J46 – lundi 13/7 – Port de Rotterdam (PB) / Egmond aan Zee(PB)

Je passe une nuit compliquée où j’ai eu l’impression de dormir sur une bouche de métro tellement il y avait de vibrations avec le trafic nocturne. Je dois aussi me lever à 1h du mat’ pour faire ma pissouille nocturne avec vue sur le port illuminé. « Il est beau mon port la nuit » aurait pu dire Richard Bohringer. Quoique pour la pollution lumineuse, il y aurait à redire. Je me demande d’ailleurs pourquoi tous ces bâtiments sont illuminés ?

Je me réveille à 6h du mat’ et plie mes gaules vite fait. A 6h21, le ferry arrive pile-poil à l’heure. 3 personnes en descendent à vélo évidemment et c’est parti pour la traversée des bassins. C’est une vraie ville dans la ville !

A 6h59, je débarque à Behaven et retrouve l’EV12 pour continuer à suivre la Route de la Côte. Je tombe par hasard sur le départ de l’EuroVélo15 (la route du Rhin) qui part d’ici et descend jusqu’aux sources à Andermatt, route que j’avais croisée lors de mon périple à Budapest sur l’EV6 l’an dernier.

Je longe à nouveau la mer du Nord sous un magnifique ciel bleu et par une température clémente idéal pour faire du vélo. Je m’arrête à Monster, ville de productions de fleurs, pour y acheter du pain et une viennoiserie. Je n’ai toujours pas déjeuné et il commence à faire faim.

Je finis par trouver un banc accueillant où je me fais un p’tit’ déj’ copieux avec vue sur la mer et un chalutier en plein boulot raclant les fonds marins.

Le paysage est dunaire avec quelques belles bosses mais rien de méchant. Quoique ça zigzague quand même pour arriver en haut. D’ailleurs, qui a dit qu’on ne pouvait pas emmener ses enfants à l’école sans prendre sa voiture ?

J’arrive ensuite dans la grande ville de Scheveningen où il est toujours très compliqué de ne pas perdre les panneaux. Mais, comme de toute façon, je longe la côte, je n’ai qu’à bifurquer à gauche et retomber automatiquement dessus.

En sortant de cette ville, je tombe sur l’hippodrome où se court le Grand Prix de Rotterdam avec handicap dans la 5é. Le terrain est humide mais plat, le vent pratiquement nul. Tous les engagés sont sur la ligne de départ. L’arrivée sera donnée au port.

Je poursuis ma route et m’arrête au « Fletcher Hôtels » pour y prendre mon café et pianoter. Puis je repars à travers ce parc national des dunes (« Duin Park ») avec toujours ce réseau incroyable de piste cyclables séparés et de la route et du cheminement piéton. Comme cela, pas conflit entre les différents usagers. D’ailleurs, les cyclistes sont très respectueux; les automobilistes également s’arrêtant pour me laisser passer et les piétons sont sur leur chemin sinon c’est coups de sonnette pour les prévenir. L’exemple de réalisation à suivre par nos élu.es !!! Même si « historiquement », nous n’avons pas fait ce choix, il n’est jamais trop tard pour rattraper ces conneries et réécrire l’histoire justement.

Vers 13h, je m’arrête en bordure de plage pour avaler mon premier fish&ships. Je ne suis pas en G-B mais c’est tout comme et je me régale.

Je profite de la wi-fi gratuite pour passer quelques appels notamment à ma fille Gwen qui m’apprend la composition du nouveau gouvernement. Je dois dire que j’en tombe sur le cul. La France me fait penser à ces vieilles aristocrates bouffies, perruquées et poudrées, confites dans l’entre-soi et convaincues d’être le centre du monde. Cela va finir par péter. Ce n’est pas possible autrement …

Les néerlandais, comme les gueux français, profitent des vacances et de la plage.

Par contre, l’après-midi, c’est changement de décor. Après m’être arrêté à Zandvoort, célèbre pour son circuit automobile, pour y faire mes courses. J’y achète d’ailleurs les fameuses gaufrettes au miel que nous rapportaient les collègues d’Air France en déplacement ici et où j’ai effectué une mission à La Barigoude il y a quelques années déjà. J’en profite pour saluer mon pote Loïc rencontré là-bas ainsi que François, Jean-Yves, Franck, David sans oublier la belle Estelle rencontrée grâce à cette bande de coureurs. Je traverse ensuite le National Park Zuid-Kennemerland où la forêt a remplacé les dunes … mais avec toujours autant de cyclistes.

Par contre, parfois, c’est compliqué de suivre la bonne direction surtout si on admire le paysage ou les châteaux ! Dans l’exemple ci-dessous, déjà il faut arriver à repérer le panneau EV12 qui envoie tout droit chez les châtelains alors que la route part à droite et à gauche ?!? Même si le fléchage est assez précis (sauf dans les villes comme en France), parfois il faut partir à gauche puis à droite pour voir dans quel sens est l’itinéraire descendant pour intuiter l’itinéraire montant vers le nord.

Puis j’arrive à Velsen où je traverse par ferry le Noordzeekanal qui va à Amsterdam à 20kms à l’est. Toujours autant de cyclistes …

Finalement, je n’irai pas à Amsterdam que je connais pour y avoir couru un de mes marathons en -3h il y a 15 ans. J’y étais allé avec Florence, une ancienne collègue, très belle femme typée vietnamien par son père, avec qui nous avions eu le coup de foudre, vécu un an ensemble avant de se séparer. Alors que j’avais un superbe grand appart’ à Blagnac que nous avions refait à neuf avec ma compagne Hélène, mère de mon fils Titouan âgé de 5 ans à l’époque, j’avais brisé mon couple pour cette tocade. La crise de la quarantaine paraît-il. La crise de la connerie surtout. Je leur ai fait beaucoup de mal. Mais il est trop tard pour revenir en arrière et réparer ses conneries. C’est la vie …

Je file à travers un nouveau parc et y fait de drôles de rencontres. On dirait les vaches des Highlands en Ecosse.

L’heure avance et, comme chaque soir, arrive le problème de l’hébergement. Je m’arrête dans un café-restau le long d’une plage pour y boire une bonne bière bien fraîche et me ravitailler en eau mais les serveuses me refusent de me donner de l’eau (rationnement pour le restau). Bon, je vais devoir faire avec un seul bidon avant de trouver un endroit où me poser pour la nuit. Je trouve dans une clairière en bordure de la piste. Parfait.

Résumé : 105kms, 5h40, 18.6km/h, bivouac

J45 – dimanche 12/7 – Neeltje Jans(PB) / Port de Rotterdam (PB)

« Gut morgen Zeeland ! ». Après une pissouille nocturne où il a fallu que je m’extirpe de mon duvet puis de mon perchoir (mais la voûte étoilée valait bien cet effort obligé), je suis réveillé par le concert des mouettes sous un magnifique ciel bleu. Le camp est vite plié et à 7h30 je suis déjà le cul sur mon fidèle destrier. Le moral est, comme le ciel, au beau fixe malgré la seulitude et la barrière de la langue. Je sors de cette presqu’ile en contemplant à nouveau ces impressionnants barrages sensés protégés les polders. Mais entre le dérèglement climatique annoncé par les scientifiques depuis des années, les faibles mesures prises pour tous les gouvernements des pays riches et le manque d’implication d’un grand nombre de citoyens quant à leur consommation énergétique, il faut espérer que ces barrages soient suffisants. Dans les pays pauvres (pardon, « en voie de développement ») qui, en plus, n’y sont pas pour grand chose dans ce dérèglement, les populations n’auront, hélas, pas toute cette technologie pour les protéger. Et quand ils voudront venir chez nous plutôt que de crever, on les rejettera à la mer. Histoire connue. Triste humanité …

Je continue à remonter vers le nord-ouest toujours en suivant l’EV12 et traverse cette fois-ci la presqu’île de Schouwen-Duiveland. L’itinéraire emprunte une piste cyclable au pied des dunes en longeant la mer. Le spectacle des yeux est au rendez-vous en ce beau dimanche matin.

Par contre, j’essaie de rentrer dans les terres à Renesse pour trouver un café mais tout est encore fermé. J’y trouve quand même un joli moulin et ces maisons typiques en briques marron.

Je franchis à nouveau une digue pour arriver sur la presqu’île de Goree-Overflakee. Les cyclistes du dimanche matin s’en donnent à cœur joie et ce sont de nombreux groupes que je croisent ou qui me doublent roulant à bon rythme sur ce terrain plat et sans le danger permanent des bagnoles vous rasant les miches.

Comme je ne traverse aucun village pour trouver un café, je m’arrête finalement dans un superbe camping non loin de l’EV12. Puis je reprends ma route et, peu de temps après, me fais justement doubler par un important peloton de cyclistes aux couleurs bleues. Je m’accroche pour essayer de prendre la roue vu que j’ai vent dans le nez. Un des cyclistes me double et m’interpelle dans un très bon français. C’est un ancien capitaine de bateau, qui après avoir pas mal bourlingué, est parti avec femme et enfants vivre à St-Jean-de-Luz pendant 6 ans où il a bossé au centre Hélianthal. Nous discutons de concert et il m’indique que nous allons traversé le 1er barrage construit dans les années 1950 pour créer un polder sur cette région inondée auparavant. Manque de bol pour accéder au-dit barrage, il y a une grimpette et, avec mes sacoches, impossible de suivre le rythme du peloton. Je lui fais signe de continuer et de rejoindre son groupe. Je me retrouve à nouveau seul mais cela était sympa de pouvoir converser quelques instants en français.

Mais il est déjà midi passé et le p’tit déj’ est fort loin. Juste aprè s ce barrage, il y a une grande plage de sable blanc avec une terrasse devant. Je m’arrête mais ils ne font que restauration en ce dimanche ensoleillé. C’est bondé et cher. Je m’arrête quand même sur un banc et finis mes dernières provisions : 2 tranches de pain, le reste de mes rillettes du Mans du pays paternel, un morceau de fromage et mes derniers gâteaux secs. Cela va faire juste pour tenir jusqu’à ce soir à moins que je ne trouve une friterie sur la route. Puis je m’allonge sur mon banc et me tape une bonne sieste dominicale avant de repartir vers Rotterdam.

Je zigouiguite dans la campagne néerlandaise en suivant l’itinéraire EV12 qui n’emprunte que des pistes cyclables. C’est plat, calme, propre. Pas un bruit de voiture. Que des tintements de sonnettes de temps en temps pour avertir de l’arrivée d’un cycliste. Et, comme hier, ils sont fort nombreux à se balader en couple, en famille, en peloton de lycra. C’est vraiment impressionnant. Je m’arrête à nouveau en bordure de plage à Oostvoorne dans un café-restaurant classe pour y prendre un café-gâteau au bar vu que toutes les tables sont occupées. L’addition (7,75€) est plutôt corsée mais vu l’emplacement et le cadre. Ce sera mon petit plaisir dominical.

Par contre, en pianotant sur ce blog pendant cet intermède, je m’aperçois du bond des connexions probablement dû à l’article de La Dépêche de vendredi. Bienvenue aux nouveaux lecteurs. J’espère que aurez plaisir à me lire et partager mes sensations, mes émotions, mes états d’âme, mon parcours de vie aussi, alors que l’heure de la retraite va bientôt sonner, qui m’a fait partir seul sur ce voyage itinérant. J’espère aussi que cela ne me mettra pas une pression supplémentaire bien que je l’ai abandonnée depuis quelques temps déjà avec ma nouvelle orientation de vie …

En sortant de ce restaurant, je retrouve mes panneaux avec celui de l’EV12 (en bas du poteau) que j’essaie de ne pas rater sinon c’est jardinage assuré.

Après quelques kilomètres, c’est changement radical de décor. J’arrive dans le port de Rotterdam, un des plus grands ports européens (si ce n’est le plus grand). Je roule un moment dans cet impressionnant capharnaüm en suivant attentivement les panneaux EV12 avant d’arriver devant un cul-de-sac, en fait un embarcadère, qui m’oblige à prendre un ferry. J’allais dire que j’étais content d’être dimanche et de ne pas avoir à subir la circulation, que j’imagine incessante, de poids-lourds et de voitures. Mais là, il me faut patienter …

D’ailleurs, en voyant tous ces porte-containers, je me souviens d’une anecdote d’un pote d’Atos qui me racontait que, pour ne pas se faire piller les containers de paires de chaussures Nike venant des pays d’Asie, ces chaussures voyageaient dans 2 containers différents : un pour les chaussures gauches, un autre pour les droites !

Il est 16h30 à l’arrêt « Aanlegplaats Antarcticaweg Maasvlakte ». Le prochain ferry à destination de Berghaven à 3kms au nord est annoncé à 17h01 en période estivale. Une bande de jeunes à scooter arrivent et me disent qu’ils attendent aussi ce ferry.

Je profite de cette attente pour regarder le trafic incessant de ces monstrueux navires tractés par des remorqueurs et transportant ces containers comme s’il s’agissait de simples fétus de paille.

Un autre navire étonnant me passe devant le nez; j’imagine qu’il doit installer des éoliennes ou des plateformes pétrolières en mer.

Par contre, l’horaire de 17h01 est passé et toujours pas ferry en vue. On patiente. 17h15 toujours rien. On vérifie l’horaire sur le panneau. C’est pourtant bien cela. Un des jeunes consulte le site RET et s’aperçoit que les horaires sont dorénavant ceux de la période d’hiver … donc pas de ferry les samedis et dimanches. D’ailleurs, sur la vitre de l’arrêt, c’est marqué en néerlandais. Dommage que mon pote David d’Utrecht, collègue d’AtoS parti bosser à Paris pour les J02024 avec Carole son ariégeoise de femme et leurs deux ados Néo et Eline (famille de triathlètes), n’ait pas été là pour me traduire ! Je vous embrasse tous les quatre.

Les jeunes ont les boules car ils ont acheté le ticket sur Internet. Ils repartent sur leur scooter et me laissent seul au milieu de ce no man’s land. Je consulte Maps.me mon ami et constate qu’il me faut faire au moins 40kms pour contourner tous les bassins et, encore, il me manque un bout de carte du nord de cette zone … Il est 17h30 et je n’ai vraiment pas envie de me taper au moins 2h30 de vélo dans ce foutoir. Je décide donc de m’arrêter là et d’attendre le premier ferry de 6h du mat’ ou celui de 7h10. Je suis protégé du vent dans mon abri de plexiglass et je bivouaquerai là en compagnie de Gustave bien que j’ai du mal à accrocher son lancinant récit.

Une nouvelle fois, il me faut accepter les impondérables de cette itinérance. Surtout rester cool et zen. Il est 18h00 et j’ai franchement les crocs après mon déjeuner très léger de ce midi. Je me prépare donc un sachet de Tipiak pour 3 personnes, malheureusement sans pain, que j’avale sans coup férir. En dessert ce sera ma dernière barre de chocolat accompagnée d’une casserole de thé ! Demain, il faut que je réapprovisionne le frigo. Fin de cette journée bizarre avec ce contraste saisissant entre, d’un côté, le calme verdoyant de la campagne et, de l’autre, le trafic et l’activité incessants de cette zone portuaire déshumanisée où j’ai droit au même concert qu’hier soir.

