J67 – lundi 3/8 – Stavanger(N)/Bergen(N)

Réveillé à 5h30 ce matin pour embarquer vers 6h00. Je plie mes gaules rapidement, déjeune puis rejoins l’embarcadère juste à côté au moment où le ferry rentre au port et débarque son flot de camions, voitures, motos et piétons … mais pas de vélo.

Je m’installe confortablement dans un salon à la proue du ferry et profite de la vue grandiose des fjords et îlots qui s’offrent à moi en cette matinée encore bien maussade (15°C) : la matinée en CinémaScope !

A 12h30, le ferry arrive au port. D’ailleurs, je suis parfois surpris du comportement de certains humains. Hier soir, c’était ces abrutis qui taguent tous les endroits où ils passent : il y avait du charbon de bois partout avec prénom et date du méfait, même sur les planchers où dormir … faut être un peu con quand même ! Ce matin, certaines places en « CinémaScope » étaient squattées par des personnes qui ont roupillé tout le voyage. D’autres ont passé tout leur temps devant un écran de téléphone ou d’ordinateur. Parfois, j’ai du mal à comprendre. M’enfin …

De mon côté, sur la fin, j’ai lutté contre le sommeil pour profiter du spectacle jusqu’au bout. Par contre, une fois arrivé à Bergen, j’ai pique-niqué puis squatté un banc pour roupiller une bonne heure avant trouver un café sympa (Lovetann Kaffebar) peuplé de vikings …

Puis de partir me balader à travers ce port aussi typique que celui de Stavanger avec son port, ses constructions Lego et ses ruelles aux vieilles maisons et aux rues pavées. A ce sujet, avec mes chaussures à cales en fer, je ne passe pas inaperçu. Je marche en faisant un bruit métallique comme un cheval ferré. Je rassure les gens en leur faisant un grand sourire désolé pour leur faire comprendre que je ne suis pas Robocop.

Je prends ensuite le funiculaire qui m’emmène à Floyen, montagne au-dessus de Bergen d’où la vue sur la ville et les fjords alentours est superbe.

J’y croise les célèbres chèvres, image d’Epinal de l’endroit, qui broutent tranquillement dans les environs.

Je profite d’un endroit tranquille avec vue superbe sur la ville pour lire un message perso qui me touche au plus profond du cœur. Il se met à pleuvoir. Et me vient à l’esprit ce poignant poème de Verlaine :

Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville;

Quelle est cette langueur monotone

Qui pénètre mon cœur ?

Ô bruit doux de la pluie

Par terre et sur les toits !

Pour un cœur qui s’ennuie,

Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison

Dans ce cœur qui s’écoeure.

Quoi ! Nulle trahison ? …

Ce deuil est sans raison.

C’est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi

Sans amour et sans haine

Mon cœur a tant de peine !

Un peu de poésie dans ce monde de brutes ne fait pas de mal de temps en temps. Voilà mes états d’âme du moment. Je suis comme la mer à l’étale ne sachant plus si je dois monter ou descendre, continuer ou arrêter. Cela fait 2 jours que je suis au repos désiré à enchaîner ferry/train et mis ce périple à vélo en stand-bye. Cela fait du bien mais c’est déroutant si je puis dire. Après toutes ces journées à pédaler et cette espèce de monotonie (bien que je n’aime pas ce terme) répétitive, je suis un peu déboussolé. Et puis, avec cette quadriphonie en do majeur (COVIDo/météo/vélo/perso) qui rentrent en ligne de compte, cela n’arrange pas les choses. M’enfin … Il me faut redescendre sur terre et ne pas oublier que j’ai un train à prendre à 23h.

Les vélocistes étant fermés le lundi, il me faut donc attendre demain pour avoir un diagnostic quant à l’état de l’usure de la manivelle et savoir si je prends le risque ou pas de rejoindre Stockholm à 600kms d’Oslo soit 6 à 7 jours de vélo. A ce sujet, j’aurais bien aimé dire 2 mots au gars qui a changé les plaquettes de frein à disque d’Iker (48€ de mémoire) et qui n’a même pas daigné lui dire qu’il allait à la catastrophe en continuant à rouler avec une transmission aussi encrassée. Mon vélo, c’est mon fidèle compagnon, mon ami qui me suit partout. Je l’entretiens et le bichonne pour qu’il m’emmène loin. (« Qui veut aller loin ménage sa monture »). Je n’aime pas rouler dessus quand il est crade. Là, je suis aussi blessé que lui (d’où mon allusion inconsciente à la blessure sportive) de le savoir « amoindri ». D’ailleurs, c’est aussi pour cela que j’ai acheté une housse. Le soir, je le protège de la pluie et du froid le pépère. Et le matin, après la rosée matinale ou la pluie nocturne, lorsque j’ôte la housse de marque Rose (qui en fait est noire), il est tout « frais-tillant », prêt à tailler à nouveau la route et m’emmener dans le paysage …

Je vais dîner dans un kebab en dehors du centre blindé de « restaus à touristes » puis, comme il ferme à 21h00, je prends la route direction la gare et devinez quoi … il tombe à nouveau des cordes ! J’ai juste le temps d’enfiler mon imper et de trouver un arbre où m’abriter. J’attends la fin du déluge avant de me rendre à la gare.

Je me pose à la terrasse d’un café dans la gare et entame la lecture de « L’idiot » de Dostoïevski en attendant le départ du train pour Oslo.

Résumé : 0km, 0h0, 0.0km/h, train

J68 – mardi 4/8 – Bergen(N)/Oslo(N)/Marseille(F)

Il est 4h30 du matin. Je suis dans le train qui m’emmène à Oslo. Je profite du lever du jour pour me remplir encore et toujours des paysages qui s’offrent à moi. Dommage d’ailleurs qu’il ait fait nuit pendant la traversée des montagnes. Par contre, d’avoir fait le fiérot sur ma capacité à dormir partout il y a quelques jours, m’a bien puni cette nuit. En effet, je me suis retrouvé dans un compartiment normal, toutes les couchettes étant réservées, et il n’est vraiment pas évident de dormir sur des fauteuils non inclinables. J’ai tourné, tournicoté et tricoté toute cette courte nuit pour essayer de trouver une position confortable. Mais ce ne fût pas chose aisée. Je suis légèrement mâché en ce mardi matin norvégien où le ciel est toujours aussi menaçant avec de gros nuages noirs et la température extérieure de 8°C …

Ce voyage en train m’évoque mes escapades américaines avec mon fils lors de mes séjours à Montréal. Il y a 2 ans nous étions allés à New-York en train en longeant la Hudson River et, cet hiver, à Boston en bus. Au cours de ma lecture hier soir à la gare en attendant le train, je suis tombé sur une évocation du magnifique poème de Rudyard Kipling « Tu seras un homme, mon fils » que j’aimerais vous faire partager. Je le dédie à ma fille Gwendoline, à mes belle-filles Nathalie et Marine et à mon fils Titouan. Si ce poème pouvait être lu et appliqué par toutes les filles et tous les fils sur cette Terre, nous vivrions certainement dans un monde beaucoup plus serein.

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie

Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,

Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties

Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,

Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,

Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,

Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles

Travesties par des gueux pour exciter des sots,

Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles

Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,

Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,

Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,

Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,

Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,

Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,

Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,

Si tu peux être brave et jamais imprudent,

Si tu sais être bon, si tu sais être sage,

Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite

Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,

Si tu peux conserver ton courage et ta tête

Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire

Seront à tous jamais tes esclaves soumis,

Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire

Tu seras un homme, mon fils.

Arrivé à Oslo, je repère un vélociste qui ouvre à 9h00 et me pose dans un café, j’en suis déjà au 2è de la journée, en attendant l’ouverture du magasin et du diagnostic. Pour me rendre de la gare jusqu’ici, j’emprunte encore un beau réseau cyclable peint en rouge pour faciliter la continuité et la visibilité qui, à nouveau, me rappelle le retard accumulé chez nous. Par contre, je suis ébahi de voir les cyclistes circuler en bras de chemise, en jupe ou en short vu la température ambiante. De mon côté, j’ai ressorti ma veste de vélo d’hiver et mon blouson Uniqlo. Ils sont vraiment fous ces Vikings !

Le vélociste m’informe que je prends forcément des risques en reprenant la route (il n’a pas la pièce cassée) mais que ça devrait tenir vu le profil plat jusqu’en Suède. J’en prends acte et décide d’aller me balader dans Oslo. En ce mardi matin, je trouve cette capitale bien calme. Beaucoup de cyclistes, de trottinettistes et peu d’automobilistes circulent dans le centre-ville. Ceci explique peut-être cela.

Et puis en milieu de matinée tout se précipite. Je reçois un message de mon ami Vincent qui m’avertit que la Norvège interdit le débarquement des passagers de croisière, un autre pour me dire que la Suède est dans le collimateur européen et un troisième beaucoup plus enthousiasmant qui m’incite fortement à réviser mes plans. Je dois avouer que, depuis quelques jours, l’envie n’y est plus. Tous ces éléments extérieurs me perturbent. Dans le passé, je n’écoutais pas les signaux d’alarme et je l’ai payé parfois cher. Mais là, avec l’expérience, je suis aussi plus à l’écoute de mon corps, de mon destrier, de l’extérieur et aussi de mes envies.

C’est décidé. Je plie les gaules et je rentre. Je me pose dans un MacDo du centre pour choper de la bonne wifi et réserve avec LastMinute.com un vol pas cher pour Marseille avec départ à 15h45. A 21h00 , je débarque à Marignane, après avoir survolé l’incendie du côté de Martigues, avec mon vélo en pièces détachées dans un sac spécial acheté dans le magasin XXL de Jessheim à 10kms de l’aéroport. Je ne vous raconte pas toutes les péripéties avant que je ne monte dans l’avion, vous me prendriez pour un grand malade ! Mais j’ai décidé que « Quand on veut, on peut » et que « Tout se fera ! ». Et puis une belle histoire m’attend peut-être ici, je n’ai pas envie de la laisser filer sous mon nez …

Voilà, c’est fini. Après 68 jours de vadrouille, 6.000 kms parcourus, 6 pays traversés, 15 départements côtiers, de belles rencontres, des images pleins la tête, des émotions intenses, j’aspire à d’autres découvertes. J’ai aussi besoin de me reposer après ces dernières nuits compliquées; même la dernière à l’aéroport de Marseille-Provence, en attente de mon chauffeur privé qui n’arrivera que mercredi matin, ne déroge pas à cette fin de périple pour le moins rocambolesque !

Je tenais aussi à vous remercier, fidèles lecteurs, pour tous vos messages, vos encouragements, vos félicitations même qui m’ont boosté pour tenir au quotidien ce journal et vous narrer ce périple mais aussi vous raconter mon passé et mon parcours de vie qui m’a amené sur ces chemins de traverse. J’y ai pris beaucoup de plaisir. J’espère que vous aussi. Après digestion de ce voyage et retour sur terre, j’en écrirais dans quelque temps l’épilogue. Avant, peut-être, de repartir pour découvrir cette fois-ci le sud de l’Europe. Mais ça, c’est une autre histoire …

J66 – dimanche 2/8 – Stavanger(N)

Journée off à Stavanger. Nuit agitée. Grasse mat’. P’tit déj’ gargantuesque (le vélo ça creuse !). Lavage-séchage du linge. Réparation de la chambre à air. Étude de la suite du voyage.

Finalement, je quitte ce B&B pour rejoindre la côte ouest afin de prendre le ferry à destination de Bergen à 7h demain matin. Puis je prendrai le train de Bergen à Oslo à 23h demain soir pour arriver à 6h mardi matin. J’aviserai ensuite si je traverse à vélo jusqu’à Stockholm ou si je rentre directement. La menace du COVID-19, la manivelle du pédalier qui me tracasse et des évènements extérieurs me poussent à écourter mon périple. L’air vieux et chaud de mon pays béni des Dieux m’attire irrésistiblement …

Après avoir rejoint Iker dans un café du centre, je le laisse aller préparer son vélo et, de mon côté, je pars me balader dans les vieilles rues aux maisons blanches, hormis la rue avec celles colorées, de ce joli port sous les éclaircies mais par un temps bien frisquet pour un début août. Les doudounes sont de sortie !

Je retourne ensuite boire un dernier café au B&B, discuter et remercier l’hôtesse pour leur charmant accueil, récupérer mon vélo puis charger le barda et prendre la direction de Tananger à allure pépère vu que je suis en « tenue de ville ». A peine sorti de Stavanger, je sens la manivelle qui est en train de se barrer à nouveau. Je m’arrête et démonte les 2 manivelles pour tout nettoyer. Il faut dire que de rouler dans le sable et sous la pluie n’arrangent pas les choses. Sans compter le poids du vélo et les grosses montées. Je remonte le mécanisme qui, à force, prend du jeu. Je pédale en écoutant les sensations du pied en ayant peur que la manivelle parte à nouveau. J’ai les mêmes sensations qu’après une blessure musculaire et que vous reprenez le sport en ayant l’impression d’être encore blessé. Je roule sur des œufs en somme et cela ne me plaît guère !

Après 20kms de piste cyclable longeant la route 509, j’arrive enfin à destination sous un ciel de plus en plus menaçant. Décidément … Je vais à l’accueil pour vérifier que tout est en ordre pour demain matin. Il est bientôt 17h et je n’ai toujours pas déjeuner, hormis un gâteau ce midi, depuis mon copieux repas du matin. Je me prépare un pique-nique tiré du sac lorsque je vois débarquer l’ami Iker. Il est arrivé depuis 2 heures déjà, s’est baladé et a repéré une baraque, juste en face de l’embarcadère de la FjordLine, qui devrait faire l’affaire pour moi ce soir.

Par contre, comme nous avons du temps avant son départ pour Hirstshals et son retour au Danemark après cette épisode compliqué norvégien, je lui propose de nettoyer sa chaîne et son dérailleur qui me faisait tellement peine lorsque je le suivais et entendais des craquements sinistres à chaque changement de vitesse. Effectivement, il y a du boulot. Tout est complètement encrassé ! Je ne distingue même plus les maillons de la chaîne. Pour celle-ci, un conseil, il vaut mieux éviter de la graisser avec de l’huile d’olive … même si c’est de la basque. Sacré Iker ! Nous sortons le vélo dehors et c’est parti pour une bonne heure de dégraissage. Évidemment, il se met à nouveau à pleuvoir et nous sommes obligés de rentrer à l’intérieur sur le sol dallé que je protège comme je peux pour finir le boulot. Je sors tester la mécanique. Ça passe beaucoup mieux sans les amas de graisse, sables et autres agglutinés sur les galets et la chaîne. Iker peut cette fois me quitter pour de bon avec un vélo en état de rouler correctement.

De mon côté, je rejoins la cabane repérée et m’installe pour la nuit. Par contre, à défaut de coucher de soleil, vu le ciel ô combien chargé, je me fais un bon feu et peux enfin dîner en admirant le paysage.

Par contre, je ne serai pas seul et j’ai un petit copain qui s’invite. Il aura droit à quelques miettes de pain en échange de me laisser pioncer tranquillou.

Je pars ensuite faire le tour de cet îlot puis me couche de bonne heure après ma nuit compliquée. Demain matin, il ne faudra pas rater le ferry …

Résumé : 20kms, 1h20, 15.0km/h, bivouac

J65 – samedi 1/8 – Hellvik(N)/Stavanger(N)

Superbe nuit dans ce magnifique endroit. Je suis réveillé à l’aube par le soleil levant mais je tire un peu et me lève à 6h30. Je plie mes affaires et, au moment de déjeuner, je m’aperçois que Florent est déjà parti ! Il m’avait dit qu’il était matinal mais à ce point-là … Il faut dire aussi qu’il se tape des journées de 6 à 7h de vélo. A 8h, je quitte à regret ce superbe bivouac.

Par contre, j’attaque prudemment la journée. Lors de ma balade pédestre, j’avais repéré qu’il y avait des barrières à franchir en bas des descentes et que ça grimpait sec d’entrée de jeu. Comme les muscles sont froids et que le chemin en stabilisé est, en plus, abimé par les sabots des chevaux qui l’empruntent, je préfère me la jouer cool. Je monte donc en mode poussette de peur de me casser la binette et de me faire plumer la tête comme la gentille alouette.

Au bout de quelques kilomètres (pour le coucher de soleil hier soir, cela était un peu présomptueux !), je retrouve le bord de mer où je m’arrête dans un superbe camping pour refaire le plein d’eau et une grosse toilette matinale à l’eau chaude !

Le soleil est à nouveau présent, le ciel toujours aussi bleu et la température très agréable (pas de canicule prévue dans le coin). Par contre, le vent du sud s’est levé et ça buffle fort. Tant mieux, je l’ai dans le dos. J’arrive dans une région beaucoup plus plate et agricole. Je pense que je suis dans la zone maraîchère norvégienne. Les champs d’oignons, carottes, patates se succèdent au milieu des cultures de blé. A ce sujet, j’ai une pensée pour mes ami.es de l’Arche. C’est aujourd’hui jour de marché à Blagnac et je pense que c’est Carmina qui est sur le pont mais je ne sais pas avec qui. Apparemment ce sont les grandes vacances pour beaucoup. A bientôt les ami.es … Je vous embrasse très fort !!!

Je poursuis mon parcours en empruntant la route 44 qui est classée à cet endroit d’intérêt touristique. Comme tous les sites, il y a une signalisation particulière en marron qui permet d’aller voir des sites intéressants, en jaune ce sont les villes et villages et en blanc les campings, auberges, toilettes, …

Je fais donc un crochet pour aller admirer le phare de Brusand.

Puis un peu plus au nord, la charmante chapelle et son cimetière fleuri de Varhaug.

Lorsqu’il n’y a plus de piste cyclable le long de la route 44 ou qu’un chemin est « praticable » en dehors de cet axe, je suis l’itinéraire EV12 qui m’amène à faire de jolies rencontres. D’ailleurs, beaucoup de terres arables ont été gagnées sur des surfaces comme celles ci-dessous; les pierres servant alors de muret pour séparer les cultures.

Il me faut également faire preuve de prudence lorsqu’itinéraire emprunte de tels passages. C’est sympa mais, avec l’espacement entre les planches, légèrement casse-gueule et, vu le zef qui souffle en travers, mieux vaut ne pas se mettre à l’eau !

Par contre, il est bientôt midi et je n’ai toujours pas trouvé un café d’ouvert. Je n’ai traversé pratiquement aucun village. Il faut dire que ces villages, comme un peu partout dans ces pays scandinaves, n’ont pas le charme de nos petits villages français avec sa place principale autour de l’église et ses commerces de proximité (café, boulangerie, épicerie, …) lorsqu’ils ne sont pas hélas fermés bien sûr. Finalement, je prends une tangente pour me diriger vers Klepp, à 27kms au sud de Stavanger, où j’ai repéré un MacDo (ben oui !). Je pourrais y boire un café, recharger mes iBidules au cas où, télécharger quelques bouquins, pianoter sur ce blog, envoyer des messages et aussi passer des appels téléphoniques à mes proches. J’arrive vers 12h30 à ce MacDo et suis surpris de n’y voir presque personne. Comme quoi …

Par contre, mauvaise nouvelle, pendant que je pianote, papote et parlotte, de gros nuages noirs poussés par le vent du sud ont ramené la pluie. Zut ! Il faut que je revois mes plans pour ce soir. Plutôt que le camping, je réserve un B&B dans le centre à un prix raisonnable. Je renfile ma fameuse tenue de marin-pêcheur et me voilà à nouveau reparti sous le déluge.

