J85 – vendredi 2 juillet – Mestre / Blagnac

Après avoir passé la fin d’après-midi et la soirée dans l’aéroport de Venise avec cette atmosphère si particulière quand le brouhaha des voyageurs échangeant dans toutes les langues, les annonces répétitives au sujet du Covid-19 en italien puis en anglais et les va-et-vient incessants de la journée font place au calme absolu, je prépare mon dernier « bivouac » de ce périple dans un coin tranquille, mon immense carton me servant de cloison.

Auparavant, j’avais rencontré 5 jeunes slovènes (2 filles et 3 garçons) qui montaient en avion à Londres pour redescendre sur Biarritz avant d’attaquer la route de St-Jacques à vélo. Eux avaient embarqué leur vélo respectif dans un carton 2 fois plus petit que le mien. Etrange coïncidence d’ailleurs alors que j’avais attaqué mon périple il y a 3 mois par le même chemin et que j’aurais pu continuer vers la Slovénie ! Je leur donne le plus d’infos possibles et profite de leur scotch restant pour attacher mon carton.

Après une nuit passée sous les néons restés allumés, je suis à nouveau réveillé aux aurores, non pas par le lever du soleil et le gazouillis des oiseaux, mais par les discussions des premiers voyageurs faisant la queue devant le bar-restau à côté de mon campement. Je plie une dernière fois mes affaires, fais une toilette de chat et déjeune à ce restau-bar. Puis j’attends l’ouverture de mon comptoir d’enregistrement. Bien m’en a pris d’être arrivé le premier. En effet, vu la dimension de mon carton, l’embarquement s’avère quelque peu compliqué. Je dois d’abord patienter un long moment avant d’avoir confirmation de bien pouvoir embarqué. Puis aller à un autre comptoir, toujours en me baladant avec mon incombrant chargement, acheter un billet (110€ quand même ce qui ramène le prix du billet à un tarif plus « normal » !), revenir et refaire la queue à l’embarquement pour faire enregistrer mes 2 sacoches, prendre l’ascenseur pour descendre au sous-sol, passer le carton dans le sas des objets XXL (bonjour la manutention !), ouvrir le carton pour vérifier la non-dangerosité du vélo, remonter au contrôle et embarquer, enfin, le dernier dans l’avion !

A 12h30, me voilà revenu à Blagnac-Airport où m’attend Jessy pour me donner les clés de mon futur Home-Sweet-Home. Après un délicieux déjeuner pris dans sa nouvelle demeure, je prends possession de la mienne. La première action est de me taper une bonne douche bien chaude ô combien attendue et désirée. Puis je m’endors devant l’étape du Tour de France. Que cela me fait bizarre d’être rentré !!!

Je récupère ensuite ma voiture qui a passé 3 mois tranquille sous un arbre dans la maison du Parvis de l’Arche où j’ai installé mon atelier de réparation de vélos. La pauvre est dans un bien sale état … (comme son propriétaire à son arrivée !).

Par contre, son moteur n’a pas trop été sollicité pendant ce laps de temps contrairement aux deux miens qui ont accumulé 8.500 bornes aux cours de ce périple et ont bien (trop) profité du soleil avec ce superbe bronzage « Tour de France » !

Pour terminer, je voulais vous livrer un extrait de l’article lu dans l’Equipe du 30 juin entre le cycliste pro (et philosophe) Guillaume Martin et l’écrivain, critique littéraire et passionné de cyclisme Jean-Louis Ezine :

J.-L. E. : … Le vélo me permettait de traverser le monde à la vitesse idéale.
L’Equipe : Et ne pas s’arrêter…
J.-L. E. :
Oui, c’est ça, fuir, s’enfuir, le vélo pour moi, c’est ça. Quand tu pédales à une certaine vitesse, tu ne fais plus partie du monde ordinaire.
G. M. :
Je vous rejoins totalement sur cette histoire de vitesse idéale, de manière très concrète. À pied, je m’ennuie, ça ne va pas assez vite. En voiture, ça va trop vite. À vélo, c’est la bonne vitesse pour profiter du paysage, être présent à l’environnement qui nous entoure. …

Cet extrait résume parfaitement ma « philosophie » du voyage à vélo : « Fuir, s’enfuir du quotidien pour profiter du paysage et être présent à l’environnement qui nous entoure. » A bientôt donc pour l’Epilogue de ce voyage avant une nouvelle fuite pour reprendre la route et boucler la boucle entre Venise et Oslo en 2022 j’espère …

J84 – jeudi 1er juillet – Pontelangorino / Mestre

Réveillé de bonne heure comme d’hab’, je plie mes gaules pour, peut-être, mon dernier bivouac de ce périple. Nous sommes déjà le 1er juillet. Voilà 3 mois que je suis parti. La journée va être chargée. Je ne traîne pas trop et à 7h je quitte mon aire de jeux pour reprendre à nouveau sur la route.

Je suis mon GPS au plus près vu que je n’arrête pas de longer, traverser, contourner des fleuves, rivières et canaux. J’arrive dans le Delta du Pô et dans la région de Vénétie.

D’ailleurs je traverse le Pô qui est un fleuve très large, qui me rappelle ma Loire natale, avec ses plages et ses îles.

J’hésite à m’arrêter dans ce charmant village mais j’aimerais vraiment avancer avant que la grosse chaleur n’arrive.

Finalement, je m’arrête vers 10h dans un bar en bord de route vu que je ne traverse plus aucun village. Je bois mon dernier café américain accompagné de son corneto. J’en profite également pour réserver un billet d’avion pour demain matin : 43€ (sans le vélo) … c’est exagéré ! Je reprends ma route … enfin mon chemin vu que j’emprunte un chemin de halage le long d’un canal alors que la route parallèle est fort empruntée.

Je pousse jusqu’à 12h30 et trouve à acheter une pizza dans une boulangerie. Je m’arrête sur une petite place de village à l’ombre d’un tilleul pour déjeuner et siester. Après avoir bu un dernier café (prononcez caffè !) espresso, je m’arrête à la station service en sortant de ce village pour y laver mon destrier au jet de rinçage (surtout pas au jet puissant qui bousille les roulements !). Les sacoches, couvertes de poussière, sont comme neuves. Le bestiaux est tout propre et frétille prêt à repartir. La fesse gauche, bien brûlée et qui se rappelle à mon bon souvenir en ce début d’après-midi, n’est, elle, pas tout à fait d’accord. Et pas que la fesse gauche d’ailleurs ! A ce sujet, quand je pense à cette photo de Roglic, couvert de pansements après sa (nouvelle) grosse gamelle dans le TDF, je me dis que ces champions cyclistes ne sont vraiment pas fait du même bois que nous !

Je file ensuite tranquillement vers Mestre en suivant des canaux. J’ai l’impression de revivre mon marathon de Venise couru il y a fort longtemps. J’étais venu passer une semaine avec Hélène, la maman de Titouan qui ne devait pas encore être né. Le marathon partait de Stra à 40 kms au nord de Venise. Il fallait s’y rendre en bus de bonne heure le matin. Nous étions serrés comme des bestiaux qu’on emmène à l’abattoir. Avec mes chronos en -3h, je me retrouvais dans le SAS derrière les élites ce qui évitait le stress de se placer longtemps à l’avance. D’ailleurs, ce marathon servait de support au championnat d’Italie. Puis les fauves étaient lâchés pour rejoindre Venise en suivant ces fameux canaux. Nous arrivions alors à Mestre avant d’emprunter la longue digue ventée pour rejoindre Venise. Nous prenions alors à droite vers la gare et remontions, après avoir traversé le Grand Canal sur des barges, jusqu’au grand parc au sud de Venise. Les derniers kms étaient terribles avec ses incessantes montées/descentes de pont où des planches avaient été posées sur les marches. D’autant plus que je ne devais pas lâcher le morceau pour finir à nouveau en -3h ! Souvenirs, souvenirs …

Je trouve le magasin de Mestre dans lequel mon fiston m’avait réservé, depuis Montréal, un carton (180X115X30) pour emballer mon vélo. Une fois le carton récupéré et après avoir fabriqué une bandoulière avec ma corde à étendre le linge, je rejoins tant bien que mal une station de taxi à une centaines de mètres du magasin. Avec le chauffeur, nous arrivons à charger le tout dans un grand véhicule et filer à l’aéroport direct sans aucun problème. La course me coûte presque le même prix que le billet d’avion solo. C’est hallucinant ! 40 balles pour faire Venise / Toulouse. C’est reparti comme en 40 les conneries et les vols bradés … J’en profite me direz-vous ? Et bien oui, mais je préfèrerais vraiment payer plus cher !

Une fois le vélo très peu démonté (roue avant et pédales enlevées et guidon tourné) puis chargé dans le carton, je charge tout le barda sur un chariot. Cela me change de l’an dernier à Oslo où j’avais dû tout démonter pour le rentrer dans un sac à vélo beaucoup plus petit. Puis je file aux toilettes me laver et me changer. Je n’ai plus qu’à patienter jusqu’à demain matin et attendre mon vol de 10h30. Cela sent vraiment la fin …

Résumé : 110kms, 5h50, 18,9km/h, 8.500kms, temps chaud, bivouac

J83 – mercredi 30 juin – Foce del Conca / Pontelangorino

Dernier jour de ce mois de juin italien ô combien ensoleillé … et certainement un des derniers jours de ce périple dans le sud. En effet, après cette bonne nuit de récupération et de cogitation, je pense que je vais rentrer depuis Venise. Je pourrais me lancer dans les Balkans (Slovénie, Croatie, Bosnie …) mais, comme mon matos, je commence à accuser la fatigue. Je ferais ce périple plus tard avec beaucoup plus d’envie … Il est donc 6h30 quand je quitte ce bivouac.

Je retrouve mes belles pistes cyclables et traverse tranquillement de nombreuses stations balnéaires dans cette région d’Emilie-Romagne. La plupart ont fait le choix de redonner de la place aux modes actifs sur les promenades de front de mer. Et c’est vraiment très agréable de circuler de bon matin sans bruit et sans fureur et de croiser autant de promeneurs, runners et cyclistes.

Les aménagements ne sont pas tous parfaits (manque de cohérence, discontinuités, partage piéton/vélo, …) mais on sent une volonté certaine de changer de paradigme. J’avance donc bon train sur ce réseau. A 9h00, je m’arrête boire mon café américain et mon corneto …

… dans la charmante station balnéaire de Cella.

Je continue à suivre le réseau cyclable même si, quelquefois, il me réserve de drôles de surprise et, ce, toujours pour franchir cette satanée voie ferrée.

Mais cela vaut quand même la chandelle vu que j’emprunte maintenant un réseau cyclable dans les sous-bois en longeant des canaux. Même là, on retrouve les carrelets (je crois que c’est comme cela que s’appelle ce système de pêche).

Par ces chemins de traverse bien agréables, j’arrive à Ravenne. Je visite la basilique à l’entrée de la ville avant de traverser cette grande agglomération.

Je pique-nique et sieste à l’ombre dans une pinède en bordure de mer que je vais quitter pour retrouver une dernière fois la SS16. A partir de maintenant, c’est changement complet de décor. Tout d’abord, je longe un immense Pôle Chimique avant d’emprunter la route SS309 qui traverse la zone des lagunes. J’ai débranché le cerveau et branché la sono. Le vent s’est levé et ça souffle très fort sur cette plaine infinie. Dès que je le prends de travers, je manque me casser la gueule à plusieurs reprises. De temps en temps j’emprunte des axes parallèles sur des mauvais chemins sableux.

Là, c’est ma sacoche avant qui se barre à deux reprises manquant me désarçonner. Finalement, je préfère suivre la route même si c’est tout autant dangereux. Ce n’est qu’un incessant chassé-croisé de camions. C’est usant physiquement et mentalement.

Heureusement, mon GPS m’envoie dans la cambrousse et me fait bifurquer à gauche. Je m’arrête le long d’une voie cyclable retrouvée au Butterfly’s café à Pontemaodino. L’endroit et la patronne sont charmants. J’y déguste, et quand je dis « déguster » je pèse vraiment mes mots, un Schweppes Tonic citrons-glaçons bien frais. Que c’est bon après avoir bouffé du vent et de la poussière tout l’après-midi. Puis, en sortant de cet endroit frais, je continue sur la piste cyclable qui longe un canal et arrive dans le village rural de Codigoro où je cherche un bivouac. Je ne trouve rien, regarde sur ma carte et m’aperçois que je suis parti à l’envers de ma direction !