Résumé : 85kms, 4h45, 17.4km/h, bivouac

J44 – samedi 11/7 – Zwankendamme(Bel) / Neeltje Jans(PB)

Après avoir entamé le livre « L’éducation sentimentale » de Gustave Flaubert (après l’élève Maupassant, je passe au maître), je me suis endormi dessus et me réveille aux aurores après avoir roupillé comme une marmotte. Je déjeune de l’autre côté des blockhaus au soleil, assis sur une bite d’amarrage puis fais sécher tente et barda sur la piste cyclable, déserte en ce samedi matin, avant de tout plier et de reprendre la route. Bien m’en a pris de m’arrêter là hier soir parce que pour sortir de cette zone portuaire de Zeebruges, ce n’est pas une mince affaire même avec le GPS. En effet, la piste que je suivais s’interrompt brutalement avec grilles et fils barbelés; j’imagine pour stopper un flux de migrants.

J’arrive à me sortir de ce guêpier et retrouve le magnifique réseau cyclable. Pour illustrer mon propos d’hier, voici un exemple d’aménagement de carrefour et je ne suis pas entre Blagnac et Toulouse mais au milieu de la campagne. Vous remarquerez que le STOP est avant la piste et permet ainsi aux cyclistes de ne pas devoir s’arrêter continuellement comme c’est le cas chez nous.

L’exemple qui me vient à l’esprit est cette belle piste cyclable qui relie Blagnac à presque Mondonville entrecoupée de « Cédez-le-passage » et de « Stop » … pour les cyclistes. Et il y a intérêt à s’arrêter sinon on se fait découper en deux ! Autre exemple, pourtant vanté par le maire de l’époque M. Keller, la piste cyclable qui longe les pistes de l’aéroport pour aller de Blagnac à Cornebarrieu où vous devez traverser 3 fois l’axe routier hyper emprunté pour suivre cette piste et aller d’un rond-point ultra dangereux (entrée de la zone commerciale) jusqu’au rond-point d’entrée de Cornebarrieu où vous vous retrouvez dans le flux automobile ! Et cela fait 15 ans que les associations d’usagers du vélo et de la marche « 2Pieds2Roues » et environnementale « l’ABAVE » ont dénoncé ces aberrations mais rien a changé depuis. Je vous assure que c’est vraiment désespérant quand on s’implique pour essayer de faire bouger le schmilblick d’où aussi mon implication politique aux dernières municipales sur Blagnac. On verra bien si notre superbe score de 15%, malgré la forte abstention, fera bouger les lignes …

Je fais un détour par Knocke-le-Zoute où il ne pleut pas, n’ai pas la bite sous l’bras mais écrasée sur la selle et ne danse pas encore le tango (pour les d’jeunes, cf Google avec Jacques Brel) puis m’arrête devant la boulangerie bondée à cette heure. Tiens non, c’est un loueur de vélos !

Toujours à ce sujet, mais plutôt côté bouffeurs de bitume en lycra moulant (dont je fais aussi parti), je me fais doubler par un club de cyclos, scindé en 2 groupes d’une vingtaine de coursiers, roulant à bonne allure sur la route mais encadrés par 2 motards du club. Dès qu’une voiture veut doubler un des pelotons, le motard de queue précède la voiture, double le groupe et se replace derrière. Une idée pour Jean-Louis le président émérite de mon club du Stade Toulousain Cycliste. Clin d’œil au passage à toute cette bande de joyeux drilles.

Je contourne ensuite les polders qui séparent la Belgique des Pays-Bas et tombe sur l’EV12 du nord de l’Europe que je vais essayer de suivre en fonction de l’itinéraire emprunté.

J’arrive à De Brabander, station balnéaire zélandaise où je m’arrête boire mon café tant attendu. Je viens d’effectuer 40kms uniquement sur de la piste cyclable. OK j’arrête. Je sais que « ça saoûle » mais quand on roule toute l’année sur un réseau cyclable de merde et que nos demandes légitimes sont tellement lentes à mettre en œuvre …

Je continue ma route en longeant les plages sur ce magnifique réseau cyclable, m’arrête acheter une barquette de frites-mayo puis pause-déjeuner sur cette chaise bien confortable avec vue sur la mer du Nord où j’engloutis aussi les œufs durs donnés par Tiss.

Je reprends ma route jusqu’à Breskens et m’y arrête pour prendre le ferry en direction de Ritthem. C’est d’ailleurs l’itinéraire indiqué pour l’EV12 et je suivrai aussi le conseil de Stéphane, co-fondateur de notre atelier vélo de l’Arche.

Une fois la traversée effectuée, je débarque dans cette charmante bourgade et me sens vraiment aux Pays-Bas !

Si ce n’est que, après avoir débarqué, je colle la roue à une bande de jeunes roulant en Solex (pour les d’jeunes, consulter Wikipédia). Il faut dire que le vent d’ouest frisquet souffle fort dans ma direction.

Au bout d’un moment, ils finissent par s’arrêter pour laisser passer le vieux avec ses sacoches qui continuent sa route en suivant toujours la côté ouest et la « CustRoute EV12 » et longeant de belles plages protégées par des dunes immenses qu’il faut grimper à pieds avant de pouvoir poser sa serviette.

Et, à chaque accès à une plage, le parking vélo est complet comme les pistes empruntées où c’est compliqué de doubler tellement il y a de circulation. Vraiment impressionnant ! Je décrète unilatéralement que cette journée sera « la journée du vélo ».

Même à l’entrée des villages traversés, où les terrasses sont bondées vu le soleil rayonnant et le ciel bleu azur, les parkings vélos sont saturés.

En remontant vers le nord-ouest de cette presqu’île, j’emprunte une belle piste en forêt avant d’arriver à Breezand où je me pose pour boire une bière bien fraîche … et manger une calzone par l’odeur des pizzas alléchées. Ce sera ma 1ère pizza depuis celle partagée avant mon départ avec mes potes de confinement Jessy, Eric & Nico. Ensuite je traverse un bras de mer sur lequel a été construit un immense barrage avec d’énormes vérins pour fermer les vannes et constituer ainsi une mer intérieure : Veerse Mer.

Je file sur la piste qui m’emmène au nord, quand au beau milieu de nulle part (en fait je suis sur une minuscule presqu’île nommé « Neeltje Jans »), je repère des sortes de caissons posés sur le terre-plein.

J’inspecte les lieux et me réserve la chambre 17. Pas de tente à monter. Pas de cuisine à faire. A l’abri au cas où. Ce sera parfait pour la soirée et la nuit …

J’ai même droit à un concert de mouettes en la majeur et vue sur la mer du Nord. Royal ! Cette belle journée dédiée aux vélos et aux cyclistes s’achèvent par un beau coucher de soleil.

Résumé : 100kms, 5h45, 17.0km/h, bivouac

J43 – vendredi 10/7 – Dunkerque(59) / Zwankendamme(Bel)

Dur-dur ce matin. Après être rentré tard de Lille, j’ai reçu des appels téléphoniques de mon cercle d’ami.es proches puis j’ai diné et enfin j’ai téléchargé mes cartes et commencé à étudier mon itinéraire à venir.

Je me lève, me douche, enfile ma tenue toute propre que Tiss, la sœur de mon hôte Baligh, m’a gentiment lavé et séché puis vais déjeuner. Et, là, surprise !

Tiss s’est levé tôt et m’a préparé un p’tit déj’ royal avec pain algérien, œufs, café, yaourt grec. C’est vraiment super sympa. Je vais ensuite ranger mes affaires car il me faut partir. Wael, le fils de Tiss avec qui j’avais eu une discussion très intéressante mercredi soir (un conseil de vieux con Wael : « Vis tes rêves, ne rêve pas ta vie ! »), dort encore quand je pars. Avant cela, Tiss me fait le plus beau des compliments en me disant « Tu t’es fondu dans le paysage comme si tu étais de la famille ». Cela me touche énormément. En effet, mon projet n’est-il pas aussi de « voyager dans le paysage » ? Paysage naturel et paysage humain. Merci encore à tous les trois pour votre bel accueil et votre petit nid douillet avec vue sur les arbres et le beffroi.

Je sors de Dunkerque sous un ch’ti crachin et longe l’immense plage de Malo-les-Bains, la plus belle plage du Nord. Mais je n’ai pas trop envie de me baigner ce matin.

Quelques motivés s’éclatent sur leur kite-surf. Moi je file avec toujours vent dans le dos sous un ciel encore bien chargé.

En sortant de Malo, je retombe sur l’EV4 que j’emprunte en suivant un suivant une coulée verte construite sur une ancienne voie de chemin de fer. Et oui, en France, on a abandonné des voies ferrées au profit du tout-voiture et de tous ces inconvénients (dépendance, prix de l’essence de l’entretien et de l’assurance, bouchons dans les grandes villes, pollutions, …) d’où le mouvement des GJ. Et on transforme ces voies délaissées en voie verte cyclable et piétonne. Tant mieux. Mais cela ne désenclavera pas nos campagnes hélas …

A 10h30, je franchis la frontière avant d’arriver à La Panne et m’arrêter prendre mon traditionnel café matinal.

Une fois posée, je lis mon courrier dont un de Jean-Claude, correspondant de La Dépêche sur Blagnac, qui a publié un bel article sur mon périple dont voici le lien :

https://www.ladepeche.fr/2020/07/10/le-tour-de-leurope-a-velo-8973405.php

Décidément, entre TF1 et La Dépêche, je vais finir par devenir célèbre ! Quand j’étais plus jeune, j’aurais aimé passer à Stade2 et dans l’Equipe mais ce sera dans une autre vie.

Je longe la côte depuis La panne avec un enchaînement de stations balnéaires aux promenades très larges mais aux immeubles horribles …

… si ce n’est quelques constructions originales.

Et un restaurant « Le Normandie » auquel on peut aussi accéder par une voie cyclable séparée de la circulation.

D’ailleurs, cette énorme différence avec la France, que je viens de quitter après presque 4.000 kilomètres parcourus depuis Toulouse, est de suite perceptible lorsqu’on passe 5 à 6 heures par jour le cul sur la selle. Depuis le passage de la frontière, je me retrouve soit sur des voies cyclables séparées de la circulation (cf photo ci-dessus), soit sur des pistes cyclables en dehors de la circulation. En France, j’ai dû rouler 90% des kms sur des routes partagées et 10% sur de vraies pistes cyclables bien souvent en agglomération, ou sur des chemins de traverse ou des voies vertes. Dans les pays voisins où le vélo est considéré comme un mode de déplacement à part entière et non pas comme le moyen de transport des bobos ou des 3% minoritaires (donc à quoi ça sert de créer des infrastructures ?), la proportion doit être inverse càd 10% sur routes partagées et 90% sur des axes cyclables !De plus, pour faire 100kms entre deux villes en voiture chez nous, je pense qu’il faut en faire 150 à 160 en zigzagant à travers champs et marais à vélo en évitant les axes principaux non équipés (routes départementales ou nationales) donc hyper dangereux. C’est dire.

Quel retard nous avons pris par rapport à nos voisins de l’est et, quand je vois les mentalités de beaucoup dans notre vieux pays sclérosés, je crains hélas que ce ne soit pas prêt de changer. Revenons à mes préoccupations du moment.

Le midi, je m’arrête donc déjeuner à Nieuport en bordure de plage après avoir acheté mon désormais traditionnel sandwich-frites. Le soleil se montre enfin et je peux profiter de ses rayons pour faire sécher ma tenue de marin-pêcheur. Le chemin noir m’invite aussi à me jeter à l’eau mais je préfère admirer de loin les voiliers faire des ronds dans la mer du Nord.

Je continue vers Ostende et suis obligé de m’y arrêter … au stand (OK, facile !) vu que la route s’est fait la malle pour laisser passer les p’tits bateaux qui vont sur l’eau.

Une fois remise en place, je peux trouver facilement, en suivant les panneaux d’indication pour les cyclistes, une magnifique piste cyclable longeant un canal qui me conduit à Bruges où j’ai décidé de faire un crochet. Et, évidemment, comme partout sur ce réseau cyclable sécurisé, balisé et continu (aux intersections, priorité est donnée aux vélos), il y a pléthores de cyclistes de tout âge et de toute condition physique et sociale.

J’arrive en milieu d’après-midi à Bruges, la petite Venise du Nord et, là, j’en prends pleins les mirettes et ne suis vraiment pas déçu du détour. C’est vraiment charmant. Voici quelques vues de cette magnifique cité lacustre.

Après cette visite touristique, je trouve un nouveau canal qui me ramène vers le bord de mer. Mais comme il est déjà tard et que je n’ai pas trop envie de tournicoter dans la zone portuaire puis sur la côte afin de trouver un éventuel bivouac, je m’arrête à Zwankendamme (ben oui, nous sommes dans la Belgique flamande) pour m’acheter mon pain quotidien, boire une Jupiter tonnerre de Zeus, refaire le plein d’eau et pianoter dans cette ambiance de début de week-end assez masculine. Le problème est que je ne comprends plus rien à ce que mes voisins de table racontent !

Puis je remonte le canal d’où je viens pour bivouaquer dans un endroit repéré à l’aller : un alignement de blockhaus à l’écart des regards indiscrets !

Résumé : 100kms, 5h30, 17.6km/h, bivouac

J42 – jeudi 9/7 – Dunkerque / Lille / Dunkerque

Journée repos (enfin repos relatif puisque j’ai marché toute la journée). Réveillé à l’aube mais je dois attendre 9h30 pour mon covoiturage qui doit me déposer à Lille où j’ai prévu de passer la journée pour visiter cette ville que je ne connais pas. A 8h00, je reçois un SMS de mon covoitureur m’avertissant d’un retard d’une heure. Ça commence bien. Je me rabats donc sur la SNCF et j’arrive à trouver un train à 9h00. Comme je suis en avance, je pars me balader dans le centre de Dunkerque avant d’aller prendre mon train. Je ne me rappelle plus du titre d’un film avec Lino Ventura qui joue le rôle d’un commissaire de police parisien et qui, après avoir résolu une affaire implicant son supérieur, est muté à Dunkerque. Je comprends maintenant son désarroi … Donc je quitte mon Airbnb qui se trouve en plein centre-ville et à quelques minutes à pied de la gare. L’extérieur n’est pas engageant.

Et ce que j’ai vu de la ville non plus d’ailleurs …

Puis je parcours le centre de Lille ainsi que l’impressionnante forteresse Vauban toute la journée avant de rentrer à 20h dans mes pénates dunkerquoises. Je dois avouer que je suis légerèrement déçu. Trop de voitures dans les rues à mon goût et un vieux centre plus petit que ce que j’imaginais. Il faudra que j’y retourne avec un lillois pour me faire découvrir la vie lilloise underground. Voici un aperçu de ma visite lilloise en surface.

