En ce 20è jour de périple irlandais, je me réveille à nouveau aux aurores. Hier soir, il a plu vers 22h alors que je m’endormais. Heureusement, ma petite tente Quechua d’1,5 kg tient bien le chic de la pluie et le choc du vent. Le soleil se lève toujours à travers un ciel bien nuageux. Je profite de cette lumière extraordinaire pour immortaliser ce bivouac avant que les nuages ne gâchent à nouveau la fête. La température est de 13°C. C’est pas encore la canicule ici. Vivement le mois d’août !

Comme vous pouvez le voir aux vaguelettes, le vent souffle fort toujours plein ouest. J’ai juste le temps de plier la tente qu’un grain éclate. J’attends que ça se calme avant de grimper les 1,8kms de mauvais chemin …

… puis de retrouver le chemin bitumé sur 1,2kms avant de retomber sur la route N59. Mais surtout sur la magnifique piste cyclable Greenway dont voici le tracé.

Après quelques kms sur cet axe, je trouve un banc où je m’installe pour déjeuner. Une femme, promenant son chien, me salue avec un petit sourire qui en dit autant qu’un long discours. Ainsi va la vie nomade à vélo !

Après ce copieux p’tit’ déj’ (thé, tartines marmelade, yaourt céréales et banane), je reprends la piste qui s’écarte de la route pour passer à travers champs. C’est superbe !

Personne. Aucune voiture. Aucun bruit. Si ce n’est celui du vent et du bêlement de quelques brebis. Je me régale à traverser cette lande préservée ! La piste a été tracée à travers des champs où paissent les troupeaux. Des passages canadiens permettent d’en sécuriser l’accès.

Une vieille charrette permet d’imaginer la rude vie des habitants de ces contrées dans les temps anciens. Je comprends pourquoi beaucoup de vieilles bâtisses en pierre sont laissées à l’abandon. Il ne devait pas y faire bien chaud l’hiver si ce n’est autour de la cheminée.

Je poursuis mon chemin quand j’aperçois au loin un coureur. Il se rapproche tranquillement. Je ne distingue pas si c’est une femme (très nombreuses à marcher et courir) ou un homme. La silhouette se rapproche. C’est Forest Gump !!! Je vous assure : longue barbe et cheveux hirsutes, short pourri à la Nico B., running élimées, vieux K-way. Il me salue d’un bref mouvenent de tête. Incroyable ! Dommage que je n’ai pu l’immortaliser.
A la sortie de ces champs, une pancarte indique que les propriétaires terriens en ont donné l’accès. Une coupelle permet de verser une obole pour les remercier. Je m’acquitte de ce versement symbolique. Imaginez cela en France ! D’ailleurs, comme dans beaucoup de pays nordiques, des kiosques en libre-service permettent aussi d’acheter ces œufs ou de la confiture maison. Vous vous servez et payez dans la cagnotte accessible par tous. Une autre mentalité …

Je passe ensuite au-dessus du village de Mulranny dans la Clew Bay. Je suis juste en face de Louisburgh où je suis passé hier après-midi. Il est encore un peu tôt pour ma pause. Je continue sur ma piste alors que le vent de face forcit et que les nuages noirs s’accumulent.

A 10h pétantes, je franchis le pont à l ‘entrée de Poll Rathnai. Ce pont relie le continent à cette presqu’île dont j’envisage faire le tour. Alors qu’un nouveau grain éclate, je trouve justement un café (grain de café évidemment !) pour m’abriter et en boire un. Par contre, pas de wifi. Je repars toujours sous un ciel menaçant à l’assaut de Achill Island. Il y a un siècle, un ancien champion du monde des welters était originaire de cette île.

Je contourne l’île par le sud. Les paysages sont à nouveau à couper le souffle. Si je puis dire vu que ça souffle fort. Et je n’ai encore rien vu … Ça va secouer. Accrochez-vous !

Je remonte maintenant la côte ouest. Là, c’est encore du grand spectacle. Je longe une côte déchiquetée et sauvage. Le vent s’engouffre plein ouest. Je l’ai sur le côté. Je m’arrête sur un parking où le point de vue est incroyable. Un allemand, parlant très bien français, m’immortalise alors que je suis bien accroché à HakaOne.

Ça doit souffler à au moins 50km/h. Je fais de sacrés écarts sur la route redevenue commune avec les véhicules. Mais la vue sur la côte est incroyable.



Même les moutons se planquent à l’abri du vent !

Une fois en avoir pris pleins les mirettes et les narines, je rentre dans la terre où je rejoins la route régionale R319. Et là, ça devient beaucoup moins sympa. Ça circule beaucoup sur cet axe. C’est surprenant car cette route est un cul de sac qui va sur la pointe extrême ouest de cette île et de l’Irlande du nord par la même occasion. Par contre, il est plus de 13h et j’ai les crocs avec toutes ces émotions. Las. Le seul restau de Bun an Churraigh, petit village dans les terres est fermé ce jour. Je poursuis donc ma route jusqu’à Keel. Je comprends pourquoi il y avait de la circulation. C’est un méga spot de kite-surf. Le camping est blindé. C’est le Gruissan local ! Vers 14h, je trouve enfin un endroit où me restaurer. Pas contre, toujours pas de wifi.

A 15h, je repars. Ma trace EV1 me fait monter au nord pour choper un hypothétique ferry qui me ferait gagner du temps en remonter vers Ballycroy sur le continent. C’est bizarre. J’ai un doute. On verra bien. Je me retrouve la côte sous le vent. L’impressionnant Slievemore, culminant à 671 mètres, accrochent les nuages. Un léger crachin arrose la belle plage de sable fin.

Vers 16h00, j’arrive au bout de la route. Il y a bien un embarcadère mais pas de ferry ou traversier à l’horizon. Je frappe à la première maison sur la droite. Une femme âgée au port altier m’ouvre. Elle me dit que Joe, non pas le taxi, mais le postier ne fait la navette que le matin vers 9h. Elle me donne son numéro mais me dit, qu’avec ce vent, ce n’est pas certain qu’il assure la liaison avec l’île. Je la remercie et reprends ma route sur les chemins de traverse avant de rejoindre la R319 empruntée ce matin.

Il est 17h00. It’s Guinness Time ! Je m’arrête dans le pub Ted’s Bar où je voulais déjeuner ce midi. J’en profite aussi pour publier le blog d’hier, rédiger celui d’aujourd’hui, essayer de régler mon problème de remboursement d’avion pour Tbilissi et discuter avec un jeune couple de Dublin en vacances dans le coin. Il faut également que je me préoccupe de trouver un bivouac pour ce soir et aussi faire quelques courses. Je repars sur une piste cyclable m’évitant la R319 qui sort de l’île. Alors que j’avais prévu d’aller un peu plus loin, un espace avec table et pelouse avec un bel arbre m’abritant du vent m’invite à me poser. Parfait !

Le bivouac est planté. Je n’ai plus qu’à m’installer pour diner devant le Cnoc Leitreach (452m) alors que je suis dans un espace érigé pour les 20 ans du jumelage avec Cleveland (USA) dont la diaspora de cette île est forte. Fin d’une nouvelle journée très éprouvante à cause de ce vent violent et aussi d’un beau dénivelé. Mais que Dame Nature est magnifique (quand elle n’est pas dénaturée par l’Homme) 😍 !

PS : au point 5, ma trace me faisait traverser la petite île avec 2 traversiers avant de rejoindre le continent au niveau de Ballycroy
Résumé : 93kms, 5h50, 15,9km/h, 790D+, variable, bivouac