Je n’ai plus qu’à faire demi-tour et refaire les 2 kms pour revenir au bar et prendre la bonne route. Je m’arrête finalement à l’aire de jeux à côté du stade de foot. Il commence à se faire tard. De plus, avec mon cuissard Ekoï qui n’est plus tout jeune non plus, je suis en train de me choper un échauffement sur la fesse gauche. C’est mon 1er depuis le départ … c’est quand même ballot ! Pourtant, je ne lésine pas sur la crème Nok. Ce soir, ce sera Biafine et j’espère que demain je pourrais rallier Venise sans trop de souci.

Résumé : 140kms, 7h30, 18,7km/h, temps très chaud et venté, bivouac

J81 – lundi 28 juin – Pineto / Scossicci

Grâce à mes nouvelles boules Quiès roses, la nuit fût beaucoup plus calme … et le réveil à 5h15 moins difficile ! Je m’attèle au même cérémonial matinal en profitant du lever de soleil éblouissant en ce lundi matin.

A 6h30, je reprends ma superbe piste cyclable. Je la suis avec l’Adriatique toujours sur main droite. Je traverse à nouveau des stations balnéaires. Et puis de temps en temps je pars dans les champs et profite du chant des oiseaux. Je double quelques cyclistes matinaux, parfois très mal équipés, en vadrouille.

Et puis aussi beaucoup de marcheurs. D’un côté la mer, de l’autre la terre. Et au milieu coule une ciclovia ….

Puis je me fais doubler par un VTTiste black qui va bon train. Je lui prends la roue. Et nous voilà, tel un train fou, lancer à vive allure sur ces pistes qu’il a l’air de très bien connaître. Comme il n’a pas de sonnette, je fais office d’avertisseur et, lui, de guide. On roule un bon moment à un rythme effréné. Lorsque la largeur de la piste et le trafic le permet, nous échangeons côte à côte. Arrivé à Giulananova, il met le clignotant à droite et s’arrête devant un Lido. C’est là que Lamine bosse. Il se tape ses 20 bornes le matin et idem le soir. C’est aussi un footeux qui joue évidemment milieu de terrain box-to-box. Vu la forme qu’il a, je le surnomme N’Golo … ce qui le fait beaucoup rire. On se checke et je le laisse aller à son taf.

Arrivé à San Benedetto del Tronto, je franchis la Fiume Tronto qui délimite la région des Abruzzes et celle des Marches. La piste cyclable des Abruzzes s’arrête juste avant la rivière à Martinsicuro. Je suis obligé de faire le tour, récupérer la SS16 pour franchir la rivière, traverser la zone commerciale et le centre avant de reprendre le littoral. Comme je passe devant le Décathlon local, je fais l’ouverture pour acheter l’émetteur de mon compteur Sigma. Évidemment, il n’est pas en stock ! Tant pis, je finirai sans.

Parfois, je m’engage sur des pistes cyclables le long de mer mais qui finisse en cul-de-sac. Il me faut alors revenir en arrière et trouver un passage pour passer sous la voie ferrée. Des fois, c’est croquignolet !

Ce midi, je m’arrête dans une pizzeria-restau où je pose mes fesses. Je déjeune d’un bon plat de pâtes fraîches accompagné d’une bière artisanale. Puis, comme j’en ai pris l’habitude, je me trouve un banc ombragé pour siester. Je repars ensuite en alternant route SS16 et bouts de piste quand je traverse une station balnéaire. De là, je peux y admirer le paysage des Marches qui est joliment vallonné. Mais je n’ai pas trop envie de grimper. Je préfère passer outre et continuer mon chemin.

Je fais un arrêt au stand Mac’Do de Porto Recanati pour trouver de la Wifi et déguster un Sundae chocolat. En effet, malgré mes demandes dans plusieurs geleteria ou bar, je n’arrive pas trouver de la wi-fi. Et je dois avouer que lire l’Equipe sur mon ePhone ne me botte pas terrible. Je me rapproche de la grosse bosse au loin et finit par trouver un endroit tranquille pour bivouaquer. La dune et la plage sont juste derrière. Je n’ai plus qu’à enfiler mon maillot de bain et affronter les vagues. Et oui, comme une rivière se jette à cet endroit, cela a créé une « faille » et donc des vagues.

Je dîne assis sur une planche en haut de ma dune. Et j’attends le coucher de soleil avant de rejoindre mes pénates.

Résumé : 120kms, 6h40, 18km/h, temps très chaud, bivouac

J82 – mardi 29 juin – Scossicci / Foce del Conca

Réveillé à 5h30, je profite à nouveau du lever de soleil sur la mer et sur ma planche de salut avant de plier les gaules …

… et de quitter ce nouveau campement sous la pinède. D’ailleurs, ce matin il y avait une légère rosée sur la tente. Cela faisait une éternité !

A peine le temps de m’échauffer que j’attaque déjà la bascule au-dessus du promontoire. Ça grimpe sec à travers la campagne des Marches. J’ai même l’impression de me retrouver dans le Gers avec ces douces collines couvertes de plantation de tournesol et de blés et ces villages perchés.

Je rejoins des axes plus empruntés en arrivant sur Ancona où la circulation matinale s’intensifie. Plutôt que de suivre mon GPS qui me fait rejoindre la mer au nord, je décide de me diriger vers le Centro. Mauvaise idée ! Je me retrouve à circuler sur des grands axes routiers, monter, descendre des collines et emprunter de longs tunnels. Tout cela pour un centre vraiment pas folichon. Je redescends vers le port. Nombre de ces bateaux longeaient les côtes hier soir et draguaient je ne sais quel poisson ?

Puis je retrouve la SS16 qui, à nouveau, longe l’autoroute au loin, la voie ferrée et le front de mer. Je traverse des villages et des stations balnéaires sans charme. Vers 9h00, je m’arrête à Marina di Montemarciano boire mon café. Juste après, je prends à droite pour rejoindre une route qui longe d’immenses plages de graviers ou de sable.

La chaleur est toujours présente. Heureusement qu’il y a un peu d’air sinon ce serait limite suffocant. Je roule déjà depuis un bon moment. En traversant Mondolfo, je passe devant une cafétéria. Ce sont deux grands mères (frangines ?) qui tiennent la boutique. Il y a le choix parmi plats cuisinés et salades. Les habitués sont nombreux ce qui est toujours bon signe. Je me commande une belle portion de morue avec des pommes de terre et des tomates panées. J’ai une faim de loup et je me régale !

Puis, comme d’hab’, je me trouve un coin ombragé sur un banc et roupille un bon moment. A mon réveil, le soleil tape toujours aussi fort. Le vent souffle et vient du sud. Il me pousse mais m’assèche aussi. Je continue à boire toutes les 15 minutes et à m’asperger la tête dès que je trouve un robinet. J’arrive à Cesano, superbe station balnéaire, toujours en suivant un réseau cyclable parfois discontinu. Mais je ne me plains pas vu le passif de réseau cyclable …

D’ailleurs, voici encore un bel exemple d’urbanisation tactique où une promenade de bord de mer avec 2 voies automobiles a été transformé en une belle piste cyclable bi-directionnelle, un large trottoir, une voie de livraison et le reste a été équipé en terrasses pour les cafés et restaus. C’est quand même beaucoup plus agréable de se balader dans ces conditions que dans le bordel avec les bagnoles !!!

A ce sujet, je remarque qu’en remontant dans le nord, le réseau cyclable est bien développé. Il y a donc beaucoup plus de cyclistes. Et, je ne sais pas si je dois faire l’amalgame ou pas, mais il y a également beaucoup moins de déchets en bord de route. Dans le sud, le « système voiture » est roi. En remontant, le « système alternatif » prend le dessus. Tant mieux ! Par contre, en sortant de Cesano, la piste cyclable s’arrête au bord d’une magnifique plage de sable blanc. Il me faut reprendre la SS16 pour sauter ce nouveau promontoire.

Je finis la journée comme je l’ai commencée : avec une belle grimpette pour basculer dans la baie de Gabicce Mare. Une fois arrivé complètement trempé entre l’effort et la chaleur humide, je récupère avec ma gelato. Puis je trouve un emplacement dans un grand parc en bord de mer et le long de la rivière Conca. J’en profite pour faire un plouf avant de me taper ma bibine et d’installer mon bivouac.

Je voulais dédicacer cette journée et souhaiter un très bon anniversaire à Martine. Le 29 juin de l’an dernier, après l’avoir croisée avec son mari Christian qui randonnaient à la pointe des Espagnols en face la rade de Brest, j’avais passé la soirée et la nuitée chez eux lorsque j’étais passé dans le Cotentin.

Et pour terminer en beauté cette journée, je viens de poubelliser une de mes deux tenues de cyclistes : mon maillot collector du Stade qui est vraiment arrivé en bout de vie et mon cuissard Castelli usé aussi jusqu’à la corde. Même mes chaussures commencent à se désagréger. La droite d’ailleurs commence à partir en fumée. Il va être temps que je pense à rentrer … ça lâche de tous les côtés !!!

Résumé : 110kms, 6h30, 16,9km/h, temps très chaud, bivouac

J79 – samedi 26 juin – San Menaio / Petaciatto

Nuit tranquille à la belle étoile sous mon abri. J’ai pu dormi sur mon matelas gonflable posé sur le banc. Réveillé au chant des cigales (donc de bonne heure), je me prépare tranquillement. Je vais suivre la côte jusqu’à Rodi Garganico où mon GPS m’envoie pour prendre un ferry … enfin, ce que je pense être un ferry ?!? Je quitte le dessus de ma grotte et reprends la route pour mes dernières bosses avant de retrouver la morne plaine.

J’arrive donc dans cette nouvelle station balnéaire et son village perché. Les chaises longues attendent leur chair fraîche. Je me dirige ensuite vers le port pour trouver ce fameux ferry.

A part les préparatifs d’une manche des championnats du monde de off-shore qui se déroule ce week-end dans cette cité, je ne vois aucun départ de ferry. Je me renseigne auprès d’une serveuse qui prépare sa terrasse en bout de quai. Je lui explique en lui montrant ma carte. Je crois comprendre qu’il faut accéder à pied et que ce n’est pas possible à vélo. Ce n’est pas très clair. De toute façon, il n’y a personne. Je préfère tailler la route.

Me voilà donc reparti pour une nouvelle journée ensoleillée. Après cette cité, j’attaque les derniers virages qui m’emmène dans la plaine. Je repère un sac en plastique en bord de route. Je freine. Dame Providence m’offre un sac empli de fruits : pêches plates, cerises et prunes ! Certainement quelqu’un qui a fait ses emplettes ce matin et qui a fait tomber par mégarde ce sac. Hier, c’était l’eau (aucun point d’eau trouvé pendant le tour de Gargano !), aujourd’hui les fruits …

Pendant un long moment, je suis une Reserva Naturale Estrate en front de mer tout en me gavant de ces délicieux fruits. Quelques accès, notamment un pour fauteuil roulant, permettent de traverser cette réserve et d’accéder à cette plage infinie.

Sur ma gauche, je longe un lac (Lago di Varano) que je ne vois pas d’ailleurs. Puis je m’arrête à Torre Milleto y boire mon café matinal. Puis je prends la route SS693 qui m’emmène à Lesina au bord du lac du même nom (Lago di Lesina). Je traverse alors d’immenses plaines céréalières et maraîchères où les tomates de toutes sortes et les melons poussent à profusion. Je m’arrête à Lesina, cité portuaire de lagune. D’ailleurs, ça sent très fort au bord de cet immense lac.

Puis je rejoins la SS16, le même modèle que la SS106 mais un peu plus large. De plus, je la surnomme « la route des prostipoutes ». J’en salue 5 en quelques kilomètres. Assise sur une chaise en plastique et à l’ombre d’un parasol, elles dévoilent le maximum de leurs attributs pour aguicher le client. Le plus vieux métier du monde n’est certainement pas le plus facile … Vers 13h, je bifurque à droite direction Marina di Chieuti pour y déjeuner de 2 pizzas et d’une Peroni limone à l’ombre d’un lido. Ensuite, je me trouve un coin à l’ombre de l’église où je roupille plus d’une heure. Il fait à nouveau un sacré cagnard.

Je retrouve ma SS16 et traverse le Fiume Saccione qui marque la fin de la région des Pouilles (Pulga) et l’entrée dans la région de Molise. Je dois avouer que je ne connaissais pas cette région italienne.