Demain je continue vers l’est et vais donc passer en Belgique avant de remonter plus au nord. Mais cela est une autre histoire …

J41 – mercredi 8/7 – Ambleteuse(62) / Dunkerque(59)

Je dors comme un bébé dans mon petit lit douillet de l’Arche. Les assistants m’ont dit ne pas descendre avant 8h pour le p’tit déj’. Je feignasse au lit en regardant la pluie tomber. Et oui, il pleut à nouveau comme annoncé. Je prévois donc d’aller jusqu’à Dunkerque et de réserver un Airbnb pour 2 nuits puis de prendre le train et passer mon jeudi à Lille où je ne suis jamais allé. C’est l’occasion. Vers 8h15, les assistants émergent et ouvrent la salle alors que patientent déjà 2 pensionnaires qui doivent rejoindre leur ESAT. Chacun s’installe à sa place puis les autres pensionnaires arrivent tranquillement et déjeunent à cette grande table commune. Je monte ensuite ranger ma chambre et enfiler ma tenue de marin-pêcheur. Puis je prends congé de cette communauté en les remerciant encore de leur accueil.

Je descends ensuite sur la côte pour retrouver l’EV4 et prendre une photo de la baie avant de repartir. J’aperçois un cameraman, pense au tournage d’un film mais il n’y a pas assez de monde. En fait, il s’agit d’une équipe de journalistes : un jeune photographe qui a fait le tour du monde à vélo avec 64 pays visités sur un an, un preneur de son et le cameraman. Ils proposent de m’interviewer ce que je fais avec grand plaisir. Puis me disent que ce reportage passera au 13h de TF1. Effectivement cela ne durera que quelques secondes sur les minutes passées à discuter. Mais quelle incroyable coïncidence ! A partir de la 37é minute en téléchargeant le lien ci-après :

https://www.tf1.fr/tf1/jt-13h/vidéos/le-13-heures-du-8-juillet-2020-36763808.html

Je file sous une pluie fine et toujours vent dans le dos vers le phare de Cap Gris-Nez.

Je profite de la présence d’un papa et de son fiston anglais, à vélo et en short tous les deux, pour me faire tirer le portrait en tenue de marin-pêcheur.

Puis je m’arrête prendre mon petit café matinal et envoyer des SMS pour prévenir les potes et la famille de cet éventuel passage télévisé. Et je reprends une petite route sur l’EV4 à travers des cultures et paysages ô combien vallonnés.

Au bout d’un moment, je rebifurque sur la D940 pour aller admirer le phare de Cap Blanc-Nez, en haut à droite dans le brouillard, après une belle montée où je me serais crû dans l’ascension d’un col pyrénéen avec ses lacets et son arrivée dans la brume !

Puis je redescends vers Sangatte de triste mémoire avec ses camps d’émigrants qui ont été démantelés et arrive à Calais où quelques émigrants traînent aussi dans le parc où je déjeunerais.

En me baladant dans les rues, j’y apprends que le général De Gaulle (1890-1970) était originaire de Lille et que sa femme, Yvonne Vendroux (1900-1979), était calaisienne. Et que ce couple s’était uni en l’église Notre-Dame le 7 avril 1921. C’est sûr que c’est moins glamour que nos couples royaux suivants : Valéry Giscard d’Estaing & Lady Diana, Chirac & Dalida, Mitterrand & Anne Pingeot (à lire le livre « Lettres à Anne »), Sarkozy & Carla Bruni, Hollande & Julie Gayet et enfin Manu & Brigitte de Le Touquet-Paris-Plage. C’est évident que ces « couples glamour » ne marqueront pas autant l’Histoire que le grand Charles et Yvonne. Voilà pour la petite histoire. Je vais ensuite voir l’hôtel de ville et son célèbre beffroi …

… avant de déjeuner d’un copieux sandwich « fricatelle-maroilles-frite » dans le parc à côté. Je pense que, avec ce régime calorifique, je vais perdre moins de poids que l’an dernier lors de mon périple à Budapest !

Après ce petit en-cas, je reprends la route direction Dunkerque. Le ciel est toujours aussi plombé. J’ai branché mon GPS Maps.me vu que j’ai perdu la trace de l’EV4 dans Calais. Arrivé vers Gravelines, je rencontre un cyclo-touriste parisien roulant en sandales, comme le toujours jeune et vert Max, qui part faire le Tour de France. On chemine quelques kilomètres ensemble mais pas évident de discuter côte à côte dans la ciculation. De plus, il a l’air pressé de trouver son camping et de se poser. On se quitte en se souhaitant bonne route.

Le temps s’écoule doucement. Les paysages ne sont pas terribles. La météo non plus. Les kilomètres s’étirent. J’ai juste envie d’arriver dans ma chambre à Dunkerque, de prendre une bonne douche et d’aller boire une bière. Cela fait aussi parti du voyage d’avoir des temps faibles. Il faut l’accepter et faire avec. Je m’arrête juste à Loon-Plage prendre une photo qui rappellera bien des souvenirs aux anciens. Même les maisons sont tristounes.

Et pour compléter le tableau de l’après-midi, voici les paysages que je croisent en arrivant dans la périphérie …

… sans parler de la belle piste cyclable qui longe une 4 voies. Déprimant vous disais-je !

Je finis par arriver à Dunkerque et trouver mon Airbnb en plein centre-ville et juste à côté de la gare. Je suis chaleureusement accueilli par mon hôte Baligh, prof de salsa et sa sœur. L’appartement est grand et confortable et je pourrai utiliser la cuisine. Je vais pouvoir me poser tranquillou.

Résumé : 90kms, 4h45, 19.0km/h, hébergement

J40 – mardi 7/7 – Fort-Mahon-Plage(80) / Ambleteuse(62)

Réveillé aux aurores, je m’éveille sous un beau ciel bleu et un soleil resplendissant. Enfin ! La nuit fût excellente. Je déjeune au soleil et plie rapidement mes affaires. Un coup de graissage sur la chaîne et à 8h pétante, je reprends la route plein nord, après avoir contourné la baie d’Authié, par la D940 bordée par une belle piste cyclable jusqu’à Berck où je m’arrête chez Mac’Do faire une pause cacafé, recharger les batteries, faire le point sur la route à faire et publier les derniers posts en attente de Wifi. J’ai déjà quitté la Somme, après juste ce fameux petit somme, et suis déjà dans le Pas-de-Calais. Quant à Berck, elle porte bien son nom et, en plus, le ciel se couvre à nouveau malgré l’absence de vent ce matin et ça fait du bien.

Digression. J’étais déjà passé ici il y a fort longtemps puisqu’à l’époque, j’avais à peine 17 ans et finissais mon année de 1ère H (informatique). Je rentrais de 3 semaines de vacances en Ecosse où j’étais parti de Tours en auto-stop avec ma correspondante d’Edimbourgh et un couple d’amis à elle. Au retour, après avoir pris le bateau Douvres-Calais, j’avais été pris en stop par un représentant de commerce, comme on disait à l’époque, qui se proposait de me déposer à Paris. Je me souviens que nous étions en fin d’après-midi, que le temps était (encore) pourri et que, au départ, tout se passait bien. Puis, au lieu de prendre la route directe pour Paris (A16 peut-être) à la sortie de Boulogne/Mer, il s’était enquillé sur cette fameuse D940. Je lui demande pourquoi il emprunte cette route mais ne me répond pas. Puis lourd silence. Je commence à flairer si je puis dire le plan galère. Et effectivement, il commence à se tripoter et me donner des coups de coude. Je me serre de plus en plus contre la portière et, au bout de quelques kilomètres, il prend un chemin sur la droite puis s’arrête. Ni une, ni deux, je sors de sa voiture, récupère mon sac à dos à l’arrière, balance un grand coup de pieds dans la portière et me barre. Quelques minutes plus tard, alors que je remonte à pieds sur cette D940 en colère et planté en plein cambrousse sous la flotte, je le vois passer en trombe, après s’être vidé les coronès j’imagine.

Heureusement, je suis pris assez rapidement par un chauffeur d’un petit camion frigorifique qui monte sur Rungis déposé le poisson pêché. A Rungis, je trouve facilement un routier qui descend dans le sud-ouest et me déposer au péage de Monnaie au nord de Tours, pas très loin de la station-service où nous bossions le week-end et les vacances avec mon grand frangin. Il tombe des trombes d’eau et je me farçis les quelques kilomètres à pied avec mon sac à dos pour rentrer chez mes parents à Tours Nord. Arrivé au lever du jour trempé et fatigué, je sonne. Mon père ouvre la porte, me dit un vague bonjour et part se recoucher ! Bonjour la réception. Je rentre, vais me prendre une bonne douche, déballe mon sac et déjeune. Avec tout ce boucan, mes parents finissent par se réveiller et sont tout surpris de me voir là; mon pè re croyant que c’était le grand frangin qui était rentré de la station pour le créneau 22h-6h. Et oui, à l’époque, il n’y avait pas de portable et il n’était pas toujours facile de trouver une cabine téléphonique de France Télécom en état de marche. Une autre époque en « somme » ! Fin de la digression.

Je finis par arriver à « Le Touquet-Paris-Plage », véritable caricature de la bourgeoise à la française. Et là, c’est changement complet d’atmosphère par rapport à Beurk. J’arrive par une magnifique piste cyclable qui longe un large trottoir alors que le bitume de la chaussée est violet, passe devant le golf, me fait doubler par un couple qui s’enquiert de ma destination. Lui se nomme Charles-Henri, il porte un veste molletonnée à manches courtes, et elle Anne-Charlotte avec un magnifique polo fuschia sur les épaules. Tous les deux montent les vélos électriques dernier cri de chez Moustache, fabricant français. Ils sont droits comme des piquets sur leur engin, les fesses bien serrées et conversent nonchalamment sur la fraîcheur de la température. Ils viennent de finir un 18 trous et se proposent de m’accompagner récupérer leurs enfants. Fort volontiers très chers.

Nous arrivons dans Touquet par de superbes pistes cyclables. Charles-Edouard me dira que c’est grâce à Emmanuel Kivousavé que ces aménagements ont été réalisés. Nous récupérons Jean-Eudes à son club alors qu’il joue avec ses amis sur la belle plage de cette charmante petite ville.

Puis nous passons chercher Marc-Alexandre qui vient de terminer son beach avec ses amis.

Et ensuite nous croisons en ville leur 2è fille, une jeune femme nommée Anne-Charlotte, avec une amie qui reviennent d’une balade à cheval sur la plage montées sur de magnifiques alesans et que nous rejoindrons au club hippique tout proche. Charles-Edouard me demande de ne pas la prendre en photo : « Vous savez comment c’est à cette âge-là ! ».

Après un détour fortuit, nous passons devant de belles demeures dont une avec un fourgon de CRS stationné devant. Charles-Henri ne moufte pas mais me regarde d’un œil complice. Je crois avoir compris mais n’en suis pas tout à fait certain …

Après cette agréable promenade à travers cette ville, ils me proposent de venir prendre un brunch chez eux. Je décline fort poliment leur invitation car je suis attendu chez Marcel. Je les laisse donc devant leur chaumière et reprend ma route en longeant toujours cette D940.

Effectivement, me dis-je à moi-même en mon for intérieur, les premiers de cordée sont décidément charmants. Je comprends maintenant pourquoi Manu aimerait bien qu’on arrive à les suivre. Peut-être que, si Brigitte était né à Beurk-Province-Plage, son discours et ses ami.es ne seraient pas les mêmes … Je reprends la piste D940 et finis par bifurquer vers Sainte-Cécile Plage pour admirer cette belle côte d’Opale sous le soleil et le ciel bleu. Anne, responsable du restau de l’Arche, avait raison : c’est superbe !

J’arrive enfin Chez Marcel qui me prépare une « fricadelle-frites sauce Ch’ti » que je déguste devant le front de mer. Comme mes crêpes-galettes-cidre en Bretagne, je crois que vais passer à ce nouveau régime.

Après un petit café pris à la sortie de cette station balnéaire, je repars toujours en longeant la D940 qui rejoins la D901 à St-Etienne-au-Mont et là, ça devient franchement galère. Piste cyclable terminée alors que nous rentrons dans la périphérie boulonnaise et que les zones commerciales et les villes s’enchaînent avec son flot de bagnoles et de camions. J’arrive quand même à trouver un endroit pour prendre la photo avant de repartir dans le flux.

Je finis par arriver à Boulogne/Mer et me demande si je continue ma route ou si je monte visiter la ville fortifiée. Je suis là pour visiter donc c’est parti malgré l’absence de pistes cyclables (M. le Maire, y’a du boulot dans votre ville, c’est catastrophique). Je fais le tour de cette ville fortifiée en roulant sur ses terribles pavés terribles pour les secousses et les fesses.

Je sors de Boulogne/Mer, retrouve la D940 et me dirige vers Wimereux. Le paysage change complètement. Finies les grands plages de sable blanc de la Côté Opale, je retrouve une côte plus découpée. De plus, j’aperçois l’Angleterre en face.

Arrivé dans cette commune, je m’arrête pour faire des emplettes puis me poser pour mon goûter devant la plage où quelques baigneurs et baigneuses ont le courage de se mettre à l’eau.

En sortant de cette ville balnéaire, je suis le panneau enfin retrouvé de l’EV4 (j’imagine que l’EV4 suit la D940 parce que je ne vois pas d’autres itinéraires possibles) qui me dirige vers une petite route parallèle à la D940 et, ô surprise, je tombe sur un centre de l’Arche :

Je m’arrête pour passer le bonjour et me présente en pleine réunion du personnel encadrant. Comme il est 17h passé et, vu que la pluie s’annonce à nouveau cette nuit, le directeur me propose de m’héberger. C’est avec joie que j’accepte son invitation. Je retrouverai ainsi cette ambiance si particulière mais ô combien marquante et attachante de l’Arche. Ce centre est immense et reparti sur 3 domaines. Le foyer « La Garenne » dans lequel je suis accueilli est une vieille bâtisse avec vue superbe sur la baie et la mer au loin. Je dîne avec les 8 personnes accueillies et les 2 assistants puis on regarde « Le cerveau » à la TV et dodo au chaud.

Résumé : 90kms, 4h45, 18.1km/h, hébergement

J39 – lundi 6/7 – Bracquemont(76) / Fort-Mahon-Plage(80)

La nuit a été agitée dans tous le sens du terme. Il y avait tellement de zef que j’avais l’impression d’être dans la couche d’un bateau. La tente, plantée cul au vent, bougeait dans tous les sens. Même avec les boules Quiès, j’entendais le vent dans la toile. Réveil dans la nuit pour aller uriner, j’admire le paysage superbe créé par la pleine lune et une superbe lumière sur les champs de blé balayés par le vent avec la mer et la falaise en toile de fond. Waouh !!! Mais content de retrouver mon duvet parce que, à poil sous la pleine lune, ça caille.

