J30 – vendredi 10 juillet 2026  – Bardufoss / Bjerkvik

Ce matin, c’est le survol matinal du premier avion qui m’a tiré du sommeil. Hier soir, j’ai sombré pendant la mi-temps du match France-Maroc, regardé sur ma tablette (c’est beau la technologie !) et je n’ai pas vu la victoire des français. Je profite d’un rayon de soleil matinal pour sécher ma tente qui, pour la première fois, a pris l’humidité de la pelouse. Puis je plie les gaules après avoir récupéré mes appareils en charge.

Tondeuse à gauche, « Escabeau » et prise électrique en haut !

Je quitte ce superbe endroit dont la statue érigée devant cette grange est dédiée à la cantatrice norvégienne Aase Nordmo Løvberg (1923-2013). Après 500m de route, je passe le pont qui enjambe le torrent sur lequel a été construite une centrale hydroélectrique. Puis, j’attaque d’entrée par le raidard déjà emprunté hier soir. Autant dire que, d’entrée de jeu, les biscottos tirent la gueule !

Après 7 kilomètres dans la pampa parcourus en 30 minutes et trois raidards à grimper, je rejoins la route E6 qui longe la rivière Barduelva à main gauche. A cette heure matinale, la circulation y est très calme. Je me fais juste doubler par un convoi militaire de 5 porte-chars à vide.

Vers 9h30, j’arrive dans la petite ville de Setermoen. Je m’arrête devant cette charmante église blanche qui détonne dans cette grisaille matinale.

Alors que je consulte mes cartes pour repérer un café sur ma route, cette fois-ci, ce sont trois porte-chars à plein qui traversent la ville.

Comme il n’y a pas de café d’ici un long moment, je m’arrête dans celui impersonnel d’un centre commercial Domus. Comme dans beaucoup de pays, des hommes retraités, derrière les barreaux,  prennent le café et papotent. Et, pendant ce temps-là, leurs femmes doivent faire les courses ou être à la maison pour astiquer, préparer la bouffe, laver le linge, … Il y a encore du boulot.

Après ce café bien venu, je repars. Il est un peu plus de 10h.  Le magasin de sport de la galerie marchande vient d’ouvrir. Je m’y rends pour acheter un tendeur, le mien est en train de s’effilocher et ne va pas tarder à lâcher. Plutôt que de suivre la route E6, ma trace m’envoie sur une route parallèle qui va s’avérer pour le moins ardue. En sortant de cette petite ville de Setermoen, je passe devant une énorme caserne. Alors que j’attaque la piste qui part à droite, je croise une jeune femme militaire en plein footing, casque sur les oreilles. Je la salue. Pas de réponse. Elle est dans son monde. 

J’arrive à l’entrée d’une immense zone militaire. Le feu rouge ne clignote pas. Je peux y aller. Les pistes, qui sillonnent ces collines, permettent la pratique du ski de fond.

Alors moi, ce n’est pas du ski de fond que je vais faire, mais un sacré parcours de VTT ! J’attaque par une longue montée avec un enchainement de tape-culs. Debout sur les pédales, j’avance à 4km/h. Je me pose un peu sur le replat et c’est reparti. Je n’en vois pas le bout. Finalement, j’arrive enfin au sommet où les chars ont labouré les environs. Au loin, dans la forêt, j’aperçois des trouées vertes au milieu de la forêt. Ce sont des pistes de ski alpin.

Je n’ai plus qu’à plonger dans la descente, avec encore quelques beaux tape-culs à me taper, en faisant gaffe de ne pas me vautrer sur cette piste gravilloneuse.  

Plus qu’une dernière descente et je rejoindrai la vallée avec, au fond, la route et ses bruits de véhicules, et, sur la droite le torrent. Le ciel est toujours plombé mais il ne pleut pas. Tant mieux. Cependant, je descends prudemment vu qu’il y a deux épingles à négocier. Ce n’est pas le moment de partir à dame.

