juste le temps de goûter et le ferry est déjà là.

A 18h00, le ferry accoste à Soltroia. J’ai pu admirer la baie de Setubal malgré le trafic maritime et ce château perché sur son promontoire.

A la sortie du ferry, je prends l’unique route qui traverse cette longue bande de terre séparant l’océan de la baie. Nouveau changement de décor. Ce sont des résidences de luxe qui se succèdent les unes après les autres. Tout est grillagé, fermé, cloisonné, bunkérisé. Impressionnant. De toute façon, je n’ai pas prévu de dormir là ce soir. De plus, j’ai l’impression d’avoir changé de pays. Le ciel est resté plombé sur les terres de l’autre côté alors qu’ici c’est grand ciel bleu. Étonnant.

Il me faut maintenant trouver un chemin qui mène à la mer. Le problème est que tous les chemins sont sablonneux. Il m’est impossible de m’aventurer là-dedans avec ma patte folle. Je continue espérant trouver un chemin plus praticable. Nada. Finalement, je finis par dénicher une sente en dur qui s’éloigne de la route. Même topo qu’hier soir mais je ne verrai et n’entendrai la mer que de loin. Tant pis. Ce sera parfait pour ce soir. La journée a été longue.

Résumé : 100kms, 5h50, 17,1km/h, bivouac

J24 – samedi 24 avril – Alto Foz / Cabo da Roca

J’ai dormi comme un loir. Réveillé vers 7h00 alors qu’Aline est déjà préparée. Elle n’a pas beaucoup dormi. Je range mes affaires et nous partageons notre petit déj’. Puis nous quittons notre maison de fortune pour reprendre chacun sa route. En effet, Aline a décidé de prendre le train pour descendre direct sur Lisbonne où elle a réservé un WarmShower. Sacré jeune femme au tempérament bien trempé qui a déjà pas mal bourlingué malgré son jeune âge, à la recherche de rencontres et qui est sacrément mâture. Bonne route le « homard rouge » !

Je reprends donc ma route le long de la côte alors qu’Aline rentre dans les terres. Je retrouve mes toboggans avec de belles montées pour atteindre les villages perchés puis descente pour retrouver la plaine cultivée. Sur les crêtes, j’arrive enfin à immortaliser un de ces moulins exposés au vent en haut des crêtes.

Puis je redescends en bord de mer à Porto Novo où je m’arrête dans un café en bord de plage. Le vent vient du sud et ramène de gros nuages noirs. Je pense que je vais encore déguster aujourd’hui. En attendant je profite de l’instant présent et du paysage somptueux offert par Dame Nature.

Il est 10h30 et je reprends ma route toujours plein sud en espérant rouler encore au sec un petit moment. Je continue à suivre la route N-247 qui est très empruntée en ce samedi matin. Comme elle n’est pas bien large et qu’il n’y a pas de piste cyclable, je sers les miches. En effet, contrairement aux espagnols très respectueux des cyclistes, la distance de sécurité des 1,50m n’est pas souvent respectée. Beaucoup me frôle en me doublant sans ralentir alors que d’autres véhicules arrivent en face. Je continue à penser qu’il faudrait inclure du temps de circulation à vélo lorsqu’on passe son permis de conduire pour se rendre vraiment compte du danger de circuler dans le trafic routier à vélo. Je passe de village en village en admirant les panneaux d’entrée beaucoup plus coloré que les nôtres.

Dès que je peux revenir sur l’océan et m’échapper de la route, j’en profite pour admirer cette côte ô combien découpée.

Après 3 heures de vélo à monter / descendre vent dans le pif, je commence à avoir faim. Je repère des restaurants mais qui m’ont l’air un peu trop chic vu les voitures garées devant. Finalement, j’en dégote un plus abordable et me trouve une place avec vue sur mer. Je me commande une dorade grillée que je déguste après avoir pris le traditionnel apéro portugais : beurre, pain et olives. Une mousse au chocolat et un café pour bien finir. Le tout pour 12,30€ !