Réveillé de bonne heure, je déjeune à l’abri du auvent et fini à regret mon flacon de crème de Caramel au beurre salé. Ce matin, je n’ai pas besoin de faire sécher mon barda et je repars à 8h30 en reprenant la route de l’EV4. Le temps était clair et ensoleillé au réveil mais je me dirige vers de gros nuages noirs. D’ailleurs la route est mouillée et il a dû pleuvoir cette nuit ou ce matin par ici. Par contre, le vent me pousse au cul à bon rythme. Je m’arrête à Criel/Mer admiré les cabines colorées devant la falaise.

Avant d’arriver au Tréport, j’attaque une grande montée et aperçois dans mon rétro un cycliste. Je monte bon train. Celui-ci me rattrape en haut de la bosse, reste bien à l’abri pendant un moment dans ma roue puis bifurque à gauche pour prendre un trottoir et me doubler. Pas un mot. Pas un signe. Cool ! J’arrive en haut du Tréport sous un bon grain. Le temps de m’arrêter, d’enfiler ma tenue de pluie et de repartir que le grain est parti aussi. Pfff … Je me pose dans un café en face le port et engloutis un gâteau aux pommes.

Je fais un tour dans la ville puis sors sur la falaise en face où la vue n’est pas mal non plus surtout avec le soleil qui refait son apparition.

Je viens de traverser l’Eu connu par les cruciverbistes. Le paysage change. Finies les falaises et le bocage normand, je retrouve les marais et les étendues plates. En somme, je viens d’arriver dans la Somme. Après toute cette somme d’effort, et sans que trop je ne consomme, je mérite un bon gros somme. Si je vous assomme, tant pis; dans la rime, nous sommes. Et je retrouve l’itinéraire qui me fait emprunter les marais.

Manque de bol, à un moment, je rate un panneau ou le panneau a été enlevé et je me retrouve sur la départementale D940. Comme je n’ai pas trouvé une boulangerie ouverte depuis Le Tréport et qu’il commence à faire sérieusement faim, je décide de m’arrêter dans un restau en bord de route : « le bar de l’époque » qui porte bien son nom avec son repas unique à 16€ cuisiné et servi par la patronne avec entrée (assiette de la mer), plat (langue de bœuf + riz-pdt-carottes), dessert (glace vanille-framboise), café avec un verre de rouge. Avec ce très bon déjeuner, je devrais tenir jusqu’à ce soir.

Puis je remonte pour aller à la pointe du Hourdel et admirer la baie de Somme … à marée haute.

Par contre, l’itinéraire EV4 que je retrouve fait contourner toute la baie en suivant la D940 certes par une piste cyclable sécurisée mais en longeant cette départementale et sans grand intérêt. De plus, comme il faut descendre au nord-est pour prendre le pont, forcément, il faut remonter en sens inverse donc sud-ouest vent dans le nez. Finalement, je me demande si je ne préfère pas rouler sous la bruine vent dans le dos qu’avec le soleil vent dans le pif. Parce que ça buffle et j’ai beau me coucher sur la bête, j’ai du mal à tenir le 18km/h alors que, dans l’autre sens, je tourne à 24km/h.

Une fois la mer rejointe à Le Crotoy, je m’octroie un Schweppes agrume mais toujours pas de wifi. Je file dans le village où je trouve enfin une boulangerie ouverte et retrouve en sortant Joseph et Marie ! Je les laisse car ils doivent rejoindre leur Airbnb et, de mon côté, j’aimerais prendre une photo de la baie de Somme à marée basse.

Puis je retrouve l’EV4 et file sur une belle piste cyclable en béton vers les plages en-dessous la baie de Berck. Le seul bémol, c’est qu’il faut passer sans arrêt d’un côté à l’autre de la route qui suit cette piste ce qui est particulièrement dangereux notamment pour les enfants. J’arrive à Quend-plage et espère y trouver un bivouac sympa en bord de mer. C’est un cul de sac avec de mégas camping 4*, beaucoup de mondes et impossibilité de monter sur les dunes avoisinantes.

Demi-tour et je me dirige vers Fort-Mahon plage au-dessus. Mais même topo avec en plus un golf immense et de nombreux lotissements. Je tournicote mais impossible d’accéder aux dunes par les chemins trop pentus et sablonneux. Il est tard et, en désespoir de cause, je me dirige vers le centre sportif où je trouve un endroit sous des pins devant l’entrée du gymnase. Ça ira pour ce soir. Je me pose et commence à me changer quand je vois la porte du gymnase s’ouvrir. Je pense que c’est le gardien mais non. C’est Thibault un jeune motard lillois qui encadre un groupe d’une quinzaine d’ados et dont le gymnase sert de base. Il me propose de prendre une douche à l’intérieur et m’offre une pomme. Trop sympa ! Finalement, je vais dîner puis dormir à la belle étoile sur la terrasse de la salle polyvalente d’à côté.

Je dîne sur les marches au soleil et j’entends quelques jeunes qui débarquent et discutent un peu plus loin en contrebas. Conversation de jeunes qui se demandent jusqu’à combien d’euros ils seraient prêt à payer pour coucher avec une de leurs connaissances. Et là, ça monte en millions ! Hallucinant … J’ai presque envie de leur dire qu’au cours de toute leur vie, en gagnant 2.000€ par mois sur 45 ans il n’en gagnerait qu’un seul de tous ces millions … soit 2,5 mois de salaire de mon ancien patron d’AtoS M. Thierry BRETON passé commissaire européen. Et oui, à 400.000€ / mois, la soupe est bonne à ces postes de patron du CAC40. En plus, ce sont tous des potes à Manu et Brigitte chez qui je vais d’ailleurs m’arrêter prendre le café demain dans leur petite villégiature. Allez je retourne à Maupassant dans mon petit duvet bien chaud. Bonne nuit les djeunes …

Résumé : 115kms, 6h45, 17.1km/h, bivouac

J38 – dimanche 5/7 – Yport(76) / Bracquemont(76)

La nuit a été humide, ventée et courte. Malgré mes boules Quiès, je suis réveillé à 6h30 du mat’ par mes voisines d’origine d’un pays de l’est (Russe, Ukraine, ?) mais immatriculées en Belgique. Déjà qu’hier soir, la tribu avait été bruyante … Comme je suis réveillé, je déjeune et plie mes gaules et à 8h00 je suis d’attaque sous le crachin normand . Après quelques kilomètres et arrivé à Fécamp, je suis obligé de m’arrêter car, comme il a fallu que je démonte la roue pour changer le pneu, j’ai aussi dû enlever les fils branchés sur la dynamo et la batterie ne se recharge plus. Il faudra que je demande à mon ami Vincent qu’il ressorte son fer à souder parce qu’enfiler les fils tournicotées dans la prise n’est pas évident. Finalement, j’y parviens et fais quelques courses puis le tour de la ville encore endormie en ce dimanche humide.

Après une belle grimpette pour sortir de la ville, je retrouve « l’EV4 – la Vélo-Maritime » sur cette côte d’Albâtre ô combien sauvage surtout par ce temps maussade.

Je ne croise pratiquement personne excepté ce qui me fait penser, à chaque fois que je vois un champ d’éolienne, aux machines des extra-terrestres de la « Guerre des Mondes » de H. G. Wells.

Vers 11h30, je finis enfin par trouver un café ouvert mais avec un patron pas très sympa qui se fout de la gueule des joggeurs du dimanche matin (et certainement des cyclistes aussi) mais, vu son gabarit imposant il ne doit pas beaucoup sortir de son bistrot le pépère, et surtout cher (le café à 2€ pas le patron) à Veulettes-sur-Mer. J’admire une nouvelle fois ces falaises impressionnantes. Tous ces villages de bord de mer sont accessibles par de grandes descentes puis arrivée sur le bord de mer avec sa promenade, ses restaus et ses cafés, ses cabines pour se changer et ses falaises des 2 côtés puis grosse montée pour revenir sur le plateau. J’enchaîne cela toute la journée sous un bruine persistante. Heureusement, j’ai vent dans le dos dès que je suis en-haut.

Après avoir fait mon marché matinal dans un petit village, je m’arrête à Saint-Valéry-en-Caux. Je file jusqu’au bout de la promenade et, à côté du casino, je trouve un algéco transformé en baraque à frites tenue par des jeunes très sympas. J’y achète une portion de frites énormes avec sauce au gingembre + saucisses + café au même prix que la saloperie bouffée hier au Mac’Do. Si vous passez dans le coin, n’hésitez-pas à vous arrêter là-bas. Trop cool ! Je profite également d’une éclaircie pour faire sécher ma tente. Mais ça ne dure pas …

Je ferai bien la sieste comme ces vaches dans le bocage normand mais la météo ne s’y prête pas trop.

Dans la montée pour sortir de la ville, je me fait rattraper par un gars de Laon en Saône-et-Loire. Il effectue un périple avec juste de vieilles sacoches et une carte papier sur une sacoche devant. Il s’arrête à l’hôtel et taille la route toute la journée mais je ne pense pas qu’il s’arrête pour se balader. D’ailleurs, quand on arrive à un rond-point en sortie de ville, il préfère suivre la départementale D925 très empruntée plutôt que de bifurquer sur l’EV4 que je continue à suivre. On se quitte sans même avoir le temps de se souhaiter bon voyage. Nous ne sommes pas dans le même trip. A ce sujet, je profite des petites routes pour admirer aussi les belles demeures planquées dans le bocage. Rien que les dépendances m’iraient bien !

Je fais une nouvelle halte à Veules-les-Roses, un des plus beaux villages de France. Effectivement, c’est typique avec ses maisons de tuffeaux et de briques et, bien sûr, ses falaises.

En sortant de cette bourgade, je croise à nouveau Joseph et sa femme. On s’arrête échanger quelques mots. Puis chacun reprend sa route. Je m’arrête à nouveau en-dessous de Hautot-sur-Mer pour admirer à nouveau ces paysages magnifiques.

Sur le parking, je suis abordé par un couple en vacances. Lui est de Langon, elle de Ussel en Corrèze. Ils m’interrogent sur mon périple et je leur fais « l’éloge de la lenteur » auquel je pensais en roulant. En effet, dans cette époque où la vitesse est reine, où il faut être toujours speed, où il faut produire de plus en plus vite et être de plus en plus rentable, ce moyen de voyager permet de prendre son temps, d’être libre, de ne plus subir ce diktat.

J’arrive à Dieppe où je m’arrête boire mon cidre quotidien et pianoter un peu. Par contre, j’ai le diktat du soir de trouver un lieu où me poser. Il faut donc que je reparte en suivant bien les panneaux de l’EV4 tout en faisant gaffe de ne pas percuter ou me faire percuter par une bagnole voire d’écraser un piéton. Je déteste vraiment ces traversées de grandes agglomérations surtout qu’il n’y a aucune piste cyclable.

Je trouve assez facilement la sortie en direction de Neuville-les-Dieppe mais il me faut encore grimper une sacré pente pour sortir de Dieppe. A l’entrée de Neuville, je croise un couple d’une soixantaine d’années de type portugais. Ils se tiennent la main. L’homme pleure. Ils sont seuls au monde. Ce couple m’émeut. Que lui arrive-t-il ? Un décès ? Une séparation ? Une maladie ? Une perte d’emploi ? Je ne saurais jamais. La vie continue …

Je m’arrête au cimetière faire le plein d’eau avant de trouver un bivouac. Je regarde Maps.me et voit des chemins qui partent vers la mer. Le 1er pris sera le bon. Au bout, je franchis un fossé certainement creusé par l’agriculteur pour interdire l’accès au camping-car. Avec mon vélo, même chargé, je passe et m’installe pour un bivouac 4* au-dessus de la falaise. De plus, le soleil et le ciel bleu ont refait leur apparition après cette journée maussade. Je vais dîner en admirant les mouettes planer sur les flots verts.

Pendant ma balade digestive le long de la falaise, je fais fuir un chevreuil qui avait dû trouver une couche dans le champ de blés. Je le regarde s’enfuir en sautant par-dessus les épis. Superbe ! Il est temps de retourner à l’abri du vent, de bouquiner et de se récupérer.

Résumé : 95kms, 5h30, 17.3km/h, bivouac

J37 – samedi 4/7 – Le Havre(76) / Yport(76)

Le frangin s’est levé tôt pour aller charger les rayons de son commerce qui ouvre à 9h30; sa femme Corinne un peu plus tard mais, bien qu’elle soit en week-end après ses semaines chargées de comptable, elle donne un coup de main à la boutique. Sacré boulot quand même … c’est un vrai sacerdoce ! D’ailleurs j’ai pris en photo le texte affiché dans son commerce :

Lorsque je vais faire mes courses dans ces épiceries de village, acheter mon pain dans les vraies boulangeries (pas les enseignes qui réchauffent du pain congelé) ou boire mon café dans ces troquets si sympas, j’essaie à ma façon de faire vivre tous ces commerçants si méritants. Je me lève donc de bonne heure également, déjeune, range mon baluchon et les rejoins à leur commerce afin que ma belle-sœur me dépose au train de 9h05 à la gare de Vernon-Giverny.

Je profite de ce trajet pour rédiger un long mail aux élus de Blagnac ainsi qu’aux riverains qui gueulent contre la mise en place de cette piste cyclable provisoire de 450m. J’en ai parfois ras-le-bol de me battre, tel Don Quichotte, contre tous ces moulins à vent. Cela me paraît pourtant tellement évident qu’il nous faut changer nos mauvaises habitudes dans beaucoup de domaines, dont celui des transports, pour que les générations futures puissent vivre dans de meilleures conditions.

Arrivé au Havre vers 11h, je récupère mon vélo, remercie à nouveau le gérant de LiAvélo et me prépare pour aller chez Décathlon acheter des pneus neufs. Sur le parvis, je vois toute une bande de jeunes qui s’apprêtent à prendre la route vers Fécamp. Je discute avec eux et leur dis que je les retrouverais peut-être sur la route.

Évidemment, comme souvent chez Décat’, ils n’ont plus le stock annoncé sur Internet. Ca me gonfle … Je dois donc aller chez Giant qui ouvre à 14h. Il est 12h20 et je vais devoir poireauter dans ces anciens docks transformés en méga-zone commerciale. D’ailleurs, Le Havre est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il faudra que je vérifie pour quelles raisons parce que franchement …

J’y trouve un Mac’Do forcément et m’installe pour télécharger les cartes de nord de l’Europe et de la GB au cas où. Et puis aussi pour bouffer un Mac First. Cela faisait bien longtemps et c’est toujours aussi dégueulasse mais surpeuplé. Faudra aussi qu’on m’explique ? A 14h je suis devant Giant et je peux acheter mes « Schwalbe Marathon Plus » que je changerai ce soir. J’ai quand même effectué 7.000 kms avec les anciens pour une seule crevaison avant hier. Un des mécanos me fixe aussi la vis encore barrée sur mon porte-bagage et m’en file une autre. Tout cela gratis. Sympa ce magasin. En sortant, je tombe encore sur des pistes cyclables provisoires. Si même Édouard Philippe s’y met aussi …

Je quitte Le Havre très facilement en suivant l’itinéraire cyclable EV4 que je retrouve en prenant la direction d’Etretat. Par contre, il faudra aussi qu’on m’explique pourquoi il faut mettre des chicanes partout alors que même un scooter peut passer. Quand on me parle de l’incivisme des cyclistes, j’enrage quand je vois toutes ces barrières, chicanes, dos d’ânes qui sont en travers des axes cyclables pour éviter les incivilités des automobilistes. Sans parler des cédez-le-passage et des Stops un peu partout qui nous obligent à s’arrêter puis relancer la machine. Dans les pays nordiques, ce sont les automobilistes qui doivent s’arrêter, les vélos étant prioritaires d’où aussi un plus grand nombre de pratiquants.

