J8 – jeudi 25 juillet – Casteltownshend / Adrigole

Réveillé par le bruit du ressac sur la plage de galets. Je me tire de mon duvet pour admirer le panorama et voir quelle est la météo. Comme d’hab’, c’est couvert et pas très chaud (15°C). Je regarde aussi le niveau de l’eau sur le rocher devant la tente pour savoir si je vais devoir mettre les pieds dans l’eau pour sortir mon barda. Cela devrait aller. Je plie les gaules et effectue ma séance dans ce cadre magnifique. A 7h30, je quitte ce beau bivouac … en poussant mon vélo vu la méchante pente pour sortir de cet endroit.

En haut de cette pente, je retrouve l’EV1 et la Wild Road Atlantic qui porte vraiment bien son nom. C’est effectivement sauvage. Tellement sauvage que ces paysages me prennent littéralement les tripes. Je suis à l’extrême sud-ouest de l’Irlande. Je vais entamer la remontée vers le nord.

Je double une jeune femme qui marche en bord de mer puis, plus loin, une plus vieille qui semble surprise de me voir surgir derrière elle. Comme à chaque fois, nous nous adressons un salut. Par contre, il n’y a pas de circulation. Quelques belles demeures et fermes sont érigées dans ce paysage. Il faut aimer la solitude et l’éloignement.

Alors que je sors d’une superbe crique où deux campings-cars ont trouvé à stationner et que je suis debout sur les pédales dans un nouveau casse-pattes, j’entends un léger bruit de cliquetis provenant de ma roue arrière. Quelques mètres plus loin, je déraille et manque me prendre une belle gamelle. Je m’arrête dans la pente et regarde : deux rayons sont cassés ! Je monte en haut de la pente en poussant mon pauvre HakaOne à qui j’en fait vraiment voir de toutes les couleurs. Je trouve un terre-plein pour analyser les dégâts.

Évidemment, cette fois-ci, je n’ai pas pensé à prendre des rayons de rechange. D’habitude, j’en prends toujours quelques-uns au cas où. Mais là, je suis parti tellement dans la précipitation que je n’y ai pas pensé. Je profite de cette pause pour nettoyer mon destrier qui est bien crotté. J’analyse ma carte pour me diriger vers la ville de Skibbereen qui n’est pas très loin. Par contre, pour y aller, je coupe à travers champ et je dois mettre pied à terre pour ménager ma monture avant d’attaquer ce nouveau raidard.

Une fois arrivé, je me pose dans le café d’une supérette. Une des serveuses me parle français. Elle a fait ses études à Aix-en-Provence. Je lui demande s’il y a un magasin de vélo dans cette ville mais elle n’est pas sûr. Vers 10h00, après être passé à l’Office de Tourisme local, je pars à la recherche de ce magasin que je trouve facilement. Il y a de la lumière à l’intérieur mais c’est fermé à clé. Je frappe au n°1. Mais Mlle Angèle ne me répond pas.

Il y a bien un n° de téléphone à appeler en cas d’absence. Mais ma nouvelle ligne FREE n’est toujours pas opérationnelle. Quoique … Je regarde. Ça y est enfin. Ça fonctionne. Adieu SYMA MObile. Vive FREE ! J’appelle mais personne ne me répond. Les voisins d’en face me disent qu’il doit être au café et qu’il ne devrait pas tarder à revenir. J’attends. J’en profite pour démonter le pneu et la chambre à air. Les voisins me disent qu’il arrive.

Un vieux monsieur aux cheveux blancs et au bleu de travail SUZUKI arrive. Je lui explique mon petit souci. Hélas, il n’a pas les rayons, ni de roue pour cassette 10 vitesses. Bon. J’aurais poireauter pour rien. Il me dit de me rendre à Bantry à une vingtaine de kms d’ici. Je repars en empruntant l’itinéraire cyclable n°3. Je navigue dans un océan de verdure.

Par contre, vu que ma roue est bien voilée, je suis obligé de débrayer le frein arrière pour que ça ne frotte pas trop. Comme il n’y a pas grand monde sur cette route campagnarde, je fais quand même gaffe. Par contre, je loupe une bifurcation et me retrouve sur la RN71. Là, c’est autre chose. Puis je récupère l’EV1 peu avant cette jolie ville côtière. J’aurais squizzé cette pointe avec le Mount Gabriel qui la domine et qui culmine à 407 mètres. J’arrive en début d’après-midi à Bantry. Comme ce matin, je vais direct à l’Office de Tourisme qui m’indique le magasin. Je m’y rend.

Devant l’entrée du magasin, le patron a installé son pied sous un abri. Sa femme également. Je lui explique mon problème. Il a les rayons et me les change. J’en profite pour lui demander de me changer la chaîne et, tant qu’à faire, la K7. Il a même une 32 dents alors que je n’avais qu’un 28 dents. Après avoir dévoilé la roue et tout remonter, je peux repartir tranquille. Enfin, c’est ce que je pense …

Avant de repartir, je m’arrête déjeuner d’un wrap poulet curry accompagné de légumes au Boston Bar. Il est plus de 15h00 et le bar est vide. Si ce n’est un trisomique (« une personne atteinte de Trisomie21 ») qui sort des toilettes et un papy qui roupille au bar. Drôle d’ambiance … Le patron arrive laborieusement à me connecter à la Wifi alors qu’il commence à regarder le match de rugby à 7 Irlande – Blacks. Et oui, les JO ont commencé. Je repars le vélo réparé et la panse remplie. Ça souffle fort en sortant de la ville.

J’attaque maintenant la 2ème pointe sud-ouest. Par contre, je suis obligé, toujours en suivant l’EV1, d’emprunter la route régionale R572. Et là, c’est moins sympa. Cela circule pas mal. La route s’élève à nouveau avec l’estuaire venté à main gauche. Je grimpe tranquillement sur la plaque du milieu quand j’entends un claquement puis, à nouveau des cliquetis … Et merde !!! Un autre rayon vient de casser. Je décide de poursuivre quand même ma route à travers ces paysages montagnards.

Sur cette pointe, le plus haut sommet est le Knockowen qui s’élève à 658 mètres. Je vais essayer de faire le tour de cette pointe. Si un autre rayon casse, demi-tour et je retourne à Bantry. Soit ça tient et je m’arrêterais à Kenmare qui ferme l’autre pointe. Soit tout pète et je vais à Killarney changer la roue ! En attendant, il me faut trouver un bivouac. Et ce n’est pas évident du tout vu la configuration des lieux : montagne à droite et lande à gauche qui plonge dans la mer. Et bien sûr tout est grillagé ou cadenassé. Je finis par trouver un chemin local qui dessert de belles demeures. Sauf une qui est à l’abandon et dont le chemin n’est pas barricadé. Ce sera parfait pour ce soir malgré une maison qui me domine un peu.

Je pose la tente et dîne d’une boite de sardine à la tomate accompagnée d’une Guinness fraîche en boite et d’un dessert chocolaté évidemment.

Je n’ai qu’une hâte après cette éprouvante journée : rentrer au chaud sous mon duvet, lire et dormir ! J’aurais raté la pointe de Baltimore. A refaire dans une autre vie …

Résumé : 69kms, 4h40, 14,7km/h, 862D+, variable, bivouac


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