Heureusement je peux emprunter un réseau cyclable de très bonne qualité. « Ça y est le voilà reparti avec ses pistes cyclables ! » allez-vous dire. Et bien oui … Bien que ce réseau ne soit pas si performant que celui des pays nordistes déjà traversés, il a au moins le mérite d’exister et d’être performant. Hormis quelques portions qui ne sont pas réalisées le long des axes routiers, il est très rare de devoir circuler, comme en France, sur des routes partagées. Pour couper au plus court et au plus rapide sans emprunter l’itinéraire EV12 qui est plus à l’ouest, je rentre mon point de départ et ma destination finale sur Maps.me Vélo et suis cet itinéraire : 27 kms de voies cyclables pratiquement jusqu’à ma résidence ! En voilà un exemple ci-dessous avec passage sous les voies rapides, signalisation avec des panneaux spécifiques de couleur marron pour indiquer les directions à suivre et le kilométrage, double-voies de circulation. Je suis bien sur une piste cyclable ! Lorsque j’arriverai à Stavanger, je suivrai une voie cyclable peinte en rouge (comme en Allemagne) pour délimiter l’espace vélo/voiture. Au Danemark, elles sont peintes en bleu. « Continuité, lisibilité, sécurité » telles sont les 3 mamelles d’un réseau cyclable performant.

Je poursuis ma route sous des trombes d’eau sachant qu’à l’arrivée, j’aurais droit à une bonne douche bien chaude et que toutes mes fringues trempées et puantes partiront bientôt à la machine. Par contre, je me fais une nouvelle frayeur lorsque ma manivelle gauche se désolidarise à nouveau du pédalier. Je profite d’un abribus pour resserrer à nouveau les 2 vis fixant la manivelleJe vais devoir régler ce problème avant de continuer mon périple. Mais, sous ce nouveau déluge, je me demande si je ne serais finalement pas mieux dans une piscine où se baigneraient de superbes naïades chevauchant des flamands roses gonflables. Chacun ses délires …

Je finis par arriver à Stavanger après cette remontée de 400 kms depuis Kristiansand et ces 5 rudes journées dont 3 sous la pluie. Je viens également de franchir la barre des 6.000 kms parcourus depuis Toulouse il y a 65 jours.

Vue sur le fjord à l’est de Stavanger.

Je profite de cette halte photo devant un chantier de construction pour laver mon vélo au jet d’eau. Puis je rejoins mon B&B où je peux vider mes sacoches et les laver avant de me prendre une bonne douche à l’eau chaude. Quel pied !

Je passe ensuite quelques appels dont un à mon ami Vincent qui m’apprend que 33 membres d’équipage de la compagnie Hurtigrunten viennent d’être testés positif au COVID-19. Diantre !!! Cela risque de changer mes plans. D’autant plus que je voulais prendre le ferry pour Bergen demain matin mais le départ est à 7h du mat’. Finalement, je passe à l’accueil pour réserver une nuit de plus. Il faut impérativement que je me pose et que j’étudie tranquillement la suite du programme. Je n’ai pas envie de me retrouver bloquer ou devoir subir 10 jours de quarantaine. Et puis pédaler dans le dur sous des trombes d’eau n’est pas non plus forcément le but recherché. « Connaître les limites de son corps, c’est ça la vraie psychologie. » disait Camus. Et je sens que j’atteins ces limites. Prudence donc …

Je contacte ensuite Iker, arrivé ici depuis 2 jours et qui a pu effectuer sa rando au fjord Preikestolen sous le soleil. Petite frayeur avant de partir vu que je n’arrive plus à remettre la main sur la clé de ma chambre. Après avoir vérifié dans toutes mes poches puis vidé mes sacoches, je la retrouve bien planquée sous mon sac d’alimentation posé au-dessus du frigo. Il y a des baffes qui se perdent … On se rejoint en ville et sommes heureux de nous retrouver. Nous trouvons un bar branché dans une rue animée aux maisons colorées pour y boire une bonne bière pour moi et une eau pétillante pour lui … chacun son truc !

Après avoir acheté mon pain quotidien et m’être vu refuser l’achat d’une cannette de bière vu que l’heure légale d’achat d’alcool était dépassée, je rentre à mon B&B pour y dîner sobrement dans l’espace cuisine. Il est 21h et il commençait à faire très faim. Je finis la soirée en charmante compagnie. Rideau pour aujourd’hui. Demain il fera jour et il pleuvra ! En attendant, je vais profiter d’un bon petit lit douillet …

Résumé : 80kms, 4h40, 17.0km/h, B&B

J64 – vendredi 31/7 – Flekkefjord(N)/Hellvik(N)

Ô miracle !!! Lors de ma pissouille nocturne, j’ai pu admirer la voûte céleste étoilée et me rendormir avec l’espoir d’une journée enfin ensoleillée. Et ce matin au réveil à l’aube, j’ouvre les yeux et découvre un magnifique ciel bleu sans nuage et le soleil qui perce à l’est. Je me rendors encore un peu avant de me sortir à loilpé de mon duvet bien chaud. Et il ne fait pas bien chaud à l’ombre de la terrasse et de la forêt. Je déjeune rapidement, plie mes affaires et, à 8h00 pétantes, quitte mon nid d’aigle pour reprendre la route.

J’emprunte la belle route nationale 44 très peu fréquentée, l’axe principal E39 attirant certainement tous les véhicules. Et je vais passer ma matinée à aller d’un fjord à l’autre en escaladant entre chaque une petite montagne. Mais quel pur bonheur de pédaler à nouveau sous le soleil dans un tel cadre.

C’est difficile d’exprimer avec des mots les sentiments ressentis lorsqu’on voyage tranquillement au rythme de ses coups de pédale en n’ayant comme fond sonore que le bruit des torrents et des ruisseaux et quelques oiseaux. Seulement interrompu par la pétarade d’une Harley bruyante et malodorante. D’ailleurs, lorsque je roule en montagne, je déteste ces hordes de motards fièrement perchés sur leurs engins chromés et, pour le plaisir de quelques uns, gênent une multitude d’habitants et la faune sauvage également. D’ailleurs, il n’est qu’à voir pendant ce long confinement comment la faune a repris ses droits alors qu’aucune pollution sonore ne venait la déranger. Mais chacun trouve son plaisir où il veut et a sa conscience pour lui.

Fjord de Lundevannet

Je décrirai simplement un sentiment de plénitude absolue, de complétude (le fait d’être « rempli » je pense ?) et de solitude assumée aussi. Cependant, ce serait mensonge et fausseté d’écrire que c’est « Easy Rider » (pour faire un parallèle avec ce fameux film et ces motards de la Road 66). Mentalement et physiquement, on tape dans le dur. Cela participe aussi au plaisir tout simple lorsqu’on se pose pour, ne serait-ce que boire un café ou une bière ou bien apprécier un plat cuisiné.

Village d’Ana-Sira dans ce fjord

Après cette digression, je reprends la route en suivant toujours l’EV12. De toute façon, je n’ai pas trop le choix des chemins.

Je traverse ensuite un autre fjord où il y a des départs de randonnée et je comprends pourquoi en grimpant en haut de ce fjord. Pratiquement en haut, j’emprunte un tunnel (qui devaient être l’ancienne route avant qu’il ne creuse un autre tunnel parallèle pour les véhicules) réservé aux piétons et cyclistes et tombe sur des hamacs tendus en travers. Il y a même un endroit pour bivouaquer et faire un feu. Quelques randonneurs sont posés là et sont tout surpris de me voir débarquer avec vélo et sacoches au milieu de leur campement improvisé.

Côté mer
Côté montagne

Je redescends ensuite à Hauge où je m’arrête dans une cafétéria pour y boire mon café à côté d’une table de retraités qui discutent fort en norvégien. Je reprends la route et, alors que je veux brancher mon iPad sur la batterie, je m’aperçois que j’ai oublié le câble et la prise en rechargeant mon iPhone suite à l’appel de mon pote Nico. Demi-jour gauche. En avant marche. Je reviens récupérer le matos sans lequel je serais bien enquiquiné. Alors que je retourne dans ce village, je m’aperçois que « Et au milieu coule une rivière » en référence au très beau film de Robert Redford.

Et en sortant de ce village, il tourne à nouveau un nouvel épisode qui s’appellera « Et au milieu coule de la tune ». Encore une Tesla !

Puis j’arrive dans le charmant village de Rekefjord classé dans « Les plus villages norvégiens » (enfin si ce classement existe …) …

… où je m’arrête pique-niquer sur un banc public pas trop mal placé. C’est quand même plus agréable de déjeuner dehors que d’être « obligé », comme hier, de trouver un endroit au sec et se faire arnaquer.

Dorénavant, je longe des fjords beaucoup moins encaissés que précédemment. Le dénivelé n’est plus le même non plus. J’arrive même à passer les bosses sur la plaque du milieu (37 dents). Le paysage y est toujours sauvage.

J’adore aussi ces petits ports encaissés. Par contre, les nuages deviennent floconneux. J’espère que la météo va se maintenir.

Et, comme ce matin, je ne rencontre personne. Sauf, au détour d’une petite route, je retrouve mes copains les moutons qui ont l’air aussi surpris que moi. Par contre, contrairement à leurs congénères danois, ceux-là ne sont pas du tout craintifs et me regardent passer sans même bouger un sabot.

Un peu plus loin, je tombe enfin nez-à-nez ou presque avec ce petit cheval nommé « Fjord Norvégien ». A l’époque où j’habitais à Lanquais, charmant village à quelques encablures de Bergerac, il y avait un couple vivant dans une propriété au-dessus de ma maison périgourdine qui élevait ces chevaux ainsi que des Bouviers-Bernois, chien qui ressemble au St-Bernard mais plus petit. Je rêvais à l’époque de les voir dans leur pays d’origine. C’est chose faite.

Après l’avoir caressé et lui avoir raconté cette histoire (c’est fou comme les animaux ont un pouvoir d’écoute supérieur à celui de bien des humains !), je poursuis mon pèlerinage. Alors que cette fort agréable petite route rejoint à nouveau la route 44, j’éprouve de drôles de sensation en descente. Au premier parking venu, je m’arrête et constate que le pneu avant est légèrement dégonflé. Crevaison lente heureusement. C’est la 1ère fois ce que cela m’arrive avec ces superbes pneus Schwalbe Marathon Plus. Il faut dire que vu les chemins empruntés …

Je me pose pour changer la chambre à air lorsque je remarque un camping-car stationné et immatriculé en France dans le 63 (Puy-de-Dôme). C’est un jeune couple de clermontois en vadrouille. Nous discutons de nos parcours respectifs puis je finis ma réparation avant de repartir jusqu’à Egersund, grosse agglomération où je ne m’arrête que pour faire quelques courses en prévision du week-end. L’heure avance et le bivouac approche. A la sortie de la ville, j’emprunte une piste en cendrée qui longe la voie ferrée avec de forts rempaillous qui me font pester. Il m’est impossible de monter en danseuse vu que la roue arrière patine et je manque me casser la binette à quelques reprises. Vivement le bout du tunnel …

Avant de m’arrêter, il me faut trouver de l’eau et j’aimerais aussi me boire une bonne bière bien fraîche après cette magnifique journée. Je fais un crochet par le village de Hellvik où je demande à des gens de l’eau et j’achète une bière au commerce du coin faute de café. Puis je reprends l’itinéraire EV12 qui me fait emprunter le parc « Den Vestlandske Hovedvei » à travers une piste. C’est splendide. Dès que je trouve un banc, je décide de stopper quand je vois une table sur ma gauche mais déjà occupée par un cyclo. Je m’arrête et lui demande en anglais si cela le dérange que je bivouaque ici. Il me répond également en anglais mais avec le même accent que le mien. C’est un mayennais de Craon qui est prof pour enfants en difficulté à Quiberon. Il se nomme Florent. C’est aussi un grand baroudeur. Il passe ses vacances scolaires à arpenter l’Europe. Lui est dans le sens descendant après avoir gravi des montagnes à 1000m d’altitude sous la flotte. Nous dînons ensemble en profitant de la vue extraordinaire de ce bivouac non moins incroyable avec vue sur la mer au loin.

Après dîner, bien installé sur ma confortable table, j’essaie de pianoter mais, comme la veille au soir, je suis envahi par une nuée de moucheron piquant. Je finirai sous la tente. Je profite alors du soleil tombant et de ses lumières puis pars faire ma balade digestive en espérant voir le coucher de soleil sur la mer.

Mais, malgré une belle balade à travers ce parc, je ne peux atteindre mon objectif. Je me rabats donc sur un lever de lune avant de réintégrer mes pénates et ma petite tente.

Résumé : 90kms, 5h50, 15.2km/h, bivouac

J63 – jeudi 30/7 – Farsund(N)/Flekkefjord(N)

Je dors comme une marmotte. J’ai cette chance de pouvoir me poser n’importe où, de mettre mes boules Quiès et de roupiller. Ce qui n’est pas vraiment le cas d’Iker qui, sans matelas, a tenté de dormir dans un des 2 fauteuils noirs à moitié défoncé. Il me réveille vers 6h30 du mat’ en me tirant sur le duvet. Une personne du camping est déjà présente dans la boutique qui jouxte notre salle. Je lui dis de ne pas s’inquiéter mais me lève quand même. Par contre, Iker est déjà sur le départ. La panthère rose en a marre de ce temps pourri et aimerait rejoindre Egersund rapidement pour prendre le train de Stavanger et réparer son vélo. On s’échange nos numéros et on se quitte. C’est toujours un moment difficile, quand après quelques jours passés ensemble, il faut se séparer et reprendre chacun sa route. Je lui dis de faire gaffe car il veut couper au plus court et suivre la route principale 465. Puis il part. J’espère te revoir ici peut-être, à San Sebastian, Toulouse ou ailleurs et je te dédie cette journée Iker le basque fantasque.

Par contre, il y en a une qui ne nous a pas quittés depuis quelques jours. Elle est encore là ce matin et devient légèrement collante. On aimerait bien s’en défaire un peu mais elle s’inscruste cette pernicieuse. De plus, qu’est-ce qu’elle mouille cette petit cochonne ! Ce matin elle est plutôt d’humeur bruineuse. Mais elle nous colle quand même aux basques (si je puis dire …). Et oui, notre amie la pluie est là ! Je déjeune tranquillou, consulte mes cartes et repars vers 8h30. Je suivrai l’itinéraire cyclable quitte à faire plus de kilomètres et de dénivelés. C’est reparti. Je croise à nouveau de belles demeures sur la route qui longe la côte.

Puis je prends à droite plein nord pour rejoindre Knivesdal tout au fond d’un fjord. Évidemment il faut traverser à nouveau des montagnes, longer des fjords ou des lacs. Mais, malgré la météo, que ces paysages sont grandioses !

A un moment donné, je quitte la route bitumée pour emprunter à nouveau une piste. Je vérifie sur mon GPS que je ne branche pas en permanence avant d’attaquer cette partie que je pense ardue. C’est bien la bonne route. J’attaque à nouveau tout à gauche en me disant que, finalement, ce ne serait pas mal aussi d’aller élever des escargots dans le Haut-Var par exemple … Mais là, il faut que j’appuie sur les pédales.

C’est rude. En plus de cela, après qu’Iker ait pété un câble, moi c’est l’élastique que je pète en enlevant mes câles rapides; en l’occurrence, ceux de la protection chaussures de mon pantalon ciré. Il faut dire qu’avec l’humidité le matos est soumis à rude épreuve. J’aurais du collage et de la couture à faire pour ce soir.

Je ne rencontre absolument personne. Pour le café, ce n’est même pas la peine d’y penser. A part quelques hameaux ou fermes isolées, je ne croise aucun village, ni aucun commerce évidemment. Que des décors sauvages noyés dans la brume et la bruine …

… excepté un couple de lamas et son petit perdus dans ces montagnes norvégiennes si loin de leur Amérique de Sud natale.

Je finis par arriver au fameux croisement avec la voie rapide E89 couplée à la route 465 qui va directement à Feda. Cet axe est interdit aux vélos et aux piétons. J’inspecte les lieux et trouve effectivement que c’est hyper dangereux : pas de voie de service, un tunnel de 2kms à emprunter, de la circulation. Je préfère faire une quinzaine de bornes en plus et traverser ce fjord à Kvinesdal que de prendre des risques inutiles et de me retrouver dans un fauteuil roulant voire pire. Je pense qu’Iker a dû malheureusement emprunter cet axe. Je prends donc la « route des crêtes » qui surplombe la vallée.

J’arrive enfin à Knivesdal. Il est bientôt 13h. Je me pose dans un restau italien pour y dévorer un hamburger américain avec des frites. La pizza (16€ la margarita) attendra mon retour en France. D’ailleurs je suis le seul client. Peut-être aussi parce que la serveuse ni norvégienne, ni italienne n’est vraiment pas accueillante. Au moment de payer, alors que la serveuse est partie sans même me dire au-revoir, je sors un billet de 200NOK ayant calculé une addition de 175NOK. Le cuistot me dis 215NOK. Je lui demande de répéter et de me montrer l’addition pensant qu’ils m’ont compté un double-hamburger. Mais non, ce sont les frites qui sont en plus. 4$ pour des frites congelées ! Je lui demande « if it is a joke ? « et lui dis que je n’ai encore jamais vu un hamburger servi sans frites ou autres. Finalement, il me prend mon bifton de 200 et je me casse. Si vous passez un jour dans le coin, vous pouvez éviter le restau italien « La Scala ».

J’ai quand même pu me connecter à la Wifi et ai eu un message vocal d’Iker qui est planté dans la station de train de Storekvina à 9kms au nord d’où je suis ! Il attend le train de 17h pour Stavanger en n’étant pas sûr de pouvoir monter son vélo alors qu’il voulait le prendre à Egersund beaucoup plus à l’ouest. Il a bien pris la route directe et s’est fait de grosses frayeurs en empruntant la voie rapide E89. Puis en s’arrêtant à Feda faire des courses, on lui a dit qu’il y avait un train où il attend maintenant. Sacré Iker !!! Si tu rencontres à nouveau l’Amour, je te dédie aussi ce menu.

De mon côté, je me dirige dorénavant vers Flekkefjord. J’emprunte également quelques tunnels, mais sur une route secondaire, pour ne pas avoir à suivre l’itinéraire vélo qui fait faire encore des tours et des détours ascensionnels.

Avant Feda, je passe en-dessous du pont de l’E89 qu’a dû emprunter Iker ce matin. Je comprends pourquoi il n’a pas arrêté de se faire klaxonner. La panthère rose a encore frappé …

De mon côté, je m’arrête aussi à Feda faire quelques emplettes au cas où. Puis j’attaque à nouveau une ascension dans laquelle je m’arrête pour déguster à nouveau des framboises sauvages alors que le Roi Soleil daigne percer quelques nuages et darder ses rayons sur ma vieille carcasse toute moisie. Malheureusement, ce ne sera que de courte durée et il réservera sa prodigalité à d’autres. « Tant pis, c’est la vie papa. » (dicton guadeloupéen).

Je profite toujours des paysages que je croise, à défaut de croiser des personnes. Et je fais bien d’en profiter car, quelques kms plus loin, je tombe sur la route 466 beaucoup plus empruntée. L’itinéraire est obligé de l’emprunter également si ce n’est de temps en temps de méchants détours pour descendre et grimper des rempaillous terribles. Je me demande quand même si les personnes qui tracent ces itinéraires l’ont déjà testés avec des sacoches ? Cela m’étonnerait.