Je quitte Le Havre sans avoir été dans l’hyper centre mais sans grande envie non plus. Juste envie de retrouver la campagne, la mer et le calme.

Je contourne l’aéroport et suis l’itinéraire bien balisé qui me fait remonter la côté en passant par Octeville, Cauville, Heuqueville. Et surprise, alors que je ne pensais plus les voir vu mon arrêt chez Giant, je retombe sur ma bande de joyeux drilles (une quinzaine de potes) de la gare, musique à fond sur un vélo et avançant cahin-caha. Je roule avec eux un moment jusqu’à ce que l’un deux ne crève. Comme ils ont le matos pour réparer, je les abandonne en leur souhaitant bonne route. Je finis par arriver à Etretat et ses fameuses falaises qui attirent un nombre impressionnant de touristes (surtout un samedi) …

… et aussi un couple de retraités à vélo avec qui j’engage la conversation. Il s’agit de Joseph et ??? Partis du sud de Rennes et qui remonte jusqu’à La Panne en Belgique. Joseph a tout planifié et est un grand vadrouilleur sur le tard. D’ailleurs ils devaient se rendre à Budapest et est intéressé par mon expérience passée. Je les quitte en leur laissant mes coordonnées et repars. L’heure avance et j’ai encore du pain sur la planche. Je les retrouve d’ailleurs en direction de la plage de Vaucottes avec ses maisons typiques normandes …

… puis m’arrête au premier camping venu à l’entrée de Yport. J’ai juste le temps de monter la tente et de finir de monter mes 2 pneus que la pluie reprend. Je vais prendre ma douche froide (le gérant ne m’a pas encore enregistré et ne m’a pas dit qu’il fallait un jeton) puis dîner à l’abri dans le local vaisselle. Fin de cette longue journée en espérant que le soleil refasse son apparition pour continuer ma chevauchée fantastique vers le nord.

Résumé : 60kms, 3h30, 16.5km/h, camping

J36 – vendredi 3/7 – Merville(14) / Le Havre(76)

Réveillé dès le lever du soleil, je ne traîne pas ce matin. En effet, la journée risque d’être longue. J’ai décidé d’aller voir mon frère Franck, celui qui est gérant de la supérette de son village à Limetz-Villez à 2 kilomètres de Giverny connu pour la maison et le musée Monnet. Il faut que je me rendre au Havre, que je trouve un bon samaritain qui me garde mon vélo et mes sacoches et qu’il y ait un train en direction du Vernon où travaille ma belle-sœur Corinne. Comme disait le papa de Vincent « Tout se fera ». Après avoir déjeuné et plié mes gaules, à 8h je suis sur le vélo. A 8h15, je suis déjà arrêté; un bruit m’agace. Il s’agit encore du garde-boue arrière que j’ai réglé hier soir après avoir fait un rafistolage sur la vis du porte-bagages qui s’est encore fait la malle. Je le règle à nouveau et c’est reparti sans bruit. A 8h30, j’entre dans Cabourg qui somnole encore dans les brumes matinales. Par contre, la digue est interdite aux vélos et réservée aux mamys qui promènent leur toutou et aux papys qui trottinent ou lycée de Versailles. Mais bon, les interdictions … Et puis, on sait bien que les vélos font n’importe quoi ! Je roule au pas pour ne pas troubler cette quiétude matinale.

Après la D514, c’est la D513 que je vais suivre au plus près. L’EV4 rentre à nouveau dans les terres et j’ai envie de me balader en bord de plage ce matin. Je passe à Dives/mer puis Houlgatte où j’attaque une belle bosse qui grimpe sur la falaise. Ce sera le programme de la matinée : ville en bord de mer, grosse montée puis grosse descente. Je découvre les maisons normandes à colombage et les cabines en bord de plage. C’est cossu et ça change du Cotentin rural.

Je passe ensuite par Villers/Mer puis Blonville/Mer avant d’arriver à Deauville. C’est hyper chic et ça pue le fric !

Je me balade sur la digue en bois et découvre les cabines au nom des personnalités du cinéma dont mon réalisateur fétiche.

Je vais faire un tour dans les vieilles rues et prendre mon café matinal à 2€ (50% plus cher qu’auparavant !). Puis je traverse Trouville, Hennequeville, Villerville et aperçois au loin Le Havre. Ça ne donne pas trop envie de traverser.

J’arrive dans la belle ville d’Honfleur. J’y flâne alors que les terrasses commencent à se remplir. Il est presque midi déjà.

Le plus chiant reste à faire. Je vais devoir remonter la Seine puis traverser le pont de Normandie. Et là, comme à chaque franchissement de ponts, je vais serrer les fesses d’autant plus que le pont est en travaux et qu’il n’y a qu’une seule voie de circulation dans chaque sens. Et quand un convoi exceptionnel vous frôle les miches sur votre petite piste cyclable non protégée entre la montée, l’appel d’air, le poids du vélo et des sacoches qui vibrent, c’est chaud patate !

Je suis content quand j’arrive de l’autre côté de ce superbe pont à haubans.

Mais il me faut maintenant rejoindre Le Havre par la zone portuaire. Et là, ce n’est pas triste non plus. Un bout de piste cyclable et puis plus rien, juste une 2 voies où transitent les poids-lourds qui roulent à vive allure. Mais, au moins eux, ils s’écartent franchement pour doubler ou n’hésitent pas à attendre si un autre poids-lourd arrive en face. Pas comme certains abrutis en bagnole. Cette zone portuaire est immense. Je finis par m’arrêter déjeuner un peu à l’écart avant d’arriver en ville. Je prépare aussi un bagage léger au cas où. Je traverse le port et assiste à une scène surréaliste : un méga-container rentrant dans une écluse avec la route qui s’ouvre pour le laisser passer.

Puis je finis par arriver à proximité de la gare routière où j’ai repéré un loueur de vélos « LiAvélos ». Je leur demande s’il est possible de me garder mon vélo avec mes sacoches. La personne à l’accueil préfère demander l’accord à son chef et lui téléphone. Celui-ci est OK. Super. On fait l’inventaire, je récupère mon baise-en-ville et file à la gare acheter un billet. Le prochain train pour Rouen et Vernon est à 16h02. Impec. J’ai le temps d’aller boire mon cidre quotidien à un bar en face la gare. Il me sert le même qu’hier mais à 4€. Quel gros enc… Je ne regrette pas d’avoir fait le « troquet – basket » comme dit Bénédicte, en ne payant que la moitié du prix prohibitif … surtout vu la façon de procéder.

Cela fait du bien de se faire conduire et de se reposer. Et surtout de ne pas avoir à rechercher un endroit où se poser au sec. Ce sera soirée entre frangins surtout que, aujourd’hui, c’est aussi l’anniversaire du p’tit Manu, le montalbanais, 4é de la fratrie, qui fête ses 52 ans. C’est ouf … J’ai toujours l’impression qu’il a 15 ans. Quant à Franck chez qui je vais, il fêtera lui ses 56 ans le 14 juillet. Incroyable comme le temps passe vite …

Résumé : 60kms, 3h30, 16.5km/h, hébergement

J35 – jeudi 2/7 – Carentan(50) / Merville(14)

Réveillé aux aurores après une bonne nuit au sec alors que la pluie n’a pas cessé. J’ai entamé le livre de Maupassant « Fort comme la mort » (après mon article d’hier, c’est de circonstance !) et me suis endormi dessus sans demander mon reste. Je déjeune sur ma table improvisée, plie rapidement mon campement et décolle à 8h sous un ciel toujours tristoune du cimetière du « Grand Clos ». J’ai sorti mes jambières et ma veste de pluie au cas où d’autant plus que la température n’est vraiment pas élevé pour la saison. Pour rouler, ça me va bien surtout que, en revenant vers la mer, j’espère retrouver le soleil.

J’ai branché mon GPS Maps.me pour me diriger vers la mer. J’emprunte la départementale qui longe la N13, traverse la commune d’Isigny/Mer où sont fabriqués les fameux caramels Dupont d’Isigny. Peu après, je remarque un sac en bord de route. Je m’arrête et il s’avère qu’il s’agit d’un sac de professionnel contenant des sécateurs et autres outils de taille. Je l’accroche sur un panneau de signalisation et continue mon chemin. Quelques kms plus loin sur une autre route, nouvel arrêt : cette fois-ci c’est une frontale Onnight que je récupère ainsi qu’une vieille paire de gants qui me serviront pour bricoler et nettoyer mon vélo. Mon GPS me fait suivre la Vire par un chemin avant de retrouver la mer.

J’y arrive à Grandcamp-Maisy, par la même occasion je suis aussi entré dans le Calvados, et je m’arrête boire mon café matinal non sans avoir fait un tour à la criée devant le port où il y a foule de bon matin pour acheter les fruits de mer débarqués ce matin. Dans le café, je rencontre 2 retraités dont la fille de l’un est à Pamiers. Il me font un cours de météorologie. J’apprends donc que nous sommes dans des vents d’aval dépressionnaire venant du sud-ouest alors que les vents d’amont du nord-est amènent les anticyclones. C’est donc au choix vent dans le dos avec de la pluie ou vent dans le nez avec du soleil ! Moi, ce sera le 1er choix.

Je reprends ma route et longe la côte en direction du Havre en continuant mon pèlerinage des plages du débarquement.

Je fais donc une halte à la pointe du Hoc entre Utah Beach et Omaha Beach où 200 rangers prirent d’assaut ce point stratégique en escaladant les falaises.

Puis je continue jusqu’à Omaha Beach.

Quand on voit cette belle plage, il est difficile d’imaginer que des milliers d’hommes y périrent pour notre Liberté.

Je poursuis ensuite jusqu’au cimetière américain de Colleville/Mer. Endroit saisissant. J’y déjeune puis repars toujours plein est.

Après une matinée couverte avec quelques petites averses, le vent finit par chasser les nuages et le soleil refait son apparition. Je tombe les couches … enfin je veux dire la veste de pluie et les jambières. Je longe toujours la côte en empruntant la D514 et, dès que je peux, je replonge pour être au plus près de la mer. J’arrive comme cela dans la jolie bourgade d’Arromanches protégée par les bloc de béton largués en mer par les alliés.

Je m’arrête ensuite à Courseulles/mer où je m’arrête dans un petit bar pour boire mon cidre quotidien. Le patron me dit qu’il n’en a plus et m’indique le Café de la Mer en face. J’y vais et me retrouve devant ces grands cafés « à touriste » avec terrasse et vue sur mer. Le patron est derrière son bar au téléphone et ça a l’air animé. Une fois installé, je commande un cidre. Il me dit que celui pasteurisé n’est pas terrible et qu’il me conseille le cidre artisanal de Bayeux en 37,5cl. J’acquiesce , vais au toilettes, reviens à ma table, vois la bt et le verre posé ainsi que l’addition de … 7,50€ ! Gloups. J’ai la désagréable sensation de m’être fait avoir. Bon. Je demande la WiFi. Soi-disant en panne. Je déguste mon cidre. Le patron passe un nouvel appel et engueule un fournisseur devant les clients. Quel gros c.. Je profite que le serveur soit parti en terrasse, laisse 3,75€ et m’en vais rapides. Comme dirait Thierry du STC : « On va quand même pas se laisse enc… par des gros connards ! ».

Pour l’anecdote, c’est ici qu’à débarqué le contingent canadien (Juno Beach) et que le général de Gaulle a remis pied sur le sol français. Également cette sculpture amusante de vélos avec lesquels le contingent canadien avait débarqué pour se déplacer plus vite.

Après cette épisode, je retrouve la belle piste cyclable et l’EV4 qui traverse tous les bourgs-sur-mer jusqu’à Ouistreham. Que c’est agréable de rouler en front de mer sans bagnole ! Par contre, je ne m’attarde pas à Ouistreham, trop de monde et l’ambiance ne me plait pas trop.

Ensuite, il faut remonter le long du canal de Caen à la mer puis traverser et le canal et l’Orne qui se jette en face Ouistreham puis remonter de l’autre côté pour retrouver la mer. L’heure avance et il me faut trouver un bivouac près de la mer si possible. De toute façon, je suis l’EV4 et on verra bien. Presque arrivé en front de mer, j’ai l’impression que le vélo chasse du cul. Crevé ! Et merde …. Première crevaison depuis mon acquisition et de nombreux kms parcourus. Je le pousse jusqu’à un poste de surveillance et je me pose pour réparer. Grosse épine dans le pneu qui est limite et que je vais devoir changer. Je m’arrête là pour ce soir et en profite pour nettoyer mon destrier. Mauvaise surprise : les 2 vis changées ont à nouveau disparu ! Nouvelle réparation de fortune. Il faudra que j’aille chez un vélociste au Havre avant de continuer mon périple. Je suis arrivé à Merville. Pensée pour mon pote Olivier et pour Carmina.

Je vais admirer le coucher de soleil sur la plage et au dodo après cette longue journée riche en péripéties.

Résumé : 115kms, 6h20, 18.0km/h, bivouac

J34 – mercredi 1/7 – Tourlaville(50) / Carentan(50)

Réveillé de bonne heure en ce 1er jour de juillet, je trainasse dans ce bon lit bien douillet, ouvre les volets et constate qu’il ne pleut pas, contrairement à ce qu’annonçait la météo hier soir. Je décide donc de partir plus tôt que prévu. Hier soir, j’ai pu recharger mes appareils, charger de nouvelles versions puis sauvegarder mes iBidules, poster les photos chez Claude, téléphoner à mon grand frangin et aux potes, prendre des nouvelles de mes suédoises préférées et, surtout, me reposer !

Ce matin, je prends connaissance de mes messages et constate qu’un de mes fidèles lecteurs, les KD en vadrouille (il faudra qu’on se rencontre à mon retour), me signale que des photos sont absentes sur les articles publiées hier. Comme j’ai la connexion, je m’y attelle. Il me faut aussi rattacher les sacoches, laver sommairement mon destrier qui a pris cher hier et, surtout, graisser la chaîne. Il est 10h, je décolle plein est pour rejoindre Gatteville-Phare.

Je prends la longue rue Carnot puis une belle piste cyclable qui me sort facilement de Tourlaville. J’attaque la route touristique du Val de Saire vent dans le dos et j’avale les kilomètres à bon train : 22 parcourus la 1ère heure et pourtant ce n’est pas la Beauce … Je laisse le phare du Cap Lévi et les vaches normandes à leurs occupations respectives.