Je vais pouvoir reprendre la route le ventre bien rempli ! Je retrouve donc cette satanée N-247 toujours aussi empruntée. Par contre, il ne pleut toujours pas. Le ciel bleu a même refait son apparition à mon grand étonnement. Mais le vent du sud continue de souffler fort. On ne peut pas tout avoir dans la vie ! Je le prends dans la tronche et il m’arrive de faire des écarts lorsque je prends un virage. Il faut vraiment que je fasse gaffe. Plusieurs fois je gueule et je fais signe à des automobilistes me serrant vraiment trop près. J’ai des envies de sortir mon antivol en U et de péter des rétroviseurs et des gueules !!! Heureusement que je peux m’arrêter pour me calmer et admirer le spectacle de cette superbe côte.

A un moment, je bifurque à droite pour arriver à Fontanelas où je m’arrête faire mes course du samedi. Le frigo et les placards sont vides. Je trouve un commerce dans lequel sont vendus énormément de produits français (au prix fort). Je trouve même du Tipiak mais pas en sachet précuit. Dommage. J’achète aussi de quoi faire ma pause 4h et descends sur Azenhas do Mar, petit village accroché à la falaise. Je croise deux anglaises assez mûres qui me disent : « It’s wonderful. We’re too lucky ! ». J’aquiesce. Je m’installe ensuite pour boire mon Icetea et manger ma banane en admirant cet endroit.

Il me faut repartir. Et toujours pas de pluie. J’entre dans le Parc Naturel de Sintra-Cascais et me dirige vers Sintra par cette même route chérie. Mais là, ça se rétrécit et ça grimpe drôlement. D’ailleurs je croise des cyclistes qui doivent venir s’amuser dans le coin. En vue du monastère, ça se calme. Grand faux plat puis descente vers la mer en direction de la pointe la plus à l’ouest de l’Europe : Cabo da Roca. Il y a du monde. J’en profite pour me faire tirer le portrait du bout du continent.

Puis, comme l’heure avance et que j’en ai plein les bottes, j’inspecte les environs à la recherche d’un bivouac à l’abri et du vent, et de la pluie et des regards. Pas évident. Mais en cherchant bien on trouve. En suivant un sentier de randonnée qui fait le tour de la pointe, je trouve mon bonheur. Nickel chrome.

Après ma toilette de chat et l’installation du bivouac, je vais me balader sur ce chemin. Le spectacle y est à nouveau grandiose ! Dommage qu’Aline ait préféré de rejoindre Lisbonne en train …

Je prépare mon dîner froid et vais pique-niquer devant mon écran géant. Effectivement, quelle chance !!!

Résumé : 90kms, 5h50, 15,4km/h, bivouac

J23 – vendredi 23 avril – Foz do Arelho / Alto Foz

Réveillé vers 4h du mat’ pour aller faire ma pissouille, je sors de la tente à loilpé. Il caille et le ciel est à nouveau menaçant. A peine recouché, il se met à pleuvoir. Décidément … Je me lève un peu avant 8h en attendant une accalmie. Le vent a tourné et vient de l’est. Je plie vite fait mes gaules et me dirige vers Foz do Arelho où je me pose dans une pasteleria/cafeteria pour y déjeuner au chaud.

Je repars en ayant réglé mon GPS pour rester au maximum le long de la côte afin d’éviter de prendre les routes principales. Je longe donc le lagon d’Obidos par des chemins non bitumés. Le temps a l’air de s’éclaircir. L’orteil cassé et attaché ne me gêne pas trop malgré les ornières. Je m’arrête prendre une photo de la lagune …

… lorsque je suis interpelé par une cyclotouriste ! On commence à se parler en anglais et, comme d’hab’ avec mon super accent, elle s’exprime en français. Et oui, c’est une petite grenobloise. Elle se nomme Aline, 22 ans, en césure de 4é année de sciences-po (master culture). Elle vadrouille à travers le Portugal. On repart ensemble en papotant de nos parcours respectifs. Par contre, la météo se dégrade à nouveau et la bruine refait son apparition.

Arrivé à Baleal, nous nous arrêtons prendre un café / beignet dans un bar de surfeurs. Il est déjà midi. Le temps de finir notre encas, le ciel s’assombrit et le déluge s’abat à nouveau. Même les surfeurs sortent de l’eau. Nous décidons de déjeuner sur place en attendant que ça se calme : hamburger/bière/café après le beignet.