J’arrive vers 17h00 à Flekkefjord, charmant port qui ferme un fjord. Je m’y balade dans ses petites rues piétonnes sans prendre le temps de prendre une bière. Et oui, l’heure du bivouac approche …

Et comme il ne pleut plus, j’envisage un bivouac sauve. Je traverse donc cette ville et suit l’itinéraire en direction d’Egersund à 60kms à l’ouest avec encore 3 belles bosses à grimper. Arrivé près du lac d’Halsavann, je repère une petite maison nichée sur un promontoire à droite de la route. Je vais voir. Elle est fermée et semble bien délaissée mais il y a une terrasse devant qui sera parfaite pour m’accueillir la soirée. Je monte le vélo avec difficulté et je peux dresser le campement. En fin de soirée, lors de ma balade digestive, je tombe sur des myrtilles qui ne passeront pas l’été. Je sors mon duvet et dodo sur ce grand canapé hyper confortable. Le ciel a l’air de s’éclaircir. Je croise les doigts avant de m’endormir et de rejoindre ma chère Morphée …

Résumé : 80kms, 5h40, 14.3km/h, bivouac

J62 – mercredi 29/7 – Mandal(N)/Farsund(N)

Au lit et endormi très rapidement (malgré l’arrivée d’une smala indonésienne avec enfants, parents et grand-parents qui papotaient sous nos fenêtres à l’abri de la pluie) à 21h30, réveillé à 7h30 : 10h de sommeil profond ! La machine avait besoin de récupérer après cette journée n° 61 (pourtant un excellent millésime) ô combien éprouvante à tout point de vue. Nous déjeunons dans la grande salle à manger et récupérons au passage des sandwiches posées sur une table de service. Comme il n’y a encore personne, nous ne savons pas si c’est prévu dans le prix ou pas. Mais, vu le prix excessif, on considère que c’est compris dedans. A 9h00, nous quittons cette Auberge de Jeunesse pour reprendre la route plein ouest, vent dans le nez donc. Le soleil est lui aussi réveillé et le ciel bleu a refait son apparition. La journée s’annonce sous de meilleurs auspices.

Notre chambre au RDC dans la maison de droite.

Après quelques kilomètres, nous traversons un golf au parcours ma foi fort agréable. Ça swingue de bon matin …

Puis, pour éviter la route principale E89, l’itinéraire nous emmène à travers la forêt pour couper au plus court. Et là, ça devient du lourd. Après à peine 25’ de vélo et un gros p’tit déj’ dans le ventre, nous empruntons une piste forestière avec des montées « tout à gauche » (petit plateau, grand pignon) où il n’est même pas possible de monter en danseuse (debout sur les pédales) vu que la roue n’accroche pas le revêtement en terre et gravillon. On ne parcourt que 13,66kms la 1ère heure … même pas 3h au marathon. Pfff … A cette vitesse-là, la route pour Stavanger va être longue.

Heureusement, on finit par retrouver une route bitumée et un village avec un joli cimetière où sont enterrés les cyclistes qui n’ont pas survécu à l’épreuve de la forêt.

Ensuite, on retrouve la côte et ses fameux fjords que j’attendais avec tant d’impatience. Et je ne suis pas déçu du voyage. Cela valait bien tous ces kilomètres parcourus. C’est absolument magnifique.

Cependant, il n’y a aucun commerce dans ces chapelets d’habitation disséminés le long de ces côtes. Quand ils vont faire leur course, les autochtones n’ont pas intérêt à oublier la plaquette de beurre.

De plus, je pense que les habitants de ces fjords doivent posséder une voiture et un bateau pour se déplacer au vu du labyrinthe de fjords et lacs.

Nous finissons par arriver à Spangereid où nous trouvons enfin un magasin pour y boire un café. Ce magasin vend de tout : épicerie, hamburger, café, droguerie, fringue, matériel de pêches, vélos, nautisme, … Il est midi et il nous faut reprendre la route alors que de gros nuages noirs refont leur apparition à l’ouest. On va encore y avoir droit …

… et on y a droit ! A peine sorti du magasin, la pluie refait son apparition. Il me faut à nouveau sortir ma combinaison intégrale. Nous reprenons la route en direction de Lyngdal situé au bout d’un fjord mais l’itinéraire cyclable emprunte la route 4078 qui coupe direct à travers la montagne. Et nous grimpons donc notre premier col à vélo avec du 8% et des passages à 10%. C’est évidemment tout à gauche, debout sur les pédales à 5kms/h. Et, lorsque je crois qu’on bascule, il y a un léger faux-plat descendant puis rebelote pour une nouvelle grimpette. Je ne sais vraiment pas comment font les gars qui traversent les Pyrénées avec les sacoches. M’enfin … Le principal c’est d’avancer.

Nous finissons par arriver à Lingdal, ville portuaire sans aucun charme, où nous nous posons dans une boulangerie en plein centre ville très bétonné pour y déguster nos sandwichs sortis du panier accompagnés d’un café et d’un cookie maison le tout au prix exorbitant de 8€. Heureusement que les serveuses sont mignonnes et fort sympathiques mais quand même … D’ailleurs, entre les danoises et les norvégiennes, j’ai malgré tout un faible pour mes suédoises du sud (clin d’œil). Je pense que le niveau de vie doit être élevé quand on voit le nombre de Telsa, Porsche et autres grosses voitures. Quant à nous, il nous faut reprendre la route sur nos modestes vélos bien que la chaleur de l’endroit et la pluie qui continue de tomber ne nous incite pas trop à sortir dehors.

A la sortie de Lyngdal, nous passons au-dessus du port de pêche et apercevons les thoniers à quai qui partent dans le nord pour les campagnes de pêche. Je crois que ce sont des véritables bateaux-usines où, une fois les thons ramenés par d’énormes chaluts, ils sont conditionnés à l’intérieur du bateau. Tous ces thoniers sont immatriculés à Singapour et, pour l’anecdote, vous remarquerez un Don Quichotte espagnol et un Mignon français à quai.

Alors qu’on attaque une nouvelle grimpette, je stoppe net devant un buisson de groseilles pour m’empiffrer avant de me jeter sur le cerisier derrière. C’est un des petits plaisirs du voyage à vélo de glaner ce que Dame Nature nous propose gracieusement. Hier, je me suis régalé de framboises sauvages et de fraises (j’avoue que là c’était dans un champ de production).

Après cette halte impromptue, nous attaquons à nouveau une belle grimpette en forêt sur terrain souple. Je garde le sourire mais ça ne va pas durer …

En effet, après avoir descendu cette belle grimpette et alors que Iker a du mal à suivre dans les descentes vu que ses plaquettes de frein à disque sont mortes, nous arrivons à un croisement en T. Il n’y aucune indication pour savoir si nous devons aller à droite ou à gauche, pas de panneau non plus indiquant la direction de Farsund, mais je trouve sur la gauche de la route un panneau de tourne-à-droite pour la « route vélo 1 », j’en déduis donc qu’il nous faut tourner à gauche et, ce, sans consulter nos GPS enfouis dans nos sacoches avants vu la pluie qui nous tombe sur le coin du museau. Nous entamons donc la descente et nous retrouvons au bord d’un fjord mais pas dans la bonne direction. Entre la fatigue, la pluie et l’énervement de faire 2,5kms * 2 en trop, je m’énerve un peu et me traite de nouille jaune.

Digression. A l’époque où nous habitions St-Malo, j’allais avec mon grand-frangin au collège privé Moka. Nous avions des cours de chant avec Maître Goussain au look de Salvador Dali et 1er violon à l’orchestre philharmonique de Rennes. Comme nous chantions faux comme des casseroles au grand désespoir de ma mère qui, elle, a fait partie plus tard des Chœurs de France avec sa petite soeur Geneviève, nous devions chanter en play-back ! Et pour nous humilier encore un peu plus, cet excellent professeur nous avait surnommés « les nouilles jaunes ». Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien. Pour la petite histoire scolaire malouine, un autre de mes profs, M. Le Guen, malouin de souche et enseignant l’histoire-géo m’avait pris en grippe parce que j’étais angevin donc étranger. Et oui, la devise là-bas est « Ni français, ni breton, malouin suit ». Il avait un plaisir sadique à me saquer et à vouloir me faire pleurer (je n’avais que 14 ans à l’époque) en me soulevant de ma chaise en me tirant par les pattes des cheveux. Je n’ai jamais pleuré et n’en ai jamais dit un mot à mon père qui, bien que très gentil, l’aurait je pense écrabouillé de ses grosses paluches de diéséliste. Fin de la digression.

Nous continuons notre parcours en enchaînant montées et descentes. Iker est à l’agonie mais il continue à me suivre dans les montées malgré qu’il n’ait jamais fait de vélo. Il est vraiment impressionnant. Je l’ai d’ailleurs surnommé « La panthère rose », cet animal dans le dessin animé avec des parties filmées où jouait Peter Sellers et sa célèbre petite musique lancinante. Et oui, comme la panthère rose, il a le jarret souple, les pattes fines et longilignes au grand segment, la crinière longue et blonde flottant au vent ainsi que, bien sûr, la parure rose.

Nous finissons par arriver à Farsund avec un accueil très chaleureux : tempête, pluie et froid ! Il nous faut à nouveau trouver un hébergement au sec. On se pose dans un magasin vendant des glaces (aussi bizarre que cela puisse paraître, malgré la météo pour le moins très peu estivale, les norvégiens engloutissent des énormes glaces) pour trouver un hébergement. Pour se réchauffer, Iker se prend un thé et moi une soupe chaude lyophilisée. Après recherche, il s’avère que cela va être impossible de trouver un endroit au sec à moins de casser nos tirelires. J’arrive à dégoter une auberge de jeunesse en montagne au-dessus de Feda, où nous devons passer, et à un prix très raisonnable. Mais c’est à une vingtaine de kilomètres en suivant la route 465 sans passer par l’itinéraire cyclable encore plus long.

Il est 18h00 et Iker ne le sent pas du tout. Il me propose d’aller à l’Office de Tourisme local, tout près du glacier, où l’hôtesse nous conseille d’aller au camping de la ville à 6kms de là qui se trouve en bordure de l’océan. Nous lui demandons s’il y a possibilité de louer une cabine (petite cabane) mais tout est complet en cette pleine saison estivale (sic!). Tant pis, nous n’avons pas trop le choix et nous nous rendons là-bas. Une fois arrivé, nous prenons 2 emplacements de tente (20$ chaque) alors que le camping n’est vraiment pas terrible du tout et qu’il n’y même pas la Wifi. Il me faut même payer 1$ en plus la douche ce qui a le don de m’irriter quelque peu. Nous faisons comme la dernière fois mais, cette fois-ci, sans planter nos tentes et squattons pour la soirée le coin repas / détente / TV-qui-ne-marche-pas / sans prise électrique. Je parviens à allumer le chauffage au gaz, faire sécher les affaires trempées et passer la soirée et la nuit bien au chaud. Mais nous devons attendre qu’un père et son fils veuillent bien finir leur bière et leur lecture avant de sortir le duvet. Sans parler de deux jeunes (frangin et frangine probablement) qui, après avoir fait du trampoline sous le déluge (ils sont fous ces Vikinkgs !), débarquent pour jouer aux cartes. Alors que je suis déjà couché, je leur demande par geste de la mettre en veilleuse et finis par m’endormir.

Résumé : 80kms, 5h40, 14.3km/h, camping

J61 – mardi 28/7 – Kristiansand(N)/Mandal(N)

Les journées se suivent mais ne se ressemblent décidément pas. Hier soir, je vous ai quittés dans la brasserie en pensant pouvoir attendre jusqu’à 22h30, heure de fermeture annoncée. Mais à 21h15, faute de clients, les serveuses ont commencé à mettre les chaises sur les tables, signe qu’elles souhaitaient qu’on déguerpisse. Ce que je comprends fort bien. Nous sommes donc repartis dans le port au bureau de la FjordLine pour attendre dans le hall d’accueil. A 22h30, nous repartons sous un déluge pour rejoindre le terminal d’embarquement. J’arrive trempé n’ayant pas pris le temps de mettre mes affaires de pluie. Tant pis pour moi. Nous montons les premiers avec nos vélos dans ce monstre d’acier à la gueule béante prêt à engloutir toutes ces voitures qui attendent impatiemment d’entrer dans ses entrailles.

PS: ça c’est un ferry de la ColorLine !

Nous nous installons confortablement dans un des nombreux salons et, à 23h30 pétante, le ferry largue les amarres en direction de la Norvège. Je sors masque pour les yeux et boules Quiès pour les oreilles et essaie de dormir malgré la lumière, les conversations, les annonces et aussi la houle assez forte qui secoue cette grosse carcasse. A 1h45, nous arrivons à destination légèrement comateux et sortons, cette fois-ci, les derniers sous un léger crachin. On demande à un des stewarts si un salon d’accueil de la compagnie est ouvert et nous répond négativement en nous disant de nous rendre à la gare routière juste à côté. Ce que nous faisons mais nous trouvons également porte close ainsi qu’à la gare de train à côté. Iker, légèrement patraque après avoir un peu trop dîné puis grignoté puis secoué, regarde pour trouver un hôtel. Les premiers prix sont à 280$. Gloups ! Je lui propose de nous poser au sec devant la gare et d’attendre l’ouverture. Ce que nous faisons …

Je sors le matelas, le duvet, les boules Quiés et c’est reparti pour un dodo de courte durée. En effet, un peu avant 4h du mat’, j’entends vaguement Iker discuter. Je jette un œil et, effectivement, il est en discussion avec un vigile de Securitas qui nous demande de plier le campement avant l’ouverture de la gare. Nous obtempèrons et attendons avec impatience que les portes s’ouvrent pour rentrer au chaud dans le hall d’accueil. Iker se rendort installé en chien de fusil sur les sièges inconfortables et, ce, malgré les annonces lancinantes et répétitives en norvégien puis en anglais ainsi que les néons qui éclairent tout le hall comme en plein jour.

Je profite de ce temps suspendu et de la wifi gratuite de la gare pour d’autres occupations plus personnelles. Dehors, il tombe des hallebardes et le vent souffle fort … « Good Morning Norway !!! ». Et dire qu’à Toulouse, c’est la canicule ! Vu les conditions météo désastreuses et la fatigue accumulée, nous allons nous poser en attendant une amélioration avant d’attaquer notre périple norvégien.

Nous partons nous balader dans les rues piétonnes de cette ville portuaire, retirons de l’argent en Couronne Norvégienne (10 NOK = 1€) et trouvons un café sympa pour prendre un bon café-gâteau. Nous attendons au chaud que le temps pourri s’éloigne et nous laisse reprendre la route.

Nous retournons à la gare pour récupérer nos vélos et je suis tout surpris d’entendre un cycliste, arrivé ce matin avec un vélo B-Twin en mode Gravel, parler français. Il est lillois et a dû abandonner ces 2 potes, avec lesquels il accomplissait un périple scandinave, pour rentrer en stop jusqu’ici vu que la patte de son dérailleur est cassée. On le laisse et à 11h, c’est reparti sur de belles pistes cyclables pour sortir de cette ville pas très folichonne en direction de Mandal à l’ouest et, ce, d’autant plus que la piste suit la route principale E39 où il y a énormément de circulation.

Dès qu’on sort de la ville, le décor change radicalement par rapport à ces dernières semaines. Déjà, on retrouve du dénivelé et un paysage montagnard avec de grandes forêts de pins agrippés à des blocs de rochers d’où ruissellent de nombreux torrents. De nombreux lacs sont disséminés à travers ces paysages. Et de petites tâches rouges apparaissent ça et là dans ce décor.

Puis nous retrouvons le bord de mer sous un ciel à nouveau plombé. Nous passerons d’ailleurs le reste de la journée sous le régime des giboulées de mars avec une température qui doit avoisiner les 15°C, du vent et des déluges intermittents. Le pied pour faire du vélo !

Sans parler des montées et des descentes qui s’enchaînent pour contourner nos premiers fjords.

Heureusement qu’il y a ce décor somptueux parce que, après notre nuit particulièrement agitée, l’envie n’est vraiment pas au rendez-vous en cette première journée norvégienne. Même notre déjeuner n’est pas terrible. On s’arrête dans une station-service faute de trouver un restau sans faire des kilomètres en sus. Et, vu ce qui tombe par moment, nous n’avons pas spécialement envie de pique-niquer au bord d’un lac. Pourtant ce doit être bien sympa …

On finit même par se planter de route alors qu’un panneau de la « route 1 » est aux abonnés absents à un croisement. On se retrouve sur une mauvais piste en terre et Iker n’en peut plus de monter ces raidards, d’autant plus que son dérailleur arrière présente des signes de fatigue. Il faudra que je regarde cela dès que la météo sera clémente. Je dois avouer que moi non plus et que je n’ai qu’une envie : prendre une douche bien chaude !

Décidément, quand ça veut pas, ça veut pas ! Dans ces cas-là, il n’y a qu’une solution : faire le dos rond et attendre que l’orage passe. Nous finissons quand même par arriver à Mandal et devons à nouveau trouver un endroit pour dormir au sec vu ce qui tombe à l’entrée de la ville. Je repère des auberges de jeunesse et nous nous rendons dans la première qui est une ancienne prison. C’est dans le centre ville et ça a l’air bien sympa. Mais c’est complet bien sûr.

On repart sous la flotte et bien trempée pour atteindre la seconde qui est dans la périphérie. Là il y a une chambre de libre. On prend sans demander le prix. J’ai du mal à bien le comprendre quand la personne à l’accueil nous annonce 950NOK (100$) et ajoute « the room is not very nice ». Effectivement, c’est même limite glauque.

Mais on peut se doucher avec de l’eau chaude et dîner dans un autre bâtiment avec une salle principale qui a dû avoir du cachet il y a pas mal d’années mais qui sent plutôt l’humidité et le renfermé. Iker me prépare un plat roboratif : riz/pois chiche/sauce tomate que j’accompagne d’une pinte de Carslberg pour « arroser » cette arrivée en Norvège vraiment pas folichonne du tout. Il est 21h30. Au dodo. Demain sera un autre jour …

Résumé : 70kms, 4h30, 15.6km/h, pension

J59 – dimanche 26/7 – Stenbjerg(DK)/Tranum(DK)

Il a plu toute la nuit. Iker a eu le courage de plier sa tente hier soir pendant une accalmie et, moi, c’est ce matin à 6h00 du mat’ que je m’y colle. Tout est trempé. Je fourre tente, bâche tente et vélo dans mon sac imperméable du Vieux Campeur et je verrai plus tard pour faire sécher tout cela … si la pluie veut bien s’arrêter. Là, il semblerait que ce soit bien parti pour la journée. Après avoir déjeuné, rangé les sacoches et sorti la tenue de pluie, à 7h nous quittons le camping direction nord sous une pluie battante. La journée s’annonce rude …

Nous faisons une halte dans le port de Nørre Vorupor puis reprenons la piste qui longe la route 181 toujours sous une « easy rain » comme nous a dit le gérant du camping hier soir. Iker jure des « Que tiempo de mierda » mais avec le sourire. De toute façon, il faut faire avec.

En ce dimanche matin pour le moins maussade, il n’y a pas grand monde sur la route. Nous progressons à bon rythme dans ces paysages sauvages de forêts de pins et de tourbières et arrivons à Hanstholm à la pointe N-O du Danemark. Nous espérons trouver un café pour nous poser et sécher un peu.

Au passage, nous apercevons le Frilutmuseet Batteri qui protégeait la pointe nord du Danemark.

Arrivé sur le port, nous ne trouvons aucun café d’ouvert. Un commerçant nous indique un café en montant dans le centre au dessus du port. Nous trouvons effectivement un grand hôtel 4* derrière un magasin Aldi. Nous entrons et demandons si nous pouvons boire un café. La réceptionniste nous indique la salle. Et là, nous arrivons dans une salle immense où presque toutes les tables sont occupées par des personnes qui déjeunent. Les buffets sont bien garnis. Notre arrivée, Iker en imper rose et moi en jaune fluo, tout trempés, provoquent une grande surprise et une certaine consternation parmi toutes ces personnes bien sapées en ce dimanche matin.

