J45 – samedi 25 juillet 2026 – Trondheim / Gåre

La nuit fut particulièrement calme tout seul dans cette immense bâtisse. Je me lève comme d’hab’ vers 7h du mat’. Je tire le rideau. Il pleut ! Je consulte le site de météo. La pluie est annoncée jusqu’en milieu de matinée sur Trondheim. Un peu mieux au sud. Je me prépare puis quitte ma chambre d’étudiant avec vue sur les arbres.

Ensuite, je descends déjeuner dans l’immense cuisine avant de retrouver HakaOne qui m’attend sagement dans le hall d’entrée où trône au fond cette cheminée décorée.

J’enfile ma veste de pluie. Il est temps de prendre congé. C’est toujours un peu difficile de reprendre la route après une journée off. Il faut de nouveau affronter les intempéries et retrouver le rythme. Je sors de ce quartier résidentiel avec de redescendre la colline, grimpée hier, mais sur l’autre versant. Pour ce faire, j’emprunte une piste cyclable, traversant d’autres quartiers résidentiels, avant de retrouver ma chère compagne Dame Nature sous la pluie. 

Je suis cette piste cyclable qui doit me mener à Støren. Je traverse à nouveau des bourgades dominées par l’église et son cimetière toujours aussi bien entretenu. La tondeuse électrique remplit parfaitement son office.

La pluie a cessé. Je peux tomber ma veste. Je longe à présent la 4 voies E6 sur ma droite et la route secondaire jaune sur ma gauche. Mais, à partir de la bourgade de Kvål, la 4 voies redevient une 2 voies. Cependant, je continue toujours à emprunter ma route cyclable.

En milieu de matinée, je me pose, en désespoir de cause, dans une station service Circle K, sise à Lundamo pour y boire mon café accompagné d’un vaffel med brunost . J’aurais donc roulé toute la matinée sur une route cyclable. Quand je dis que, en France, on a dit 70 ans de retard sur les mobilités douces par rapport à tous ces pays du nord de l’Europe.

Comme le Sage, les scientifiques pointaient du doigt la finitude de notre Terre et la catastrophe annoncée dûe à sa surexploitation, nos idiots de dirigeants (politique, entrepreneurs, FNSEA, …)  ne regardaient que le doigt !

Quand les uns parlaient de respect du vivant, les autres rétorquaient « productivité, rentabilité,  compétitivité ». On sait que les mobilités carbonées représentent l’une des sources les plus polluantes avec ses émissions de gaz à effet de serre. On voit où cela nous mène … Il aurait fallu changer de paradigme il y a fort longtemps. J’espère que, pour nos enfants et petits-enfants, il n’est pas encore trop tard …

Quant à moi, justement, j’avance en mode décarboné sur ma piste cyclable. Le décor à droite est superbe avec cette ferme aux couleurs du drapeau norvégien. Ne manque que le bleu de la croix.

Mais, de l’autre côté, le décor est beaucoup moins sympa. C’est un flot continu et ininterrompu de véhicules qui puent, polluent et tuent !

En milieu de journée, j’arrive enfin à Støren. Je traverse la fleuve Gaula que je vais suivre toute la journée et qui se jette dans le fjord en dessous de la pointe de Trondheim. Je laisse à l’est la céleste route E6. Puis je m’arrête dans la COOP du coin pour y faire mes emplettes de ce midi et ce soir.

Comme c’est un noeud de circulation, je pars m’isoler du côté de la charmante église. Ce midi, ce sera une salade composée de pâtes, poulet, oeuf, tomates et un skolebrød en dessert.

Je profite de cette belle mais rare éclaircie pour déjeuner en paix. Puis m’allonger sur le banc pour faire un siestou bien mérité.

Je laisse le flot de véhicules à l’est pour partir à l’ouest dans une charmante vallée en empruntant la route orange n°30. Cette vallée étant très encaissée, le vent s’y engouffre et me contraint à redoubler d’effort. Cela n’empêche pas les pêcheurs à la mouche de s’adonner à leur passion. D’ailleurs, je passe devant ce bâtiment dans laquelle se trouve la maison des pêcheurs du coin. Elle se confond presque avec son environnement.

La circulation est beaucoup plus calme heureusement. Je peux profiter du paysage et m’arrêter où bon me semble. Là, c’est sur une passerelle qui enjambe la rivière. En contrebas à droite, un pêcheur à la mouche s’adonne à sa passion.