Avant de repartir, je regarde la météo. De la pluie est annoncée pour la fin de la semaine et semaine suivante sur Lisbonne et ses environs. Bon … Je renfile ma tenue de marin-pêcheur et nous voilà repartis en direction de Peniche sous la flotte. Nous faisons le tour de la pointe sans trop nous attarder vu les conditions pour le moins compliquées.

Nous continuons notre route en cheminant au plus près de la côte. Un peu avant 17h, je lui propose de commencer à chercher un hébergement en dur pour la nuit. Une 1ère maison inhabitée ne nous convient pas. Nous continuons à descendre plein sud quand, arrivés à Alto Foz sur la N247, je repère un lotissement à l’abandon. Cela me parait pas mal. Un bloc de maisons le plus près de la mer est inaccessible. Par contre, l’accès aux maisons en face n’est pas condamné. On visite. Banco. Ce sera parfait pour la soirée. Chacun choisit sa « chambre ». On tend une corde à linge à l’intérieur de la « salle à manger » pour faire sécher nos fringues trempées. Il est l’heure de passer à table en partageant nos victuailles.

Puis de prendre un Doliprane et de passer sous la couette après avoir fabriqué un volet sur mesure pour éviter d’être réveille dès potron-minet.

Résumé : 60kms, 4h00, 15km/h, squat

J22 – jeudi 22 avril – Costa de Lavos / Foz do Arelho

Ce matin, c’est grasse mat’ ! Je me réveille vers 8h et je tire aussitôt les stores pour voir quel sera le programme de la journée : ciel bleu cotonneux. Après la pluie, le beau temps ! Il est donc temps de me préparer, de bichonner mon destrier et de reprendre la route. Par contre, juste avant de partir et alors que j’allais remplir mes gourdes, la gourdasse se casse la binette dans l’entrée sur le béton ciré. Je tombe sur le genou et me tords le gros orteil. Avec un peu d’ArnicaGel et un Doliprane, j’espère que cela va aller. Je quitte à regret cette superbe demeure contemporaine …

… mais ô combien anachronique dans cette station balnéaire désuète.

Je suis obligé de reprendre la route N109 détestée pendant 7 à 8 kms puis je bifurque à droite pour revenir vers l’océan. Après la circulation intense de ce jeudi matin et ces poids-lourds chargés de pins me frôlant sans ralentir, je retrouve la tranquillité de ces landes dévastées par l’incendie de ??? Les pins morts, dont je parlais hier, sont en fait calcinés. Je circule à nouveau sur une Ciclovia, piste cyclable rouge en dehors de la circulation, et j’arrive vers 11h en bord de mer dans la station balnéaire de Pedrogao. C’est quand même beaucoup plus agréable quand le soleil est de la partie. Mais les mauvaises conditions météo font aussi partie du périple et il faut l’accepter. Et puis, il faut bien qu’il pleuve pour arroser les cultures !

Cette nuit, j’ai pu recharger mes appareil iBidules. Je dois dire que, avec mon système eWerk qui permet de les recharger aussi en roulant grâce à ma roue avant avec dynamo, je suis relativement autonome. De plus, je peux aussi charger une petite batterie autonome. Il me faut une journée pour la recharger et, ensuite, elle peut charger 50% de mon iPhone en cas de besoin. Je me pose dans un café en bord de mer et profite de ce spectacle magique. Allez il est temps de repartir et de longer cette magnifique côte sauvage.

Je retrouve ma piste cyclable toute droite à travers cette lande désolée. Le vent vient de la mer et ne me gêne pas. Par contre, hier, je crois qu’il venait plein sud et qu’il a dû amener cette dépression. J’avance bon train. 50kms parcourus en 2h30 ! Par contre, dès que je prends une racine ou que je roule sur des pavés, l’orteil me rappelle à ses bons souvenirs. J’ai bien peur qu’il ne soit fracturé ! Je m’arrêterai dans une pharmacie à Nazaré pour consulter et acheter du sparadrap.