Finalement, on s’installe et décidons de déjeuner comme tout le monde. Et là, c’est une véritable massacre : saucisses, bacon, omelette, fromages, crêpes au Nutella, céréales+yaourt, fruits, cafés. On croirait que nous n’avons pas mangé depuis des lustres. Nous restons une bonne heure à nous empiffrer. L’addition est salée (16,50€ par tête de pipe) mais nous sommes gavés pour la journée. Cependant, le décor, la salle, les tableaux abstraits très moches sont quand même décevants pour un hôtel 4*. De plus, on se demande bien ce que peuvent faire les résidents dans cette ville particulièrement moche avec un bord de mer pas terrible du tout. Baffrer et picoler peut-être …

Nous attendons quelques minutes que le déluge se calme avant de reprendre notre route direction plein est. L’itinéraire emprunte un sentier bien roulant qui serpente le long de la côte. Le paysage est splendide. Dommage que la pluie gâche quelque peu notre plaisir mais je garde quand même le sourire d’autant plus qu’à deux, le temps passe plus vite dans ces moments-là. Vous remarquerez que mes gants Mapa rose ont été remplacés par de magnifiques gants jaunes (clin d’œil à ma puce).

Puis l’itinéraire emprunte ensuite de grandes forêts de pins au revêtement plus délicat d’autant plus qu’il y a du dénivelé.

Mais les paysages sont toujours autant sauvages. Nous ne croisons d’ailleurs plus grand monde dans cette partie du Danemark beaucoup moins fréquentée que la région au sud avec toutes les stations balnéaires.

En milieu d’après-midi, la pluie s’arrête enfin. Cela faisait 24 heures non-stop de flotte. Nous arrivons à Svinklov et décidons de nous arrêter pour essayer de faire sécher le matos et d’aller se prendre un chocolat bien chaud dans un magnifique hôtel-restaurant, le Svinklov Badehotel, en haut des dunes donnant sur la mer. Nous prenons également 2 très bons gâteaux pour accompagner notre chocolat chaud servi avec de la chantilly. L’addition est aussi corsée. Décidément, c’est journée grand luxe aujourd’hui !

Comme toutes les fins d’après-midi, il faut penser à l’hébergement. Vu l’état des tentes, ce n’est pas la peine de compter dessus pour ce soir. J’essaie de trouver une cabane (shelter) dans le coin et en repère une dans la forêt à une quinzaine de kilomètres d’ici qui devrait se trouver sur l’itinéraire de la route n°1. J’espère que ce ne sera pas dans le même état qu’il y a 2 jours. Après un nouveau passage dans la forêt, nous arrivons à l’endroit indiqué par mon GPS. Et là, c’est waouh, génial, grandiose, incroyable : deux petites cabanes se trouvent au milieu d’un prairie avec un roulotte pour manger à l’abri et un point d’eau pour y prendre ma doucher et laver nos vélos qui ont terriblement souffert au long de cette journée éprouvante. Un petit paradis et un des plus beaux bivouacs de ce périple.

Comme quoi après la pluie, le beau temps finit toujours par arriver. Chacun s’approprie sa cabane. Alors que je rédige cette article, Iker s’endort sur la table. La nuit fût courte et la journée ô combien éprouvante. Il est 20h et nous dînons au chaud alors que le ciel bleu et le soleil refont leur apparition. Demain nous devrions arriver à Hirtshals pour prendre le ferry de 23h30 à destination de Kristiansand au sud de la Norvège. Nous voulions aller directement à Stavanger mais il n’y en a pas avant mercredi.

Résumé : 110kms, 6h10, 17.8km/h, bivouac

J58 – samedi 25/7 – Sonder Nissum(NK)/Stenbjerg(DK)

Réveillé de bonne heure, je me lève sous un ciel bleu cotonneux. La tente et la bâche sont trempées de rosée. Nous sommes samedi mais cela ne change en rien mes habitudes matinales. A part que, après avoir plié mes affaires, je décide de ne pas déjeuner ici. Je suis en effet attaqué par des mouches qui piquent (d’où certainement l’expression). Je retrouve la route n°1 et je m’arrête assez rapidement sur un emplacement incendie pour déjeuner peinard.

Puis ce chemin ramène sur la route principale 181 qui suit un isthme fermant à nouveau une mer intérieure. La route est déserte, le vent a tourné sud donc dans le dos, je parcours 21kms la première heure. Je fais juste une pause dans le petit port de Thorsminde pour y prendre une photo des drapeaux danois qui flottent devant pratiquement toutes les maisons.

Ce peule est très cocardier mais dans le bon sens du terme. Il n’est qu’à voir les hordes de supporters, colorés de rouge et blanc, envahir les stades de foot ou de handball lors des évènements européens ou mondiaux. Mais, malgré la ferveur, il n’y a aucune agressivité. D’ailleurs, je le constate tous les jours. Ce sont eux qui ont importé le fameux claping repris par de nombreux supporters d’autres pays. A propos de handball, j’ai eu la chance de voir jouer Mikel Hansen, meilleur joueur au monde, alors qu’il évoluait au PSG et qu’il venait jouer contre le Fénix Toulousain. Tout dans son attitude inspirait le respect contrairement à beaucoup de stars footballistiques …

Passé Fjaltring, changement radical de décor et de route. Je suis l’itinéraire qui dirige vers la mer. Et là, cela devient magique tant au niveau du paysage, que de la lumière. C’est ce genre d’endroit qui me « remplit », comme écrit une de mes baroudeuses préférées, et qui fait que j’ai toujours plaisir à me lever et à avoir soif de découvrir de nouveaux horizons et de rencontres de nouvelles et belles personnes. Je suis un chemin carrossable au bord de la falaise et j’en prends plein les mirettes.

Église perchée en haut de la falaise …

Phare isolé au milieu de cette immensité …

Falaise impressionnante dominant cette mer du Nord couleur ardoise …

Chemin menant droit en Ecosse juste en face de ce paysage grandiose …

Spectacle incroyable auquel on ne peut accéder qu’à pied ou à vélo. Par contre, après ces falaises, je redescends au niveau de la mer et longe l’immense lac de « Ferring so » par une piste sablonneuse où je dois descendre à plusieurs reprises du vélo pour le pousser. Je mouille le maillot du Stade ! Un couple de jeunes qui m’ouvre la route s’amuse de me voir et de m’entendre rouspéter en riant à chaque fois que je manque de me casser la binette.

Je m’arrête à nouveau me faire chauffer un café le long d’un grand lac intérieur et surtout m’apercevoir que le vent du sud ramène de gros nuages noirs. Et là, je ré-écris une scène de « La pluie aux trousses ». Dans l’autre film « La mort aux trousses », la mort nous accompagne depuis notre conception et attend patiemment son heure pour nous rattraper … le plus tard possible et en bonne santé si possible ! Et elle finit toujours par gagner quoiqu’on fasse.

J’arrive enfin à Harboore sur des routes plus praticables et je trouve mon café pour ma pause matinale … dans un grand centre sportif (salle de badminton, muscu, gym, foot en salle, …). Je profite aussi de cette pause pour arriver à enfin joindre ma copine Jessy avec qui je papote un long moment. A cette occasion, je passe le bonjour à Eric et à Nico, mes potes de confinement et du marché du samedi matin entre autres … Je déjeune d’un poulet-frites dans ce centre sportif avant d’aller faire les courses du samedi. En effet, je n’ai absolument plus rien à becqueter dans les sacoches (ce qui explique aussi pourquoi j’ai volé ce matin). Puis je repars vers de nouvelles découvertes en début d’après-midi après cette longue pause mais rien ni personne ne m’attend.

Là, le combat est compliqué mais je finis par perdre aussi. A 15h tapante à l’église de Thyboron, la pluie fait son retour. J’ai le temps de renfiler ma tenue et de filer vers le ferry avant que l’orage n’éclate. Ce ferry permet de rejoindre la côte en face plutôt que de contourner cette nouvelle grande mer intérieure. Lorsque j’arrive, de nombreux cyclistes et piétons attendent à l’abri de 2 hangars. Je trouve place dans l’un deux et un danois-randonneur me dit qu’un des pontons est « broken » (en panne) depuis 3 heures déjà et que la compagnie ne sait pas s’ils pourront réparer. La tuile ! Il y a 80 bornes pour faire tout le tour. Il n’y a plus qu’à espérer qu’ils puissent réparer. A 15h30, le ferry arrive. C’est réparé. Ouf ! A 15h37, on embarque. Finalement, j’ai bien fait de prendre mon temps ce midi. Je n’aurais pas poireauter trop longtemps contrairement à certains.

Arrivé de l’autre côté, les voitures débarquent en premier puis les vélos se lancent à leur tour. Nous attaquons une longue piste roulante, vent toujours dans le dos mais avec la pluie sur la tronche, bordé d’un côté par la mer du Nord et de l’autre par un lac. Ça envoie du lourd. Je roule à presque 30km/h lorsque je me fais doubler par une femme en Gravel qui envoie du lourd. Je ne peux la suivre. Par contre, à un embranchement route 1-route 12, elle s’arrête pour vérifier sa route. Il est facile de confondre la route 12 avec l’Eurovélo12 qui emprunte la route 1. Vous me suivez ? Mais je me vois dans l’obligation pressante de m’arrêter pour faire une pause-pipi. Et je revois passer la miss à fond les balais …

Par contre, à un autre embranchement alors qu’il faut tourner à gauche, elle continue tout droit. J’ai beau klaxonner pour la prévenir, je ne la reverrai plus. Cependant, alors que j’enfile mon pantalon ciré vu ça tombe comme à gravelotte, je me fais doubler par un cyclo roulant bon train aussi qui me demande si « all is fine ? ».

Je reprends ma route sous le déluge en traversant une forêt de pins dans ce NationalPark Thy et finis par revenir sur ce cyclo. On s’arrête à un embranchement pour vérifier les panneaux et il me parle dans un parfait français ! Et bien ça alors … En fait, c’est un basque de San-Sebastian, Iker, 31 ans, ancien prof de français, actuellement au chômage après avoir disjoncté de son métier de serveur. ll suit la route du nord et monte également en Norvège. On fait route ensemble et décidons de nous arrêter dès qu’on trouvera un endroit au sec. Je repère un panneau avec des maisons à louer mais impossible de trouver le proprio. Après avoir frappé à l’une d’elles, une femme allemande me dit qu’il y a 2 campings pas très loin et que le 2ème loue des chalets.

On s’y rend. Les chalets sont complets mais le gérant nous propose de planter nos tentes sous des arbres. Il y a également un endroit sympa pour cuisiner et regarder la TV. On se consulte et on décide de mettre le clignotant. Après avoir monté les tentes sous la pluie, nous prenons une bonne douche bien chaude puis ma bière locale « Ekologik Thy » du soir. Nous squattons la cuisine pour partager notre repas et décidons de passer la nuit au chaud chacun sur banquette.

Résumé : 90kms, 4h40, 19.2km/h, camping

J60 – lundi 27/7 – Tranum(DK)/Hirtshals(DK)

Grand ciel bleu et un soleil rayonnant en ce 60é jour de périple pour fêter les 21 ans de mon fils Titouan étudiant à Montréal. J’ai dormi comme un bébé dans ma cabane après avoir tendu ma tente devant l’entrée pour la faire sécher et me protéger du soleil matinal. Nous déjeunons, plions nos affaires enfin sèches avant d’attaquer notre remontée finale danoise vers Hirtshals et quittons avec regret notre superbe bivouac (WC sec et point d’eau en sus).

A 9h00, nous rejoignons la piste à travers la forêt avant de bifurquer plein ouest pour nous diriger … vers la plage. Et là, surprise, l’itinéraire emprunte cette plage immense où nous roulons sur du sable dur.

Les danois profitent de cette belle journée ensoleillée pour se baigner et faire bronzette et nous … pour rouler ! Mais que c’est agréable, après cette journée d’hier, de profiter du soleil. De plus, le vent du sud nous pousse dans le dos et cela change aussi de toutes ces journées vent dans le nez. Je profite aussi d’admirer (et d’envier) ces maisons au milieu des dunes où il doit faire si bon vivre au milieu des pins et de la nature. Nous nous posons la question du pourquoi de cette végétation sur les toits. J’évoque la possibilité d’atténuer le bruit de la pluie sur les tuiles qui sont en dessous. A étudier …

Nous poursuivons notre route cette fois-ci au-dessus des dunes mais le décor est toujours aussi magique.

Arrivé à Løkken, nous nous arrêtons boire un café dans un café-glacier pas très loin de la plage. La gérante nous accueille très gentiment d’autant plus qu’elle reconnaît ma provenance vu que je porte ma tenue du Stade Toulousain Cyclisme. Elle me raconte que son mari a été hospitalisé il y a quelques années au CHU de Rangueil pour une opération délicate au cerveau. Incroyable ! Puis nous reprenons notre parcours le long de la plage. Il faut juste faire gaffe de ne pas partir de traviole au risque de se prendre une belle gamelle ou de se faire renverser par les voitures qui peuvent aussi accéder à cette immense plage. C’est assez hallucinant de voir des cul-nuls faire bronzette le long de leur voiture.

Mais quel pied de rouler le long de la mer et de saluer ces danois toujours souriants. Alors que midi vient de sonner, nous sommes attirés par un attroupement en haut d’une dune et un nombre impressionnant de voitures stationnés le long de la petite route sur la quelle nous circulons. Nous nous arrêtons et rejoignons le groupe de badauds. Il s’agit d’un chalutier échoué sur la plage que 2 remorqueurs essaient de tirer de là.

Vers 13h, nous nous arrêtons dans la station balnéaire de Lonstrup. Il y a énormément de mondes et de restaus dans la rue principale. Je propose à Iker de faire quelques emplettes dans le supermarché du coin et de trouver un coin plus calme en bord de mer pour déjeuner. Iker est aussi cool que moi et tout lui va. Il acquiesce et chacun va faire ses emplettes. On se retrouve à la caisse avec chacun sa salade de pommes de terre. Éclat de rire et départ vers la mer. Nous nous arrêtons déjeuner sur une dune enrochée pour protéger les maisons au-dessus. Je trouve que nous sommes beaucoup mieux là que dans la foule entassée sur une terrasse. Nous nous rendons au nord tout au bout de cette plage et c’est encore ensoleillé.

Par contre, au sud d’où on vient ainsi que le vent, ça se couvre salement . Il va nous falloir encore entamer un nouvel épisode de « La pluie aux trousses ». Nous voulions nous poser et se faire un siestou sur les rochers mais je préfère plier les gaules et tenter d’arriver à Hirtshals sans avoir à sortir à nouveau le ciré et les bottes. Pour parodier un breton croisé dans un bar : « Au Danemark, il ne pleut jamais, sauf les jours en i ». On voit aussi, sur la photo ci-dessous, que la mer a sacrément progressé depuis 70 ans avec ce blockhaus qui se trouve maintenant les pieds dans l’eau alors qu’il devait se trouver en retrait en haut d’une dune.

A 15h, j’arrive enfin au phare d’Hirtshals destination finale de ma traversée ô combien difficile entre le vent de face et les intempéries à travers le Danemark. Mais que de magnifiques paysages traversés notamment dans le nord du pays et que ce peuple danois est accueillant, souriant et bienveillant. Vraiment enchanté par ces 5 jours passés ici.

Il nous faut maintenant trouver le comptoir de la compagnie pour acheter nos billets. Après nous être arrêté à l’Office de Tourisme, nous nous dirigeons vers les bureaux de la Color Line qui n’ouvrent qu’à 18h. Iker avait repéré sur son portable un ferry partant à 23h30 mais avec la compagnie Fjord Line qui se trouve sur une autre jetée. Nous nous y rendons et découvrons qu’un ferry part à 17h00 dans un peu plus d’une heure. Après avoir discuté avec un allemand qui a réservé sur ce ferry, nous décidons de tenter notre chance et d’essayer de trouver un billet. Nous galérons pour trouver les bureaux de cette compagnie à travers immenses parkings, terminaux d’embarquement, et grilles fermées mais, une fois arrivés, l’hôtesse nous annonce que ce ferry est complet et qu’il faut bien attendre celui de la nuit. Je réserve mon billet alors qu’Iker est angoissé en présentant son passeport espagnol craignant que la frontière norvégienne soit fermée pour les ressortissants espagnols. Finalement il peut acheter son billet à son grand soulagement et nous pourrons ainsi continuer notre périple en duo. Il est vrai que c’est quand même plus sympa de pouvoir rouler à deux, partager, rire et échanger.

Nous décidons de retourner dans le Centrum, Iker pour acheter une nouvelle paire de chaussures et moi pour y trouver un endroit avec de la Wi-fi pour arriver à joindre le fiston et lui souhaiter un bon anniversaire. Le centre est moche et il n’y a pas beaucoup de commerces. Alors que la pluie s’invite à nouveau, nous nous posons finalement dans une boulangerie où je peux me changer et me laver dans les toilettes, boire un café accompagné d’un gâteau à la cannelle,me connecter à la wi-fi puis appeler Titouan. Par contre, alors que je suis en pleine conversation, un serveur m’annonce qu’ils ferment à 17h00 ! Ils sont ouverts depuis 6h ce matin mais cela fait quand même bizarre.

Il nous faut trouver un autre endroit pour passer la soirée. J’avais repéré un café à côté des bureaux de la Color Line et nous y retournons. C’est une brasserie qui fermera à 22h30. Nickel. Je me commande une pinte de bière Royal « not the light one but the strong ! » en pianotant sur le blog alors que Iker boit une limonade en passant des coups de fil en Espagne. Chacun son truc ! Puis vient l’heure de dîner. Pour moi, ce sera une assiette de « Stjerneskud » : poisson, crevettes, salade, asperges, caviar (!) et une tranche de pain tirée de ma sacoche. Ce sera mon dernier repas danois avant de découvrir de nouvelles contrées scandinaves.

PS : assiette déjà bien entamée.

La soirée se déroule tranquillement dans cette brasserie avant d’embarquer et de prendre la mer en direction de Kristiansand.

Résumé : 85kms, 4h40, 18.0km/h, bivouac

J57 – vendredi 24/7 – Henne(DK)/Sonder Nissum(DK)

Il a plu toute la nuit. Ce matin, il bruine. Vu la météo, je déjeune tranquillement en regardant les infos danoises. J’y vois Trump qui a l’air d’avoir des problèmes avec une diplomate chinoise et d’autres infos locales auxquelles je ne comprends pas grand chose. Je sors pour regarder d’où vient le vent et comment sont les nuages : vent fort de l’ouest qui a l’air de dégager les gros nuages noirs. J’attends que ça se découvre et je reprends ma route à 8h30. Je quitte mon chalet bien douillet en laissant nickel-chrome comme promis et vais rendre la clé en remerciant encore la gérante.

J’emprunte de petits chemins sablonneux et empierrés qui ne facilitent pas mon début de parcours. D’autant plus que je remonte vers la mer et me prends le vent dans le nez. Mais c’est tellement sauvage que je profite quand même du spectacle. J’arrive dans un tunnel où j’en profite pour enfiler ma tenue de marin-pêcheur car un gros grain arrive sur moi. Le ciel est noir à l’horizon et me fonce dessus à vitesse grand V.

Mais au bout du tunnel, il y a toujours la lumière. Après avoir essuyé un bel orage, je me retrouve sur un chemin qui longe la mer du Nord et qui va emprunter une digue fermant un mer intérieure immense. Le paysage est grandiose. J’y croise à nouveau de petites maisons isolées ou en paquet au milieu des dunes.

Malgré les conditions pour le moins difficiles, je profite au maximum du spectacle offert.

Je repère un café le long de la route principale et m’y dirige. Il s’agit d’un camping mais les vieilles rombières qui le dirigent ne veulent pas me donner accès au wifi. Pas très cool. Pourtant les danois.es sont excessivement sympathiques. Toujours un sourire, un petit signe et/ou « Aïe » en passant. Tant pis, ça attendra.