J’ai branché le best-of de Peter Gabriel en concert pour me motiver. Mon cher Peter Gab’ qui m’a accompagné dans bien des moments difficiles de ma vie. D’ailleurs, je l’ai vu en concert plusieurs fois. J’aime autant le chanteur que la personne engagée et militante. J’avance au rythme de ses tubes pour arriver à Termoli. Je m’y pose pour faire des emplettes, acheter des piles CR2032 (j’en ai une qui me semble neuve mais l’émetteur ne fonctionne plus !) et chercher de la Wi-Fi.

Je sais que le Stade a gagné sons 21é titre mais j’aimerais bien télécharger mon édition quotidienne et lire le CR du match. De plus, il y a le Tour de France qui s’élance aujourd’hui de Bretagne et je vois bien notre Alaphilippe faire un coup d’éclat. J’ai beau jeter un oeil dans les nombreux bars devant lesquels je passe, je ne vois aucune retransmission du TDF. Dommage … Je pense que toute la population locale est sur la plage et attend plutôt le match de la Squadra ce soir.

Je m’extrais par une belle piste cyclable de cette ville animée. D’ailleurs, je me faisais cette réflexion au sujet des pistes cyclables italiennes. A part les runners, marcheurs, trottinetteurs et cyclistes électrisés qui les empruntent, je ne vois que très, très, très peu de cyclistes « normaux ». Par contre, je ne compte pas le nombre de scooters garés devant les plages, c’est hallucinant !

La route SS16 que je rejoins longe cette fois-ci le bord de mer avec la voie ferrée sur sa gauche. Il m’est donc beaucoup plus facile de repérer les entrées de plage publique. J’arrive à trouver mon bonheur, me pose, enfile mon maillot de bain et plonge dans la mer Adriatique pour un bain ô combien rafraîchissant. Sans parler de ma Peroni toute fraîche qui m’attend à la sortie ! Je dîne assis sur un arbre mort et admire le coucher de soleil.

Je profite également du spectacle de « la séance photo nocturne » avant de réintégrer mon petit nid douillet.

Résumé : 110kms, 6h15, 17,6km/h, temps très chaud, bivouac

J80 – dimanche 27 juin – Petaciatto / Pineto

La nuit a été quelque peu agitée. Hier, j’ai complètement zappé de racheter des boules Quiès. Entre le murmure lancinant des vagues, le vacarme des trains et les accélérations des motos, la nuit a été hachée. Ce qui ne m’empêche pas de me réveiller aux aurores pour une nouvelle journée ensoleillée. La 80ème de ce périple !

Je déjeune en surveillant les cannes d’un pêcheur installé de fort bonne heure. D’ailleurs, je n’ai encore jamais vu un seul pêcheur de bord de mer ramener un poisson ?!? A 6h30, je suis déjà en route pour profiter un maximum de la relative fraîcheur matinale et du calme de la circulation sur la route SS16 – Adriatica en ce dimanche matin. Comme lors des jours précédents, Dame Providence m’a déposé en bord de route 3 bouteilles (fermées) d’eau minérale de 50cl. Incroyable ! A Punta Pena, village perché et marina, j’emprunte une superbe piste cyclable (certainement, une ancienne voie de chemin de fer réhabilitée). Je rêve de ne circuler que sur des axes similaires comme l’an dernier dans les pays nordiques. C’est quand même beaucoup plus sécurisant et reposant.

J’admire aussi ces baraques de pêche avec de grands filets, comparable à ceux sur la Gironde, présentes le long de cette côte rocheuse.

Après avoir repris la SS106 et m’être tiré la bourre avec un cycliste (et oui, c’est dimanche et ça roule !), je bifurque à droite vers Saracini pour prendre mon café et emprunter une nouvelle piste cyclable. Auparavant, j’ai traversé de grandes plantations viticoles. D’ailleurs, sur cette photo, on aperçoit sur la gauche les bâtiments de Casal Bordino – vini D.O.C dal 1960. Depuis San Salvo, j’ai quitté la région Molise pour entrer dans celle de Abruzzo (les Abruzzes).

Pendant de nombreux kilomètres, ce n’est que bonheur. Je suis à nouveau sur une superbe piste cyclable qui est bien aménagée sur l’ancienne voie ferrée. L’inauguration aura lieu ce 30 juin d’après un piéton avec qui je discute.

Et, comme il existe cette belle piste cyclable continue, sécurisée et balisée, de nombreux cyclistes « du dimanche » l’empruntent. Je croise ou double beaucoup de familles qui se rendent à la plage à vélo. Des stands de location sont installés également dans les stations blanéaires traversées. Il faut dire que pour accéder aux plages en voiture et trouver à se garer, cela n’a pas l’air évident. Je comprends pourquoi pas mal de monde était déjà sur plage de bon matin. D’autant plus que la Police Municipale se balade et file des contraventions à tour de bras.

Par contre, comme souvent dans nos pays latins, la signalisation laisse à désirer. Une première fois, je me retrouve sur une discontinuité en gravier (demi-jour assez rapide), la seconde en arrivant sur Corvo oblige à prendre une portion en cours de travaux, notamment le passage d’un long tunnel et, pour finir en beauté si je puis dire, la 3ème m’emmène dans un cul-de-sac sous la falaise de cette cité perchée.

Le marcheur bien bronzé essaie bien de s’envoler en faisant de grands moulinets avec ses bras pour survoler l’obstacle et franchir le cap, de mon côté, je préfère faire demi-tour et me taper la montée de la colline. J’ai bien vérifié, lorsque je suis sorti de cette portion, qu’aucun panneau ou indication ne précisait la fin de la pista. Pas grave. Vu la qualité de l’aménagement, tout est pardonné.

Comme je ne vais pas tarder à arriver à Pescara et que midi est déjà passé, je préfère m’arrêter à Francavilla al Mare pour y déjeuner et y siester dans un square pour enfants en front de mer.

Au bout d’une bonne heure, c’est le soleil qui me rappelle à mes « obligations ». Je reprends donc ma route vers Pescara en empruntant, presque toujours, une piste cyclable. J’y arrive vers 15h sans trop m’en rendre compte vu que les stations balnéaires et les lidos se succèdent les uns après les autres. Ce sera le cas pratiquement jusqu’à mon bivouac ! Une énorme passerelle vélo + piéton permet d’enjamber le port.

Je constate que, en remontant vers le nord, l’urbanisation est florissante contrairement aux régions du sud où tout est vendre ou à louer (vendesi o affitasi) et que les déchets sont beaucoup moins présents le long des routes et notamment des pistes cyclables ! De cette passerelle, on aperçoit au loin les montagnes enneigées (si, si !) des Abruzzes. Je m’arrête boire un café pour me sortir la tête du cul et discuter avec le serveur très sympa. J’en profite également pour prendre des nouvelles du fiston après en avoir pris de ma fille hier. Tout va très bien pour les deux dans leur nouveau job respectif. Super !!! Trop fier de mes pitchounes.

Je continue à circuler prudemment sur ce superbe réseau cyclable, toujours prêt à freiner et/ou klaxonner tant les marcheurs et cyclistes ne font pas trop gaffe. D’ailleurs, je découvre après la sortie de Silvi que j’emprunte la Ciclopista Adriatica – BI-6 et qu’elle traverse de drôles d’endroit, en l’occurrence le parc de la Torre Cerrano.

Par contre, je n’ai pas trouvé de commerce pour acheter ma bière fraîche du soir. Je fais donc un stop dans le bar d’un Lido mais quand je vois la queue qui attend derrière le comptoir, je préfère m’abstenir. Peu après, en traversant une pinède où il n’y a ni lido, ni construction (enfin !), je décide, toujours en accord avec moi-même, d’arrêter là pour aujourd’hui. J’ai aussi repéré un banc en bois sur lequel sieste un homme. Il sera parfait comme table.

Il est temps d’enfiler mon maillot de bain (il y a quand même du monde sur la plage) et d’aller me baquer. Fin de cette belle journée ensoleillée mais moins chaude que les précédentes. Et aussi belle journée cycliste. A ce sujet, j’apprécie beaucoup ce nouveau rythme de me lever très tôt, de beaucoup rouler le matin pour pouvoir être plus cool l’après-midi quand la grosse chaleur et la fatigue s’installent.

Résumé : 110kms, 6h05, 18,1km/h, temps chaud, bivouac

J78 – vendredi 25 juin – Manfredonia / San Menaio

Camp de base n° 77. Réveil-cigale à 5h. Départ à 6h30. Tout est clean. Direction parc de Gargano.

Niente Lido ! Niente libido ! Bicci, bicci e bicci…

Allongez-vous. Relaxez-vous. Visualisez. Vous roulez sur une route ombragée qui grimpe à travers une forêt de pins maritimes aux odeurs envoûtantes. Une légère brise marine vous rafraîchit. Les cigales chantent à l’unisson pour vous accompagner. Vous avancez tranquillement. Vous admirez le paysage qui se déroule devant vous. Vous remerciez les salopards qui ont balancé leur bouteille d’eau au 3/4 pleine le long de la route. La journée se déroule sereinement.

Baia Mattinata
Baia Rossa
Baia Pugnochiuso
Baia San Felice
Baia Vieste (S)
Centro storico Vieste
Baia Vieste (N)
Baia Peschici (N)
Centro storico Peschici

Niente bagno. Spiaggia privata. Ce n’est pas grave puisque vous trouvez un kiosque en bois où passer la soirée. L’eau coule dorénavant à flot comme par miracle. Vous prenez une bonne douche. Les oiseaux chantent sous les frondaisons. Vous êtes bien, calme et détendu.

En-dessous de vous, des grottes creusées par la mer il y a quelques millions d’années. Vous pouvez vous endormir sereinement …

Résumé : 100kms, 7h00, 14,3km/h, temps chaud, bivouac

J77 – jeudi 24 juin – Santo Spirito / Manfredonia

Ce matin, je suis vraiment réveillé au lever du soleil, la toile de ma tente ne faisant plus office de « store ». Je plie rapidement mon campement avant de déjeuner assis sur une dalle.

Je profite du lever du soleil qui joue avec les nuages.

A 6h30, je suis déjà en action. Je croise des marcheurs, joggeurs et cyclistes matinaux qui profitent de la fraîcheur. Puis j’enchaîne la traversée de cités fortifiées en bord de mer. J’essaie de rester au plus près du front de mer pour profiter de la bise marine.

Et puis, en passant devant les ports, je profite aussi de l’activité matinale des pêcheurs qui rentrent au port et des habitués qui viennent y acheter leur poisson.

Entre 2 cités, souvent cyclables dans leur traversée, je profite des figuiers gavés de grosses figues rouges qui pendouillent telles de grosses coucougnettes. Elles sont exquises … les figues !

Je m’arrête à Barletta dans le café « Hakuna Matata » (pensée pour Cyprien de l’Arche !) tenu par 4 jeunes femmes hyper dynamiques. Et il le faut parce que c’est un passage continu d’habitué.es qui viennent boire leur café et manger un corneto (croissant) à la crème, chocolat ou pistache.

Puis je sors de ce café, remonte sur mon vélo et emprunte ces rues aux pavés noirs désunis. Ça vibre et ma sacoche avant gauche se fait à nouveau la malle maintenu par un seul serre-clips. Heureusement que je l’ai maintenue avec deux ! Je rafistole comme je peux et repars sous une chaleur suffocante. Je traverse des zones agricoles complètement cramées. Arrivé à Fiumara, je prends au plus près de la côte la route SP159. C’est une immense ligne droite avec, à gauche des marais salants et à droite une zone maraîchère où tout est à vendre (terrain, ferme, maison, …) puis, derrière une « diguette », la mer.

Le vent chaud balaie cette immensité plate. Je suis sur le petit plateau et mouline à 15km/h. Au bout de 30 minutes, l’eau de mes bidons, remplis à Fiumara, est déjà chaude. Au bout d’un temps qui m’a paru infini, j’arrive enfin à Zapponeta. Il est 12h30. Je roule déjà depuis presque 5h. J’achète ma Peroni et une focacia. Puis je trouve un point d’eau ô combien désiré.

Je me prends une douche, remplis mes bidons et suis abordé par 2 jeunes ados VTTistes équilibristes d’une quinzaine d’années : Karim d’origine marocaine (son papa parle français) et Pierlo (?) italien pure souche (sic !). Ils me dénichent un coin à l’ombre en bordure de plage et veulent tout savoir (surtout le Karim) sur mon voyage : le prix/poids/matériau du vélo, mon itinéraire, mes kms parcourus … incroyable ! Puis je les quitte et me trouve un nouveau coin à l’ombre pour siester, en l’occurrence, le Stadio Communale dont le terrain aurait besoin d’un bon arrosage !