Et je poursuis ma traversée de villes : Bretteville, Fermanville, Cosqueville, Vrasville, Réthoville, Gouberville, Gatteville-la-Magnifique où je commence par me rendre sur le port et admirer le phare à la pointe nord-est du Cotentin …

Puis je vais dans le village mais, manque de bol, je ne peux prendre mon café (fermé le mercredi) mais visite la petite chapelle des Marins et la massive église aux 2 transepts et à l’architecture austère du pays.

J’entame ensuite ma descente du côté est du Cotentin et m’arrête à Barfleur (bug!) pour prendre un café dans le bar des pêcheurs devant le port et profite de la lumière magnifique alors que des nuages menaçants refont leur apparition.

Je suis abordé par 2 cyclistes qui finissent le Tour de France des Randonneurs organisé par l’US Métro. Ils finissent à Honfleur après 5.000 bornes au compteur en 3 semaines ! Ce sera mon plan C si la GB est fermée ou si les pays nordiques ferment leur frontière aussi.

Je quitte cette charmante cité puis m’arrête peu de temps après pour casser la croûte à l’abri du vent et devant une charmante petite crique où un gars du coin viendra, avec sa petite barque, récupérer son bâteau bleu et ramasser ses casiers.

Peu de temps après, je retrouve l’EV4 qui a coupé depuis la Baie du Mt-Michel pour monter direct vers ici.

Je reprends l’itinéraire et m’arrête visiter St-Vaast-la-Hougue avec son fort Vauban.

Par contre, je suis mon itinéraire initial sans m’occuper de l’EV4 qui renvoie dans les terres. Je descends la côte en profitant du spectacle offert par les nombreux cavaliers (la Normandie est le pays du cheval) qui se balade sur l’immense plage.

Je suis bien évidemment la route « 1944 », m’arrête devant le monument à la gloire du Général Leclerc et de la 2è DB.

Puis fais également une halte à Utah Beach où eut lieu le débarquement des forces alliées le 6 juin 1944.

Une fois sorti d’Utah Beach, je me trouve devant la baie des Beys alimentée par la Douve et la Vire qu’il faut contourner pour atteindre Carentan. Je me tape vent dans le nez et commence à accuser la fatigue. Et plus je m’enfonce dans les terres, plus les nuages noirs s’amoncellent. Je vois le clocher de l’église au loin mais cette route qui serpente dans la campagne me paraît interminable. Je finis enfin par arriver en fin d’après-midi et me pose dans le bar des sports qui sent bon le formica mais pas trop le camphre.

Il faut aussi que j’aille faire les courses; le frigo et les placards sont à nouveau vide. Quand je sors du magasin, la pluie se remet à tomber. Bon. Il faut que je trouve un abri vite fait ou une chambre d’hôte. Enfin un endroit au sec pour la nuit parce que, vu les nuages, cela s’annonce humide. Je rebranche Maps.me pour sortir de cette bourgade et me diriger vers l’est. Je fais quelques kilomètres, entre dans Grinville, passe devant un cimetière récent, aperçois un abri. Je m’arrête et vais inspecter. Nickel, il y a un auvent mais trop exposé et, derrière, un local poubelle qui sera parfait pour cette nuit. Une poubelle retournée me servira de table; bâche, matelas gonflable et duvet de lit douillet. Je m’installe en compagnie des morts pour une nuit au sec.

En parlant de morts, digression. J’aimerais quand même revenir sur mon douloureux passé évoqué il y a 2 jours lorsque Christian m’a parlé de ses origines sarthoises et de son beau-frère habitant le village de St-Jean-de-la-Motte où mes grands-parents étaient agriculteurs dans leur ferme de « Le Grand-Friche ». Ma grand-mère avait eu une fille Réjane issue d’un premier mariage; une demi-tante avec qui les rapports furent souvent conflictuels pour de sombres problèmes d’héritage qui, au final, fût dérisoire. Au décès du 1er mari de ma grand-mère, elle épousa ensuite mon grand-père Émile et ils eurent 3 enfants. L’aîné Moïse, qui ne voulait pas reprendre la ferme, était parti fâché et vivait d’expédients en buvant ce qu’il gagnait. Après une soirée particulièrement arrosée à La Rochelle, il alla se baigner à l’aube mais ne fût pas sauvé des eaux. Il se noya. Suicide ? On peut le supposer. Leur 2nd enfant, une fille, Bernadette, se suicida dans la mare devant la ferme alors que mes grands-parents voulaient la marier avec un agriculteur qu’elle n’aimait pas. Quant à mon père, à l’heure de la retraite et alors qu’il accumulait les problèmes (santé, associatif, couple), il mit également fin à ses jours.

Tragique destin familial. De cette mort brutale, je fis le deuil rapidement en écrivant un poème retraçant sa vie pendant les nuits qui précédèrent son incinération. En voici les première strophes : « Né un 21 février, jour de la Saint-Pépin. Ton enfance, ta jeunesse : pas de câlin. Mais un beau matin, une douce angevine Tu rencontras. Ce jour, ta vie s’illumine.»

Mon père était un gentil colosse au pied d’argile. Il est parti beaucoup trop tôt. C’était sa décision. Fin de la digression et de la journée.

Résumé : 100kms, 5h30, 18.0km/h, bivouac

J33 – mardi 30/6 – Biville(50) / Tourlaville(50)

Réveil à 7h30. J’ouvre un œil et constate que la tente est trempée. Je sors uriner avant de plier matelas et sac de couchage. Le ciel est bouché et il bruine. Temps normand. Je plie tente et bâche et range le tout dans mon sac « Vieux Campeur ». Je ferais sécher tout cela plus tard … si la météo s’améliore.

Je reviens dans le bourg de Biville où je déjeune au sec sous un abri. Puis je reprends la route des Caps qui devient route des 13 vents. Et là, ça devient bestial mais tellement beau. Je passe dans le charmant bourg de Vauville puis j’attaque une grosse montée à travers la lande. Je monte à 5km/h. Ça n’en finit pas. J’ai les muscles froids et, avec le poids des affaires trempées, c’est vraiment raide.

Nouvelle descente puis montée où, en haut, on aperçoit au loin sur la pointe l’EPR de Flamanville.

Puis je monte à nouveau sur une petite route « irlandaise » jusqu’à Herqueville. Le spectacle est grandiose mais que c’est rude. Je ne parcours que 10 kms en une heure …

Je finis par trouver un charmant café à Auderville où je me pose pour me refaire la cerise avant de reprendre ce tour du Cotentin.

Puis je monte à la pointe nord au Nez Bayard. La bruine est toujours présente. Je ne croise personne. Il faut dire que les conditions sont pour le moins difficiles en cette fin juin.

Je reprends l’itinéraire de la route des Caps, passe à Port Racine, minuscule port dans l’anse Saint-Martin.

Puis m’arrête voir la maison et la tombe de Jacques Prévert, poète et dialoguiste (« Drôle de drame », « Le quai des brumes », « Les visiteurs du soir », …) dans le bourg d’Omonville-la-Petite.

Après cette escapade, la bruine se transforme en pluie. Je sors mon pantalon et mes gants Mapa. Manque de bol, en voulant les retirer pour faire une photo, j’en déchire un. Je suis obligé de les poubelliser. Dommage, j’en aurais bien eu besoin pour les longs kms qui me mènent à Gréville-Hague où je trouve un petit restaurant de campagne, « L’Angélus », comme je les affectionne : menu avec entrée+plat (escalope de dinde à la normande avec sa purée maison)+dessert (mousse au chocolat maison) avec un verre de cidre et un café pour 16€. J’en profite pour réserver un Airb’n’b à Cherbourg. La météo sera pourrie jusqu’à demain après-midi. Je vais me poser un peu … Je continue mon périple en ville : Urville-Nacqueville, Querqueville, Equeurdreville-Hainneville avec son magnifique manoir en bord de mer.

De ce côté du Cotentin, la côte a changé d’aspect. Après le relief et les dunes, cela devient beaucoup plus plat. J’arrive à Cherbourgville par une belle piste cyclable qui longe le littoral puis traverse une zone militaire. Je m’arrête à l’Auberge de Jeunesse, en face l’ancienne abbaye, que j’avais initialement repéré mais le site HI me disait qu’elle était complète. Finalement, c’était un bug informatique. Tant pis. J’arrive sous le déluge dans le centre de Cherbourg et y déniche une laverie pour faire sécher et ranger tout mon barda au cas où. Puis je file à l’adresse indiquée qui se trouve à l’est de Cherbourg pour 18h.

Une petite chambre dans une grande maison familiale située dans une rue tranquille à quelques kms du centre de Cherbourg. Je suis reçu par Stéphane, un artisan, qui a sacrément bien aménagé sa maison. Par contre, je ne verrai pas le reste de la maisonnée qui occupe tout le RDC. Je dispose aussi d’une SdB et d’une pièce en travaux où je peux entreposer ma sacoche. Le vélo, lui, restera dans le couloir au RDC de peur de me le faire voler dans la rue. Soirée tranquille en perspective après cette journée, la 33è, la plus difficile depuis mon départ.

Résumé : 60kms, 4h00, 14.50km/h, Airbnb

J32 – lundi 29/6 – Blainville-sur-Mer(50) / Biville(50)

Après cette douce nuit dans cette belle demeure, je me réveille et enfile ma tenue toute propret. Martine et Christian m’attendent pour déjeuner. On discute de tout et de rien et il m’est difficile de me décider à partir d’autant plus que le plafond est bas, le vent souffle fort et que la température est fraîche (15°c). Toujours compliqué de partir dans ces conditions. Je fais la bise à Martine et Christian m’accompagne quelques kilomètres pour m’éviter la départementale. C’est avec un petit pincement au cœur que je le quitte. Encore merci pour votre accueil à tous les deux.

Je prends les petites routes de campagne, « Entre Terre et Mer » comme il est écrit sur les panneaux, avant de devoir rejoindre la départementale mais avec, heureusement, beaucoup moins de circulation qu’hier. Je ne suis pas très loin de la mer mais j’attendrai Portbail avant de longer la côte. En attendant j’avance bon rythme et ne me laisse pas perturber par les panneaux m’invitant à aller à « La mer ».

A quelques encablures de Portbail, je me fais doubler par un tracteur dont je prends immédiatement la roue. Je roule quelques kilomètres à 27km/h bien à l’abri derrière, les mains sur les freins au cas où …

Je finis par arriver à Portbail où je m’arrête boire mon café dans un bar très sympa où des convoyeurs de bateaux discutent de leur nav’.

Un vent à décorner les cocus m’oblige à baisser la tête et appuyer fort sur les pédales. Je le prends « dorénavent » de 3/4 dans le pif pour remonter vers le nord-ouest de la presqu’île. Personne dehors. On se croirait au mois de novembre. Je quitte ce joli petit bourg et me dirige enfin vers la mer.

Mais à force d’à force faut que je reprenne des forces ! Je trouve une maison abandonnée où je peux m’abriter pour pique-niquer puis siester sur le dos vu que je suis surveillé par un arbuste en érection. On ne sait jamais …

Je repars en luttant contre Eole mais je suis perdant d’avance. Il faut prendre son mal en patience et avancé à son rythme en moulinant. J’arrive à Barneville-Carteret où il n’y a pas grand monde sur la plage en cette fin juin …

… si ce n’est un couple qui longe l’île de Jersey au loin.

Je continue à suivre la Route des Caps en passant par des chemins encaissés bien protégés du vent et qui, effectivement, peuvent faire penser à l’Irlande (ou ce que j’en imagine mais je ne sais pas encore si je verrai …). Je longe également la « Réserve Naturelle des dunes d’Hatainville ».

J’arrive à Sciotot au-dessous de la falaise de Flamanville. La mer est bien agitée, le vent toujours présent et le soleil refait son apparition.

Nouvelle belle grimpette pour arriver sur cette commune connue pour sa centrale nucléaire et notamment la construction de la 3è tranche et ce fameux EPR qui coûte une blinde et dont on ne sait toujours pas s’il sera fonctionnel un jour. Quelle gabegie !!! De plus, pas de bol, je tombe pile-poil à la sortie du boulot vers 17h00. Et bonjour la marée de bagnoles qui sortent des immenses parkings et se déversent sur les 2 routes proches. Aucun vélo, aucun piéton.

Je serre à nouveau les fesses surtout que ça grimpe à nouveau et que ça roule très, très vite. En suivant le panneau, je finis par bifurquer sur de nouvelles petites routes qui m’amènent jusqu’à Biville.

Il est l’heure de trouver un bivouac. Je m’enfonce dans un chemin forestier où, d’un côté, j’aperçois la centrale nucléaire et, de l’autre, le centre de retraitement de la Hague. Finalement, je pose ma tente dans un champ à l’abri du vent qui souffle fort depuis la mer entre ces 2 superbes monuments de l’inventivité humaine.

Je dîne assis sur la bâche du vélo et j’ai la surprise de voir un beau lièvre venir me saluer. Il paraît autant surpris que moi. Ensuite ce sera une faisane que je ferai fuir en me baladant dans la forêt en contrebas et admirant les dunes de Biville et la pointe où je serai demain. Les gros nuages noirs s’amoncellent dans le ciel. Mauvais présage.

Je rentre me coucher et finir le très beau livre de Jack London.

Résumé : 100kms, 6h00, 16.9km/h, bivouac

J31 – dimanche 28/6 – Cherrueix(35)/Blainville-sur-Mer(50)

Malgré le ciel menaçant de la veille, il n’est tombé que quelques gouttes. Je me réveille sous un beau ciel bleu avec quelques nuages floconneux. La tente et la bâche vélo sont sèches. Je déjeune à l’abri du vent derrière La Chapelle et salue un couple de VTTistes tracté chacun par un chien esquimau; coïncidence troublante car je suis en train de (re)lire « L’appel de la forêt » de Jack London.

Je trainasse un peu en ce dimanche matin et finis par partir peu avant 9h sur les petites routes des polders pour arriver devant le majestueux Mt-St-Michel. Et dire que, quand j’étais ado (14 ou15 ans) à St-Servan, il nous est arrivé avec qq potes de prendre notre vélo et d’y partir pour la journée avec le pique-nique. On prévenait les parents qu’on rentrait pour dîner. Souvenir de grande liberté mais bien délimitée. Souvenir aussi de mes premiers amours avec Mattéa, une des filles de nos amis corses. Mais revenons à nos moutons qui paissent tranquillement dans les prairies.

Auparavant, j’avais rencontré un cyclo allongé dans l’herbe à fumer sa clope qui se rend à Roscoff. Il n’avais pas l’air trop stressé si ce n’est par le fait de s’acheter un tente pour pouvoir bivouaquer et éviter de débourser 50 balles pour uniquement roupiller dans un lit.