Le chemin continue à serpenter à travers ce paysage en évitant la route rectiligne qui longe la mer. On voit d’ailleurs du promontoire sur lequel je suis perché, une dune immense, la mer intérieure, la route rectiligne et la piste qui serpente.

J’arrive à me faire prendre le portrait, avec vue de l’autre côté sur la mer, juste avant que je tombe le ciré et les jambières.

Et toujours ces chaumières planquées au creux des dunes à l’abri (tout relatif) du vent.

Je finis par arriver enfin à Hride Strande mais que c’est laborieux. Je me commande un méga pita-kebab dans le premier restau trouvé tellement j’ai la dalle.

Le soleil refait son apparition ainsi que le ciel bleu. Après cet arrêt buffet à l’abri du zef, il me faut reprendre la route et mon cheminement à travers les dunes. J’y croise de nombreux cyclistes dont quelques baroudeurs à vélo mais toujours dans le sens descendant, joggeurs et promeneurs. A Lyngvig se trouve un immense phare du haut duquel on aperçoit peut-être Édimbourg par temps clair. Ce doit être à peu près sur la même latitude.

Je profite de cet arrêt pour appeler mon ami Loïc qui est en randonnée dans les Pyrénées du côte de Seix dans la vallée d’Aulus-les-Bains. Je suis toujours étonné de pouvoir joindre si facilement, notamment le fiston à Montréal, alors que je suis au milieu de nulle part. Loïc m’apprend qu’il sera sans doute à Stockholm le 21 août pour le mariage d’une de ses cousines. Ce serait super de se retrouver là-bas. Je note la date et je verrai comment ça se goupille. En discutant, je me rends compte que je viens de passer la barre des 5.000 kms. Ah oui quand même !

Digression sur cette vallée d’Aulus que j’adore et où j’avais couru le « marathon des Oussaillès » (les ariégeois montreurs d’ours qui avaient émigré aux Amériques et qui ont créé des restaurants là-bas) avec un départ à Aulus et arrivée à St-Girons après avoir monté la terrible côté de St-Lizier à 3 kms de l’arrivée. Alors que nous n’étions qu’une trentaine de coureurs au départ et beaucoup plus d’équipes en relais, j’y avais accroché un podium après avoir suivi la 1ère équipe féminine du SATUC, célèbre club d’athlé toulousain. Fin de la digression.

Par contre, le revêtement est toujours compliqué sans parler du vent de N-O que je prends toujours pleine face. Par moment, je plafonne à 12 ou 13km/h (ma vitesse de running en endurance !). Je préfère ne pas trop regarder le compteur mais plutôt le paysage tellement c’est usant et démoralisant. De toute façon, je n’ai pas le choix. Donc « you close your big mouth and you go ! » me dis-je intérieurement. Et oui, je pense en anglais maintenant. J’arrive à Sondervig, grande station balnéaire, qui se trouve à la pointe nord de la mer intérieure que je longe depuis un moment. Comme tous ces stations, il y a une grande rue principale piétonne avec des magasins qui jouent à touche-touche et de nombreux badauds qui y font leur emplette. Je vais faire un tour à la plage et, vu la météo, il y a beaucoup plus de monde que ces jours derniers. Je constate que nos amis allemands y ont aussi laissé quelques souvenirs, certainement pour défendre cette côte d’une invasion britannique.

Par contre, à la sortie de cette ville, comme souvent, je perds l’itinéraire et me retrouve à longer la route principale 181 sur un chemin VTT puis, au bout de quelques kms, de devoir prendre cette route par arrêt du chemin. Avec toujours ce vent dans le pif et les quelques voitures qui me doublent, ce n’est pas très cool. Je finis par m’arrêter dans une ferme abandonnée qui est à vendre pour m’abriter du vent, faire le point sur ma carte et me restaurer.

Il y a une route qui part à droite dans quelques centaines de mètres. Je devrais alors retrouver l’itinéraire EV12 en suivant cette route. Effectivement, l’itinéraire était parti tout droit à la sortie de la station balnéaire et je n’ai pas vu le panneau. Là, changement de décor. Je me retrouve dans la campagne légèrement abrité par de hautes herbes. Cependant, le revêtement est toujours aussi pourri et je ne croise plus personne si ce n’est 2 perdrix, des hérons cendrés et un paysan juché sur son tracteur qui manque de se mettre dans le fossé pour me laisser passer et toujours avec le sourire. J’adore ces danois !

Mais, au bout de quelques kilomètres, je rebascule de l’autre côté de la route 181 pour retrouver mes dunes et mes chaumières après avoir repéré le panneau avec le « 1 » qu’il ne faut vraiment pas rater sinon c’est vadrouille dans la pampa.

Je me pose pour consulter mes cartes et voir où j’en suis par rapport à l’heure et pour trouver un café, boire ma bière-récompense ainsi que commencer à chercher un bivouac. Un homme de mon âge à vélo s’arrête et me demande si j’ai besoin d’un renseignement. Il me dit qu’il faut que je monte jusqu’à Sonder Nissum pour trouver un café et se propose de m’accompagner. Il s’appelle Kiel (?), habite Copenhague et possède une chaumière dans le coin. Il fait son « exercice » (en anglais) alors que sa femme l’attend chez lui. Nous roulons côte à côte en papotant quand, devant une chaumière, des adolescentes ont dressé un comptoir et vendent gâteaux, café et bracelets. Nous nous arrêtons et demandons si elles n’auraient pas plutôt de la bière. Elles m’apportent une Coronavirus que je bois accompagné d’un cookie maison. Trop sympas les filles !

La famille vient taper la causette et j’ai bien cru que j’allais rester dormir là ! Dommage la maison est full. Kiel m’invite et nous repartons jusqu’à un croisement où je poursuis mon itinéraire alors que lui doit rentrer. Il me donne ses coordonnées sur Copenhague au cas où. Encore une belle rencontre comme je les aime.

Je consulte à nouveau mes cartes et repère un endroit nommé « Fjand Lejrplads » à l’orée de la forêt où je devrais pouvoir planter ma tente. Je m’y dirige et le trouve mais la table a été brûlée et le point d’eau fermé. Tant pis, c’est tranquille, au soleil, j’y serai très bien pour passer la soirée. Je plante le bivouac et dine de mon dernier sachet de Tipiak accompagné de maquereaux à la sauce au poivre. Ne manque qu’un coup de vin blanc pour accompagner ce plat roboratif. Fin de cette rude journée au relativement faible kilométrage mais à la grande dépense énergétique !

Résumé : 85kms, 5h45, 14.7km/h, bivouac

J55 – mercredi 22/7 -Dagebüll(DE)/Ribe(DK)

Quelle douce nuit dans ce grand lit !!! Bien que réveillé dès l’aube, j’attends d’entendre du bruit pour émerger vers 7h. Dehors, le programmateur fonctionne et la pluie tombe. Je descends pour le p’tit déj’ et, là, c’est waouh !!! J’engloutis tout (charcuterie, œuf, fromage, pains, miel, confitures). La dame de la pension n’en revient pas. Comme dirait Titouan que je viens d’avoir vite fait alors qu’il attaquait sa séance dans sa salle de sport à 6h du mat’ (comme on dit, un chien fait pas chats !) : « Tu as gagné l’épreuve de confort de Koh-Lanta ! ». C’est un peu cela oui. Il faut dire qu’avec le vent que je prends dans la gueule depuis 3 jours, je méritais bien cet arrêt au stand régénérateur.

A 8h30, je reprends la route frais comme un gardon, repu comme un ???, le vélo tout propre (ça ne va pas durer longtemps hélas). C’est d’un calme olympique en ce mercredi matin. Je ne croise personne, à part un joggeur matinal, lorsque je reviens dans le centre de Dagebüll avant d’attaquer à nouveau la digue. C’est l’étale. Le vent ne s’est pas encore levé. J’en profite pour enquiller les kilomètres dans ce décor ô combien sauvage et paisible.

A Galmsbüllkoog, il n’y a pas foule non plus.

En milieu de matinée, je tombe devant une voie ferrée qui relie le continent à l’île de Sylt. Il y a quelques photographes qui, comme les vaches, regardent passer les trains. Je fais la vache et attends le prochain train pour le prendre aussi en photo. Il n’y aucune route et que ce moyen de locomotion pour atteindre l’île.

Par contre, les barrières sont fermées à clé et il m’est impossible de passer. Je dois donc retourner à Klanxbüll afin de faire le tour de la réserve naturelle de Rickelsbüller qui délimite la frontière avant de basculer au Danemark. Je m’arrête dans la boulangerie-café à côté de la gare, où je m’abstiens quand même de manger une pâtisserie, avant de repartir. Après 50kms parcourus depuis ma pension, il est 12h30 quand j’arrive enfin à cette frontière.

Cependant, la piste cyclable et la route qui permettent d’entrer au Danemark sont fermées à cause j’imagine du Coronavirus. Il y a juste une brèche sur le côté dans laquelle je m’engage. Aucun contrôle. Aucun travaux. Bizarre. A une centaine de mètres du côté danois, un couple de cyclistes danois me demandent s’ils peuvent passer. J’acquiesce et ils me remercient avec un grand sourire. Un peu plus loin, je croise un paysan sur son tracteur qui me fait un grand bonjour. Sympa l’accueil danois ! J’arrive au premier village Hojer (je vous fais grâce du « o » barré) dans lequel j’aimerais me restaurer. Malgré mon copieux petit déjeuner, j’ai quand même les crocs. A part un superbe moulin, je ne trouve rien.

Aucun commerce. Aucun restau. Après avoir suivi un « Restau » sur mon GPS, je me retrouve devant la cafétéria du stade municipal qui est bien sûr fermée. Je m’installe sur une table et m’enfile un bol de céréales et un sandwich fromage. Cela devrait suffire jusqu’à ce soir.

En sortant de ce village, je tombe sur un fléchage « North Cycle Route ». Cela tombe bien , c’est là que je vais. Par contre, je me retrouve sur une mauvaise piste de gravier où ça ne rend pas du tout. J’ai l’impression de me retrouver sur Paris-Roubaix. D’ailleurs, je vais me taper 3 secteurs de ce type et autant dire que ça tape et que ça n’avance pas. Par contre, sur le 2nd tronçon, je croise un tracteur qui déboule dans la poussière … et qui s’arrête pour me laisser passer. Incroyable !

Je tombe aussi à nouveau sur de vieilles chaumières dont celle-ci datant de 1847.

Et puis, miracle, un peu plus loin à un croisement, je retombe sur les panneaux EV12. Je n’y croyais plus. Je pense que les allemands n’ont pas payé leur cotisation et que les panneaux ont été enlevés. Il me faut suivre la Nordsoruten (voie nationale n°1) qui devrait me conduire jusqu’à Skagen 570kms au nord.

Les villages ont changé de physionomie ainsi que les églises. Cela change et j’aime bien. Je commençais à m’habituer à la rigueur allemande.

Après avoir circulé un moment le long de la route principale (et là, je commençais à m’inquiéter par rapport au tracé de l’EV12), je retrouve la digue de la mer de Warren et ces paysages toujours aussi sauvage.

Cependant, les moutons sont beaucoup moins nombreux. Et le système de fermeture des enclos a changé. Dorénavant, il faut franchir des passages à la canadienne (sur des rouleaux espacés). C’est plus pratique que d’avoir à ouvrir ces satanés portillons. A ce sujet, vous remarquerez que je n’ai plus le fanion de l’Arche derrière le vélo. À force de taper sur la barre à laquelle il était accroché, les portillons ont eu raison de sa résistance. T’inquiète Stéphane, j’ai toujours le fanion que j’ai plié et que je ramènerai à Blagnac. Par contre, ces passages tapent le cul et il ne faut pas se planter lors du franchissement.

J’aimerais arriver à Ribe pour pouvoir retirer de l’argent en Couronnes danoises. Et oui, j’avais zappé que nos amis danois ne font pas partie de la zone Euro. Et vu le taux de change qu’ils pratiquent dans les magasins, il vaut mieux avoir de la monnaie locale avec soi.

Avant cela, je suis rattrapé sur la piste cyclable par un couple de danois en road-trip également qui revienne d’Allemagne. Ils sont sur des vélos électriques et avancent bon train. J’arrive quand même à prendre la roue vu que le vent s’est de nouveau invité depuis la fin de matinée. Je pense d’ailleurs que le ventilateur se met automatiquement en route à 11h. J’arrive à discuter avec madame qui pédale sévère pour suivre le rythme imposé par son bonhomme. Comme le vent arrive de trois-quart sur le côté gauche (nord-ouest), je me mets légèrement en retrait sur sa droite pour être bien abrité (merci à notre capitaine de route Jean-Luc pour nous enseigner tous ces trucs de coursier). Mais notre conversation n’a pas l’air de plaire à monsieur. Que c’est con parfois les bonshommes ! Au bout d’un moment alors que j’allais les prendre en photo et que nous arrivons dans un village, il met le clignotant à droite et s’arrête. Merci quand même pour ce bout de route …

J’arrive enfin à Ribe, splendide bourgade aux rues piétonnes et aux vielles devantures. Alors que je me balade vélo à la main dans ses ruelles à la recherche d’un café pour y boire ma bière bien méritée, je croise une famille parlant la langue de Molière. Diantre des français !

PS: ce ne sont pas eux sur cette photo !

Cela faisait longtemps. Je les interpelle et nous discutons un moment. J’apprends que la femme est vendéenne (décidément …) de Fontenay-le-Comte, qu’elle est tombée amoureuse du monsieur danois, le costaud Viking qui l’accompagne alors qu’elle est petite et menue, qu’ils échangent en anglais, que ses 2 garçons bruns sont en vacances avec elle, que la jeune fille blonde est évidemment la fille du Viking et qu’elle va venir s’installer avec son Viking à 30kms au nord d’ici alors que ses garçons resteront avec leur paternel. Ils me proposent d’ailleurs fort gentiment de venir planter ma pente chez eux mais cela fait un peu loin pour ce soir … Sacré histoire quand même.

Je les abandonne et vais me boire ma délicieuse bière d’une brasserie locale dans un charmant café au nom de « Vinoble ». Les bouteilles y sont d’ailleurs pas mal du tout. Je profite d’avoir du Wifi pour papoter sous Whatapps. Mais l’heure passe et il me faut faire quelques courses et trouver un bivouac. En sortant du café, vu le repas frugal de ce midi et le degré d’alcool de la bière locale, je suis légèrement pompette. Comme dirait les nonnes bénédictines : « La danoise, ça tape fort ! ». Et là, je suis plutôt faible après cette longue journée.

Je décide de trouver un camping sur place pour ne pas galérer dans la cambrousse à la recherche d’un hypothétique bivouac. Par contre, vu l’heure à laquelle je me pointe, la réception est fermée donc pas de jeton pour prendre une douche. Ce sera encore au gant de toilette au grand étonnement d’un camping-cariste. Je me prends un emplacement à côté d’une caravane inoccupée où je pourrais squatter la table. Fin de cette très longue journée.

Résumé : 115kms, 6h45, 17.2km/h, camping

J56 – jeudi 23/7 – Ribe(DK)/Henne(DK)

Je n’ai même pas eu besoin de lire quelques pages de Flaubert pour m’endormir ! A 22h30, je pionçais déjà. Par contre, la nuit a été froide. J’ai particulièrement apprécié mon duvet d’hiver. A 6h00, je suis déjà réveillé et ne traîne pas. Je préfère rouler de bonne heure en espérant que le vent se lève le plus tard possible lui. A 7h00 pétante, c’est reparti mon kiki. Comme la réception n’ouvre qu’à 8h00, je fais du « camping-basket » comme aurait pu dire ma suédoise préférée. Je retourne en ville faire un tour à la fraîche alors qu’il n’y a personne dans les rues. Vraiment très sympa cette bourgade. Par contre, je m’arrête pour enfiler ma veste d’hiver et mon bandana. Il fait un froid de canard de matin.

Puis je reprends l’itinéraire de la NationalCycle 1 – EV12 qui m’emmène à travers la campagne danoise. A un moment, je passe devant une grande ferme quand j’aperçois un renard fort occupé sur le bout de chemin qui mène aux étables. Je m’arrête, pose le vélo et reviens à pied délicatement. Le renard a foutu le camp mais pas son festin. Attention !!! Âme sensible s’abstenir ou si vous déjeunez, passez ce chapitre !!!

Donc le renard était en train de becqueter un veau. Après dissection d’un des spécimen, il s’avère qu’il s’agit de 2 veaux de race Holstein âges de quelques semaines et d’un 3è de race indéterminée plus âgé. Ces veaux ont été attaqués sauvagement au cou. La carotide a été sectionnée ce qui a entrainé une mort rapide et brutale. Ces veaux sont déjà bagués. On peut supposer qu’ils ont été attaqués par des loups dans un champ et que maître goupil a profité de l’aubaine pour se régaler.

Cela me rappelle d’ailleurs une anecdote lorsque j’avais effectué la GTJ (Grande Traversée du Jura) à raquettes avec Coco il y a 4 ou 5 ans. Alors que nous étions sur un chemin enneigé avant d’arriver dans un village, j’avais aperçu à une centaine de mètres devant nous, un loup (ou un berger tchèque ?) traverser ce chemin. Puis un second plus petit que je pense être la femelle. Puis deux renards. Arrivés dans le champ d’où ils sortaient, ne restaient que la dépouille d’un sanglier qu’ils avaient chassé et bouffé. Et oui, Dame Nature peut être splendide. Mais elle est aussi féroce et cruelle. Fin de la digestion. Euh je veux dire digression.

Je repars et arrive à Esbjerg où je déniche un café-billard après m’être acheté une pâtisserie. Auparavant, j’ai repéré un Barber Shop pour me rafraîchir ma coupe mais qui n’ouvre qu’à 10h. Ça picole déjà sec de bon matin et, en plus, ça fume ! Quant au masque, ils ne doivent même pas savoir ce que ça existe …

J’arrive à l’ouverture chez le jeune barbier qui n’a pas encore de client. Cela tombe bien, me voilà. Il me propose un café que j’accepte et attaque à l’ancienne (au peigne et aux ciseaux) ma coupe de cheveux. Il est très méticuleux et y passe un temps fou. Mais que ça fait du bien de se faire dorloter et chouchouter. La coupe coûte 200DK soit 26€( 1$=7,44DK).. Il faudra que je prenne un selfie pour vérifier si j’ai l’air vieux ou plutôt l’air jeune avec cette nouvelle coupe. Et désolé pour mon infidélité à Cédric mon sympathique coiffeur blagnacais. coupe. Par contre, je n’ai toujours pas trouvé de Wifi.

En reprenant l’itinéraire EV12, j’aperçois un fléchage Mac’Do. J’y file. J’ai quelques appels à passer, dont un bénéfique en attente depuis un bon moment, et ce sera aussi l’occasion de recharger les batteries et publier un post. Et en avant pour le 3è café de la matinée. Je vais faire péter la calamine entre la coupe de cheveux et la caféine, ça va décoiffer (hi-hi-hi) ! Bon il est plus de midi, il faut que je roule un peu quand même. Mais à la sortie de la ville je trouve un restau avec des hamburgers/frites maison. Nouvelle pause pour déjeuner.

Je finis enfin par quitter cette ville de Esbjerg en suivant un grand boulevard en front de mer sur lequel il y a dû y avoir un concours d’architecte pour savoir qui avait le plus gros Q-be et/ou la plus grosse ha-Bite-ation tellement les demeures sont modernes, imposantes et tape-à-l’oeil.

Je tombe également sur 4 énormes statues qui sont l’attraction des touristes dont-je. Cette sculpture monumentale représente « L’Homme rencontre la Mer » créée par Svend Wiig Hansen.