Après un nouveau gros siestou, je repars toujours sous cette chaleur humide. J’aimerais trouver un coin de plage tranquille où me baigner. Je sors du village, retombe sur des zones maraîchères et déniche un chemin au milieu de l’une d’elles. J’ai la plage pour moi tout seul. Je laisse mon vélo derrière la dune, enlève ma tenue de cycliste toute moite et me jette à l’eau. Quel bonheur ! Je fais quelques longueurs entre 2 jetées dans une eau calme.

Au loin, à travers la brume de chaleur, on aperçoit la péninsule de Gargano où je me rends. Après m’être douché sommairement avec mon éponge, je reprends ma route jusqu’à Manfredonia. A l’entrée de cette grande cité portuaire, je visite la basilique de Siponto. Et devinez ce qui se passe à l’intérieur ? Et oui : un mariage !

Je fais le tour de ce site atypique avec l’ancienne basilique du IIé et XIIé siècle reconstituée par une sculpture en fer. Puis je vais déguster ma glace quotidienne en face de la Lega Navale Italiana où de multiples coupes garnissent la vitrine. La charmante vendeuse me conseille de prendre, avec ma boule de Cioccolato fondente, une boule de Cilieglia Ferrovia e Vino Rosso : une véritable tuerie !

C’est pas le tout mais l’heure passe et il me faut à nouveau penser à trouver un bivouac. Je quitte donc cette grande ville et repère des chemins en partant vers l’Est qui devraient me permettre de trouver mon bonheur. Après quelques kilomètres sur ces fameux chemins, j’accède effectivement en bord de falaise après avoir traversé une oliveraie. C’est Royal de Luxe ! Je dîne presque les pieds dans le vide sur un aplomb d’une trentaine de mètres avec les cigales qui chantent dans les pins méditerranéens. Je dédie d’ailleurs ce bivouac à mon frangin Manu et à Carmina. En regardant le centre de la photo, je pense qu’ils comprendront !

Autre sujet qui n’a absolument rien à voir. Je vous invite à consulter le commentaire de Joël, président de l’ABAVE (Association Blagnac A Vivre Environnement) et à signer la pétition. Encore un nouvel exemple de la politique d’Ecologie Responsable et Raisonnée de notre bon maire et de sa clique. Mais, comme le symbole de ces petits cailloux posés délicatement et harmonieusement au bord de la falaise : RESTONS ZEN !

Résumé : 115kms, 7h10, 16km/h, temps très chaud, bivouac

J76 – mercredi 23 juin – Torre di Guaceto / Santo Spirito

Après m’être bagarré avec quelques moustiques avant de m’endormir, la nuit fût chaude. Je n’ai même pas eu à sortir mon duvet. A mon réveil matinal, le soleil est légèrement voilé. J’hésite à aller me baigner. Mais vu qu’il ne me reste de l’eau que pour mon thé, je n’ai pas envie de repartir salé. Alors que je déjeune assis sur mon arbre couché, un trailer debout me salue. Puis c’est un responsable du parc qui débarque en minibus avec des étudiants. Ils viennent effectuer un comptage d’oiseau dans la zone marécageuse. Je quitte ce superbe bivouac pour retrouver ma route de service.

Ça circule déjà pas mal sur l’autoroute en ce mercredi matin. Par contre, il n’y a pas grand monde sur ma route. Alors que je commence à avoir soif, j’ai la chance de tomber sur une canalisation qui fuit. J’en profite pour remplir tous mes bidons. En prenant la photo, je n’avais même pas remarqué le matelas dans le fossé ! Pourtant, ils font énormément d’effort dans cette région contre le dépôt d’ordures : panneaux de sensibilisation, poubelles distinctes, camions de ramassage en nombre … Mais, il faut croire que c’est vraiment compliqué de changer les mentalités et les (mauvaises) habitudes …

A un moment, j’entends un bruit bizarre sur ma gauche. Je vois passer un camion cube roulant à faible allure sur l’autoroute. Il s’arrête sur le côté à ma hauteur. Deux blacks costauds en descendent pour constater que le pneu arrière droit est complètement explosé. Quant à moi, je roule bonne allure sur cette route bordée d’oliveraies et de figueraies. D’ailleurs, j’en profite pour manger et ramasser quelques figues blanches bien mûres sur un figuier gigantesque. Quel délice !

J’aperçois sur ma droite la mer et quelques plages de sable blanc. Mais je préfère rouler. Je retrouverai la mer à Torre Canne où je m’arrête pour boire mon café matinal.

A partir de cette ville, j’emprunte enfin une route côtière. C’est quand même beaucoup plus sympa. D’autant plus que je découvre des sites surprenants comme cette « plage » était posée sur une ancienne carrière de pierres.

J’arrive dans la cité de Monopoli (avec un i italien) qui est jumelée avec Monopoly (avec un i grec) la cité grecque donc. C’est à nouveau une superbe cité fortifiée.

Je m’aventure à nouveau dans ses ruelles ombragées. Après tous ces kilomètres matinaux parcourus sous le soleil, c’est toujours très agréable d’être un peu à l’ombre. Surtout que le spectacle est aussi au balcon !

Je sors de cette belle cité, reprends la route et me pose à Polignano a Mare, autre cité maritime mais construite sur la falaise et ses grottes.

Je repars en suivant à nouveau l’autoroute et, comme il commence à faire faim, je bifurque à droite en direction de San Vito, petit port de pêche. Je m’arrête dans un bar-pizzéria pour y déguster une foccacia et la bière sarde Ichnusa.

La Ichnusa de 50cl à 5% et le soleil additionné fait qu’il me faut trouver un endroit où siester ! En longeant un champ, je ne peux pas rater toutes ces maisons en pierre. Je n’ai pu qu’à choisir laquelle veuille bien m’accueillir. Finalement, ce sera celle-ci. Par rapport à l’extérieur, il fait super bon. C’est ventilé par un fenestron. J’étends ma bâche et je sieste pendant une bonne heure.

Puis je reprends ma chaude route et parviens enfin à Bari en milieu d’après-midi après avoir suivi une belle piste cyclable depuis San Giorgio au sud. La distance entre Brindisi et Barri, en suivant les indications des distances sur les panneaux autoroutiers, doit être de 115 kms. Mais ce chiffre n’est pas toujours la même. Bizarre ?!?

A l’entrée de la ville, il y a une belle plage de sable très fréquentée. Par contre, le reste de la baie n’est composée que de blocs de pierre où la baignade est impossible. Je me balade à nouveau des les ruelles de la vieille ville fortifiée avant de m’arrêter déguster ma glace. Le charme opère toujours !

Avant de quitter la ville, je fais quelques provisions de bouche. La banlieue s’étend très loin. Je commence à fatiguer. Mais je ne trouve pas d’endroit où m’arrêter sereinement. Je sors à nouveau mes cartes et je repère un terrain vague entre des lotissements. Je vais y jeter un œil. Il me paraît compliqué de planter la tente sur cette friche. De plus, je suis en vue des résidences. Je m’avance jusqu’à la mer et remarque des plateformes de pierre à l’écart. Je m’y dirige. Ce sera parfait pour une nuit à la belle étoile. Je me pose et bois avec avidité la même bière (Ichnusa) que ce midi. Comme la bière corse (Pietra ?), elle a un léger goût de châtaigne. Bien fraîche, c’est un pur bonheur, d’autant plus devant le coucher de soleil sur la baie de Molfetta.

Résumé : 120kms, 6h45, 17,8km/h, temps très chaud, bivouac

J75 – mardi 22 juin – Torre dell’Orso / Torre di Guaceto

Nouveau réveil aux aurores. J’essaie de traîner un peu. Mais, comme je dois aller au Décathlon de Lecche, cela ne sert à rien de partir trop tôt. Vu que ma tente est exposée plein est, je finis par me lever et déjeuner en haut de la falaise. Puis je salue Micha, également réveillé, qui m’a l’air d’avoir « la tête dans le cul » ce matin. Il n’a pas dû sucer que des glaçons hier soir … Je quitte ce nouveau campement pour reprendre ma route au nord.

La route est calme ce matin. D’autant plus que j’emprunte l’ancienne route toute droite coupée à la circulation. J’imagine qu’il y a trop d’accidents mortels vu le nombre de stèles sur cette longue portion sous les frondaisons.

Avant d’arriver à San Cataldo, je bifurque à gauche en direction de Lecche, 15 kms à l’intérieur des terres. Le paysage est toujours autant aride. Comme hier, des incendies ont ravagé nombre de secteurs. C’est tellement sec qu’un moindre mégot balancé par la fenêtre doit déclencher des ravages.

J’arrive un peu avant 9h dans Lecche. Je me dirige vers le Décathlon en suivant mon GPS. Sur le chemin, je repère un magasin réparant les téléphones. Il ouvre à 9h30. Je me pose alors dans un café d’habitués tenu par Marco et son papa qui doit approcher les 80 balais. A 9h30, je vais au magasin mais l’addition s’avère corsée : 95€ pour une réparation à 18h00. Tant pis. J’espère qu’il tiendra le coup jusqu’à mon retour.

Je profite d’être pas trop loin du Centro Istorico (prononcez Tchentro sinon on vous regarde avec des yeux ronds !) pour me balader.

Au détour d’une église, je rencontre un couple de bordelais (forcément avec mon maillot du Stade …) qui ont fait un Bordeaux-Bari en avion + voiture de loc + hôtel pour visiter les Pouilles. Je continue ma balade dans les ruelles ombragées au charme toujours aussi latin !

Puis je reprends ma direction du Décathlon à travers zones industrielles et commerciales toujours aussi déshumanisées. Avant d’y arriver, je tombe à nouveau sur un vendeur de cerises et abricots. Je rachète un mezzo kilo de ciriglie. Le vendeur ne parle qu’italien. Il me pose des questions dont je pense comprendre le sens et réponds comme je peux. Mais, comme souvent dans ces cas-là, le gars parle plus fort comme si j’allais mieux comprendre ! Ces cerises sont au demeurant excellentes.

Arrivé au Décathlon, je suis accueilli par le patron du magasin qui me fait rentrer mon vélo dans un local et me sers de guide dans mes achats en répétant à chaque employé d’où je viens. Je trouve mon bonheur et repars sous un méchant cagnard. Il n’y a plus un poil de vent et il doit faire +40°C . Le paysage est toujours aussi aride. A part quelques masseria (ferme) en pierre, perdues au milieu de ses immensités plantées d’oliveraies, il n’y a pas âme qui vive dans le secteur.

En fin de matinée, je retrouve en fin le bord de mer à Casabalate. Le vent souffle fort. Et cela fait un bien fou de retrouver un peu de fraîcheur. Je fais quelques achats et m’installe en bordure du petit port pour déjeuner et siester. A mon réveil, je me fais brancher foot par les ados que l’on voit au fond.

A Casabalate, petit port dans les Pouilles,

Sortis de nulle part, arrivent trois jeunes fripouilles.

De foot, ils me parlent et sortent une dépouille :

Mondial 2006 … Ça me casse les couilles !

Puis je vais prendre un café ristretto en front de mer avant d’attaquer à nouveau la route. Le vent souffle. La mer est agitée. Le soleil est présent. La vie est belle ! Je me dirige maintenant vers Brindisi, ville connue pour son passage en Grèce depuis l’Italie en évitant de passer par les Balkans. Je traverse dorénavant de grandes plaines céréalières et des vignes à perte de vue. J’imagine que c’est ici qu’est fabriqué la Grappa (eau de vie de marc de raisin) avec cette énorme distillerie.

Puis je m’arrête dans un « hôtel » à l’abandon. Les pièces intérieures sont immenses. Il y a plusieurs chambres, chacune avec SDB et WC. J’accède en haut de la tour par un petit escalier caché derrière un salon avec cheminée. Les huisseries et carrelages sont neufs. C’est étonnant ! Je suis toujours curieux du pourquoi et du comment ces demeures ont été abandonnées. Mais je ne le saurais pas.

J’arrive à Brindisi en milieu d’après-midi. Je rentre dans le centre-ville et en fais vite le tour. Je m’arrête déguster une gelato al cioccolato e mango avant de faire une pause-photo sur le port où sont amarrés des bateaux de guerre sous les remparts.