Après un dernier regard sur ce spectacle grandiose, je prends la route du Cotentin en contournant la Sélune. Je croise à nouveau un cyclo qui tracte une remorque et qui se dirige vers Brest. Il vient de trouver une sacoche avec du super matos de photographe. Je suppose que c’est un automobiliste qui a dû la laisser sur le toit de sa voiture et est reparti sans s’en rendre compte. Il la dépose dans une chambre d’hôte en face en laissant un mot sur la barrière. Je repars pour m’arrêter un peu plus loin dans un bar-rotisserie-chambre d’hôtes « Le Marquis de la Guintre » où le patron m’offre une crêpe avec mon café. Allez zou, c’est reparti.

Je prends la direction de Blainville/Mer où m’attendent Martine et Christian rencontrés à la pointe des Espagnols. Je pensais arriver en début d’après-midi pour le café mais Christian joint par SMS me dit qu’il y a 120 kms et que je ne devrais arriver que lundi. Bizarre Maps.me m’indique une cinquantaine de kms ? Bon, je taille la route et on verra bien. A la sortie de la baie du Mt-St-Michel, je retombe sur un fléchage EV4 qui indique le Tour de Manche. Difficile à comprendre la logique de ce fléchage … Par contre, cet itinéraire ne fait pas le tour du Cotentin. Je ne le suivrais donc pas.

Je branche mon GPS et direction Blainville. Effectivement la distance n’est pas la même que celle d’hier ! Ca va être chaud patate. De plus, je n’ai pas pensé à faire le plein d’eau lors de ma pause-café et les bidons, après le bivouac, sont presque vides. Je m’arrête dans une pissotière espérant trouver un lavabo ou un robinet. Mais c’est bien connu, en France, après avoir pissé, on s’essuie les mains sur son pantalon. Donc je remplis un bidon à l’urinoir sans me laver les chaussures, essaie de déchiffre la prose mais sans succès et reprends ma route.

Je m’arrête déjeuner juste avant l’aérodrome d’Avranches où doit se tenir une compèt’ de chute libre de bon niveau; j’aperçois en effet des parachutes au couleur tricolore et l’avion n’arrête pas de faire des rotations. Simple supposition. Le spectacle est dans le ciel et également devant moi avec mes moutons qui paissent toujours devant le Mt-St-Michel. Par contre, mon GPS me confirme bien que j’ai encore 70 bornes avant d’arriver à destination. J’appelle Christian pour le prévenir que je n’arriverai pas pour le café mais un peu plus tard …

J’entame ensuite ma remontée vers le nord en me baladant en ville mais sans faire d’emplettes. En effet, après avoir gravi la côte de Champeaux, j’entame ma visite de Jullouville et sa magnifique plage où fut aussi érigé par les allemands une partie du mur de l’Atlantique.

Puis j’arrive à Granville perché sur sa falaise avec ses fortifications, sorte de St-Malo miniature. Il y a foule aux nombreuses terrasses de cafés et de restaurants. Mais seul le personnel porte un masque. Allez comprendre la logique de ces mesures d’hygiène ?

Puis ce sera Donville, Bréville, Bricqueville, Muneville, Annoville, Hauteville, Agon-Coutainville et Blainville ! Entre-temps, Christian m’aura rejoint après Montmartin/Mer (bug !) sur une magnifique piste cyclable comme il devrait y en avoir le long des axes départementaux.

Par contre, je dois avouer que cet après-midi dominical aura justement été pénible du fait de devoir rouler le long de ces départementales très empruntées en cette belle journée estivale et sans axe cyclable. Impossible de suivre la côte par d’autres routes : que des culs-de-sac pour aller dans les villes côtières et obligation de contourner les havres, les abers bretons. Et puis j’ai aussi eu droit au défilé de motards pétaradants, à celui de vielles voitures bien puantes, aux papy-mamy en vadrouille et qui n’osent pas doubler, aux jeunes conducteurs avec le A au Q qui n’ont pas dû apprendre la règle des 1,50m d’écart pour doubler et aux éternels abrutis qui roulent à tombeaux ouverts (expression ô combien imagée sauf que moi je n’ai pas envie de finir ni dans un tombeau, ni dans une urne à cause d’un abruti non fini).

Christian m’ouvre la route sur son VTT pour ces derniers kms et je suis bien content de l’avoir devant moi à pouvoir discuter après cette longue journée. Nous finissons par arriver et retrouver Martine dans leur superbe maison familiale normande coquettement aménagée après cette journée de 120 bornes. Ils me proposent de m’héberger ce que j’accepte avec beaucoup de plaisir et de gratitude. Enfin une bonne douche chaude, quelques verres de cidre bien frais, un dîner succulent (poulet fermier et grenailles au four, fromages et dessert avec glace cassis et coulis de mûres maison) qui me change de mon Tipiak quotidien et un bon lit douillet.

De plus, en discutant de nos parcours respectifs, il s’avère que le beau-frère de Christian, originaire de La Flèche dans la Sarthe comme mon père, habite le village de St-Jean-de-la-Motte où se tenait la ferme de mes grands-parents paternels. Incroyable coïncidence !!!

En ce 31é jour d’itinérance, le seul bémol de cette journée aura été la réélection très serrée de la guimauve Moudenc, le Cyrano de Toulouse. Espérons que ses projets pharaoniques (3é ligne de métro, la tour Occitanie) ne verront pas le jour après la déflagration COVID-19. Et que son urbanisation tactique sera pérennisée … Mais quelle déception de ne pas voir la liste Citoyenne et Écologique emmenée par Maurice emporter la mairie et apporter un souffle novateur sur cette métropole à la croisée des chemins.

Je me couche avec vue sur un superbe coucher de soleil sur l’île de Jersey au loin. Merci à tous les deux pour votre chaleureux accueil. J’adore aussi ces voyages pour ces belles rencontres improbables et cette hospitalité.

Résumé : 120kms, 6h40, 18.0km/h, hébergement

J30 – samedi 27/6 – St-Guireuc(22)/Cherrueix(35)

Réveillé dès potron-minet par le chant du coq, je me lève et sors sous un ciel menaçant. La pluie est tombée cette nuit et la tente est humide. Par contre, un vent de sud-est souffle fort. Je déjeune et fais sécher mon barda. A 8h15, j’attaque cette 30é journée de balade. Le moral est toujours bon et le physique aussi. Donc tout va bien !

Je retrouve l’EV4 que je vais suivre pointilleusement vu que mes 2 iMachins ont les batteries faiblichonnes. Plutôt que de suivre la côte vers Saint-Cast, l’itinéraire passe par Matignon. Je n’y croise pas E. Philippe qui doit être au Havre à préparer sa sortie. Je finis par arriver via de belles petites routes campagnardes à Notre-Dame-du-Guildo où le château de Gilles de Bretagne est en cours de restauration. Et y’a du boulot …

Je traverse L’Arguenon puis remonte vers Dinard toujours à l’intérieur des terres.

A Tréméreuc, je m’octroie ma traditionnelle pause-café dans un bar à la déco new-yorkaise, souvenir de ma semaine passée là-bas avec le fiston il y a 2 ans déjà. Au début, je converse avec la patronne et un client mais à l’heure de l’apéro les clients hommes (désolé Marie-Pierre) affluent.

A la sortie de cette petite commune, je prends une belle piste forestière qui m’emmènera jusqu’à Dinard. En arrivant près de cette ville cossue, je croise beaucoup de cyclistes en balade. Comme quoi, dès qu’on offre de belles infrastructures, les gens sortent les vélos et se baladent.

Arrivé à Dinard, je fais un tour rapide. Souvenir de mes années malouines où nous allions une fois par semaine à la piscine couverte, à l’époque la piscine de St-Malo n’était pas encore construite, avec un copain et sa maman qui conduisait une Daf. Au retour, nous mangions des cacahuètes caramélisées. Cela ne me rajeunit pas … Dans le Golfe, on devine au loin à droite la cité corsaire.

Par contre, il me faut traverser le barrage de la Rance, première usine marée-motrice française, et emprunter la route principale évidemment sans piste cyclable. Autant dire que je sers les fesses et le bas-coté de la route à 2*2 voies. A l’époque, quand j’allais à Dinard à vélo, il y avait beaucoup moins de circulation…

Arrivé à St-Malo, je ne peux m’empêcher d’aller faire un pèlerinage à St-Servan où j’habitais et jouais au foot. Notamment sur le terrain du vélodrome qui existe toujours et qui permet aux jeunes du club cycliste malouin de s’entraîner. Les terrains de foot annexes ont été, eux, récupérés pour agrandir l’hôpital.

Arrivé devant intra-muros, nouvelle (mauvaise) surprise en voyant ces deux immeubles flottants amarrés devant les remparts. Quel anachronisme et quel scandale !

Je retrouve avec plaisir la magnifique digue du Sillon à marée haute. J’avais appris à nager sur cette plage. Et quand c’était marée basse, que le vent balayait la plage et que l’eau était à 18°c, ça ne donnait vraiment pas envie d’aller boire la tasse salée. D’où ma grande aisance dans l’eau …

Et nouvelle (bonne) surprise, même les malouins ont mis en place l’urbanisation tactique en affectant une voie de circulation pour une piste cyclable bidirectionnelle. A Blagnac, nous en sommes toujours à discuter entre mairie et riverains mécontents pour savoir si les 450m aménagés sur l’avenue Servanty vont être conservés ou pas. Quant aux autres demandes (piétonisation du centre historique et passage à sens unique d’autres avenues), peut-être faudra-t’il attendre le prochain confinement. Là, ça me parait mal barré.

Je m’arrête dévorer un double-burger avec frites dans un restau nommé « Le Brooklyn café ». Décidément, c’est la journée new-yorkaise. Puis je prends la route de Cancale.

Avant d’arriver dans la cité ostréïcole, je m’arrête à la pointe du Grouin balayée par les vents.

Cancale. Souvenir également d’une belle semaine de vacances avec Hélène et notre fils Titouan où nous étions montés avec ma Lancia GPL; semaine pendant laquelle j’avais couru le marathon du Mont St-Michel dont le départ est donné à Cancale. J’avais réussi à accrocher le ballon des 3h mais, avec le vent qui s’était levé sur les polders et l’apparition de la chaleur, j’avais décroché à 3kms de l’arrivée pour finir en 3h02 je crois. Et que de défaillances alors que nous attendions en plein cagnard les bus pour nous ramener à la zone de départ …

Ce marathon faisait partie de mes quelques échecs dans ma tentative de passer la barre symbolique des 3h et, ce, après avoir vaincu le crabe et effectué un stage chez Bernard FAURE (ancien champion de France et consultant sur France TV) qui m’avait convaincu que je pouvais le faire. Je franchissais la barre à Barcelone pour une poignée de secondes puis arrivais à taper celle des 2h50 (15km/h) à Paris2005 après avoir réussi 1h19 (16km/h) sur le semi de Blagnac en prépa. Des chronos que je ne pensaient jamais atteindre. J’avais été au bout de mes possibilités.

Peu de temps après, je rencontrais Coco dont je soupçonnais rapidement de grosse capacité. Je l’entraînais et elle allait devenir une des meilleures coureuses régionales en courant le 10 en 38’, le semi en 1h25 et le marathon de Paris2015 en 3h10. Ensuite, je finis ma carrière de coureur en meneur d’allure pour amener les marathoniens sur les 3h15. Fin de la digression course. Mais que de souvenirs, de rencontres et de voyages mémorables pour aller courir mes 35 marathons.

Ensuite, comme j’ai le vent dans le dos, je pousse vers le Mont St-Michel et m’arrête à St-Benoit-des-Ondes manger mon Kouign-Amann, boire ma bolée de cidre et discuter avec un couple de nordiste à la retraite légèrement facho sur les bords …

L’heure tourne et il me faut trouver un bivouac. Pas envie de m’entasser avec les camping-cars. J’ai de l’eau, du pain, un bon bouquin, ça devrait le faire. Je retrouve les routes empruntées par le marathon notamment une petite qui longeait la baie après les Viviers/Mer et Cherrueix. Je finis par trouver mon bonheur dans un chemin à l’abri du vent et juste à côté de La Chapelle St-Anne fermée.

Résumé : 105kms, 6h25, 16.5km/h, bivouac

J29 – vendredi 26/6 – Tréveneuc(22)/St-Guireuc(22)

Réveillé de bonne heure par les employés municipaux qui viennent ramasser les poubelles, je me prépare et déjeune sous un ciel et une mer au couleur d’ardoise. La température a sacrément baissé et je sors mon coupe-vent. C’est reparti mon kiki. Au bout de quelques kms, je rejoins St-Quay-Portrieux, qui est avec La Trinité/Mer, un centre névralgique de conception de bateaux de compèt’.

A la sortie de la ville après une sacré grimpette, le panneau EV4 m’envoie vers les sentiers du GR34. Bizarre. Je regarde ma carte et vois effectivement un sentier en pointillé. A un moment, je tombe sur un croisement : GR34 à gauche, PR à droite et plus de panneau. Je pars à gauche pour suivre le chemin pointillé. Mauvaise pioche. Je me retrouve sur une piste où je me fais doubler par un trailer qui doit se demander ce que je fous là avec mes sacoches ! Le paysage est magnifique mais à quel prix. Je fais du trail en poussant ma monture ou en descendant des escaliers ! Au moins je muscle les biscottos.

Je finis par rejoindre l’itinéraire et reprends sur des routes bitumées quand même plus praticables. Je traverse un pont incroyable au-dessus de la canopée (souvenir d’une rando au-dessus des arbres dans un parc Costa-Ricain).

J’arrive enfin à St-Brieuc mais ne passe pas dans le centre-ville. Je ne fais que passer dans la zone portuaire puis me dirige vers Yffiniac.

Je m’arrête pour boire mon café matinal à la sortie de cette zone.

Je repars à froid et il me faut à nouveau grimper un sacré raidard tout droit dans la pente. Pour une remise en jambe, c’est corsé. Je retrouve comme par enchantement l’EV4 et me voilà parti à faire la tournée des grèves sans voir aucun manifestant. D’ailleurs cet après-midi est maussade et m’a fait pensé à la chanson « Les marquises » de J. BREL.

Le temps est gris. La mer est plate. Les noms des villages traversés sont tristes (Trégueux, Langueux, Morieux, Pléneuf). Les gens sont renfermés (à peine un regard quand je leur donne un bonjour). Je m’arrête à Yffiniac, le village de notre blaireau national (Bernard Hinault) qui d’ailleurs a bien le caractère des gens du coin, pour y faire quelques emplettes puis m’installe devant une grève pour déjeuner.

Auparavant, je m’étais réapprovisionné aussi en nourriture spirituelle dans ces cabines à lire très sympas.

J’arrive du côté d’Erquy, village cher à mon amie Laurence, où quelques jeunes jouent au jeu de croquet sur la plage abandonnée.

Je m’arrête à la sortie de la ville pour refaire le plein d’eau et tombe sur un campement de camping-cars. Me viennent des paroles en pensant aux Marquises (spéciale dédicace à Sandrine) :

Les camping-caristes sont franchouillards et rondouillards. Ils passent leur temps à s’baffrer et boire du pinard. Comme des sardines en boîte, ils sont agglutinés. Quand y z’baladent, z’ont vraiment l’air de se faire chier !

