La nuit a été plus courte que prévue. En effet, j’ai eu droit à un concert de Clep’s. Groupe canin très connu qui joue en polyphonie se répondant l’un à l’autre. J’ai cru que le concert n’allait jamais se terminer. Ce matin, c’est le coq voisin qui m’a réveillé aux aurores. A 7h15, le bivouac est plié et je reprends la route. Je quitte le jardin de cette grande maison à l’abandon. Comme beaucoup dans la région d’ailleurs …

Je suis ma trace qui devrait m’emmener le long de la rivière Tur. Après quelques centaines de mètres sur un sentier, je me retrouve, comme hier, sur un chemin herbeux avec en contrebas la fameuse rivière. Je ne m’attendais pas à cela. Finalement, après réflexion avec moi-même, je préfère faire demi-tour. Cela me permet trop merdique.

Je rejoins le village de Gherta Mica pour refaire une trace GPS. Finalement, je n’ai qu’à reprendre la route qui devrait m’emmener par la route jusqu’à Turulung. Comme je n’ai toujours pas déjeuner, je m’arrête chez Mike dans un tout récent M.M dans le village de Turulung Vii. Je déjeune sur une des tables à l’extérieur avec le café offert. Merci Mike !

Puis j’emprunte une route rectiligne en direction de l’ouest et de la Hongrie. Le soleil venant de se lever plein est, je n’ai qu’à suivre mon ombre. Facile !

Parvenu à Turulung, je rejoins la route nationale DN15C qui descends vers Satu Mare. Je suis d’ailleurs dans ce département SM aux initiales perverses. De mon côté, je vais prendre gauche et droite pour retrouver le bord du Tur.

Et là, quelle surprise de trouver une magnifique piste cyclable de 12 kms qui traverse cette grande plaine marécageuse. Dans cette partie cultivée, c’est la cueillette des fraises. Rapidement, je me retrouve seul au monde.

Quoique. Un coureur à pied a dû marquer le kilométrage tous les hectomètres. Au fond, un pont de chemin de fer enjambe la rivière. Je continue mon petit bonhomme de chemin. A part deux couples de faisan, une cigogne prenant son envol sur cette piste, un renard surpris en train de becqueter une bestiole, des hérons cendrés près de lacs de pêcheurs, je ne croise personne.

J’arrive bientôt à la frontière. Je ne suis plus qu’à 3 kms. J’espère que c’est bien ouvert. Par contre, j’ai encore en poche une vingtaine de lei. Comme il est 10h passé, je fais un détour par le tout petit village de Bercu Nou.

Je trouve bien évidemment un petit M.M où boire un café et dépenser mes dernières livres roumaines. Je demande à la patronne, une femme dans mes âges avancés très agréables, si je peux la prendre en photo dans sa boutique mais elle refuse. C’est son droit le plus strict que je respecte. Cependant, alors que je vais partir, elle me demande de la suivre. Houlala … Plan SM ? Je plaisante !!! Elle m’emmène au fond de la cour où il y a un grand champ planté de fraisiers. Quelques caisses sont en attente de livraison. Elle me tend un pochon et me dit de me servir. C’est trop sympa. Tout le charme du cyclotourisme hors des sentiers battus.

Je n’ai plus qu’à rebrousser chemin et effectuer les 5kms qui m’emmène à la frontière. Une simple barrière ouverte la matérialise. Hormis pendant le COVID, je n’avais jamais franchi une frontière sans aucun contrôle. De plus, ce n’est pas sans une certaine nostalgie, surtout avec cette matinée riche en offrande, que je quitte ce magnifique pays qu’est la Roumanie avec son peuple trapu, fier, bosseur mais tellement généreux. Si vous avez l’occasion, n’hésitez pas …

Du côté hongrois, même topo. Seuls deux panneaux marquent l’endroit dont le grand indique « La route est fermée » et le petit (Allamhatar) « Frontière d’état ». Hallucinant !!!

Je file jusqu’au premier village de Garbolc. Des couples, venus à vélo, discutent à l’ombre des arbustes devant cette petite église. Au-dessous de cette église, on distingue un perchoir à cigognes. Lorsque je suis arrivé début mai, je ne voyais pas les cigogneaux au fond de leur nid. Dorénavant, ils ont grandi et je les vois quémander la nourriture que leurs parents n’arrêtent pas d’aller chercher. Bientôt, ils prendront leur premier envol.

Quant à moi, je poursuis le mien à destination de l’ouest. Las, je retrouve de bien mauvaises routes défoncées. Mon auguste fessier n’apprécie pas trop. Quant au poignet, il couine toujours autant. A droite, des champs de maïs et de blé. A gauche, des friches. Je traverse quelques villages. Il n’y a pas grand monde. Et, au niveau commerce, hormis un magasin, c’est le vide sidéral. Pas de banque. Pas de DAB.

Je rejoins le village de Szamostatarfalva (sic!) où je devrais trouver une piste cyclable longeant la rivière Szamos évidemment. Comme ce matin, je passe devant des cultures où des femmes s’affairent. Quel dur boulot ! Au bout de quelques encablures, je m’arrête à l’ombre pour déjeuner. Ce midi, ce sera saucisse (récupérée sur la table du routier hier qui en avait commandé 3 mais en a laissé une) et fromage de brebis accompagné de miel pour lui donner un peu de saveur. Puis une bonne sieste réparatrice à l’ombre alors que je suis revenu en horaire « français ».

Je suis à nouveau sur ma digue tranquille comme Baptiste. Je ne croise personne pendant des kms. J’avance bon train malgré la chaleur. D’ailleurs, je viens de recevoir une alerte canicule. C’est fou. Il y a quelques jours, j’étais dans le froid. Et là, je me retrouve avec des températures supérieures à 30°C. Heureusement que la bête est solide ! Du haut de ma digue, je ne fais que passer au-dessus des villages. Tous ne respirent pas la richesse avec ces maisonnettes que je vois dans chaque village.

Il faut quand même que je fasse gaffe au passage de barrière. A chaque fois, il y a une espère de rail assez casse-gueule. Je passe sur le côté. Mon traducteur me dit « Sauf pour les véhicules et les vélos ». Bizarre …

Un peu plus loin, je passe au-dessus d’une ferme avec des buffles et des yaks. Etonnant dans ces contrées …

Parvenu, hélas, au bout de cette belle piste que tout cyclotouriste aimerait emprunter beaucoup plus souvent, je suis obligé de suivre la voie de chemin de fer pour traverser la rivière. C’est assez original. De l’autre côté, je retrouve à nouveau une piste cyclable à travers champs.

J’arrive dans la ville de Gyortelek. Je m’y arrête faire mes emplettes en payant avec ma carte virtuelle. Je n’ai toujours pas trouvé de DAB. Puis je pars à la recherche d’un bivouac le long dela rivière Keleti. Après avoir longé la rive au plus près, je finis pour trouver un endroit calme, derrière un grand cimetière en sortant de la ville où j’ai failli me poser en désespoir de cause.

Encore une superbe journée de cyclotourisme sur ces magnifiques pistes. Au-revoir la Roumanie (j’y reviendrai). Bonjour la Hongrie.
Résumé :

102kms, 6h00, 17,1km/h, 910D+, nuageux / pluie, bivouac