Réveil tardif après 7h ce matin. Malgré mes boules Quiès, j’ai été réveillé par le boucan des vagues à marée haute qui venaient fracasser l’énorme morceau de falaise tombé en mer. Puis, j’ai dû me rendormir. Comme le ciel est à nouveau couvert, Râ dieu du soleil, n’a pas daigné venir me réveiller. La vue est tellement splendide, le vent presque nul et le risque de pluie minime, je décide de déjeuner ici assis sur ma bâche. Un marin pêcheur dans sa barque blanche (en prolongement du bloc de falaise) vient déposer ces casiers, peut-être pour y pécher des homards bleus ?

Alors qu’à l’est, quelques moutons (points blancs) jouent les équilibristes pour aller brouter de l’herbe au bord du précipice.

Peu après 8h, je quitte cet incroyable bivouac puis traverse le champ, pour le moins humide, en poussant HakaOne, avant de reprendre ma route. Je vais à nouveau contourner l’estuaire de cette baie avant de faire le tour du promontoire. Je longe mon premier hameau avec, comme dans tous les villages, ce bloc de granit et cette inscription en gaélique qui en marque l’entrée.

La température de 14°C est fort agréable pour prendre la route. Le vent est aux abonnés absents sur cette plate lande. Je m’échauffe tranquillement, à nouveau seul au monde, en empruntant de petites routes enchanteresses à travers forêts et landes sauvages.

Alors que j’emprunte un bout de régionale coupant à travers la péninsule, je bifurque à gauche pour suivre mon itinéraire vélo. Dorénavant, les panneaux sont tous en gaélique. Je me rapproche de l’Irlande du Nord protestante rattachée à l’Angleterre honnie. L’anglais ne doit pas être le bienvenu ici !

Vous remarquerez en bas sur ce panneau, la vague blanche sur fond bleu. Ce design permet de suivre la Wild Atlantic Way (North or South). Si, un jour, vous venez en Irlande en véhicule, je vous conseille de suivre cet itinéraire. Une partie de l’itinéraire EV1 (panneau du bas) l’emprunte également. Je me retrouve à nouveau seul au monde. Je traverse un hameau. Un café est indiqué. Incroyable. Je m’y rends et y suis fort bien accueilli. D’ailleurs, ce doit être The place to be. Tous les gens du hameau doivent venir ici se retrouver. Ce café-restaurant se trouve juste derrière la charmante église. Hélas, je trouve que la plupart assez récentes sont assez moches.

Après cette pause AmericanoScone, je pars boucler ma boucle en faisant le tour de cette péninsule. Je suis à nouveau seul au monde. C’est d’ailleurs assez angoissant. A part quelques fermes isolées, je ne croise personne. C’est un paysage de tourbières à perte de vue sous ces nuages toujours aussi menaçants.

Je poursuis ma traversée sur cette route qui me rappelle les paysages américains (le soleil en plus !) avec ce fil conducteur qui suit des routes menant à l’infini.

Quand je dis que je ne croise personne, ce n’est pas tout à fait vrai. En effet, je rencontre quelques supporters tricolores égarés dans cette immensité désertique.

Peu avant midi, je rejoins l’océan. Tout au nord, c’est le Groenland ! Depuis 1h30, je n’ai croisé que 2 voitures et n’ai vu personne.

Alors que je bascule sur le front de mer, la pluie s’invite. Je sors ma tenue de marin-pêcheur. De plus, j’ai complètement zappé de remplir mes bidons au café ce matin. Je vais tomber en panne d’eau malgré la pluie qui tombe. C’est un comble ! Je traverse un nouvel hameau mais aucun magasin, ni café. Je ne sais pas comment font les gens ici pour se ravitailler. Heureusement qu’ils ne vivent pas comme moi au jour le jour. J’imagine que les réserves doivent être garnies au cas où … Je poursuis donc ma route le long de cette nouvelle côte ô combien sauvage. Par contre, je suis à nouveau trempé. Il va falloir que Décath’ invente un vêtement de pluie léger, pliable et vraiment efficace.

