J67 – lundi 3/8 – Stavanger(N)/Bergen(N)

Réveillé à 5h30 ce matin pour embarquer vers 6h00. Je plie mes gaules rapidement, déjeune puis rejoins l’embarcadère juste à côté au moment où le ferry rentre au port et débarque son flot de camions, voitures, motos et piétons … mais pas de vélo.

Je m’installe confortablement dans un salon à la proue du ferry et profite de la vue grandiose des fjords et îlots qui s’offrent à moi en cette matinée encore bien maussade (15°C) : la matinée en CinémaScope !

A 12h30, le ferry arrive au port. D’ailleurs, je suis parfois surpris du comportement de certains humains. Hier soir, c’était ces abrutis qui taguent tous les endroits où ils passent : il y avait du charbon de bois partout avec prénom et date du méfait, même sur les planchers où dormir … faut être un peu con quand même ! Ce matin, certaines places en « CinémaScope » étaient squattées par des personnes qui ont roupillé tout le voyage. D’autres ont passé tout leur temps devant un écran de téléphone ou d’ordinateur. Parfois, j’ai du mal à comprendre. M’enfin …

De mon côté, sur la fin, j’ai lutté contre le sommeil pour profiter du spectacle jusqu’au bout. Par contre, une fois arrivé à Bergen, j’ai pique-niqué puis squatté un banc pour roupiller une bonne heure avant trouver un café sympa (Lovetann Kaffebar) peuplé de vikings …

Puis de partir me balader à travers ce port aussi typique que celui de Stavanger avec son port, ses constructions Lego et ses ruelles aux vieilles maisons et aux rues pavées. A ce sujet, avec mes chaussures à cales en fer, je ne passe pas inaperçu. Je marche en faisant un bruit métallique comme un cheval ferré. Je rassure les gens en leur faisant un grand sourire désolé pour leur faire comprendre que je ne suis pas Robocop.

Je prends ensuite le funiculaire qui m’emmène à Floyen, montagne au-dessus de Bergen d’où la vue sur la ville et les fjords alentours est superbe.

J’y croise les célèbres chèvres, image d’Epinal de l’endroit, qui broutent tranquillement dans les environs.

Je profite d’un endroit tranquille avec vue superbe sur la ville pour lire un message perso qui me touche au plus profond du cœur. Il se met à pleuvoir. Et me vient à l’esprit ce poignant poème de Verlaine :

Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville;

Quelle est cette langueur monotone

Qui pénètre mon cœur ?

Ô bruit doux de la pluie

Par terre et sur les toits !

Pour un cœur qui s’ennuie,

Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison

Dans ce cœur qui s’écoeure.

Quoi ! Nulle trahison ? …

Ce deuil est sans raison.

C’est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi

Sans amour et sans haine

Mon cœur a tant de peine !

Un peu de poésie dans ce monde de brutes ne fait pas de mal de temps en temps. Voilà mes états d’âme du moment. Je suis comme la mer à l’étale ne sachant plus si je dois monter ou descendre, continuer ou arrêter. Cela fait 2 jours que je suis au repos désiré à enchaîner ferry/train et mis ce périple à vélo en stand-bye. Cela fait du bien mais c’est déroutant si je puis dire. Après toutes ces journées à pédaler et cette espèce de monotonie (bien que je n’aime pas ce terme) répétitive, je suis un peu déboussolé. Et puis, avec cette quadriphonie en do majeur (COVIDo/météo/vélo/perso) qui rentrent en ligne de compte, cela n’arrange pas les choses. M’enfin … Il me faut redescendre sur terre et ne pas oublier que j’ai un train à prendre à 23h.

Les vélocistes étant fermés le lundi, il me faut donc attendre demain pour avoir un diagnostic quant à l’état de l’usure de la manivelle et savoir si je prends le risque ou pas de rejoindre Stockholm à 600kms d’Oslo soit 6 à 7 jours de vélo. A ce sujet, j’aurais bien aimé dire 2 mots au gars qui a changé les plaquettes de frein à disque d’Iker (48€ de mémoire) et qui n’a même pas daigné lui dire qu’il allait à la catastrophe en continuant à rouler avec une transmission aussi encrassée. Mon vélo, c’est mon fidèle compagnon, mon ami qui me suit partout. Je l’entretiens et le bichonne pour qu’il m’emmène loin. (« Qui veut aller loin ménage sa monture »). Je n’aime pas rouler dessus quand il est crade. Là, je suis aussi blessé que lui (d’où mon allusion inconsciente à la blessure sportive) de le savoir « amoindri ». D’ailleurs, c’est aussi pour cela que j’ai acheté une housse. Le soir, je le protège de la pluie et du froid le pépère. Et le matin, après la rosée matinale ou la pluie nocturne, lorsque j’ôte la housse de marque Rose (qui en fait est noire), il est tout « frais-tillant », prêt à tailler à nouveau la route et m’emmener dans le paysage …

Je vais dîner dans un kebab en dehors du centre blindé de « restaus à touristes » puis, comme il ferme à 21h00, je prends la route direction la gare et devinez quoi … il tombe à nouveau des cordes ! J’ai juste le temps d’enfiler mon imper et de trouver un arbre où m’abriter. J’attends la fin du déluge avant de me rendre à la gare.

Je me pose à la terrasse d’un café dans la gare et entame la lecture de « L’idiot » de Dostoïevski en attendant le départ du train pour Oslo.

Résumé : 0km, 0h0, 0.0km/h, train

3 commentaires sur « J67 – lundi 3/8 – Stavanger(N)/Bergen(N) »

  1. Salut Gaêl
    Je revis des moments avec toi, notamment la complicité que l’on a avec notre vélo, qui devient avec le temps non plus du matériel mais un réel compagnon du voyage. On lui parle, on le prend en photo (ne pouvant pas se prendre nous même), et on le protège du mieux que l’on peut car sans lui en bon état notre voyage s’arrête. Comme les vieux chevaux on le garde à vie. Le mien est toujours présent et je fais quelques sorties de temps en temps avec lui.
    Je pense que tu as un petit coup de mou actuellement, normal avec la pluie que tu ramasses depuis le début. Il faut un sacré moral pour endurer ça. Mais tu l’as et j’espère tu lire de nouveau avec une bonne forme physique et morale.
    Le diagnostic du vélo sera déterminant.
    Bon vent Gaêl , nous sommes avec toi.
    Amicalement
    marcel

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  2. Bonjour Gaël
    Quel beau périple même si certains moments doivent être difficile.
    Bravo pour la qualité de ton blog bien écrit et très intéressant: on se croirait dans un film biographique avec de belles images.
    À bientôt
    Stéphane

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  3. Oui Gael Marcelou sait de quoi il parle
    Bravo pour tes reçits et ton périple
    Je comprends ta lassitude
    A tres vite a Toulouse
    j louis

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Répondre à marcel Joffard Annuler la réponse.

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