De temps en temps, ils sortent leur VAE. Génération « 30 Glorieuses », le Progrès c’est eux. Sur le toit, la parabole pour capter la TV. C’est l’été. Pas d’bol. Back au pavillon doré.

Je remonte la colline et file « de grève en grève, la voilà la jolie grève »

… vers le Cap Fréhel que j’atteins en fin d’après-midi sous un menaçant.

Je contourne le cap et redescends par Plévenon, où je fais ma halte « Gâteau breton / Cidre brut » et où je peux choper la wi-fi devant l’office de tourisme. Puis je prends plein est pour retrouver l’océan et un bivouac avec vue sur la baie de la Fresnaye du côté de St-Guireuc. Même kilométrage et temps qu’hier. Demain je devrais être à St-Malo, pays de mon adolescence.

Résumé : 100kms, 6h00, 17.0km/h, bivouac

J28 – jeudi 25/6 – Perros-Guirec(22)/Tréveneuc(22)

Ce matin, je suis comme cette vache allongée dans l’herbe : j’ai la tête dans le cul ! J’ai bouquiné tard hier soir dans ma salle machine à laver où j’étais tranquille peinard alors que mes voisins en mobil-home picolaient et discutaient fort.

Finalement, je décolle de Perros-Guirec à 8h30. Le temps de grimper la colline pour revenir au centre ville et faire la photo de l’église, le soleil dans le pif, me voilà reparti sur les chemins de traverse de l’EV4. Il fait déjà 24°c au thermomètre de la pharmacie du coin. La journée s’annonce chaude.

Mais je dois dire que je ne verrai pas la mer de la matinée. J’essaie bien de bifurquer de temps en temps mais toutes les routes mènent à des ports en cul de sac où il faut se taper une sacré grimpette pour reprendre le chemin initial. Je décide de suivre l’itinéraire même si j’ai l’impression de faire pas mal de zigouigouis pour éviter la route principale. Je visite la Bretagne légumière, ses champs d’artichauts et ses serres gigantesques qui alimentent principalement l’enseigne « le Prince de Bretagne ». Cela me change de notre production bio à taille humaine de l’Arche en Pays Toulousain …

A 10h30, je m’arrête à Tréguier, petite cité de caractère (j’adore), boire mon café matinal et discuter avec les serveuses du bar sur la place centrale. J’en profite aussi pour visiter la cathédrale qui abrite la sépulture de Saint-Yves (Yves Hélory de Kermartin : 1253-1303), saint patron des professions de la justice et du droit (avocats). D’ailleurs il y a aussi une plaque à la mémoire de Yves du Manoir, international de rugby, polytechnicien français mort à 24 ans aux commandes de son avion et qui a donné son nom au fameux challenge rugbystique. Voilà pour la petite leçon d’histoire matinale.

Je redescends dans la vallée où je traverse le Guindy puis le Jaudy. Si j’étais venu demain, j’aurais probablement traversé aussi le Vendraudy ! Je file à bonne allure toujours en coupant à travers champs et forêts vers Paimpol. Avant d’y arriver, je traverse le Trieux où une maman et sa fille prennent un bain de fesses. C’est charmant …

J’arrive enfin à Paimpol sur les coups de midi. J’admire la ville, sa falaise, son église et son Grand Pardon mais n’y trouve pas la Paimpolaise. Puis je descends sur le port où je retrouve « Justine et Thibault » (titre de mon prochain film ou roman) en train de casser la croûte. Je les avais croisés hier soir alors que je buvais mon verre de cidre dans le centre de Perros-Guirec. Ils sont en route vers Dinan où ils ont laissé leur voiture. Très sympas tous les deux, ils me proposent de m’attabler avec eux. Hélas, j’ai prévu un pique-nique périssable et je préfèrerais aussi déjeuner dans un restau avec vue sur mer. Je leur souhaite bonne route et reprends la mienne.

Je sors de la ville et ne peux m’empêcher de m’arrêter prendre une photo de ces fermes restaurées typiques tout en granit dont j’aime beaucoup le charme austère.

Je finis par retomber enfin sur l’Océan et l’anse de Beauport. Après être passé visiter l’abbaye, j’emprunte le GR34 en poussant mon vélo et finis par trouver une plateforme qui domine la baie. C’est paradisiaque. On se croirait aux Antilles. Je m’arrête pour y pique-niquer et faire un siestou au son de l’église dont les cloches sonnent le glas.

Le pépiement de 3 randonneuses et le cri des mouettes (ou vice-versa je ne sais plus très bien) me tirent de mon sommeil. Il est 15h, l’heure de reprendre la route. Je sors du sous-bois et retrouve l’itinéraire EV4 qui suit la route des falaises. Autant la matinée fût bucolique, autant l’après-midi fût atlantique. En effet, depuis Paimpol, le circuit a suivi la côte sur une petite route touristique sans circulation. Premier arrêt au moulin de Craca avec vue incroyable sur la baie de Paimpol. Et c’est clair que les habitants du coin ont dû en avoir pour restaurer entièrement et remettre en état de marche ce moulin du XIXé siècle.

Je continue mon chemin et découvre de superbes vues sur les criques et les falaises impressionnantes qui dominent une mer plate. Par contre, des nuages arrivent. La moiteur est prégnante. Je roule veste ouverte.

Quelques baigneurs se risquent dans l’eau. Je dois dire qu’hier après-midi, je l’ai trouvé bien fraîche et n’ai pas fait trop de longueurs. Déjà que …

J’ai soif et faim. Je fais un détour par Plouha pour m’acheter un gâteau et mon Schweppes agrume dans une des 3 boulangeries autour de la place de l’église. Je me fais une pause justement au pied de l’église. Puis branche mon GPS pour m’indiquer la route de St-Quay-Portrieux. Celui-ci m’indique la route directe que je suis. A un moment, alors que j’arrive devant un stand de dégustation de Muscadet fermé, je croise un panneau EV4. Je ne me pose pas de question, débranche mon Maps.me et suit les panneaux. Au bout d’un moment, ma boussole intérieure m’envoie des signaux. Je regarde l’autre boussole. Effectivement je devrais être S-E mais elle m’indique N-O ! Damned, je suis en train de revenir sur Plouha en ayant emprunté l’itinéraire dans le mauvais sens. Une remarque également pour nos amis qui tracent les EuroVélos, il serait pas mal de faire comme sur les autoroutes avec des couleurs inversées en fonction du sens de circulation. Je peste et m’insulte. Je dois me retaper les quelques côtes que j’ai descendues allègrement. Je fais demi-tour et retrouve mon stand de dégustation qui, lui, n’a pas bougé de place.

Je n’ai plus qu’à reprendre l’itinéraire dans le bon sens. A un moment, je file tout droit pour arriver au « Bout de la Ville » de Tréveneuc. C’est un cul-de-sac qui donne sur une plage accessible par un escalier vu que nous sommes en haut de la falaise. Il y a un bar-restau qui a l’air d’ouvrir et quelques voitures stationnées . Un peu plus loin, une aire de jeux, une table en dur et un pin accueillant. J’en ai pleins les bottes. Je m’arrête.

Je dois dire que la soirée est quelque peu spéciale. Sur ma droite, il y a une maison où 3 familles avec leurs enfants dînent sous un barnum. De l’autre côté de la rue, se trouve un bar-restau « Le crapaud rouge » où je vais boire mon cidre brut. Je suis accueilli comme ‘un chien dans un jeu de quilles’ comme disait ma grand-mère. C’est le début du service et je comprends que je les enquiquine avec ma commande. Je bois mon verre sur un bout de bar, le restau se remplit vite, puis retourne à mon campement. En-dessous des scouts de tous âges se sont groupés sous un arbre où ils entonnent des chants religieux ponctués d’applaudissements. Après ils sortent des collations et trinquent.

Le ciel s’est couvert et des orages grondent dans les terres et se rapprochent. Je monte rapidement ma tente au cas où et commence à casser la croûte. Quelques gouttes tombent mais rien de méchant. Je regarde autour de moi et éprouve la désagréable impression d’être étranger à ce monde. Personne ne me propose de trinquer. Tout ce petit monde doit se demander ce que je fous là. Je sors mon bouquin (« Bernard Quesnay » d’André Maurois, l’histoire de l’industrie du textile dans l’Eure après la 1ère guerre mondiale vu à travers une famille bourgeoise) que je termine avant d’aller me coucher.

Résumé : 100kms, 6h00, 17.0km/h, bivouac

J27 – mercredi 24/6 – Plestin-les-Grèves(22)/Perros-Guirec(22)

Nuit calme bercée par le bruit des vagues en bas de la colline où je suis niché. Personne. Tranquille sur ma terrasse de cette grande maison avec un parc immense à l’abandon. Quelle tristesse ! Et dire qu’il y a des gens qui sont entassés dans des taudis. Le monde est vraiment mal foutu. En tant qu’agnostique, je ne peux croire qu’un Dieu quel qu’il soit régisse tout cela. Ou alors, c’est un grand psychopathe …

Comme je suis à l’abri sur la terrasse, il n’y a pas de rosée ce matin. J’ai décidé de me lever plus tôt pour profiter de la fraîcheur et surtout m’arrêter plus tôt afin de faire une lessive, des courses et la grande toilette du bonhomme et du vélo. A 8h, je suis donc parti et je retrouve l’itinéraire du Tour de Manche. Je quitte les grèves matinales pour m’enfoncer dans l’arrière-pays.

A St-Michel-en-Grève, c’est donc tout à droite à travers la bucolique vallée du Kerdu. Et pour être kerdu, c’est kerdu. C’est aussi ardu et pentu. Je suis une trace forestière et monte sur le 36 tout en rythme. Il fait frais. Je double un traîner matinal et deux VTTistes costauds qui tirent gros et la gueule aussi en me voyant passer. Je n’emprunte que de belles routes de campagne sans croiser aucune voiture. Le pied. De toute façon, je ne pouvais pas suivre la côte. Que des culs-de-sac. Finalement j’arrive à Lannion où je me pose pour mon café matinal dans un bar cool « Le Flambard » où le boss (Bruce Springsteen pour les jeunots) passe en boucle.

L’itinéraire nous fait monter à La Chapelle de Brélévenez où, certes, la vue est magnifique mais ensuite il faut redescendre pour basculer plein ouest vers Trebeurden.

Je repars dans les chemins de traverse, que j’ai nommé la voie 9 1/2 en référence au quai du train d’Harry Potter pour Poudlard (chacun ses références littéraires !) et il ne faut surtout pas rater un panneau sinon on part vraiment en pleine cambrousse. Un exemple du fléchage parfois compliqué à suivre. J’arrive dans un lotissement et il me faut tourner à gauche :

A gauche ça descend sec donc je descends sec mais bien planqué sur la droite, un panneau qui invite à prendre la voie verte ! Donc gros coup de frein (les patins avant sont nazes et je les changerai cet aprèm) et à droite toute. Si vous loupez le panneau, je pense que vous pouvez tournicoter un moment dans le lotissement.

Idem quand il y a des travaux sur une route. Des déviations sont indiquées pour les voitures qui sont renvoyées par de plus grands axes. Mais pour les vélos rien. Heureusement, les 3 fois que cela m’est arrivé (et la route était vraiment bloquée), les ouvriers arrêtent leurs engins et me laisse passer. En Allemagne, vous avez de beaux panneaux « ??? » pour les vélos. Des petits riens qui font toute la différence. Je me retrouve à nouveau sur un ancien chemin très sympa et ombragé.

Arrivé dans un hameau, je tombe sur une plaque qui me frappe la rétine puisqu’elle porte le prénom de mon ainé.

Digression. Yves-Marie est donc l’ainé de la fratrie né en 1960. Pour rappel, nous sommes 4 garçons comme la fratrie de mon grand-père maternel (cf chapitre précédent). Il vit dorénavant dans le charmant village d’Ampus au-dessus de Draguignan dans le Var avec sa non moins charmante épouse Florence et sera à la retraite dans quelques semaines. Après avoir exercé pas mal de petits boulots dans sa jeunesse, il a trouvé sa voie dans l’immobilier en tenant une grosse agence Century21 à Laval puis en devenant promoteur avant de créer « sa petite agence du Haut-Var » à Ampus pour finir sa carrière. Flo, elle, est podologue et exerce en libéral dans le secteur. Ils ont 2 fils Valérian et Hugo tous deux lavallois. Quant au recteur, rien à voir avec Yves-Marie, ancien président des PRG de la Mayenne et laïc convaincu.

Moi je suis le second pour ceux qui ont suivi le chapitre sur « le syndrome du Plan B ».

Puis Franck, né en 1964, qui habite et tient la supérette de son village de Limetz-Villez à côté de Giverny qui abrite la maison et le musée Monnet. Il est marié à Corinne, comptable, qui l’aide aussi à la compta et à la boutique et ont une grande choupinette Eloïse. Franck est parti jeune de chez les parents pour devenir compagnon pâtissier. Il a bossé par mal de temps dans de grands domaines dans le Vexin avant de reprendre cette supérette. Pongiste depuis de nombreuses années, il arrive à battre des petits jeunes par sa malice et son mental.

Et le petit dernier Emmanuel, Manu pour les intimes, né en 1968. Vous aurez remarqué que les frangins sont tous nés des années olympiques sauf moi … il y a dû avoir aussi un problème de confinement en 1961 … Après avoir sévi pendant de nombreuses années au bord des bassins en tant que MNS, Manu, employé territorial à la mairie de Montauban, bosse dorénavant à la médiathèque. Papa d’une charmante fille Zoé à la tête bien faite, issu de sa relation avec Cathy, il vit désormais à côté de Montauban avec Stéphanie qui bosse comme secrétaire hospitalière. Tous les deux passent leur dimanche à arpenter en marchant tous les alentours de Montauban et d’ailleurs. Fin de la digression

Arrivé à Trébeurden, je retrouve enfin mes paysages adorés. La campagne, c’est sympa mais bon …

Je décide de continuer sur la route principale et de ne pas repartir sur les coteaux campagnards. Je traverse Penvern, Kérénoc, Landrellec, Trégastel en empruntant quelque fois des portions du GR34 mais à mes risques et péril vu que ce sont des chemins piétons.

J’arrive enfin à Ploumanac’h où je visite à pied, vélo à la main, le site de granit rose.

Je m’arrête sur un banc et dévore les 2 tomates ainsi que les betteraves cuites achetées à une maraîchère sur le bord de la route. Le spectacle est aussi pour les badauds qui me regardent, dubitatifs, casser la croûte. Mais la vue est tellement grandiose que je me régale autant de mon repas que du paysage.

Après ce délicieux pique-nique, je repars et arrive à Perros-Guirec où je m’arrête au 1er camping venu. Les douches sont ouvertes. Il y a une machine à laver et un séche-linge. Et accès à la plage à 100m. Parfait. Fin de la petite étape aujourd’hui. Ce sera après-midi lavage, course, baignade et repos bien mérité sous le soleil breton.

Résumé : 60kms, 4h00, 15.0km/h, camping