J’ai eu droit au concert des Clep’s. Hier soir, c’était celui des Crapauds Hongrois, célèbre groupe du coin. Il faut dire que, vu l’endroit, je ne m’attendais pas à un calme olympien. Je me suis donc endormi au chant des batraciens. Et, ce matin, c’est aux aurores que je me suis éveillé. 5h du mat’, un peu tôt quand même. Je branche mon horloge sur 6h00 et me replonge dans mon sac à viande. Et oui, fini le duvet ! Mais vers 5h30, c’est le fiston qui m’appelle. Allez zou galinette ! Je me lève, déjeune et plie les gaules peu après 7h.

Je retrouve la route 49 de mon Anjou natale et sa magnifique piste cyclable. Je me dirige vers la ville de Mateszalka où j’ai prévu de trouver un DAB pour retirer un peu de Florint Hongrois. En effet, je paie la plupart de mes achats avec ma carte virtuelle sur mon compte Revolut en devise du pays. Cependant, parfois, il est nécessaire d’avoir des espèces. Ce fût le cas notamment pour visiter les monastères roumains. Ou dans des villages pour faire des emplettes.

Après bien des péripéties, j’arrive enfin à retirer 19.000FT (soit à peine 50€) dans un DAB alors que j’ai failli faire la queue à un guichet pour changer un bifton d’euros. Je sors de cette ville et reprends ma route 49. Un gros chantier de construction d’une rocade a coupé la piste cyclable d’origine. Mais une nouvelle piste a été créée pour permettre aux vélos de circuler hors trafic. Génial !

En milieu de matinée, j’arrive dans la jolie ville de Nyirbator. Ce saltimbanque m’invite à me poser quelques minutes à l’ombre dans cette église réformiste. A l’intérieur, la décoration est des plus sobres. Aucune icône. Aucun saint. Aucune peinture. Aucune statue. Cela me change des monastères roumains. Le clocher en bois sonne l’heure de mon départ.

Ma trace Cyclotourisme me fait cheminer dans parcs et ruelles pour découvrir de multiples sculptures retraçant l’histoire cette charmante cité.

Après cette balade culturelle sans pause-café (je l’ai pris ce matin en ville), je prends la direction de Tokaj par la route 4911. J’ai forcé ma trace pour aller au plus direct. Hélas, cette route n’est pas longée par une piste cyclable. Par contre, elle traverse une immense forêt ombragée. Cependant, de nombreuses charognes (biche, renard, lièvre, …) pourrissent en bordure de route après avoir été fauchées par un automobiliste. Peu avant midi, je traverse la bourgade de Kallosemjen. En son centre, un restau m’invite à me poser. Au menu, soupe d’été (sic!) chaude avec pâtes, carottes et charcut’ …

… suivi de pâtes à la confiture de prunes (re-sic!). Cela fait un moment que je n’avais pas mangé de pâtes. Je repars avec une boite tellement l’assiette est copieuse. Je l’accompagne d’une bière Kobanyai conseillée par un autre client baragouinant un peu anglais. Cela me fera 2.470FT (soit 6€). A ce sujet, je dois avouer que mes premiers contacts hongrois ne sont pas faciles. Comme les bulgares, c’est fermé à double-tour. Ils ont l’air Orbanisés !

Après ce copieux repas, je file direct dans le parc du château. Enfin, je m’attendais, comme en France, à trouver un vieux château. Las ! Ce n’est qu’une grande bâtisse moderne sans intérêt. Par contre, le parc possède de vieux arbres et des bancs. Je m’allonge sur l’un d’eux pour une sieste bien méritée. Je règle mon horloge sur mes 30′ syndicales. Puis je repars. A la sortie du village, je m’arrête acheter des fruits en guise de dessert. Ce sera fraises et brugnons. Puis je reprends ma route, toujours sous de fortes chaleurs, sur une piste cyclable. Je passe au-dessus de l’autoroute qui mène à Budapest.