Il commence à faire faim. Je m’arrête dans une station balnéaire récente sans aucun charme Pedra do Ouro et m’installe dans un bar-snack pour recharger les batteries. L’assiette de frango est copieuse et je repars repu. Je continue sur la piste jusqu’à Nazaré. Après avoir visité la cathédrale qui est ouverte, je vais admirer le paysage du haut de la falaise.

C’est toujours aussi impressionnant ! Par contres, les vagues monstrueuses ne sont pas au rendez-vous. C’est ici que sont surfées les plus grands vagues au monde. Cette année, une française a surfé une vague de 32m de haut !

Je rencontre 2 couples de français à la retraite qui ont également élu domicile dans le coin. Je commence à discuter vélo avec l’un des deux qui est cycliste mais cela n’a pas l’air de plaire à sa femme. Il me souhaite alors bonne route et ils s’en vont ! Je n’ai plus qu’à descendre dans le centre et me balader à vélo dans les petites ruelles puis sur le front de mer où les tables des bars et glaciers sont fortement occupées. De la mer, la vue sur la falaise est également impressionnante.

Je sors de Nazaré et me dirige vers Sao Martino do Porto en empruntant la N-242 qui me gave rapidement. La piste cyclable a disparu et la circulation y est intense. Dès que je peux, je prends à droite et escalade un coteau pour me retrouver sur une route de crête beaucoup plus agréable. D’ailleurs, depuis Nazaré, le paysage a complètement changé. Les longues plages et la lande sauvage ravagée par l’incendie ont fait place à des falaises, des collines et des vallées où les maraîchers sont de retour. J’arrive dans l’immense lagon (lagoa) de Sao Martino protégée par un étroit chenal.

Je reste le long de la côte en direction de Foz do Arolho. L’horloge tourne et j’aimerais bien trouver à nouveau un bivouac avec vue sur mer. Le second chemin que je repère est le bon : aucune habitation alentour, chemin praticable, loin de la route, vue sur mer. Je ne descends pas trop bas (après il faut remonter la pente !) et trouve un emplacement plat idéal pour planter la tente. C’est parfait.

Par contre, ce qui est moins parfait, c’est l’état de mon orteil. Il est bien pété vu l’état bleuâtre du bestiaux. Mais bon, cela aurait pu être pire. J’aurais pu me péter un genou ou le bras ou je-ne-sais-quoi. Pour pédaler, cela devrait le faire. Cela me rappelle d’ailleurs deux anecdotes. La première en jouant au foot, pieds nus sur la plage, avec des allemands (remake de France-RFA 1982) et le fiston. J’avais voulu contrer un ballon. Mais crac. Mon fils m’avait traité de chochotte. Et le lendemain quand je lui avais montré l’état de l’orteil, il me chambrait moins : tout bleu, doublé de volume et triple fracture ! Heureusement, c’était la fin des vacances. La seconde en sortant de la piscine à Blagnac. J’avais voulu faire comme les pros en m’appuyant sur le rebord du bassin et en filant un battement de jambes pour remonter hors de l’eau. Mais j’avais shooté sur la margelle. Et un autre orteil fracturé … ce qui avait beaucoup amusé les maîtres-nageuses. Moi moins !

J’allais clôturer cette nouvelle journée quand j’entends mon portable sonner alors que je pensais ne rien capter. C’est mon ami Gaugau, grand voyageur à vélo, qui venait aux nouvelles et me donnait des infos pour traverser Lisbonne. Avant hier, j’avais pu converser avec mon vieux frère Riri et la veille avec mon vieux compère Boubou. Et puis aussi avec l’ami Nico du Petit Nice en Ariège. J’ai pu aussi avoir des nouvelles de mon ami Loïc futur retraité d’Air France, de mes amies Laurence en plein changement pro et Jessy en plein changement perso. J’ai aussi régulièrement des news de mes potes de L’Arche et du Stade. Et bien évidemment ma fille Gwendoline en plein changement également et mon fils Titouan bientôt en fin d’étude. Cela fait vraiment du bien de pouvoir discuter de temps en temps pour rompre un peu cette solitude assumée. Bon, il est déjà 20h et j’ai les crocs ! A demain …

Résumé : 100kms, 5h00, 20km/h, bivouac