Par contre, il me faut contourner le golfe en prenant à l’intérieur des terres. Le paysage change radicalement. Je retrouve des collines, des forêts de pins et de petites exploitations … avec de vrais cochons à l’air libre. Cela faisait longtemps.

J’en ai fini de la trilogie digue/mouton/barrière sur « le plat pays qui est le mien » depuis quelques jours. Je m’arrête aussi pour acheter une barquette de délicieuses fraises en bordure de route.

Et je découvre aussi un sport qui m’était encore inconnu : le fudbolgolf. Ce qui explique certainement pourquoi les danois sont si bons au football.

Par contre, il se remet à pleuvoir alors que je contourne cet immense golfe dans le NationalPark VadeHavet qui fait partie du Parc National de la mer des Wadden. A contrario, je prends le vent dans le dos et avance bon train.

Une fois contourné, nouveau changement de décor. Je traverse maintenant une immense zone militaire dans laquelle j’aperçois une harde de biches, daguets et cerfs qui se baladent tranquillement dans ce no man’s land.

En me rapprochant de la côte, je suis à présent une piste qui passe à travers des tourbières au milieu desquelles sont construites des maisons bien abritées du vent. Qu’il doit être agréable d’être au coin de la cheminée avec un bon bouquin, de la musique douce, un verre de vin et sa chérie à ses côtés. Bientôt peut-être…

Je traverse aussi des forêts de pins et de chênes avec des lacs disséminés ça et là. Cela m’évoque mon périple en Suède avec le tonton Dédé, sa femme Claudie et mon frangin Yves-Marie lorsque j’avais 15 ans. Nous avions passé quelques jours dans une cabane en bois au-dessus d’Alvdalen, la seule ville au monde où on parle le dalécarlien, prêtée par une famille suédoise amie d’un collègue commercial à Dédé. Nous passions notre temps à pêcher, jouer aux raquettes et aux cartes. J’avais même dormi sur un fauteuil-coffre en bois comme quoi déjà je dormais n’importe où. Nous étions monté ensuite au Cap Nord. Que c’est loin tout cela mais que de bons souvenirs … Et dire que Dédé va bientôt fêter ses 72 piges et son p’tit frangin Marco ses 70 !

J’arrive enfin à Henne Strand petite station balnéaire noyée sous des trombes d’eau. Je vais voir la mer dont l’horizon n’est plus barrée par toutes ces îles depuis l’Allemagne. Il n’y a pas grand monde sur la plage …

… excepté quelques téméraires baigneurs !

Ils sont fous ces Vikings … De mon côté, je vais me poser dans un café au décor très cosy pour y boire une Paulaner histoire de me donner du courage. En effet, il pleut toujours. Le ciel est plombé. Il est 18h et j’ai l’impression qu’il fait déjà nuit. D’ailleurs, les voitures roulent phares allumés. De plus l’Office de Tourisme est déjà fermé et le camping local complet. Je demande au barman s’il connaît quelqu’un qui pourrait me louer une chambre mais il me dit qu’en cette saison tout est complet. Vu la météo, je comprends pourquoi ! Bonjour l’ambiance … J’aimerais quand même bien trouver un hébergement au sec pour passer la nuit ailleurs que sous la tente. « Tout se fera » comme dit l’ami Vincent.

Je décide de reprendre l’itinéraire EV12 où j’avais aperçu des maisons à louer en arrivant. Peut-être pourrais-je en trouver une de libre pour y squatter une terrasse ou un abri ? Je repère d’ailleurs un petite cabane à côté d’une maison occupée. Je frappe à la porte. Un homme, un iPad à la main, m’ouvre. Je lui demande en anglais si je peux occuper la cabane pour la nuit. Il me répond en français qu’il est locataire et qu’il doit demander au propriétaire. Il l’appelle mais celui-ci refuse. Dommage …

Je me dirige alors à l’intérieur des terres vers le camping 3* « Henneby » à Henne sans grand espoir. Je demande à la femme de la réception s’il n’y aurait pas un mobil-home, caravane ou chalet de libre pour la nuit. Elle tapote sur son ordinateur et me répond qu’il y a effectivement un chalet de dispo au tarif de 450DK la nuit (68€). Je pleure misère et lui dis que c’est au-dessus de mon budget. Comme il est tard et qu’elle ne pense pas le louer ce soir, elle propose de me laisser à 200DK (27€) en lui promettant de le laisser propre pour le client qui arrivera dans la matinée. J’accepte bien évidemment et lui laisse mes dernières fraises pour la remercier de son geste. Je vais pouvoir me poser au sec dans ce home-sweet-home alors qu’il tombe toujours des hallebardes. Quelle chance !

Je me pose et en profite pour faire l’inventaire de ma dernière sacoche « mon bureau » :

  • Poche du dessus : câbles + prise pour brancher iPad et iPhone
  • Poche de devant : clés d’appart et d’antivol, Opinel, stick lèvres, porte-monnaie (acheté à Cancale), lampe frontale, masque.
  • Poche centrale : iPad (sur lequel sont téléchargés les cartes Maps.me, musiques, livres et blog) , iPhone (cartes Maps.me en double pour GPS & téléphonie), porte-iPhone pour GPS vélo, lunettes Décathlon (snif !) et de vue, pochette Ortlieb imperméable contenant carnet+stylo, passeport, boite hermétique avec CB & billets, Carte d’Identité, Carte Vitale, Permis conduire.

Résumé : 100kms, 5h25, 18.2km/h, camping (chalet)

J54 – mardi 21/7 – Sieverbüll(DE)/Dagebüll(DE)

La soirée a été fort animée. Entre les hirondelles (pensées pour Pascal et tous les Ecosolien.nes) qui nichent sous le toit du bâtiment et leurs petits qui piaillent, les oies sauvages qui se sont posées sur l’étang au coucher du soleil en faisant un boucan d’enfer et les mouettes et consœurs (dont une espèce à bec rouge qui a un cri strident), le concert a été sympa. Que dire de ce matin, lorsque le soleil s’est levé à 4h30, et que les oies ont décollées … Cela m’a d’ailleurs réveillé et j’ai pu assister à ce magnifique lever de soleil en allant faire ma pissouille. Merci les filles !

A 6h30 je me réveille et plie le campement avant de me poser pour déjeuner. Il fait doux, le ciel est bleu, le soleil présent. La journée, qui devrait être ma dernière en Allemagne, s’annonce belle. Je sors ma popote lorsque je vois des gouttes d’eau sur l’étang. « Tiens bizarre » me dis-je. Je regarde à l’ouest côté digue. Le ciel est noir. Le vent s’est levé. Je range vite fait le p’tit déj’, boucle les sacoches, enfile ma tenue de marin-pêcheur … et il se met à tomber des cordes !

Comme hier, il doit y avoir un programmateur qui arrose les champs et les pâturages tous les matins ! Je prends la digue maculée de crottes de moutons qui deviennent glissantes avec cette pluie battante. Waouh … Cela dure 45’. De plus, je dois m’arrêter tous les 500m pour franchir les portails qui délimitent les parcelles. A un moment, je fais la course avec des lapins-lièvres, je ne sais trop, aux grandes oreilles dont la pointe est noire ainsi que la queue. Lorsqu’ils courent, les oreilles se rabattent. Puis, de temps en temps, ils ralentissent, les oreilles se lèvent, et hop, c’est reparti. J’adore. Je finis par trouver un abri-bus scolaire pour me poser enfin et déjeuner à l’abri.

Je me dirige vers Husum où je pense trouver une café. C’est bizarre. Je monte au nord et j’ai l’impression d’être en Turquie avec ces noms de ville à consonance turque : Büsum, Husum. Il faut dire que la diaspora turque est très présente en Allemagne. Ceci explique peut-être cela. Sur la route, je croise toujours de belles chaumières où il doit s’y passer des choses bien cochonnes.

Je finis par arriver dans cette ville portuaire et me pose dans une boulangerie-pâtisserie-café sur la place juste avant que les gros nuages n’arrivent et qu’un nouvel orage n’éclate.

Je sors de la ville et retombe sur ces fauteuils de plage pour se protéger du vent. Par contre, il n’y a pas foule ce matin.

Il faut dire aussi que le vent du nord se met à forcir. Je suis bon pour me le coltiner à côté toute la journée. Ça souffle tellement fort qu’ils arrivent même à faire sécher leur jean sur des mats. Ok, c’est exagéré mais si peu …

Vers midi, je traverse un petit village et trouve une poissonnerie-bistrot dans le même style qu’hier. Je commande un « black-fisch (du lieu ?) mit kartoffen und salat ». C’est bon, copieux et pas cher (6,90$ l’assiette). Par contre, je sors mon pain de ma sacoche pour accompagner ce plat. En tant que petit-fils de boulanger, j’ai beaucoup de mal à manger sans pain. J’achète aussi une boite de soupe au crabe que je dégusterais ce soir. Apparemment, c’est la région de production du Krabben entre autres.

Après cet écart dans la campagne, je récupère la digue et ces fameuses barrières qu’il faut sans arrêt franchir. En plus du vent, cela devient difficile de progresser …

Mais, comme j’essaie de rester cool malgré cette fatigue physique et mentale qui s’installe à force d’avancer péniblement, je profite de ces moments de sérénité que m’offre Dame Nature. Un peu de douceur dans ce monde de brutes …

Je profite aussi du spectacle des îles au large de cette mer de Wadden et de ces marais où se côtoient canards, moutons, mouettes …

Par contre, je ne croise plus de cyclo-touristes et n’ai toujours pas retrouvé l’EV12. C’est étonnant parce que le tracé devrait passer par là. Il faudra que je vérifie lorsque j’aurais de la WiFi. J’arrive péniblement à Dagebüll en progressant à 14 ou 15km/h alors qu’un wagonnet me passe sous le nez à toute allure. Il arrive de la minuscule île d’Oland au large. « C’est trop inzuste » dirait Caliméro.

J’arrive dans cette station balnéaire où j’ai repéré quelques pensions sur Maps.me et me dirige vers la première. J’ai envie de me poser, me raser, prendre une bonne douche, m’essuyer avec un drap de bain, laver mon linge, nettoyer mon pôvre vélo qui est dans un état lamentable, dormir dans un bon lit douillet et éventuellement me faire couper les cheveux. Voilà le programme !

Malheureusement, la proprio de la pension où je vais, me dit qu’en cette saison tout est complet et que, toute façon, ils ne prennent que pour 4 ou 5 nuitées. Elle m’indique un hôtel 3* mais, vu les tarifs, ce n’est même pas la peine. Finalement je me dirige vers l’Office de Tourisme local et leur demande conseil. Le jeune très sympa de l’accueil me dégote une chambre à 8kms d’ici mais au sud. Je réserve et me voilà reparti en sens inverse mais, cette fois-ci, vent dans le dos et ça envoie du steak. En 15’ je suis arrivé dans cette maison en pleine campagne chez une petite dame charmante mais qui ne parle qu’allemand. Dommage …

Elle me montre ma chambre avec salle de bain et toilette. C’est le grand luxe après mes nombreuses nuits en bivouac. Quel pied et pour seulement 30$ avec le p’tit déj’. D’ailleurs, même en faisant mes courses, je suis surpris des prix si bas. Je m’attendais à ce que cela soit plus cher qu’en France mais c’est l’inverse.

Je lui fais comprendre que j’aimerais laver mon linge et elle s’en occupe fort gentiment. J’en profite aussi pour nettoyer mon destrier. Pour la coupe de cheveux, je n’ose pas trop lui demander … cela attendra. Et pour la Wifi, après avoir récupéré le mot de passe de la box, je me fais jeter par l’opérateur. J’aurais bien aimé passer quelques coups de fils perso. Tant pis. Cela attendra demain …

Comme j’ai du temps devant moi, je vais en profiter pour faire l’inventaire de ma sacoche arrière droit : « Mon dressing ».

Dans un sac à compression, voici la liste de mes vêtements de ville et de sport :

  • Un pantalon de rando léger Décathlon qui se dézippe et peut faire short
  • Un collant de course à pied pour mettre en dessous en cas de froid
  • Un tee-shirt manche court et un manche longue
  • Une chemisette si j’ai à sortir dans le grand monde
  • Un polo en Mérinos et une veste polaire en cas de froid
  • Une paire de gants chauds en cas de froid
  • Un slip et trois paires de chaussette noire (moins salissante)
  • Deux cuissards et deux maillots du Stade Toulousain Cyclisme
  • Une paire de manchons blancs pour me protéger du soleil, du froid, de la pluie et des frottements en position triathlète que je porte tout le temps
  • Une veste de cyclisme d’hiver en cas de froid (pas encore portée)

Dans un sac en plastique facilement atteignable, voici la liste de mes affaires de marin-pêcheur :

  • Une paire de jambière aussi contre le froid
  • Une casquette à visière pour me protéger aussi du soleil
  • Une veste jaune Décathlon
  • Un pantalon de pluie Décathlon couvrant jambes et chaussures
  • Une protection pluie orange pour ma sacoche avant
  • Un coupe-vent du STC que je porte fréquemment vu le zef !
  • Un blouson Uniqlo compressible (que j’enfile aussitôt arriver au bivouac)
  • Un bandana contre le froid

Je dîne dans ma chambre et me couche de bonne heure avec mon ami Flaubert dont je ne vais pas tarder à en voir le bout (du livre bien sûr). Demain, je serai frais et dispo pour arriver au Danemark distant d’une trentaine de kilomètres. Cependant, si le vent continue à souffler de la sorte, je pense que je vais monter jusqu’à Esbjerg puis je verrai ensuite si je file au nord à Hirtshals par l’intérieur pour prendre un ferry et passer direct en Norvège ou si je traverse à l’est pour aller à Grenaa puis ferry pour aller à Halmstad en Suède.

Résumé : 90kms, 5h40, 16.0km/h, pension

J53 – lundi 20/7 – Brockdorf(DE)/Sieverbüll(DE)

J’avais bien intuité de me trouver un abri en dur pour la nuit. En effet, l’orage qui menaçait a éclaté cette nuit. Je me réveille aux aurores sous un ciel gris qui pleure encore sa misère. Et oui, il pleuviote mais je ne sors que mon ciré. Je déjeune tranquillou sur ma table et, à 7h30, je suis déjà « on the road again, again » comme le chante B. Lavilliers. La pluie s’est arrêtée. Je reprends la trace des pistes cyclables le long de la digue mais j’ai du mal à me mettre dedans. Je suis mou du genou. De plus, le vent du nord commence à se lever lui aussi. Il faut dire que les paysages et la météo ne prêtent pas à l’euphorie non plus.

Ce n’est qu’un enchaînement d’usines et de centrales. Heureusement, j’ai les moutons qui me font le spectacle et, de temps en temps, j’aperçois encore de sublime chaumière en bord de chemin.

Lorsque la piste bifurque pour éviter une usine et longer la route, je suis encore ébahi de la considération donnée aux cyclistes et aux piétons. Même lorsqu’il y a des travaux, une signalétique et une déviation est mise en place pour les sécuriser. Même du bitume a été déposé pour faciliter le passage !

Encore des leçons à tirer pour chez nous. A ce sujet, cela me rappelle une anecdote frappante, si je puis dire, du peu de considération de nos élu.es pour ces modes de déplacement malgré les beaux discours de façade. A Blagnac, une petite rue, la rue des Sœurs, descendant de la route de Grenade, axe traversant, pour rejoindre le centre historique est resté en travaux très longtemps. En janvier, elle a été réouverte aux automobilistes dans les 2 sens, malgré son étroitesse avec des places de stationnement disséminées à droite et à gauche. Pour les piétons et les cyclistes, c’est hyper dangereux. Si Ecosol avaient pris les commandes, nous n’aurions fait qu’un sens de circulation avec élargissement des trottoirs. Mais, sur le trottoir hyper étroit, de la signalétique avec des plots noirs au sol a été laissé pendant un long moment. Un matin, alors que Kevin, travailleur handicapé de l’Arche, se rendait au travail à pied après avoir pris le tram. Il a heurté un de ces plots au sol sans signalisation dessus, est tombé sur le genou et a récolté 2 semaines d’arrêt de travail. Histoire véridique et vérifiable.

J’arrive à Brünsbüttel et j’emprunte à nouveau un traversier qui permet de franchir le Canal de Kiel (Nord Ostsee Kanal) qui traverse tout ce Land pour rejoindre Kiel au Nord Est et rejoindre la mer Baltique. Ce canal fêtera d’ailleurs ces 125 ans en juin 2021.

Arrivé de l’autre côté, je traverse le centre et m’arrête prendre un expresso, cela me changera des grands cafés noirs allemands, dans une pizzéria-glacier italien ouvert de bon matin. J’espère que cela me donnera aussi du tonus pour repartir. En plus de cela, lorsque je ressors de là, le soleil et des trouées de ciel bleu ont fait leur apparition. Que du bonheur !

Je reprends la digue. Le trafic maritime est toujours aussi intense.

Le vent aussi. Et ce sera comme cela toute la journée. Je comprends pourquoi ont été implantés d’immenses champs d’éolienne (et de choux-fleurs aussi) dans toute cette région.

Arrivé à Friedrichskoog, je m’arrête pour faire des courses. En sortant de la supérette, je repère un charcutier-bistrot qui propose des plats du jour pas cher du tout. Je prends celui de lundi. Il s’agit de polenta aux raisins, d’un morceau de lard de cochon accompagné d’une sauce à la cerise. Parfait. J’adore le mélange sacré-sulé. Je me régale.

Comme d’hab’, je ramène mon assiette bien propre. J’ai horreur de jeter la bouffe. Certainement mon éducation où les fins de mois étaient parfois compliquées et il ne fallait pas gâcher surtout avec 3 autres morfales à côté de moi. Ma mère avait d’ailleurs le don d’accommoder les restes. Et là, je vois qu’un autre client a laissé les 3/4 de sa polenta. Allez où, j’ai besoin de calories. J’embarque l’assiette en faisant un clin d’œil à une des serveuses et m’enfile une 2è portion.

En sortant de la ville, je me fais une pause digestive avec un café et une pâtisserie maison devant la mer de Wadden où les kite-surfers locaux s’en donnent à cœur joie.

Coté sud
Côté nord

Je repars avec le vent toujours aussi présent. J’ai l’impression d’être dans le Lauragais avec un bon vent d’Autan. J’oscille entre 15 et 17km/h. De temps en temps, je me mets en position triathlète, courbé sur ma machine avec les 2 mains sur ma sacoche centrale. Je finis par arriver à Büsum de l’autre côté du golfe. Je me balade dans cette station balnéaire hyper fréquentée. Le vieux-centre est très sympa avec ses rues piétonnes et ses vieilles bâtisse.

Par contre, en me dirigeant vers le port, cela devient peuplé.

Et que dire de la « plage » … Il y en a même qui se baigne avec ce vent glacé et l’eau qui ne doit pas être bien chaude, il faut oser !

Mais je dois avouer que, bien qu’aimant l’Homme, je déteste l’hommelette (alors celle-ci, je la fais breveter comme celle de la mère Poularde au Mt-St-Michel !), ce gloubi-boulga (pour les djeunes, cf Google mon ami) d’humains qui baffre, tchatche, picole, se déplace en troupeau, s’agglutine dans des campings immenses où s’enchevêtrent mobil-homes, camping-cars et caravanes. Je déteste !!! D’ailleurs, j’ai toujours fui les bandes. Plus jeune, j’avais horreur d’aller en boîte de nuit. A partir de 3 ou 4 personnes, l’Homme en meute redevient un véritable sauvage.

Je fuis l’endroit et me retrouve ma digue et mes moutons. J’assiste d’ailleurs à une scène que n’aurait pas renié Brassens : « Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics, bancs publics, … ».