Je continue mon p’tit bonhomme de chemin sur cette route vraiment agréable. J’ai tombé depuis un moment  veste et  jambières. Le vent du sud m’apporte un peu de chaleur. Il fait 18°c.

Plus loin, c’est ce charmant hameau au toit de terre où poussent quelques arbres qui attirent mon attention. Cet endroit a été transformé en Bed&Breakfast pour pêcheur à la mouche fortuné.

Arrivé dans le village de Singsås, je profite à nouveau du Wi-Fi et du café gratuit de la COOP. J’en profite aussi pour me poser et regarder la montée de l’Alpe d’Huez par l’autre versant. Alors que le cycliste américain Sepp Kuss était en tête à quelques kms de l’arrivée, il se ramasse une 1ère fois à la sortie d’un tunnel puis manque, à un ou deux mètres près, de passer par-dessus la balustrade et de se retrouver au fond du ravin, sauvé par le filet de protection. Finalement, il finira 3è. C’est vraiment un sport de déglingué et, à mon humble avis, le sport le plus dur. Il est l’heure de repartir. Je reprends ma route n°30 toujours aussi attrayante avec ce torrent et ces monts envahis par des forêts d’épicéas.

Certains monts culminent à plus de 1.200 mètres notamment dans le Parc National de Forollhogna au sud, enserré entre la vallée où passe la route E6 et cette vallée avec la route n°30. Je n’avais pas signalé une ligne de chemin de fer qui suit le torrent. J’y ai vu passer un train qui relie Oslo à Trondheim. Vu le décor, ce doit être une belle expérience de l’emprunter. À vélo, ce n’est pas mal non plus malgré les bosses à franchir.

De temps en temps, une passerelle suspendue permet de rejoindre l’autre rive. Comme c’est assez compliqué pour l’atteindre à vélo, je ne m’y aventure pas. D’ailleurs, l’heure du bivouac approche. Mais il n’est pas évident de trouver un endroit le long de cette route avec le train et le torrent. Je repère bien quelques shelter mais ils sont occupés par des pêcheurs. Comme d’hab’, je positive.

Et finalement, en arrivant dans la bourgade de Gåre, je me gare (facile) dans ce minuscule camping. Sort alors un jeune homme qui ne me semble pas norvégien du tout, ou alors vraiment du sud. Je lui demande si je peux planter ma tente dans le coin. Il me dit qu’il faut m’adresser en face, à la grande bâtisse blanche.

En fait, c’est une ferme. Je m’y rends, toque à la porte. Une femme bien charpentée, avec un fort exotropisme à l’oeil gauche, me reçoit. Je lui explique que j’aimerais planter ma tente quelque part sur son terrain. Elle me demande 150NOK (14€) en espèces. Comme je n’ai que des euros, je lui propose un bifton de 10€. Accepté. « Tout se fera ! ».

Je repère la douche au sous-sol de cette bâtisse. Un deuxième homme typé en sort. Il ne parle pas un mot d’anglais. Puis, une fois, propre comme un sou neuf, j’entre dans cette grande maison. Quatre hommes, dont les deux déjà aperçus, sont en train de préparer le diner. Au menu, c’est pâtes et saucisses. Ils m’invitent à leur table. J’accepte fort volontiers. Le premier rencontré parle anglais. En fait, ce sont des népalais qui travaillent dans le bâtiment. Il m’explique qu’ils viennent faire la saison comme maçon, ramassent pas mal d’argent puis retournent au pays. Les autres sont mutiques. Le repas se déroule dans le silence entrecoupé de grandes lampées. Cela me rappelle les repas familiaux chez mes grands-parents paternaux. Je les remercie de leur partage en leur offrant des gâteaux à la cannelle comme dessert. Puis chacun part dans sa chambre à l’étage. Quant à moi, je vais squatter le canapé gris plus à l’abri de la lumière.  Trop la flegme de monter la tente d’autant plus que la bruine est de retour. 

Et bien encore une journée bien remplie avec cette première partie de journée difficile sous la pluie et à proximité du bruit et de la fureur. Puis une seconde beaucoup plus agréable dans cette superbe vallée encaissée. Par contre, je ne me suis même pas aperçu que c’était profil montant tout le long. J’ai quand même enquillé 1.300 de dénivelé positif sans m’en rendre compte !

Résumé :

98kms, 6h10, 15,7km/h, 1.320D+ 1.190D-, pluvieux / nuageux, squat


Laisser un commentaire