Par contre, après avoir consulté mes cartes, je m’attends à une partie de plaisir pour finir la journée. En effet, comme lors de mon épuisant cheminement le long de la SS106, je vais être obligé de suivre l’autoroute SS379 – E55 qui mène à Bari en suivant une route de service. Je n’ai pas le choix. Les plages ne sont accessibles que par des culs-de-sac. C’est d’ailleurs l’un d’eux que je vais emprunter pour mon bivouac quotidien. Et mon choix ne s’avère pas trop mal !

Je parviens dans une petite crique, à côté de la Torre Aragonese di Guaceto, où il n’y a plus personne; les derniers baigneurs ayant pris la navette pour les ramener au parking voiture. La mer est calme et m’invite à la baignade. Même si je n’ai pas pris suffisamment d’eau dans mes bidons, je ne peux résister à cet appel. A poil et à la flotte !!!

Que c’est bon après cette journée passée à transpirer sous le cagnard. Je me rince avec peu d’eau vu que la mer est beaucoup moins iodée que sur l’Atlantique. Puis je dîne enfin chaud de mes pâtes Rana. Il est 20h30 et le soleil est déjà couché. Alors que je finis de dîner, 2 VTTistes débarquent. En discutant, j’apprends que l’un d’eux travaillent pour Airbus et qu’il est venu bosser avant le Covid sur Blagnac. Le monde est vraiment petit. Je vais attendre la nuit noire avant de rejoindre mon matelas et mon sac à viande pour une bonne nuit réparatrice.

Résumé : 100kms, 5h45, 17,4km/h, temps très chaud, bivouac

J74 – lundi 21 juin – Fontanelle / Torre dell’Orso

« Un jour sans fin ». Et oui, comme dans ce superbe film avec Bill Murray, la journée commence comme celle d’hier, d’avant-hier, même si je ne suis pas réveillé au son de la marmotte … Toujours le même rituel. A 7h00, je quitte mon bivouac dans la pinède pour prendre la route en direction de la pointe sud de la péninsule italienne.

Je sors de la pinède pour retrouver ma petite route qui longe la côte. En ce premier jour de l’été, c’est beaucoup plus calme qu’hier. Il n’y a plus grand monde sur les plages si ce n’est un pêcheur d’éternité.

Le ciel s’est couvert d’un voile bleuté. Cela n’est pas pour me déplaire d’autant plus que ça grimpe pour arriver à Santa Maria de Leuca. Je croise quelques cyclistes et joggeurs matinaux qui me saluent toujours d’un petit signe ou d’une parole sympa. Au bout d’une heure trente de mise en jambe, j’arrive enfin à ce village de bout du monde.

J’en fais le tour et grimpe jusqu’au sanctuaire d’où la vue est splendide.

Je m’arrête au café « De finibus terrae » qui, comme son nom l’indique, marque la fin de la terre italienne. Dorénavant, je vais entamer ma remontée vers le nord en longeant la Mer Adriatique après avoir longé la Mer Tyrrhénienne à l’ouest et Méditerranéenne au sud ! Après avoir bu mon café, je vais jeter un œil à la basilique sise sur cette grande esplanade. Je tombe sur un couple de cyclotouristes italiens qui arrivent de Rome via un voie cyclable dont je n’ai pas compris le nom !Comme ils ne parlent qu’italien, la jeune femme de l’accueil du musée vient nous faire la traduction anglais / italien. Vraiment trop cool.

J’attaque ensuite la face est de ce périple italien. Et là, je ne suis pas déçu du voyage. C’est tout simplement grandiose. Je suis seul sur une petite route qui serpente en suivant la côte. Le décor est minéral. J’avais déjà repéré quelques bories de l’autre côté. Mais là, des bories aménagées ou non sont posées dans ce décor rocailleux.

Et je dois avouer que j’aimerais bien m’y poser pour siroter une bière bien fraîche surtout qu’il doit y faire bien frais également à l’intérieur. Malgré cette brume (de chaleur ?), il fait un sacré cagnard …

En remontant, le décor devient moins abrupte et moins minéral. Je retrouve mes cubes blanc et de petites criques ou calanques où quelques baigneurs matinaux profitent de ce somptueux décor. De nombreuses grottes sont accessibles aussi depuis la mer. J’y reviendrais un jour avec mon canoë. Sinon c’est obligation de prendre le traîne-gogo habituel. Mais beaucoup sont fermés.

En fin de matinée, j’arrive à destination de Castro. Je m’arrête sur un promontoire en bonne compagnie. Je rencontre également deux frangins randonneurs qui viennent de partir de Castro et vont à S.M. De Leuca en suivant la route. Ils sont déjà fin cuits après quelques kms !

Je profite d’une petite panetteria pour y acheter une focacia aux oignons et un gâteau de la mort qui tue. Sans oublier ma bonne bière bien fraîche évidemment ! Je vais déjeuner sur une placette ombragée donnant sur la zone de baignade et la grotte du village. Je rencontre 2 couples de cyclos italiens en vadrouille dans le coin. Puis je m’allonge sur mon banc et dodo ! Je suis réveillé en plein sommeil par le hurlement de deux gamines accompagnées de leurs parents qui parlent aussi très forts. J’enlève la casquette de mon visage, ce qui permet de m’isoler du monde extérieur, et leur fais comprendre qu’ils pourraient être encore un plus bruyants ! Comme je suis réveillé, je n’ai plus qu’à repartir. Je repasse devant la boulangerie pour y acheter un autre gâteau mais c’est fermé. Dommage ! Le décor est toujours aussi aride. Les cigales, elles, s’en donnent à cœur joie. Dans ces cas-là, je ne pense même pas à brancher ma musique.

En milieu d’après-midi, après avoir traversé une zone militaire en empruntant une route pas du tout empruntée, j’arrive dans la magnifique ville de Otranto. Comme hier, une partie est fortifiée à la Vauban. Je me balade alors dans ses ruelles où les commerces de bouche et d’artisanat (plus ou moins local) jouent à touche-touche. Il y a même une installation de gradins pour un concert à venir au pied des remparts. La vie reprend petit à petit ses droits et ses plaisirs …

Je sors de cette partie fortifiée pour reprendre mon chemin …

… non sans avoir jeté un dernier coup d’œil à cette cité.

Par contre, à partir de maintenant, je retrouve un paysage déjà connu. Plus verdoyant, plus plat, plus fréquenté aussi hélas puisque les Lidos refont leur apparition. J’essaie de suivre un itinéraire cycliste fléché pour éviter la route principale. Mais, comme souvent, le fléchage n’a pas dû être testé. M’enfin … Je parviens quand même dans la station balnéaire de Torre dell’Orso. J’y fais quelques emplettes et remplis mes gourdes d’eau en prévision du bivouac à venir.

Sur la promenade, je rencontre un jeune cyclotouriste italien d’origine ukrainienne, Micha, petit mais gabarit musculeux, longs cheveux blonds au vent, torse nu, tatouages au bras, short hawaïen et sandalettes. Plus le look surfeur que cyclo. Comme à chaque fois, on s’enquiert de nos parcours respectifs. Lui est parti depuis les Abruzzes où il vit et descend vers S.M. De Leuca. Il est la recherche d’une grotte que des amis lui ont indiquée. De mon côté, j’aimerais monter jusqu’à San Cataldo à portée de fusil de Lecche où je dois me rendre pour y trouver ma fameuse bonbonne de gaz Décathlon ! Finalement, en sortant de la ville, je dégote un endroit sympa pour mon bivouac. Je m’y arrête. Et qui je vois débarquer quelques instants plus tard ? Micha. Il me montre la fameuse grotte. Effectivement, c’est génial. Il a prévu de rejoindre ses amis pour dîner avec eux et d’y dormir après. Je m’installe de mon côté et vais la squatter pour ma soirée !

On y accède par le haut de la falaise à travers des escaliers creusés dans ce rocher friable, un peu comme le tuffeau du Val de Loire. Un autre escalier descend au niveau de la mer. Je prends l’apéro sur ma terrasse 5* avant de dîner au son du clapotis des vaguelettes qui viennent lécher le pied de la falaise. D’ailleurs un père et sa fille viennent me saluer au passage avant de descendre pêcher.

Résumé : 95kms, 6h00, 15,8km/h, temps très chaud, bivouac

J71 – vendredi 16 juin – Villapiana Scalo / Metaponto

L’horloge biologique est réglée comme une montre suisse. Réveillé au lever du soleil, je ne traîne pas et, après le rituel habituel, à 6h45 je suis déjà en route pour profiter de la fraîcheur matinale toute relative. En passant devant une pharmacie, il fait déjà 21°c à 7h du mat’.

Comme hier, je démarre par une route (la SP253) qui longe la SS106. La circulation y est beaucoup moins dense surtout à cette heure-ci. De plus, le paysage est beaucoup plus sympa qu’hier. La côte est plus découpée et vallonnée. Je longe maintenant des plages de galets.

Castello Federiciano

Et puis surprise sur prise. Après avoir passé ce château dans la commune de Marina di Roseto, la route SS106 – E90 se transforme en autoroute … interdite aux vélos bien sûr. Je me retrouve seul à circuler sur une petite route qui longe l’autoroute. Que du bonheur !!!

Je ne croise que quelques engins agricoles. De plus, je traverse des zones fruticoles où je peux cueillir des abricots bien juteux ainsi que des oranges. Vers 10h, je m’arrête dans un café de village où les vieux jouent aux cartes. Déjà que les italiens parlent forts mais alors là, c’est le summum ! Par contre, après avoir passé Nova Siri Scalo, je suis dans l’obligation de rentrer dans les terres afin de passer la Fiume Sinni. En suivant la côte, il n’y a pas de pont. En suivant la voie de chemin de fer, c’est impossible. En empruntant la SS106-E90, c’est mortel ! J’emprunte une route qui me fait grimper sur une colline en direction de La Rotondella Due. La Rotondella est un superbe village perché mais à une dizaine de kms de l’autre village et ça a l’air de grimper sec.

Je profite de traverser ce coin pour faire le plein de brugnons. Les figues ne devraient pas tarder à donner également. Quel régal ! Puis je redescends pour retrouver la route SS106. À Policoro, je sors à nouveau mes lunettes et ma carte pour m’éviter de repartir dans la pampa comme me l’indique mon GPS. Je déniche un chemin qui devrait emprunter un vieux pont pour traverser l’Agri (Vecchio ponte sull’Agri). Bien joué, ça passe sans problème.

Je m’étais dit que je pourrais éventuellement franchir à pied mais dans ce n’était même pas envisageable. La plupart des torrents sont à sec mais ce n’est pas le cas pour les rivières, malgré les pompages effectués dedans pour irriguer toutes les cultures.

Je m’arrête à Scanzano Jonico où je trouve une panetteria sise sous un porche dans une zone d’immeubles pour y acheter mon repas du midi (pizza pomodori, calzone a carne, croissant con Nutella, birra Raffo « Dal 1919 – La birra dei due mari » pour 5€ seulement). Je repars mais pas pour longtemps. Entre le copieux déjeuner et la chaleur caniculaire, je n’ai qu’une (grosse) envie : siester ! Je trouve mon bonheur en empruntant une route traversant les champs fruticoles. Sur ma droite, j’aperçois une maison de paysans, récemment abandonnée me semble-t’il, avec la porte d’entrée ouverte. Je rentre, inspecte les lieux, sors ma bâche et roupille dans une des chambres aérées pendant une bonne heure.

Puis je reprends ma route « secondaire » sous le cagnard. Par contre, il me faut à nouveau traverser une rivière : Fiume Basento. Et, bien que regarde ma carte GPS dans tous les sens, je dois me rendre à l’évidence qu’il faille à nouveau monter dans les terres pour aller jusqu’à Tinchi à une dizaine de kms au nord. Puis prendre à droite et choper le pont qui traverse cette rivière avant de passer sus le village perché de Bernalda et redescendre par la 2*2 voies SS407.

Sur cette route, alors que le soleil tape vraiment fort, mon iPhone pète un câble. Les menus défilent dans tous les sens. Je ne peux même plus l’éteindre ! Je pense qu’il a pris un sérieux coup de soleil sur la tronche. Je le remets au frais dans ma sacoche en espérant que ce n’est pas trop sérieux. De mon côté, je peux me tremper la tête et la casquette dès que je trouve une fontaine. Je vais être fin prêt pour refaire l’Ariégeoise sous la canicule comme l’an dernier. Finalement, j’arrive à redescendre jusqu’à Megapunto où je m’arrête faire des courses. Puis je trouve un parc avant d’arriver sur la côte et ses lidos. J’inspecte les lieux. Parfait pour cette soirée.