Je vous laisse les amoureux et reprends le vent dans le pif. A un moment, je repère un couple à VAE pas très loin devant moi que je finis par rattraper. Je prends les roues pour m’abriter et leur fais signe « OK » en disant « Gut ! ». Le vieux s’écarte, baragouine quelque chose à sa femme. Elle ralentit et je suis obligé de passer devant. Ils se mettent à 10m derrière moi. Au bout d’un moment, je finis par baisser le rythme. Ils me repassent devant. Je reprends la roue … et ils s’arrêtent 100m plus loin. Suis vénère ! Certainement dès camping-caristes qui sortent leurs supers VAE pliants pour faire leur petite balade. Je n’ai plus qu’à poursuivre mon effort solitaire.

Je pense avoir un traversier à prendre pour franchir l’Eider mais c’est un pont-levis qui permet de franchir cet obstacle.

J’aimerais arriver à St-Peter Ording pour ce soir mais j’en bave. J’ai envie d’une bonne bière avant de me poser et je trouve mon bonheur en bordure de route dans une charmante chaumière.

Par contre, l’accueil n’est pas des plus sympathiques. A peine arrivé, le proprio me dit qu’il ferme dans 20’. Je commande une bière (sans verre !) et une belle part de gâteaux que je déguste tranquillement dans un décor charmant.

Pour la wifi, je repasserai. Malgré un réseau détecté au nom du restau, le patron me dit qu’il n’y en a pas. Ils ouvrent de 13h à 18h et ne doivent pas avoir besoin de trop bosser vu la baraque et la belle caisse garée devant. Je me casse. Par contre, j’ai bien peur que cette ville de St-Peter soit le pendant de Büsum et je décide donc de tailler à travers champs pour aller directement au nord de ce bec. Mais pas évident de trouver un bivouac.

A ce sujet, je vais vous faire l’inventaire de ma sacoche arrière gauche « ma chambre à coucher » :

  • Sac de couchage Forclaz 985g Ultralight allant jusqu’à -5°C
  • Sac à viande 100g
  • Matelas gonflable Forclaz Air 550g
  • Paire de pantoufle piscine
  • Bâche de protection « Rose » du vélo
  • Antivols avant et câbles+cadenas pour sacoches
  • Livres papier
  • Pantalon+tee-shirt+veste Uniqlo que j’ai à porter de main dès que je m’arrête le soir pour ne pas prendre froid

Je suis en effet dans le Parc National de la mer de Wadden et il est interdit de camper. D’ailleurs, après avoir repéré un endroit sympa dans un petit port et demandé à une habitante si je pouvais planter ma tente, elle me fait bien comprendre que c’est « Verboten ! ». Je continue en longeant la digue et finis par trouver un endroit possible. Je me change, dîne, pianote cet article avant de planter la tente vers 21h00 après que les quelques cyclistes et promeneurs soient rentrés chez eux. Par contre, il va falloir que je fasse gaffe si je me lève cette nuit pour aller pisser !

Je vais admirer le coucher de soleil et ce sera la fin d’une longue journée bien ventée et harassante avec 7h de vélo. J’ai les deltoïdes en compote et aurais bien besoin d’un bon massage.

Résumé : 115kms, 7h00, 16.3km/h, bivouac

J52 – dimanche 19/7 – Langen(DE) / Brockdorf(DE)

Grasse mat’ en ce dimanche à nouveau ensoleillé et doux. Bien que cette nuit je me sois retrouvé à baigner dans mon jus sous mon duvet d’hiver tellement il faisait doux et que ma pissouille nocturne à loilpé m’ait permis de me rafraîchir puis de me découvrir en me recouchant, je suis réveillé à 7h30 par le bruit d’un tracteur dans le champ d’à côté. C’est vraiment un métier de ouf’. Je dédie d’ailleurs cette journée à la ruralité et aux paysans (exclus les gros céréaliers et les tortionnaires d’élevage intensif). A couvert de la forêt, tente et bâche vélo n’ont pas pris la rosée matinale, je décolle à 8h30 direction le port de Wischhafen au N-E. Quelques kilomètres après avoir retrouvé la route, je découvre la cause du bourdonnement nocturne. J’étais à proximité de l’A27, route du bruit et de la fureur, que j’enjambe sans aucun problème …

… pour retrouver le monde du silence et de la lenteur.

J’adore être en forêt. Je m’y sens bien. De plus, j’y croise de sacrés personnages : un solide gaillard à la moustache incroyable, vêtu d’une veste de survêt de la Mannschaft et chevauchant … une trottinette électrique, deux joggeuses frangineuses aux formes généreuses et à aux mines joyeuses, une vieille mamie toute fripée et ratatinée promenant son Yorkshire tout excité. Cela ne dure hélas pas et je ne peux faire autrement que de longer la route B495 mais toujours sur piste cyclable évidemment. Je traverse de charmants villages ruraux aux maisons, fermes et haras, très nombreux dans ce coin, de briques rouges.

Dans un village, je trouve encore une échoppe en libre-service et y achète des tomates pour mon déjeuner.

La route est quelque peu monotone et j’essaie de m’occuper l’esprit. J’écoute aussi un peu de musique. J’aimerais bien trouver un café pour me poser un peu mais tout est fermé dans les petits villages traversés. Je finis enfin par trouver mon bonheur à Hemmoor dans un kebab-café où l’ambiance est tendue entre le personnel. Ça s’engueule fort en turc. Cela me rappelle un Noël il y 3 ans passé avec Titouan à Istanbul. Malgré une météo compliquée (neige et pluie toute la semaine), on s’était régalé à tout point de vue. J’avais adoré cette ville (architecture, mosquées, ambiance, nourriture, stambouliotes) malgré la menace terroriste de l’époque; une bombe avait d’ailleurs explosé le 1er de l’an dans une discothèque au bord du Bosphore.

Je profite de la Wifi du club de fitness d’à côté pour passer quelques coups de fil, envoyer des Whatapps, lire mes mails et pianoter sur ce blog. A 13h, le club ferme et … coupe la Wifi. C’est le signal du départ. Je pars mais après quelques centaines de mètres parcourus, je me dis que je ferais mieux de déjeuner ici plutôt que de pique-niquer au bord de la route. Demi-tour et me revoilà. Je commande le n°51 un « City Döner überbacken » et je me régale.

Cette fois-ci c’est la bonne. Repus et reposé je peux repartir en suivant toujours cette route qui me mène au traversier. En ce dimanche, je m’arrête dans les villages traversés pour contempler les églises …

… et les magnifiques anciennes demeures au toit de chaume.

Je suis les panneaux d’indication pour les vélos et suis tout content d’arriver. Mais c’est bizarre, je ne trouve pas d’indication pour le traversier. J’interpelle une cycliste et lui demande « ferry, traversier, boat ?». Elle me regarde comme si j’avais fait une indigestion de döner et ne comprend pas. Je sors mon iPad avec Maps.me pour lui monter sur la carte et me rends compte que je suis à … Mittlesdorf à 28kms au sud de ma destination prévue !!! Là, je dois dire que j’ai l’air quelque peu ahuri, abruti, abasourdi, « ah bah oui » et qu’elle doit me prendre pour un grand malade. Ce ne sera que la 2è fois dans la journée (clin d’œil).

Est-ce la digestion de ce copieux döner, le soleil qui tape fort … ou mon esprit qui était parti dans une autre dimension ? Toujours est-il que j’ai dû rater une bifurcation et qu’il me faut remonter au nord.

« Tutti va Bene », « No problem », « Zéro stress » me dis-je. Ce n’est pas comme si je faisais 100 bornes par jour à vélo avec des sacoches. 15kms de plus ou de moins, la belle affaire. Je repars donc en suivant cette fois-ci mon GPS (je le coupe pour éviter de bouffer la batterie inutilement dès que je trouve des panneaux d’indic vélo … seulement il ne faut pas rater les bifurcations et rêver à la princesse charmante gros nigaud !).

A l’approche cette fois-ci du traversier, je croise une file ininterrompue de voitures et motos. Je me dis qu’il vienne de débarquer et que ce serait cool de ne pas poireauter trop longtemps. J’accélère le rythme déjà élevé et rentre le dernier dans le traversier. Yes ! Je serai aussi le dernier à en sortir. Mais peu importe …

Je traverse l’Elbe et arrive à Glückstadt dans la province du Schleswig-Holstein. Je me tape une bonne glace Magnum Classic avant de retrouver mes chères digues avec ses moutons et sa piste cyclable. Cela faisait longtemps.

(Photo prise lors de ma promenade digestive)

Par contre, il y a un méchant vent qui vient de la mer à l’ouest et qui s’engouffre dans cet estuaire. Déjà que j’en ai pleins les bottes surtout avec ces bornes en plus et cette arrivée au taquet, je pense que je ne vais pas tarder à plier les gaules. D’ailleurs je m’arrête dans une ferme à l’heure de la traite et demande de l’eau pour remplir mes bidons avant de trouver un éventuel bivouac à l’abri du vent. Au bout de quelques kilomètres en direction de Brockdorf, je trouve mon bonheur dans une espèce de hangar à bateau qui me semble abandonné. Ce sera parfait pour cette nuit. De plus, j’y trouve une réserve d’eau et un arrosoir parfaits pour une douche et un bon shampoing.

Après avoir fait un peu le ménage de mon taudis, je vous fais l’inventaire de ma sacoche avant droit « ma salle de bain » et « mon garage » :

  • Sac vert : trousse de toilette contenant un pochon avec pharmacopée, un avec savonnette, un avec crèmes Nok, Biafine, solaire et Baume du Tigre, coupe-ongles&pince à épiler, rasoir&bombe à raser aéroport (ko), brosse à dents&dentifrice + serviette « Triathlon du Lauragais » (*) + gant de toilette indispensable pour se laver au bivouac.
  • Sac bleu : pinces à linge et fil à étendre, ficelles, fil&aiguille à coudre, épingles à nourrice, pochon avec câbles électroniques, PQ
  • Sac plastique blanc : boîte plastique avec chambre à air, kit crevaison, patins de freins, câbles (ko), démonte maillon&maillon de chaîne, clés plates de 8 à 15, multi-outils, pince, gants&chiffon, pompe, graisse chaîne)

(*) J’y avais participé en équipe avec super Juju pour la nat’ (1,9kms) qui avait rattrapé la plupart des individuels partis 3’ avant, bibi pour le vélo (90kms) et … bibi pour la càp (21kms) après que David se soit lâchement débiné pour participer avec son club de Muret; on avait quand même fini 3é par équipe mais à deux.

Avant de me coucher, je fais ma balade digestive autour de mon home-sweet-home; c’est la petite maison dans la prairie sur la gauche. A droite, sous la bâche bleue, il y a un petit bateau à moteur en réparation.

Alors que sur l’Elbe croise des porte-containers et autres monstres des mers venant, j’imagine, de charger leur cargaison dans le port d’Hambourg à 50kms au sud d’ici.

Résumé : 100kms, 5h15, 19.2km/h, bivouac

J51 – samedi 18/7 – Friedeburg(DE) / Langen(DE)

Réveillé à l’aube par le chant des oiseaux mais aussi par le bruit d’une pétrolette conduite par un ado rondouillard déjà vu (et entendu !) hier soir, je feignasse un peu et finis par me lever pour la routine matinale. Je déjeune de bon appétit en étant salué d’un signe de pouce levé, d’un « Gut Morgen » ou « Hoy » sonore par des joggeurs matinaux et des couples de cyclistes se rendant à la ville. Je me fais cette réflexion, qu’en France, mes bonjours ou signes de la main n’avaient pas souvent de retour voire des détours de regard comme si j’étais un pestiféré. De plus, je nous trouve morose et renfermé contrairement à la majorité des personnes croisées depuis une semaine. Vous penserez peut-être que j’ai une image bien négative de notre pays mais, en voyageant au contact des gens (et non pas enfermé dans une voiture ou un camping-car), force est de constater que le tableau est sombre.

Avant de quitter ma demeure au milieu des prés, je vous fais l’inventaire de ma sacoche avant gauche « ma cuisine » :

  • Ma popote avec mon vieux réchaud Camping-gaz (depuis j’ai aussi acheté une assiette et un bol Décathlon qui se plie) et ses 2 gamelles en alu, une cuillère-fourchette pliable, un cœur à Riri pour infuser le thé (tout cela dans un premier sac plastique)
  • Mes sachets hermétiques (en cas de choc ou d’écrasement, pas de risque que tout se répande) contenant chacun : thé en vrac, café/tisane, muesli, compote pour le muesli, miel ou caramel en tube, chocolat noir, gâteaux secs, fromage, huile d’olive pour accompagner mon Tipiak ou mes salades de légumes achetés ici ou là
  • Quelques boites de conserve (thon/sardine/maquereau pour accompagner le Tipiak ou autre), charcuterie (tout cela dans un second sac plastique)
  • Un Tupperware contenant mes sachets de Tipiak très facile à cuisiner avec un verre d’eau bouilli.

Je reprends la piste le long du canal en direction de WSH, comme indiqué sur les panneaux, qui est à environ une heure de vélo. Je rencontre les traditionnels paysages le long des canaux de tous les pays avec ses petits ports, son écluse, ses tables de pique-nique. Mais ô combien calme et reposant.

J’arrive dans cette ville portuaire vers 10h et après m’être renseigné à plusieurs reprises, je finis par trouver le guichet pour le traversier et pour l’aquarium. Manque de bol, il n’y a plus de traversier avant fin juillet à cause du COVID-19. Tant pis, je devrais donc contourner ce bassin du Jade. Je passe également le musée de la Marine Allemande de triste renommée avec navire de guerre et U-Boat (le nom des sous-marins) amarrés dans le port.

Avant de reprendre la route, je m’arrête dans un hôtel-restaurant-café hyper classieux pour y boire mon café : masque obligatoire, signature d’un registre et terrasse avec vue sur mer réservée aux clients de l’hôtel. Un couple à mes côtés s’empiffrent d’un p’tit déj’ gargantuesque. Je me contenterai d’une gaufrette néerlandaise et de mon café avant de reprendre la route.

C’est samedi. Il fait douébo et bouédo … c’est bouéno ! Les autochtones sont de sortie pour faire un jogging, du vélo, de la natation, de la balade ou de la bronzette le long de ce lac de la Ramée (lac à Tournefeuille ) puissance 100 et salé !

Je descends direction S-O avec vent de la mer légèrement dans le dos et croise encore pléthore de cyclistes le long de la digue qui ceinture ce grand bassin. Mais, contrairement aux Pays-Bas, les moutons sont interdits de piste cyclable. Enclos des 2 côtés de la piste. « Ach ! Die rigor germânik !!! » J’arrive à Dangast, station blanéaire où est érigé le barrage sur le Jade qui crée ce bassin. Mais je ne m’y arrête pas. Trop de monde.

Par contre, je vais m’arrêter pour une digression. Et oui, ce nom de station évoque forcément le nom de ma famille maternelle Dugast. Et je n’avais pas encore parlé d’un de ses membres le plus connu médiatiquement parlant et que j’aimerais bien avoir sous la main pour qu’il me rafraîchisse la nuque. Donc :

  • J’ai déjà évoqué l’ainée de cette fratrie : ma mère Marie-Renée, surnommée Marinette, qui vit dans son monde intérieur à Laval depuis quelques années déjà.
  • Jean-Maurice, chez qui je suis passé lors de mon passage en Vendée, prof de maths-physique à la retraite, époux de Thérèse et parents de Régine et son espiègle fille Marion.
  • André dit Dédé, directeur commercial à la retraite, habitant à Pocé/Cisse du côté d’Amboise, époux de Claudie décédée, parents de Guilhem qui vit en Ariège avec Audrey et leurs 2 enfants et de Kevin parti bien trop tôt aussi.
  • Marc dit Marco, coiffeur et morpho-psychologue en activité jusqu’à sa mort, vivant à St-Germain-des-Près, époux de Nicole mais compagnon de Christine avec qui ils ont eu 3 enfants : Aurélia déjà maman aussi d’une petite Ava, Ilona et Alexis. Marco est ce tonton qui débuta comme apprenti-coiffeur, monta des salons à son nom après avoir créé la morpho-coiffure qu’il enseigne toujours. Lorsqu’il était plus jeune, il coiffait les joueurs de l’équipe de Nantes de la grande époque : Bertrand-Demanes, Henri Michel, José Touré, Omar Sahnoun, Gilles Rampillon, … Mon grand frangin et moi allions de temps en temps voir le classique de l’époque Nantes-St-Etienne et puis, bien sûr, le derby Nantes-Angers.
  • Geneviève, infirmière et animatrice en gériatrie à la retraite, épouse de Michel, qui habitent en Vendée en-dessous de Nantes chez qui je suis passé, parents de 3 enfants : Dimitri en instance de divorce d’avec son mari, Adeline ma filleule qui a rencontré l’âme frère et attend un bébé (bisou Adeline) et Brice-Maurice, époux de Séverine et papa de Maël.

Je vous embrasse toutes et tous et j’espère que nous aurons l’occasion de nous retrouver bientôt lors d’une cousinade ou des 51 ans de mariage de Jean-Maurice et Thérèse. Fin de la digression.

En sortie de cette station, le camping qui explique pourquoi je préfère mes bivouacs improvisés chez Dame Nature.

Dans un petit village, je trouve un restaurant ouvert et je m’y arrête pour commander un « würst-ships » que je mangerai en haut de la digue. A un moment donné, je finis par quitter cette digue et, comme hier avec ce partage mer/campagne, couper à travers champs pour aller choper le traversier à Blexen. A court d’eau, je m’arrête dans un charmant cimetière engazonné refaire le plein de mes bidons. Cependant, comme aux P-B, je ne peux pas entrer dans les églises protestantes fermées à clef. J’aime faire des haltes dans ces endroits frais, calmes et méditatifs.

A 16h19 j’arrive devant l’embarcadère pour un départ à 16h20. Ça c’est de la synchro. J’arrive de l’autre côté de la rivière Weber à Bremerhaven, ville portuaire qui ne m’inspire guère et dont j’ai hâte de sortir.

Par contre, deux options s’offrent encore à moi. La 1ère qui me fait monter au N-E pour prendre un autre traversier à Wischhafen ou la 2nde qui me dirige plein est vers Hambourg. J’aurais bien aimé visiter cette ville que je connais pas mais je dois avouer que me balader dans de grandes villes avec les sacoches ne me tentent guère. Ou alors, il faudrait que je réserve quelque chose sur place. J’opte pour la 1ère option et si je me retrouve le bec dans l’eau demain, je serais dans l’obligation de descendre sur Hambourg pour remonter ensuite vers le nord. En quittant cette grande ville, je suis attiré par un bistrot aux couleurs et au blason immanquables.

Je ne peux que m’arrêter dans ce musée dédié au mythe Ferrari pour y boire ma bière. Par contre, la patronne et le patron ne sont pas très bavards et ont certainement dû un peu trop abusé de bières et autres lors de leurs nombreux déplacements sur les circuits pour suivre leur écurie fétiche.

Il est 18h00. Faut que je file d’autant plus qu’après une journée les plus chaudes depuis un très bon moment, le temps semble virer à l’orage … Je ne file pas très loin d’ailleurs après la pinte de bière qui coupe bien les pattes et aussi un raz-le-cul dans tous les sens du terme. Il faut dire que j’ai roulé sur beaucoup de pistes pavées et ça tape dur … surtout avec mon vieux cuissard Mavic qui a quelques milles au compteur. Même avec le « cul-ir » endurci, je vais sortir la Biafine ce soir et la Nok demain. Les connaisseurs apprécieront le mélange … N’est-ce pas l’ami Gaugau qui vient de boucler le Love Tour, traversée de la France à vélo de route entre St-Malo et ??? En allant de brasserie en brasserie, alors que sa compagne Flo a plié les gaules du côté d’Albi ? Mais le Gaugau n’en est pas à sa première folie. Je veux parler d’expédition pas de femme ! Félicitations à tous les deux.