Souvenir, souvenir. C’est en 2019 que j’y suis allé en partant d’Orléans après avoir pris le train Toulouse-Orléans. C’était mon premier voyage à vélo en solo après de nombreux périples avec ma Coco. Je voulais tester pour voir si, en prévision de ma retraite à venir, je pouvais voyager seul. Le test fut ô combien concluant puisque, en 2020, j’attaquais mon Tour d’Europe avec Blagnac-Oslo en suivant la côte. Puis en 2021, ce fut Blagnac-Venise en faisant le tour de la péninsule ibérique puis de la botte italienne. En 2022, Venise-Istanbul en descendant la Baltique, tour de la Grèce et sud de la Turquie. En 2023, ce fut mon périple en Asie de 5 mois à vélo. En 2024, le tour d’Irlande en 35 jours et 3 jours de beau temps ! Fermons la parenthèse.
J’arrive dans la ville de Nyiregyhaza (c’est imbitable leur nom !) toujours en empruntant une piste cyclable. Je suis interpellé par ce panneau avec les visages de Volodymyr Zelenski (président ukrainien), Ursula Van Der Leyen (présidente de la Commission Européenne) et Manfred Weber (député européen allemand). La traduction est la suivante : « Ne les laissons pas décider par-dessus nos têtes ! ». Bienvenue en Orban’s Land !

Ma trace m’envoie en plein centre de cette grande ville mais sans charme particulier. Cependant, en traversant l’hypercentre piéton, je m’arrête déguster une bonne glace chocolat noir/myrtille auprès d’une fontaine rafraichissante. D’ailleurs, les marchands de glace (helado, ne pas confondre avec élado en hongrois et de manzare en roumain: à vendre) doivent faire fortune avec cette canicule. Avant de repartir, un couple m’interroge sur mon parcours. Lorsque je les quitte, j’ai droit, comme ce midi au resau, à la poignée de main du monsieur. Cela fait toujours plaisir et me rebooste pour reprendre ma route rectiligne à travers les champs de maïs et de blé. Tokaj n’est plus qu’à 18kms.

Heureusement que la route est souvent ombragée. De plus, un léger vent d’ouest me ventile. Je croise aussi quelques cyclistes en balade qui me saluent. Un robuste cycliste du dimanche me double sans me prévenir, ni me saluer … et accélère. T’inquiète … je ne vais pas te sucer la roue. Plus loin, un conducteur, sortant d’une route à droite, manque m’embarquer. Le gars est arrivé en regardant sur sa gauche pour tourner à droite et ne m’a pas du tout calculé. Je lui ai gueulé dessus en espérant qu’il fera gaffe la prochaine fois. La canicule n’explique pas tout.

J’approche de Tokaj. Il est plus de 16h00. Je m’arrête à l’ombre et consulte ma carte. Je bifurque à gauche pour me diriger vers ce village au nom imprononçable. Je me pose dans un café bien climatisé pour boire une bonne bière bien fraiche et surtout bien méritée, rédiger ces lignes, recharger mes batteries et consulter mes cartes pour trouver mon bivouac journalier.

Je repère un chemin qui me conduit en bord de la rivière Tisza (d’où le nom improbable de ce village). Je m’y rends direct. Petit coin de paradis pour bivouaqueur à vélo ! J’installe ma tente avec beaucoup plus de difficultés pour enfoncer les 6 piquets. Depuis mon départ, cela s’enfonçait comme dans du beurre. Puis je me fous à loilpé, vais au soleil et me prends, comme hier soir, une douche chaude. Et oui, j’ai rempli ma gourde noire ce midi. Et, avec ce cagnard, l’eau est à température ambiante : une trentaine de 30°c. Quel pied ! Cela me change de mes ablutions au gant de toilette par 5°C.

Il faut aussi que je pense à ne pas me faire surprendre par la nuit, comme hier soir, avec ce changement d’horaire. En effet, j’ai terminé ma pratique quotidienne de Qi Qong à la nuit tombée. De toute façon, le repas est déjà prêt. Ce sera pâtes à la confiture de prunes !

Fin de cette longue journée de transition toute plate sur mes belles pistes cyclables.
Résumé :

100kms, 5h37, 17,8km/h, 171D+ 183D-, beau temps, bivouac