Coup de bol. Je tombe sur le Ceide Fields Centre érigé au milieu de nulle part. Quelques touristes visitent ce centre. Je fais de même après avoir séché mon tee-shirt sous la soufflerie des toilettes et m’être restauré. Ce centre est érigé sur un lieu de fouille qui a révélé des traces humaines datant de l’âge de bronze. Une exposition permet de retracer la vie de ces Hommes. Sur le dôme en verre, il y a une magnifique vue sur toute la baie.

Vers 15h, alors que la météo annonce une accalmie, je reprends ma route vers BallyCastle. Il ne pleut plus … il bruine ! Mes vêtements sont légèrement humides (euphémisme). Cette côte est à nouveau magnifique avec ces falaises, ces prairies verdoyantes, cet océan et ces nuages aux nuances de gris …

Vers 16h, j’arrive à BallyCastle. Je m’arrête faire quelques emplettes et aussi, vu la météo, recherché un hébergement au sec. Après consultation d’un site, je trouve une auberge de jeunesse à Ballintoy situé à 11kms de BallyCastle pour 29€ la nuit. Parfait. Je m’apprête à réserver mais je vérifie quand même où se situe cette auberge. Je ne comprends pas. J’ai beau modifier la boussole. Il m’indique le lieu à 211kms d’ici ?!? Ce couillon m’a trouvé une adresse … mais en Irlande du Nord. What a fuck ! Je reprends ma route en suivant toujours l’EV1. Il n’y a pas grand monde à la plage cet après-midi. C’est étonnant !

La bruine est toujours présente. Je vais devoir un plan B pour ce soir. « Tout se fera » isn’t it ? Alors que la route longe la côte à l’intérieur des terres, un panneau indique « Saint Patrick Head ». Je pense que c’est la pointe avec un rocher, détaché de la falaise, aperçu au loin. Je bifurque à gauche pour m’y rendre. Je laisse mon vélo sur le parking où une vingtaine de véhicules sont stationnés. Et je grimpe à pied en haut de la falaise. C’est bien cela.

En redescendant vers mon vélo, je repère un abri en pierre construit pas très loin de cette falaise. Je vais jeter un œil. C’est ouvert. Il y a une pièce avec une cheminée. C’est un peu crade mais, en faisant le ménage, ce sera vraiment parfait pour ce soir. De plus, un peu plus bas, il y a un incroyable tunnel où l’océan s’engouffre pour remonter, 100 mètres plus loin, dans un trou. Hallucinant ! On aperçoit mon abri de ce soir au fond.

Saint-Patrick a bien fait les choses et surveille ce lieu impressionnant. Vu qu’il encore tôt (16h30) et le nombre de touristes encore présents, je décide de redescendre au village me poser boire ma Guinness. Sur le parking, je croise un couple de sarthois (elle de Le Mans et lui de St-Calais) et une famille milanaise impressionnée par mon périple.

Et aussi, une pensée pour mon oncle Marc qui fête aujourd’hui son anniversaire. Comme son frangin Dédé, il continue à vadrouiller à travers la France et le monde pour donner des conférences sur la Morphocoiffure qu’il a créée. Il a également écrit un livre « La beauté à l’image de soi » qui évoque la morphopsychologie.

Après ces digressions, revenons à nos moutons. Je passe quelques coups de fil, discute avec un vieux gars seul au comptoir tournant le dos à la TV puis regarde la finale du 1.500m femme. Il est 18h30. Il me faut retourner sur ma falaise. Je quitte ce sympathique pub et repars d’où je viens à 6kms d’ici. Il n’y a plus qu’un camping-car et une voiture sur le parking. Je peux monter tranquillement à mon refuge où je m’installe après avoir fait le ménage. Ici comme ailleurs, beaucoup balancent leurs déchets n’importe où.

Le vent souffle fort. La bruine tombe toujours. Mais je suis au sec et à l’abri.

Après avoir préparé mon couchage et diner, je sors me balader sur la pointe de la falaise alors que le soleil commence à décliner à l’horizon. Il est vraiment grand temps de montrer le bout de ses rayons ! Le spectacle est à nouveau féerique.

Il est temps de me mettre sous la couette et de bouquiner L’Equipe après cette nouvelle journée mémorable.

Résumé : 77kms, 4h40, 16,5km/h, 722D+, nuageux / pluie, bivouac