En suivant l’itinéraire pour me rendre à Wischhafen, je sors de la ville et repère des lacs du côté de Langen. J’essaie de les trouver mais ils sont entourés de superbes propriétés. Mauvais plan. Un peu plus haut, il y a une forêt dans laquelle je pénètre par de petites sentes. Je trouve un endroit pour planter la tente. Ce sera parfait pour ce soir. Fin du 51é chapitre.

Résumé : 100kms, 5h20, 18.6km/h, bivouac

J50 – vendredi 17/7 – Bierum(PB) / Friedeburg(DE)

50é jour déjà ! J’ai l’impression que c’était hier lorsque nous partîmes avec l’ami Vincent en ce vendredi 28 mai. Mais que c’est loin aussi. Que de routes parcourues (4.400kms), que d’endroits et de paysages traversés, que de belles rencontres effectuées (en particulier mes suédoises du sud Bénédicte&Julie, ma bretonne sportive Sandrine, mes normands randonneurs Martine&Christian, mes ami.es de l’Arche et mes dunkerquois si accueillants Baligh, Tiss&Wael et bien d’autres …) et que de beaux souvenirs accumulés. Et ce n’est pas fini ! Après cette nuit dans cet endroit magique, il me faut le quitter à regret après une soirée aux bougies à bouquiner en présence des trolls et autres esprits de la forêt …

Comme je vais aussi quitter à regret ce merveilleux pays notamment pour son réseau cyclable incroyable (99% du trajet de 650kms effectué uniquement sur des pistes dédiées aux vélos), pour son calme, sa propreté, ses paysages sauvages et ses habitants si cool.

D’ailleurs, pour en remettre une couche sur le vélo, voici un exemple avec le plan de la province de Groningen et ses axes cyclables. A chaque noeud, vous trouvez une borne et son numéro, il suffit de vous diriger vers le numéro suivant. Vous pouvez aussi flasher le QR-code puis vous laisser guider par votre appli préférée. De mon côté, j’ai plus ou moins suivi la CustRoute – EV12 et cela va continuer encore pendant quelques temps j’espère …

Il serait aussi primordial que nos politiques franchouillards travaillent sur 3 points importants qui freinent la pratique du vélo dans notre bon vieux pays.

  • Le vol : En appelant mon pote Loïc, il m’a dit s’être fait tirer son vieux byclou (attaché avec un antivol de merde il faut dire). Je crois que ma copine coureuse, baroudeuse et loveuse Emilie s’est aussi fait piquer son VTT dans Toulouse. Sans parler de Coco qui s’en était fait piquer 2 en plein centre. Il est possible de les faire graver (Bicycode) pour empêcher de le revendre ou le retrouver.
  • Les obstacles : Depuis que j’ai quitté la France, je n’ai rencontré pratiquement aucun obstacle (potelet, barrière, tourniquet, …) pour empêcher l’incivilité d’automobilistes. Plutôt que de mettre des obstacles partout, les Pouvoirs Publics feraient mieux de verbaliser sévèrement les stationnements gérants voire mise en fourrière directe.
  • La méconnaissance de la pratique cycliste : La plupart des automobilistes n’ont jamais circulé à vélo en milieu hostile (urbain ou route de campagne) si ce n’est pour faire un tour à VTT ou se balader sur le canal du Midi par exemple. Je pense qu’il faudrait instaurer 1 heure de conduite obligatoire à vélo pendant la formation au permis de conduire et, également, rappeler les règles spécifiques au partage de la route (droit de rouler à 2 cyclistes de front si aucun gêne de la circulation, obligation de respecter 1,5m en campagne et 1m en ville avant de doubler, panneaux d’obligation ou pas d’emprunter une voie cyclable, …)

Je file donc jusqu’à Delfzjil où j’espère trouver un ferry pour traverser l’Ems qui marque la frontière entre les PB et l’Allemagne. Le réveil est d’ailleurs difficile pour certain en cette belle journée ensoleillée.

Arrivé dans cette ville portuaire et industrielle, je tournicote dans le port afin de trouver l’embarcadère. Une vieille dame promenant son chien m’interpelle et me demande si j’ai besoin d’un renseignement. J’acquiesce et elle me dit qu’il n’y a pas de ferry à cause du virus. Je dois donc contourner la baie pour aller de l’autre côté. Cela me rappelle quelques souvenirs bretons. Je passe devant quelques hameaux isolés aux maisons toujours aussi bien entretenues.

Et me tape finalement un marathon à longer la digue sans croiser grand monde. Je finis par arriver à 11h à la frontière que je traverse sans plus aucun contrôle ce qui rompt un peu le charme du voyage je trouve. Comme je n’ai pas trouvé un seul café, je me pose et me fais un café-gaufrette avant de poursuivre mon chemin.

Arrivé côté allemand, la signalisation change mais toujours sur réseau cyclable. Je me dirige vers Ditzum en espérant cette fois-ci que le ferry sera opérationnel.

J’arrive sur zone vers midi et trouve une file impressionnante de cyclistes qui attendent le ferry de 13h. Je pose le vélo dans la file et profite de ce temps mort pour déjeuner devant la famille de chalutiers DIT.

A quelques vélos près, je ne peux embarquer et dois attendre la prochaine rotation. J’en profite pour discuter avec un papa néerlandais et ses jumeaux (décidément, cela fait 2 jumeaux mâles en 2 jours) vêtus chacun d’un tee-shirt rose et qui vont à Legoland en arrivant de VéloLand. Le ferry arrive, débarque son chargement de cyclistes et en embarque un nouveau.

Sur le ferry, je remarque que, ici, beaucoup de cyclistes ont remis le masque alors qu’aux Pays-Bas, ils s’en battent les coucougnettes mais d’une force. Même dans les bars, restaus, magasins (notamment Décathlon où en France on ne rentre pas sans masque), personnne ne le porte.

A l’arrivée à Emder, de l’autre côté de l’Ems, 2 possibilités s’offrent à moi. Soit je file à l’ouest pour suivre la mer du Nord, suivre certainement une digue comme ce matin et en quiller plus de kms, soit je file nord-est à travers champs. J’opte pour cette 2è option et me voilà à nouveau sur le réseau cyclable allemand comme en septembre dernier. Après une partie pas très sympa avec piste cyclable mais en bordure de la route principale (pensée pour Béné … elle comprendra), je récupère la piste qui longe le Ems-Jade-Kannal qui m’emmène vers WilhemsHaven. Le moulin du meunier fonctionne. Je m’arrête dans une backereï non loin de là en espérant que la farine du pain complet acheté provienne de ce moulin. Je me prends aussi un gâteau noisette-chocolat-caramel qui ne devrait pas être dégueu pour ma pause 4h.

Je file à bon rythme en suivant cette belle piste cyclable longeant le canal et en croisant ou doublant toujours autant de cyclistes. Je profite aussi d’un espace avec des bancs, à côté d’où je prends cette photo, pour me faire ma pause 4h. Effectivement, le gâteau est délicieux.

L’heure avance mais j’ai envie de faire une grosse étape et de me rapprocher le plus possible, mais pas trop près non plus car cela devient compliqué après pour trouver un bivouac tranquille, de ce port de WillemsHaven où j’espère pouvoir prendre un ferry qui m’éviterait de faire tout le tour de cette immense bassin créé par la rivière Jade.

Je m’arrête tout de même devant une petite maison devant laquelle sont vendues des gelées de confiture à 1,50€ le pot. Je prends un pot de framboise et dépose mon unique pièce de 2€ dans la cagnotte au couvercle jaune. Je ne me rappelle pas avoir beaucoup vu ce système de vente libre en France. J’ai bien peur que la cagnotte et/ou les pots de confiture ne resteraient pas bien longtemps en vente libre. J’ai d’ailleurs vu le même principe aux Pays-Bas avec des légumes, des patates ou des fleurs. Là encore, on a encore bien du boulot de civisme …

Je continue ma route et j’arrive à un croisement avec une route qui va vers le village de Frideburg à 3,2kms du canal. J’aimerais bien y faire un détour, d’une part, pour me taper une bonne bière bien fraîche et, d’autre part, essayer de retrouver le nom du café où je me suis arrêté mercredi matin afin de le contacter pour leur demander si peut-être au cas où … et surtout avoir l’esprit libre. Le problème est qu’il n’est pas loin de 19h, que je ne sais pas où bivouaquer et que j’en ai aussi plein les bottes. Je décide de continuer le long du canal et d’attendre demain pour les lunettes. Je parcours 1km quand je trouve l’endroit idéal pour m’arrêter. « Demi-tour droite. En avant marche ». Je vais au village me taper ma bibine et lever mes doutes sur les lunettes. J’arrive à trouver les coordonnées (merci GoogleMaps), envoyer un message auquel j’ai un retour négatif très rapide. Tant pis. J’en aurais le cœur net au moins.

Photo bibine

Après ma pinte et ma longue pause, les 4 kms qui me ramènent au bivouac repéré me paraissent bien long. Mais il est tellement bon de se poser, se laver, même sommairement, au gant de toilette, de se changer et d’enfiler des vêtements propres et chauds puis de dîner copieusement. Voici d’ailleurs le menu du soir : pâté de foie à la germanique sur toast de pain complet à la farine ancienne, fricassée de boulettes de viande accompagnée de ses haricots blancs à la sauce tomate, vieux fromage hollandais à la gelée de framboise, gaufrette caramel façon Pays-Bas. Et pour finir une tisane thym-menthe avec sa barre de chocolat Côte d d’or l’original. Un vrai festin !

D’ailleurs ce qui est génial dans ce type d’itinérance, c’est que tous les sens sont exacerbés. La moindre des choses de la « vie normale », dont on ne se rend d’ailleurs même plus compte tellement c’est justement devenu « normal », devient un plaisir infini : dormir dans un lit, prendre une douche chaude, manger un bon repas, boire un bon verre de vin, se faire un ciné, passer une soirée entre amis … Et puis, j’ai aussi la chance de voir passer 2 biches qui traversent le chemin à quelques mètres de moi en sortant du sous-bois puis se baladent dans les environs.

Il est tard. Je vais rejoindre Morphée sans passer par la case Flaubert qui est d’ailleurs pas mal comme somnifère. Au fait, à la demande de certains, je vous propose à partir de demain de vous décrire tout mon barda. Bonne nuit les petits …

Résumé : 125kms, 6h15, 19.3km/h, bivouac

J49 – jeudi 16/7 – Burdaard(PB) / Bierum(PB)

Sommeil perturbé par cette histoire de lunettes. J’ai horreur de perdre mes affaires d’autant plus que je m’étais fait plaisir avec cette paire pour laquelle j’avais aussi des verres correcteurs pour pouvoir lire mes cartes. Tant pis pour moi. Le ciel est encore bien chargé ce matin mais il ne pleut pas. Je plie bagage et repars déjeuner sur ma table. A 8h, Georges me rapporte mon iPad chargé à 100% comme prévu. On discute pendant que je prends mon déjeuner et viens l’heure des adieux toujours difficiles. Content d’avoir fait cette pause dans ce petit camping familial à un prix très correct (6,50€). Je reprends mon chemin le long des canaux et des prairies, où paissent d’immenses troupeaux de vaches, pour retrouver la côte et la CustRoute.

Même au milieu de nulle part, je circule sur un réseau cyclable très bien entretenu. C’est vraiment incroyable.

Je croise aussi des moulins de différentes époques …

… et fait parfois de drôles de rencontre au croisement d’une piste.

Je finis par retrouver mon EV12 qui longe à nouveau cette immense digue. Par contre, il me faut rouler sous la digue au risque de me retrouver coincer par une barrière fermée à clé qui délimite les enclos à moutons. Mais je n’arrive pas à trouver un café-restau ouvert (je pense qu’ils n’ouvrent qu’à partir de 11h) dans les charmants villages traversés.

J’aime aussi tomber sur ces belles maisons ou fermes où, souvent, une partie de la toiture est en tuile réfractaire et l’autre en chaume. Souvent aussi les volets sont peints en rouge et blanc. Si David pouvait nous éclairer sur ces 2 points …

Juste avant d’arriver au Nationaal Park Lauwersmeer, une mer intérieure formant un lac immense, je tombe sur un combi Mercedes à l’écart de toute circulation immatriculé en Vendée. Je m’arrête et discute un moment avec ce couple de vendéens à la retraite adepte des voyages hors des sentiers battus à l’image de mon oncle Dédé et de Claudie. Ils habitent en-dessous des Sables d’Olonne au bord de la piste cyclable de l’EV4 et sillonnent l’Europe à bord de leur combi aménagé par monsieur. Ils me donnent de précieux conseils pour l’UrtiGrünten que j’espère prendre en Norvège.

Je finis par trouver un café ouvert dans le port de Lauwersoog. Je me pose devant le port de pêche alors que des trouées de ciel bleu font leur apparition. J’en profite pour appeler le fiston qui est à sa salle de sport de bon matin (il doit 7h du mat’ à Montréal) et mon vieux pote Christian qui pense à me rejoindre. Je papote, je discute, je traînasse et il est déjà midi passé. Le restau-self se remplit mais je préfère continuer ma route et trouver un endroit plus calme. Je reprends donc la digue …

avec toujours ce choix de prendre soit côté mer mais avec le risque de se retrouver devant un « encloclo » et de devoir grimper puis redescendre la butte,

soit côté terre mais le paysage est plus monotone et les crottes de mouton plus abondantes.

Alors que je me suis arrêté pour prendre ces photos, je suis abordé par un couple de cyclistes allemands, Peter et sa femme, en goguette dans le coin. Ils sont de Leer où je devrais passer. Peter me parle d’amis qui avaient vendu tout leur bien et étaient partis du Cap Nord pour rejoindre Gibraltar à vélo avec un camping-car suiveur pour gérer l’assistance. Beau périple quand même … Cela me fait penser à ce mode de vie appelé « minimalisme » auquel je dois appartenir depuis bientôt 2 ans. Digression.

A 22 ans, alors que j’étais prestataire de service informatique et que j’accumulais les déplacements, et ses fameux frais de dép’ qui me faisaient presque doubler mon salaire, j’ai bien failli me marier. J’avais un bel appartement meublé « Roche & Bobois » sis sur les rives de Cher à Tours.

A 28 ans, j’étais marié avec la maman de Gwen et m’étais bagarré pour récupérer la garde de sa demi-sœur aînée Nathalie, qui vit actuellement à Mayotte avec son compagnon Thierry (gros bisous à tous les deux) et avais acheté une vieille maison périgourdine avec piscine dans le village magnifique de Lanquais à une vingtaine de kms à l’est de Bergerac.

A 30 ans (le jour même de mes 30 ans mais ça c’est une autre histoire), j’ai tout perdu : boulot, maison, fric et surtout mes fille et belle-fille.

A 32 ans, le crabe m’avait attaqué sur mon point faible : la peau. Un an sur la carreau à me battre et à comprendre que la vie peut s’arrêter du jour au lendemain. Ma vision des choses changea totalement.

A 38 ans, je vivais avec la belle Hélène, voileuse et baroudeuse, rencontrée au début de mes emmerdes de santé, et bientôt papa du Titouan. Nous vivions dans ce bel appart’ blagnacais tout retapé au 4é et dernier étage avec vue sur tout Blagnac et Toulouse.

A 44 ans, je rencontrais Coco avec qui je vécus une relation passionnée et orageuse. J’habitais, en mode garde alternée, dans sa grande maison beauzelloise avec sa fille Marine et aussi sa nièce Eva.

A 56 ans, Titouan parti étudier à Montréal, je vendais tout mon mobilier et électro-ménager de l’appartement où je vivais avec mon fils pour m’installer chez Coco dans son superbe appart’ de Compans-Caffarelli avec vue sur le jardin japonais.

A 58 ans, je décidais de tout envoyer balader à force d’à force et m’installais dans mon petit meublé de 25m2 à 800m de l’Arche et 600m de mon atelier vélo.

A 60 ans quand l’heure de la retraite aura sonnée, je pense que je larguerais les amarres et je verrai alors où le vent me mènera … Tout cela pour dire que, j’ai compris depuis fort longtemps déjà que la richesse matérielle n’était vraiment pas en finalité en soi. Je crois que je n’ai jamais aussi serein et heureux depuis que je suis libre comme l’air. Comme j’aime à répéter cette phrase de Gandhi : « Le bonheur est l’harmonie entre ce que je pense, ce que je dis et ce que je fais. »

En clair, je pense qu’il nous faut adopter un mode de vie beaucoup plus respectueux de la Nature et de l’Homme. Je le dis en militant au sein d’associations environnementales et de promotion de la marche et du vélo ainsi qu’au niveau politique. Je le fais en m’engageant personnellement dans des actions écologiques, solidaires et citoyennes et, aussi, en étant « minimaliste ». Ce voyage itinérant en est d’ailleurs une forme. Je suis heureux. Fin de la digression.

Je les abandonne et continue à tracer mon sillon en ayant abandonné la route de l’EV12 qui s’enfonçait dans les terres. Mais, alors que je ne trouve aucun village, ni aucun commerce sur ma route et qu’il fait faim, je m’enfile un demi paquet de gaufrettes au miel en attendant mieux.

Vers 15h00, j’arrive à Zielhos dans un port minuscule …

… où il y a une guinguette à la déco pour le moins ancienne. J’y mange un Toasti Classic avant de repartir.

Je reprends la digue et c’est reparti mon kiki. Grosse plaque et en avant toutes et tous, je pousse ! J’arrive en vue d’un énorme complexe d’éoliennes qui, d’après les panneaux, produit 8.000 MW. C’est impressionnant.

Par contre, à force d’appuyer comme un forcené sur les pédales, j’en ai une qui se barre. Depuis quelques kilomètres, j’avais du mal à changer les plateaux et je comprends maintenant pourquoi. Les vis se sont desserrées et la vis centrale en plastique est faussée. Je démonte l’axe et en profite pour nettoyer tout cela. Entre le sable, la boue, la pluie et les merdes de moutons, veaux, vaches, cochons … le matos morfle sacrément. Je remonte la pédale et … oui, je sais, pas trop fort quand même !

L’heure avance et il faut que je trouve du pain et autres denrées pour fêter dignement mon 49é jour de vadrouille. Et oui, moi c’est le 49 mon chiffre fétiche. 49 (Maine&Loire) pour mon département de naissance. 1h19’49 sur demi, 2h49 sur marathon, 9h49 sur 100kms en course à pieds. Et j’espère vivre en bonne santé jusqu’au 4.9.49. Je pense que 88 ans sera un bel âge pour passer à autre chose. Je dégote un commerce à Slijk et m’y rend. Le village est charmant avec son vieux moulin …

et son église ceinturée d’eau (je n’avais encore jamais vu cela !).

Sur les recommandations de mon pote David, je m’achète des harengs aux oignons avec quelques patates que je trouve au rayon traiteur, du pain Mueslibrood et une bière Grolsch. Ce sera repas de gala ce soir. Ensuite, il me faut trouver un bivouac sympa. Je me dirige vers la digue et, coup de bol incroyable, je longe une maison avec, sur le côté, une cabane avec un panneau OPEN.

Je m’arrête, pause mon vélo, frappe à la porte. Une femme m’accueille très chaleureusement. Je lui demande si je peux installer ma tente dans le jardin et elle acquiesce tout sourire en me faisant visiter son domaine. Finalement, je choisirais de dormir allongé dans le salon de thé et dîner dans la maison des sorcières. Et oui, la dame est une sorcière ! Incroyable mais vrai …

Fin de cette longue journée à suivre « la digue – la digue, de Nantes à Montaigu , la digue du cul » qui se finit en apothéose.

Résumé : 100kms, 5h20, 18.6km/h, bivouac