J’ai oublié de signaler que j’étais à nouveau dans la région Basilicate depuis ce matin. Cette région occupe le centre du bas de la botte italienne. Demain, j’entrerais enfin dans la région des Pouilles.

Résumé : 125kms, 7h00, 19,1km/h, 7.073kms, temps très chaud, bivouac

J72 – samedi 17 juin – Metaponto / Maruggio

Les jours se suivent et se ressemblent … pour le réveil. Je décolle un peu avant 7h00 afin de profiter de la relative fraîcheur matinale. Je quitte ce bivouac installé dans un parc forestier.

Puis je reprends ma route longeant la SS106 après m’être arrêté pour voir le temple grec. Malheureusement, le site est fermé. Et je n’ai pas trop envie de me faire empaler sur les grilles de bon matin. Je ne verrai ce temple encore bien conservé que de loin. Un papa et son fils font choux blanc comme moi.

Puis j’attaque cette dernière partie qui va enfin me conduire à Taranto dont je vois les panneaux depuis 350kms au moins. Ce n’est pas la plus sympa loin de là. Je ne fais que serpenter le long de la SS106 sur des voies de service en suivant les panneaux « Complanare ». Heureusement, il y a des orangeraies (et des oliveraies) tout le long. Je n’ai qu’à tendre la main pour me taper mon jus d’orange matinal.

Il n’est que 9h00 et ça tape déjà fort. A la moindre fuite de tuyaux d’arrosage, je m’arrête pour m’asperger la tête et refroidir la machine. Avant 10h00, j’arrive enfin dans cette ville tant désirée depuis qq jours. Par contre, il me faut contourner l’énorme complexe industriel et portuaire. En ce samedi matin, les parkings de certains complexes sont blindés mais la circulation est pratiquement nulle.

Je traverse ensuite le quartier ouvrier constitué de grandes barres d’immeubles tristounes avant d’arriver dans la vieille ville beaucoup plus agréable.

J’essaie de me balader dans les ruelles de la vieille ville mais cela est pratiquement impossible avec mes sacoches. C’est un vrai quartier piéton interdit aux scooters et aux routards !

Je me trouve ensuite mon café mais toujours sans sucre et sans wifi. Tant pis. Je reprends la route et, alors que je quitte la ville, je tombe sur un camion vendant des fruits. Je freine et demande uno mezzo kilo de ciriglie. Elles sont aussi bonnes que celles de Céret ! Après avoir tapé la causette, je repars à nouveau sans payer.

Par contre, la circulation devient plus dense. J’imagine pour rejoindre les plages en ce beau samedi. D’ailleurs, c’est ce que je fais également après m’être arrêté dans un camping pour m’acheter une belle part de pizza et ma bière bien fraîche. Et également pour demander une bouteille de gaz (qu’ils n’ont pas), la mienne ayant rendu l’âme après avoir chauffé mon eau du thé de ce matin. Et je n’ai pas trouvé de Décathlon à Taranto. Je vais faire comme Iker l’an dernier : manger froid ! Je finis par dénicher un endroit sympa où déjeuner.

Après ces 2 à 3 jours merdiques, je retrouve enfin les côtes telles que je les aime : saignantes, découpées, rocailleuses. Après avoir fini de déjeuner, je rencontre Luigi, un jeune homme de 75 ans qui habite une des maisons donnant sur cette petite baie. Il rentre de la pêche et est tout fier de m’en montrer le produit : poulpe, oursins, poissons aux noms inconnus. Il va déjeuner, siester et regarder le match des français à 15h dans la chaleur de Budapest. La dolce vita en quelque sorte !

Je continue mes pérégrinations beaucoup plus sympathiques que ces derniers jours. Je longe la côté et ses stations balnéaires. C’est blindé de monde. Les parkings et les abords des routes sont surchargés. Ce doit être les Tarantinos qui viennent sur ces belles plages de sable blanc ou dans de petites criques.

Cependant, au fur et à mesure que je m’éloigne de cette grande ville, la fréquentation baisse également. Ce n’est pas pour me déplaire.

Plus l’heure avance, plus l’envie de me baigner se fait pressante. La tentation est vraiment trop grande surtout dans de tels décors.

Comme j’ai bien roulé ce matin et que j’ai pas mal de choses en attente, je décide de m’arrêter au premier camping venu. Finalement, cela tombe bien. Je déniche un camping agroturismo à 10€ la nuit. Je me pose, monte ma tente, planque mes affaires, lave mon linge sale en famille à l’ancienne, enfile mon maillot de bain puis … plouf !!! L’eau me semble encore plus chaude que lors de mon dernier bain matinal. C’est un véritable plaisir. D’autant plus qu’une bonne douche m’attend à la sortie. Puis j’entreprends de changer ma chaîne et de laver mon vélo. Pendant que j’y suis … Il faut dire que je ne suis pas embêté par les voisins. A part quelques camping-caristes, c’est plutôt calme.

Il est l’heure de me taper une bonne bière au bar du coin. Mais il n’y a toujours pas de wi-fi. Le propriétaire du camping m’a expliqué qu’ils étaient dans une zone non couverte. Ce qui explique mes difficultés pour poster mes derniers messages.

Résumé : 100kms, 5h30, 18,2km/h, temps très chaud, camping

J73 – dimanche 20 juin – Maruggio / Fontanelle

A nouveau réveillé aux aurores, je plie mes gaules dès potron-jacquet. A 6h30, je suis sur la plage pour déjeuner … froid. Alors que j’allais repartir, un vieux monsieur vient me taper la causette. On discute en anglo-italien. Il habite ici et fait sa promenade matinale alors qu’il va sur ses 80 ans. Il est hyper alerte. Il me raconte ses voyages en France. Et moi mon périple. Il n’en revient pas et veut me prendre en photo avec mon matos. Je lui demande également de m’immortaliser devant ma petite plage.

Je suis toujours aux couleurs du Stade qui s’est qualifié dans la douleur apparemment face à nos amis bordelais. Décidément, ils doivent nous maudire : 4 rencontres, 4 défaites pour eux ! Quant aux footeux, j’ai bien fait de ne pas chercher un bar pour les regarder. J’ai eu comme un mauvais pressentiment. A ce sujet, si vous avez l’occasion, n’hésitez-pas à aller faire un tour à Budapest. C’est une magnifique ville. J’y étais aller à vélo en 2019 depuis Orléans par l’EV6. C’était mon voyage initiatique pour voir si je pouvais voyager solo. A propos de solo, je le suis toujours. Je viens de m’arrêter à Torre Lapillo où je trouve un Lounge Bar avec wi-fi. Enfin !!! Je me rends également compte en chargeant l’Equipe que je suis complètement décalé au nouveau des jours ?!? A part ça, TUTTI VA BENE

En sortant du bar, je suis interpelé par une belle femme « entre 2 âges ». Elle me demande d’abord en italien puis en anglais d’où je viens. Puis elle s’essaie au français. Elle m’explique qu’elle est de Zürich. Sa fille s’est mariée avec un italien et vit ici avec sa petite fille. Elle est donc en vacances alors que son mari est en train de pédaler en Suisse. Et oui, c’est aussi un cycliste. Je repars de cette ville, après avoir fait le tour des ferramenta (quincaillerie) et des chinoisenta pour tenter de trouver une bouteille de gaz sans oublier les campeggio . Comme la plupart des villes et stations balnéaires, une immense tour de guet (d’où les noms de ville Torre …) les surplombe. Je continue ma petite route. Parfois, près des stations balnéaires, la piscine est bondée.

Et puis, souvent, je me retrouve seul au monde, comme j’aime, avec des décors sublimes à traverser. « Je suis dans le paysage » comme l’avait cité un jour mon ami Vincent Gaugau dans une de ces présentations de ces nombreux voyages à vélo. A ce propos, je te conseille de venir dans les Pouilles que tu ne connais pas encore. Tu pourras même y pratiquer du Swim&Run entre criques et plages. A ce sujet, une pensée pour mon amie Jessy qui doit participer à celui de Collioures sur le 46 kms.

Vers midi, j’arrive à Santa Catarina avec cette côte toujours autant ciselée. Je m’y arrête faire mes emplettes pour déjeuner. J’achète une bruschetta (et non pas pizza comme je le dis depuis plusieurs jours !). En sortant du commerce, c’est un belge, installé ici pour sa retraite, qui vient me taper la causette. Ensuite, je me pose sur un banc à l’ombre et en bord de plage pour y déjeuner.

Puis je trouve un endroit tranquille et à l’ombre également, en l’occurrence le bâtiment sanitaire d’un camping désaffecté, pour roupiller. Après une bonne heure de sieste, j’enfourche mon destrier et me dirige maintenant vers Gallipoli. Le centre historique est une magnifique cité érigée à la pointe d’une baie. Sa configuration me fait penser à Intra-muros de St-Malo où j’ai passé mon adolescence. Je me balade dans les ruelles de cette presqu’île. Y rencontre 2 jeunes et belles parisiennes en vacances. Et y boit un caffe ristretto à 1,50€ (50% plus cher qu’ailleurs !) pour me refiler un coup de tonus.

Puis je bascule de l’autre côté de la baie. C’est toujours aussi charmant. Je circule même sur une piste cyclable sur laquelle j’ai eu un peu de mal à m’engager (les vélos avec sacoches sont larges !).

Mais, de temps en temps, je circule également à l’intérieur des terres. Le paysage est plat et aride. La plupart des maisons sont des cubes blancs. Même cette ferme fortifiée est de ce type !

Vers 16h30, je me pose dans un bar en bord de mer où la patronne parle très bien français. J’y déguste un Granita Citrone alors que le fiston m’appelle de Montréal pour la Fête des Pères. Ma fille m’a envoyé un message et, quand j’ai lu « Bonne Fête Papa », je pensais déjà être le 17 décembre !

Ce qui fait le charme aussi de cette région de Pulga, c’est que les habitants sont sensibilisés à l’environnement et aux déchets. Il y a des poubelles partout et des panneaux incitent les citoyens à plus de responsabilité. De ce fait, les détritus sont beaucoup moins présents sur le bord des routes. J’ai même vu ce matin 2 hommes sortir des sacs poubelles emplis d’ordures qu’ils avaient dû ramasser sur le littoral.

« Le nettoyage et l’hygiène de ces lieux dépendent également de votre respect. »

L’heure avance et je n’aurais pas le temps d’aller jusqu’à la pointe du talon, en l’occurrence Santa Maria du Leuca. Je suis un parcours cyclable qui m’emmène dans la pinède où je trouve aisément un nouveau bivouac du côté de Fontanelle. Ce sera la fin de cette très belle journée à tout point de vue.

Résumé : 100kms, 6h10, 16,2km/h, temps très chaud, bivouac

J70 – jeudi 15 juin – Capo Colonna / Villapiana Scalo

Réveillé aux aurores dans mon palais en ruine, je déjeune devant mon balcon avec vue sur mer. Puis je plie mon campement de fortune installé dans cette immense pièce au plafond très haut. A 7h00, je suis déjà en route alors que le soleil cogne fort de bon matin.

Par contre, après avoir tracé ma route hier soir, je me suis aperçu qu’il y avait 450 bornes entre les 2 pointes de cette immense baie. 4 jours de vélo et cela n’a pas l’air folichon quand je vois le profil. Je vais attaquer ce matin et je verrais. Je rebrousse chemin pour sortir du Capo Colona et arrive dans la baie de Crotone.

La promenade est agréable. J’y croise de nombreux promeneurs et joggeurs. Puis, à la sortie de la ville, je prends une petite route (SP49) qui m’évite la route principale SS106. Je traverse d’immenses zones viticoles, agricoles, fruticoles … et maraîcholes !

Mais je passe également devant les fermes où les chiens sont en liberté. Ils me coursent au risque de se prendre un coup de savate au passage. J’essaie également le truc de les arroser avec ma gourde; soit disant que cela leur fait penser à un jet de serpent … et bien il ne doit pas y avoir beaucoup de serpent dans le coin ! Il me faut rejoindre à nouveau cette route SS106 ultra dangereuse où je me fais serrer trop souvent à mon goût. J’ai bien envie de prendre le train pour éviter tout ce secteur sans aucun attrait. Je m’arrête donc à la stazione di Strongoli. J’essaie de déchiffrer les horaires et les contraintes mais sans succès. Il n’y a personne pour me renseigner. Je continue jusqu’à la prochaine gare.