Après une heure et demi de crapahute pour faire 18 bornes, et, hors du temps sans voir personne, je retrouve la route E6 avec, à main droite, la rivière qui, descendant de la montagne, est devenu un torrent tumultueux.

Hélas, à nouveau, la circulation est dense. Les poids lourds sont de sortie. Les camping-caristes ont fini leur grasse mat’ et vont bon train chercher leur prochain spot. Quant à la montagne, elle fume devant ce trafic incessant, polluant et bruyant. Quant à moi, pour passer le temps, j’invente des textes dans ma tête :

Animal, anime mal, ni mal.
Vois ce vieux mâle pas banal
Qui pédale dans c'règne végétal,
Au fil de l'eau pure minérale.

De plus, ça grimpe à nouveau. Je me tape deux belles montées avant d’arriver, en haut de la seconde, à un camping avec restaurant. Je m’y arrête pour déjeuner. Au menu, ce sera un délicieux plat végétarien avec, notamment, un original burger aux haricots bruns.

Arrive un couple de retraités à l’accent anglais so frenchy ! Ils viennent du nord de la France et accompagnent leur fils et sa femme, qui a de la famille norvégienne à Tromsø, ainsi que leurs petits- enfants. La famille vient de Bram dans l’Aude, sis entre Castelnaudary et Carcassonne. J’y suis passé en pédalant et aussi en courant avec les copains de l’ASPTT Toulouse à l’époque de la Balade de Riquet, course en relais qui partait de la gare Matabiau pour relier Béziers en suivant le canal du Midi. On se quitte en se souhaitant un bon voyage. Puis je vais voir le mémorial consacré à la bataille de Narvik.

Ce monument est l’un des six mémoriaux érigé par l’armée norvégienne pour commémorer la première défaite de l’armée nazie contre la coalition entre la France, la Pologne, la Grande-Bretagne et la Norvège. Cette victoire représente un symbole de l’unité et de la force de la résistance en Europe.

J’entame ma descente vers la mer et le fjord de Narvik. Le décor est toujours montagnard avec ces lacs dominés par des sommets pris dans le brouillard.

Au bout d’une longue descente, je pense être en vue de mon objectif final. Mais ce n’est que le fjord de Gratangsbotn.

Il me faut à nouveau regrimper. Mais les nuages, eux, descendent de plus en plus. Si ça continue, je vais me retrouver dans la purée de pois ! Et toujours ces véhicules qui me frôlent alors que je me sers le plus possible à droite, quitte à rouler sur le stabilisé pour laisser passer les poids-lourds.  Heureusement, la majorité des conducteurs sont respectueux. Seuls quelques abrutis me rasent pour me faire comprendre que je les emmerde. « Fuck you !« 

J’arrive enfin en vue de Bjerkvik. Il n’y a plus qu’à se laisser glisser jusqu’au supermarché Rema1000. Au fond sur la gauche, j’aperçois Narvik à 17kms d’ici. J’y serai demain pour une journée off. En effet, ce midi, j’ai booké un lit dans une auberge de jeunesse. Après cette descente infernale depuis le Cap Nord, j’ai besoin de me reposer. Et aussi laver mes fringues, réviser HakaOne, aller chez le Barber, regarder le match de foot Norvège avec l’ambiance.

Après avoir fait quelques emplettes (le frigo est presque vide !), je me pose dans un café pour étudier mes cartes. J’y rencontre Ilan, un jeune motard qui vient du nord de  Normandie, proche de la Picardie. Il attend son pote revenant du Cap Nord. Lui a préféré bâcher à cause de la fatigue. Je repère un endroit à la sortie de cette bourgade. Je m’y rends. C’est un shelter norvégien, parfait pour cette nuit, d’autant plus que la pluie est annoncée.

Fin de cette nouvelle très belle journée couverte, la 30è de ce périple, avec un gros dénivelé et le passage des 3.000kms.

Résumé :

86kms, 5h46, 14,9km/h, 1.290D+ 1.340D-, nuageux, squat


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