Photo horaires ???

Je m’arrête ensuite à Torre Melissa, tout d’abord pour prendre mon café et consulter la wifi, dans un bar très cosy tenu par una bella regazza. Elle me présente ses 2 filles de 10 et 15 ans qui sont aussi charmantes que leur maman. Nous essayons d’échanger mais ce n’est pas évident lorsqu’on ne maitrise pas la langue. Pour les petits canaillous, je maitrise très bien la mienne !

Je rejoins ensuite la gare. Le train est annoncé à 12h10 mais avec 15’ de retard. Allez banco je tente le coup. Par contre, la gare est fermée et je ne trouve aucun guichet automatique. J’essaie donc de réserver par Internet. Je demande conseil à deux autres voyageurs. Le temps que j’arrive à me connecter, à essayer de piger l’italien et à saisir les infos, le petit train (2 wagons) entre en gare. Le contrôleur descend du train, me voit avec mon vélo, me dit qu’il n’est pas possible de rentrer avec, agite son drapeau vert et le train repart … sans moi ! Je reste planté comme un con sur le quai en regardant le train s’éloigner …

Je m’étais fait à l’idée de zapper cette partie et d’avancer un peu plus vite pour franchir cette immense baie. Tant pis, je n’ai plus qu’à débrancher mon neurone et appuyer sur les pédales. De plus, il fait un cagnard pas possible. Heureusement, le vent me pousse dans le dos. Je m’arrête dans une panetteria qui est en train de fermer. Mais la patronne très sympa me vend quand même une pizza et une bière bien fraîche. Je vais déguster le tout en bord de mer. Les lidos n’ont pas tout à fait le même look que ceux des autres baies. D’ailleurs, il n’y a pas un chat dans le secteur. Je déjeune puis sieste à l’ombre avant de repartir tête dans le guidon et musique dans l’oreille gauche.

Je roule. Je bois toutes les 15’. Je me mouille la tête dès que je trouve un point d’eau. J’avance à bonne allure. Mais que c’est chiant !!! Certainement ma journée la plus rude depuis le départ.

Je finis par arriver en fin d’après-midi à Sibari, terminus de mon train. Je tombe sur un Décathlon dans la zone commerciale à l’entrée de la ville. Je m’y arrête pour acheter une bonbonne de gaz Décathlon 450g fabriquée en Italie. Et bien non, ils n’ont pas cela en magasin. Un comble ! Décidément quand ça ne veut pas le faire … J’achète quand même mes barres énergétiques « banane-datte » et une bouteille de Powerade bien fraîche que je m’enquille d’un trait. Puis je sors de la ville pour trouver un bivouac dans la pinède derrière la plage et ses lidos. Je dîne sur un banc en front de mer. Fin de cette très, très, très longue journée.

Résumé : 135kms, 7h05, 19,1km/h, temps très chaud, bivouac

J69 – mercredi 14 juin – Santa Catarina del Jonio / Capo Colonna

Déjà le 69é jour ! C’est renversant comme le temps passe vite. L’an dernier, à ce stade de mon périple dans le nord, j’étais rentré d’Oslo à Marseille pour les raisons que vous savez. Pour fêter cela, je prends mon 1er bain de mer dès mon réveil matinal. Comme je suis seul au monde, je sors à loilpé et plouf ! Plus une bonne douche suivi d’un copieux déjeuner et me voilà frais dispo pour cette nouvelle journée après avoir plié mon campement, abrité en bord de mer à l’abri des cactus.

Je retrouve ma route SS106 toujours aussi monotone et anxiogène avec tous ses véhicules qui me passent au ras des miches. De plus, il me faut emprunter des ponts rétrécis pour traverser des torrents … à sec ! En parallèle, de vieux ponts en fer rouillés permettent au train d’en faire de même.

Au bout d’une heure, j’arrive à Soverato et quitte enfin la SS106 pour emprunter la SP124 et me rapprocher encore plus de la mer. Le paysage change à nouveau. Je vais devoir grimper sur la colline. Avant cela, je me fais une pause sur le port.

Je suis donc cette route qui serpente au-dessus de petites stations balnéaires. Puis, alors qu’un sens interdit (puis une barrière) oblige les véhicules à remonter sur la SS106, je découvre une portion de route extraordinaire. Elle est réservée aux cycliste et piétons. Je suis seul. Je profite de ce moment hors du temps. Sentiment de plénitude et de bonheur absolu.

Combien de kilomètres monotones parcourus pour avoir le bonheur de ces quelques moments fugaces ? Comme dans la vraie vie en quelque sorte. Combien d’heures monotones pour quelques moments de bonheur ?

Après ces questionnements philosophiques, je retrouve ma route SS106. En longeant un mur, j’aperçois de l’autre côté un site archéologique. Je le fais (le mur) et m’assieds sur un banc pour profiter de ce site.

J’arrive en fin à Catanzaro où je m’arrête prendre mon café matinal. Puis je reprends ma route SS106. J’avance bon train vent dans le dos et ne bifurque plus en font de mer par impossibilité de le suivre. Sur la route, je fais un arrêt au stand pour acheter quelques fruits. Malheureusement, le maraîcher et son père ne vendent que par caisse (melon, cerise, pêche, tomate, …). Et moi, j’essaie de leur faire comprendre que je ne voudrais qu’un melon et 500g de cerises. Finalement, il me donne un melon bien mûr et deux pêches … gratuitement ! Trop sympa. Par contre, arrivé à Sellia Marina, je peux bifurquer en front de mer. Je m’arrête devant une pizzeria où quelques ouvriers du bâtiment cassent la croûte. C’est toujours bon signe. Finalement je commande un panini vu que les pizzas sont énormes. Je ne suis pas déçu du voyage : le panini est monstrueux et délicieux !

Je commande ensuite un café. En dessert, je mangerais mes cerises achetées dans un autre stand et quelques abricots cueillis sur branches. Le café m’est gracieusement offert. Vraiment trop sympa ! Puis je me dégote un endroit à l’ombre pour siester. Ça cogne vraiment dur …

Après un bon roupillon (où je me suis même entendu ronfler), je repars vers 15h en direction de Crotone avec Téléphone à donf’ dans les oreilles. Les paroles de la chanson « Tu vas me manquer » m’interpellent particulièrement. Déjà l’intro parle d’Hélène, prénom de la mère de mon fils Titouan avec qui j’ai vécu de très beaux moments et de magnifiques voyages pendant son année sabbatique de voileuse (Madère, Guadeloupe, Costa Rica) entre autres. Puis ces paroles qui évoquent mon parcours actuel :

Je suis une bouteille qui se jette à la mer.

Un marin solitaire dans ce foutu désert.

Dans ce foutu désert, ceux que j’aime sont ma terre.

Ami je te laisse, amour je te quitte.

Amour je te laisse, ami je te quitte.

Et le courant me porte. Et le courant m’, m’, m’. Manquer

Et oui, j’ai quitté mon amour et mes ami.es. Et plus je m’éloigne, plus le temps passe, plus les messages se raréfient, plus les ami.es se font distants. Reviendrais-je de ce long périple solitaire ?

En laissant cette question en suspens et arrivant sur Praialonga, je vois au loin une colonne de fumée. Les véhicules ralentissent. Il s’agit d’un feu de broussailles. Les pompiers sont déjà sur place et ont l’air de maîtriser la situation.

Je rentre maintenant dans les terres vu qu’il n’est pas possible de suivre le « talon » du pied. Arrivé dans la ville, qui me paraît bien pauvre, de Isola di Capo Rizuto, je laisse la SS106 pour prendre à droite la SP50 qui, elle, me mène au Capo Colonna. J’y arrive vers 17h00 et visite le site archéologique qui se situe juste à la pointe de ce cap.

Comme il n’est évidemment pas possible de bivouaquer à l’intérieur, je prends la petite route en sens interdit qui me mène à l’église et à quelques habitations. En me rapprochant, je trouve étrange de voir autant de voitures dans cet endroit perdu. Évidemment je tombe sur … un mariage ! La messe est même retransmise à l’extérieur par des haut-parleurs.

Ce n’est pas là que je vais trouver non plus un endroit où bivouaquer. Je fais le tour des alentours et dégote, à travers des taillis, l’entrée d’une grande maison abandonnée. Je pars explorer. Après un coup de balai dans le salon, ce sera parfait pour cette nuit. Je laisse mon vélo planqué dans les taillis et monte mes affaires. Nickel pour ce soir. Je peux me laver, me changer puis avaler ma première gorgée de bière (c’est vrai que c’est vraiment la meilleure !) devant mon balcon avec vue sur mer.

Résumé : 110kms, 6h00, 18,3km/h, temps chaud, squat

J68 – mardi 13 juin – Galati / Santa Catarina del Jonio

Malgré le bruit des trains qui ne passaient pas très loin sur un pont en fer, la nuit fût bonne. Ce matin, à mon réveil matinal, le ciel est menaçant sur la mer. Mon arbre couché est toujours là à résister aux vaguelettes de la Méditerranée.

Même cérémonial que d’habitude avant de quitter ce nouveau bivouac vers 7h30 pour partir en direction de l’est et longer la Calabre du sud. Comme on trouve de tout sur les plages, hier soir, j’avais pu me rafistoler une chaise à trois pattes pour mon petit confort personnel.

Je retrouve donc la route SS106 où ça circule déjà pas mal de bon matin. La route est plate. Les nuages disparaissent au fur et à mesure que le soleil monte dans le ciel. Il fait déjà chaud ! Comme je vous le disais hier, c’est bien par ici qu’ont été tournés les western spaghetti. D’ailleurs, Branca, une des soeurs de Sergio Leone, y a même fondé un village. Comme dans les westerns, une longue route traverse ce village où on trouve un bar-saloon, un coiffeur et un commerce qui vend de tout.

Après avoir suivi une plage déserte pendant pas mal de temps, j’arrive à une pointe qui délimite une nouvelle baie. C’est toujours le même paysage de littoral : montagne, route, chemin de fer, plage, mer … Mais je ne m’en lasse pas !

Au sortir de cette pointe, le paysage est quand même sympatoche. Par contre, j’ai croisé un rat qui voulait se suicider. Il a déboulé sur la droite sortant d’un nouvel amas d’ordures, a commencé à traverser la route, s’est ravisé et fait demi-tour juste au moment où j’arrivais. J’ai pilé avant de « lui rouler sur la panse » comme aurait pu dire mon grand-père maternel ! Au sujet des ordures qui jonchent les routes, j’ai zappé l’épisode des animaux écrasés (chats, chiens, hérissons, …) qui pourrissent sur place. Entre les odeurs des détritus et des carcasses, c’est parfois difficile après le p’tit déj’ matinal !

A propos de chat, je vais vous raconter une anecdote cocasse puisque je vous raconte tout ! Alors que j’arrivais en vue de Locri, j’aperçois en contrebas de la route une femme entre 2 âges adossée à sa Fiat (évidemment !), vêtue en haut mais à loilpé en bas, sa chatte noire à l’air. A ses pieds, un monsieur (je ne sais si c’était son mari, amant ou client …) s’apprêtait à lui brouter la minette ! Incroyable ces italiens.

Après cet intermède, je me pose boire mon café à Locri qui se situe pratiquement au centre du pied de la botte. Je vais bifurquer sur la droite pour monter au village haut perché de Gerace. Ça grimpe à 5% environ pendant une dizaine de bornes et le dernier kilo est indiqué à 10%. Cela me change de ma monotone route presque plate. Physiquement, c’est incroyable comme je suis facile. J’ai hâte de rentrer et de remonter sur mon Rocco, le nom de mon vélo de course italien de marque CBT (Ça Bande Terrible), modèle Obsession et couleur rouge bien sûr.

J’arrive en haut du village classé dans les 20 plus beaux villages italiens sis dans le Parco Naturale d’AstroMonte. La vue y est splendide de tous les côtés. La largeur de la péninsule doit être d’une cinquantaine de kms au vu du panneau qui indiquait la direction du port de Gioia Tauro au nord.

Château « normand » du Xè S.

Dans l’église en haut du village a lieu un mariage. Je me pose sur la place, devant la magnifique église à la charpente en bois, pour y déguster un Panini Rustico. Je suis au 1ère loge pour assister à la sortie des marié.es.

Puis il me faut redescendre sur le lungomare. Je retrouve ma SS106. Le vent qui vient de la mer s’est levé. Je l’ai de 3/4 face donc dans la poire. Je branche U2 à donf’. Je débranche le cerveau. Je mouline sur la plaque du milieu pour avancer à 16km/h environ. Je longe cette plage immense où il n’y a pratiquement personne. De temps en temps, je traverse un village avec un peu d’animation. J’essaie alors de prendre la promenade. Quelques Lidos font face à la mer. Mais personne !

J’espère qu’il y aura un peu plus de monde pendant les vacances scolaires. Je roule sur ma bande de droite. A un moment, j’entends des coups de klaxon. Je me fais doubler par un cycliste qui est en aspiration derrière son coach en voiture. Il doit bien être à +50km/h. Même topo au retour avec de grands signes de main du conducteur, le cycliste lui est dans nez dans le guidon, enfin dans le coffre !

Je m’arrête dans un des villages traversés pour y déguster ma glace et faire le point sur les possibilités de camping. Et oui, ce soir, c’est « La première gorgée de bière » comme l’a joliment titré L’Equipe de ce matin en faisant référence au bouquin de Philippe DELHERM.

En fait, c’est le 1er match de l’Equipe de France de foot dans cet Euro2020 contre l’Allemagne. J’aimerais bien le voir mais il me faut trouver un camping avec bar-TV. Après 2 tentatives infructueuses, j’abandonne mes recherches et trouve un bivouac en sortant du village de Santa Catarina del Jonio. Je suis à nouveau en bord de mer et j’ai même une douche pour ma toilette du soir. Je profite également d’une barque pour dîner tranquillement et confortablement avant de rejoindre mes pénates pour une bonne nuit de récupération après cette longue journée.

Résumé : 110kms, 6h55, 15,9km/h, temps chaud, bivouac

J67 – lundi 12 juin – Galati Marina / Galati

A nouveau réveillé aux aurores et après une nuit qui porte souvent conseil, j’ai finalement décidé en accord avec moi-même de rebrousser chemin et de revenir sur le continent. En effet, j’aurais voulu visiter pas mal d’endroits en Sicile et je ne pourrais pas tout voir. J’ai donc la crainte d’être dans le speed et la déception. J’y reviendrais plus tard pour y passer plus de temps. Et puis, j’ai aussi appris, en prenant un peu de bouteille et en apprenant de mes erreurs passées, à faire demi-tour, à ne pas s’entêter bêtement et à écouter sa petite voix intérieure. Donc retour à la case départ.

Après avoir eu de la compagnie hier soir (le chaton de ce couple n’a pas voulu se faire photographier), j’ai donc quitté ce bivouac sicilien dès 7h du mat’ et à 8h j’étais dans le traversier pour revenir à Vila San Giovani.

Au cours de la traversée, quelle surprise de croiser un sous-marin sur notre route (la masse sombre à droite de la proue) !

Je reviens donc à mon point de départ et reprends ma route SS18 en direction de l’est. Après avoir parcouru 13kms en Sicile ce matin uniquement en milieu urbain, je continue ce périple urbain sur le continent. J’ai la chance de circuler à un moment sur la Croisette de Gallico Marina ce qui très agréable.

Par contre, après avoir contourné l’Aeroporto di Reggio Calabra de Ravagnese par de très mauvaises routes encombrées de poubelles, j’emprunte enfin une piste cyclable urbaine. Cependant, entre les énormes plots jaunes en béton et les séparateurs noirs qui sont déplacés tout le long, il faut vraiment avoir envie de rouler à vélo dessus. D’ailleurs, je ne vois que très peu de cyclistes urbains. Ou alors, certains circulent sur d’énormes vélos électriques. Je ne parle évidemment pas des scooters qui sont omniprésents dans toutes les villes.

Finalement, après une cinquantaine de bornes en milieu hostile, je finis par arriver en milieu naturel en empruntant la route SS106 qui longe le bord de mer. Je profite de ne plus avoir de constructions devant moi pour immortaliser l’Etna qui se dresse du côté sicilien. Les nuages accrochent son sommet comme si une éruption allait se produire !J’espère pouvoir y retourner et y monter un de ces jours. Par contre, aucun regret par rapport à mon choix matinal.

Ensuite je passe le Capo dell’Armi qui marque le point le plus à l’ouest de la péninsule italienne. On aperçoit le phare blanc au milieu de la photo.

Le changement de décor est total. Après les montagnes couvertes de pins et à la végétation luxuriante grâce aux orages fréquents (sic !), c’est un décor très minéral que je découvre. Ce doit être par là qu’a été tourné le film « Le bon, la brute et le truand » ce western spaghetti de Sergio Leone.

Par contre, la circulation est beaucoup moins dense. Et la région m’a l’air beaucoup plus pauvre. D’ailleurs, même si nous sommes lundi, j’ai beaucoup de mal à trouver un commerce ouvert, je veux dire qui n’a pas définitivement mis les clés sous la porte. Finalement, je trouve un Lido (grec) à Annà di Melito. Je suis le seul client sur cette immense terrasse. J’y déjeune d’une salade poulet/tomate/mozzarella accompagnée d’une Heineken (pas de Peroni !).

Puis je me trouve un banc à l’ombre pour siester … une bonne heure quand même ! Comme le matin, je ne m’impose aucune contrainte horaire. Je me lève quand je suis réveillé. Pour la sieste, c’est pareil. Si je dors une heure, c’est que mon organisme a besoin de dormir une heure. C’est l’avantage d’être vraiment LIBRE : aucune contrainte, aucun impératif horaire, aucune destination précise. Tout à l’impro et au feeling. Je repars donc sur ma route SS106 qui longe la mer et la voie ferrée. Parfois, il y a de mauvaise surprise …

… dans ces cas-là, on ne s’énerve pas, on reste calme, on ne rouspète pas après la voirie italienne ANAS qui pourrait quand même prévenir que le pont est fermé, on regarde sa carte et on trouve un pont plus haut pour franchir cette rivière à sec !

J’ai vraiment l’impression d’aller encore à un bout du monde. Il n’y a plus grand monde dans ce talon de la botte italienne. J’adore ces endroits perdus de bout du monde …

Je m’arrête quand même dans le village de Palizzi pour y faire des emplettes. Le frigo et les placards sont à nouveau vides. Puis je continue mon chemin jusqu’au Capo Spartivento qui est le cap le plus au sud de la botte italienne : le dessous du pied bien sec sous le gros orteil !

Évidemment le phare (le petit point blanc à droite de la pointe) est squatté par l’armée. Je m’installe donc sur la plage en-dessous après avoir acheté une bière Peroni bien fraîche de 66cl au village de Spropoli (et non pas Propolis). Il est l’heure de l’apéro bien mérité après cette longue journée ensoleillée. Au dîner ce soir, le chef m’a concocté une Zuppa di Fagioli e Tonno all’Olio di Oliva. Des fayots au thon en somme !

Pour l’anecdote, vous remarquerez que ce matin, je suis parti de Galati Marina en Sicile pour arriver ce soir à Galati en Calabre. Amusant non ?

Résumé : 120kms, 6h05, 19,7km/h, temps chaud, bivouac

J66 – dimanche 11 juin – Calafatoni / Galati Marina

Réveillé comme d’hab’ aux aurores, je déjeune en terrasse 4* et, à 7h pétantes, je plie les gaules et quitte la Torre Parnaso.

Par contre, il me faut remonter en haut de la colline pour récupérer la route sur la crête. Je grimpe 5kms en 40’ jusqu’à Nicotera. Pour une mise en jambe matinale, ça attaque très fort !

J’arrive dans ce joli village perché alors que c’est bien calme en ce dimanche matin. Je me balade dans les ruelles avant d’attaquer une méga descente de la mort qui tue. Je suis debout sur les freins pour ne pas prendre de vitesse. C’est le mur de Péguère mais dans une pente dallée et bétonnée. Les patins fument quand j’arrive en bas ! J’en profite aussi pour immortaliser ce fameux Piaggio que je croise à gauche de la route.

Je suis arrivé dans l’immense plaine de San Fernandino avec sa zone portuaire de Gioia Tauro, son aéroport et ses quartiers insalubres que je traverse rapidement. Puis je retrouve la route SS18 qui grimpe pendant un bon moment. Je croise quelques cyclistes du dimanche. Chacun a un signe ou un mot sympa. Je pense évidemment à mes potes du Stade Toulousain Cyclisme qui ont dû se rejoindre devant le stade Ernest Wallon avant de partir par groupe de niveaux.

J’arrive à Palmi où je m’arrête boire mon café dans une boulangerie sis au bout de la « via XX settembre » qui me rappelle que, dans une centaine de jours, ce sera les soixantièmes déferlantes et la quille ! Coïncidence, mon ami Vincent m’appelle. Il vient de terminer sa rando cyclo de la Commémoration entre les plages du débarquement en Normandie et Belfort (1.600kms en 6 jours en autonomie complète !). En ce dimanche matin, cette pasticceria ne désemplit pas, la spécialité étant …

Puis je repars et continue à grimper sur de sympathiques petites routes de montagne mais malheureusement toujours aussi dégueulasses. J’espère sincèrement que Dame Nature va nous faire payer cher toutes les saloperies que nous lui faisons subir ! Mais, hélas comme souvent, ce sont les personnes les plus démunies et qui n’ont rien demandé à personne qui vont en subir les conséquences en premier. Je veux parler de la montée inéluctable des eaux et de territoires qui seront submergés. A ce sujet, j’avais d’ailleurs vu un reportage sur Arte en Indonésie sur des villages de pêcheurs envahis par les eaux et qui n’avaient d’autres choix que de subir cette situation. Sans moyen, sans possibilité de partir ailleurs, ils survivaient alors que l’eau salée envahissait leur maison à marée montante ! Cela m’avait profondément marqué.

Cela rejoint le problème, évoqué par Michèle et Joël dans un des commentaires, sur l’accueil des migrants politiques, économiques et bientôt climatiques. Une nouvelle fois, nos responsables « écologistes responsables et raisonnés » de tout bord ne sont pas à la hauteur de l’enjeu humain de cette problématique qui va devenir critique dans les années à venir.

J’arrive dans le brouillard en haut du col. Je retrouve la mer et j’espère le soleil.

Puis je descends vers Ceramida où je m’arrête dans une panetteria où la mamma est au fourneau et la fille à la caisse. J’achète 2 belles parts de pizza, 1 gâteau et ma Peroni pour 5€ seulement. Puis je trouve un endroit superbe dans la grande descente qui m’emmène en bord de mer à Bagnara Calabra. J’aperçois au fond la Sicile qui semble toucher le fond de la baie où je pense y arriver en fin d’après-midi.

Dans cette baie, j’aperçois plusieurs bateaux qui font la navette. Au départ, je pense que ce sont des pêcheurs mais ces bateaux m’intriguent. Il y a une grande avancée devant tenue par des filins reliés au mât. En haut de ce mât, il me semble voir des gens. J’ai l’impression que c’est un traîne-gogo avec sensation forte : soit tu es perché en haut du mât, soit tu te tiens à la proue. A confirmer …

Ensuite, je retrouve la route SS18 refaite à neuve avec un bitume qui rend bien. Elle longe la côte relativement près de la mer. Ce sont de grands faux plats montants et descendants que je passe grosse plaque. J’arrive alors dans le superbe village côtier de Scilla. D’un côté, se trouvent des restaurants les pieds presque dans l’eau …

… et de l’autre, se trouvent la plage bondée et les fesses dans l’eau !

J’arrive à Villa San Giovanni en milieu d’après-midi. Un traversier est en partance pour la Sicile juste en face. Je le prends. La traversée ne dure pas très longtemps.

Par contre, sur ce traversier, je discute avec les personnes intriguées par mon chargement. Ce sont des siciliens. Je leur explique mon projet de passer quelques jours en Sicile et, notamment, de monter à l’Etna. Ils me disent que cela va être compliqué, d’une part, à cause de la météo orageuse, et, d’autre part, qu’il me faudra prendre un guide mais qu’ils ne sont pas sûrs de l’ouverture des agences à cause de vous-savez-qu’on ! Bon … J’arrive à Messina et je prends la route du sud vers Catane.

Le réseau routier est encore plus merdique que sur le continent; et la circulation très dense en cette fin de week-end. Je sors de la ville et trouve un coin calme en bordure de plage du côté de Galatina Marina. Je suis presque en face du gros orteil de la botte italienne ! Mais tout cela ne m’inspire guère … Je vais boire ma petite Peroni, dîner et laisser mûrir mes réflexions cette nuit.

Résumé : 90kms, 6h00, 15km/h, couvert AM / chaud PM, bivouac