J10 – samedi 20 juin 2026 – Oravais / Ruotsalo

Ma soirée, dans ma tour d’ivoire, ne fut troublée que par le lourd envol des cygnes se bagarrant à la recherche d’un endroit où dormir, le cri des mouettes (j’avais écrit « le cri des muettes » !), le trisse d’autres oiseaux et le croassement des crapauds. Il y a pire comme bruit. Ma nuit, elle, fut douce et réparatrice. Comme d’hab’, je suis éveillé vers 4h du mat’. Je rallume mon téléphone pour enclencher l’alarme sur 7h et regarder le résultat du Stade. Quelle branlée ils leur ont mis aux racingmen !

A 6h30, je suis déjà d’attaque. La température est de 18°c. Le ciel à nouveau bleu. Quelle chance en cette 10è journée de périple !

Je profite de la superbe vue et de réveil matinal pour effectuer ma pratique de Qi Qong. Je peux ensuite déjeuner sur la terrasse de mon hôtel 4*. Je trainasse un peu avant de quitter ce superbe bivouac. Mais il me faut repartir et tailler la route. Je sors du chemin pour retrouver la route E08 que je quitte très rapidement. Je bifurque ensuite sur une piste longeant la mer. Je ne croise personne en ce samedi matin.

Après avoir traversé, comme d’hab’, forêts et cultures céréalières, je traverse la petite ville endormie de Nykarleby. Tout le monde roupille. Tous les magasins sont fermés. C’est impressionnant. Plutôt que d’emprunter la route secondaire n°749 qui mène directement à la ville de Jakobstad, je pars à nouveau sur des pistes et de petites routes. Je me régale. Le temps passe beaucoup plus vite qu’en longeant les grands axes.

Je traverse quelques hameaux perdus le long de cette côte où aucune île n’entrave la vue. Alors que je roule sur une piste forestière perdue au milieu de nulle part, je croise un cyclotouriste. Évidemment, on s’arrête pour taper la causette. C’est un polonais en vadrouille qui fait le tour de la mer Baltique en suivant l’EV10. Il se nomme Rafaeu et m’apprend que sa grand-mère a vécu à Nice avant de revenir en Pologne à la fin de la 2nde guerre mondiale. Autant dire qu’il ne porte pas les allemands dans son coeur. Il me semble chargé comme un mulet. Il se trimballe même un bois d’élan acheté à Rovaniemi. On se souhaite un « Have a nice trip » et chacun reprend sa route. Moi vers le nord, lui vers le sud. 

Un peu plus haut, je double un jeune couple bien sapé au milieu de cette forêt. « Mais que font-ils là ? » me demande-je à moi-même. Plus loin, je m’arrête devant un superbe « Outdoor Shelter » avec vue imprenable sur l’immensité baltique. Dommage qu’on ne soit pas le soir, cet endroit aurait fait un superbe bivouac.

Peu avant 11h, j’arrive dans la ville de Jakobstad. Je passe par le centre-ville afin de trouver un café ouvert. Mais, excepté un kiosque (café, bureau de tabac, jeux), tout est fermé ! Cela fera l’affaire. Je me pose. Le soleil cogne. Les locaux ont sorti shorts et marcels. Je reprends mes pérégrinations.

Dès la sortie de la ville, je vais à nouveau jouer à saute-moutons entre les îles et ilots de Larsmo, ÖjaKräkilä et Honkaluoto. J’emprunte la piste cyclable qui longe la route n°749 et qui traverse cet itinéraire. En ce samedi matin, je rencontre de nombreux cyclistes et également des skieurs de fond à roulettes. A chaque fois, on se fait un petit coucou au passage.

Dans les villes ou bourgades traversées dans lesquelles il y a une école, je remarque également de beaux complexes sportifs ainsi que des patinoires de plein air. Les hivers enneigés doivent être longs et rudes dans ces contrées inhospitalières. La pratique du ski de fond et du patinage sont certainement de saines occupations pour la jeunesse !

Il est déjà tard. Je commence à avoir sérieusement les crocs. Je m’arrête et repère le café-restau Café Bryggan sur la commune d’Öja, à 4kms au nord de mon itinéraire. Je m’y rends. L’endroit est charmant. C’est au bord d’un port qui donne sur un grand estuaire. Mais je ne suis pas le seul à avoir eu cette lumineuse idée. C’est blindé ! Je n’ai pas envie de poireauter trois plombes.

Plutôt que de rebrousser chemin et revenir vers la route 749, je me trace un itinéraire à travers des îlots sur des pistes forestières. C’est pour le moins pittoresque. Je rejoins enfin la grande ville portuaire de Kokkola de presque 50.000 habitants. Cette ville a été fondée en 1.620.

Je me dirige directement vers le Centrum en suivant, comme d’hab’, des pistes cyclables balisées. Beaucoup de restaus sont fermés. Heureusement, je déniche un kebab ouvert nommé Marmara (région au nord-ouest de la Turquie qui ceinture la mer du même nom). Souvenir, souvenir… J’y étais l’an dernier. De plus, le patron est le parfait sosie de Jacques Vioux, l’ancien patron de mon frangin Franck à l’époque où il bossait, après avoir fait son Compagnonnage, comme pâtissier-traiteur dans des châteaux du Vexin. Incroyable.

Je commande un plat à base de riz et de kebab (pilahvilla kebab). Le plat est gargantuesque. De plus, un buffet de crudités, l’eau et le café sont offerts. Le tout pour 14€. Après ce repas, je repars repu et reposé mais pas replet. J’embarque aussi une barquette contenant les restes pour demain midi.

Je profite de cette pause pour consulter mes cartes. Comme souvent, la plupart des pointes en bordure de mer sont occupées par des maisons individuelles. Et une Tour d’observation dénichée dans le secteur est à plus de 40 bornes. Cela fait un peu loin. Finalement, je repère un Outdoor Shelter, sis près d’un lac, à une quinzaine de kms d’ici.

Après ce copieux repas, je me pose sur le banc d’un parc du centre-ville pour une sieste bien méritée. De plus, la température a sacrément grimpé. Mon thermomètre affiche 28°C. Ce n’est pas la canicule mais ça chauffe quand même. De ce fait, les moustiques sont encore de sortie. Saloperie de bestioles …

Je quitte le centre de cette ville sans charme et me retrouve à longer la route n°8 (Euro8) qui, je le rappelle, monte jusqu’à Oulu au nord-ouest de la Finlande. Je n’ai pas d’autres alternatives. Après ma belle matinée à arpenter le paysage sur de superbes routes et pistes, cela gâche un peu le plaisir. Heureusement, cela ne dure pas une éternité non plus. Après une dizaine de bornes, je bifurque plein nord vers la bourgade de Ruotsolo où j’ai repéré mon abri. Après avoir traversé l’école, j’arrive le long du lac où se trouve un magnifique abri.

Un couple de retraités (70 ans chacun) est en train de ranger du bois dans la réserve. Comme beaucoup ici, ils parlent anglais. Nous échangeons un moment sur mon parcours et mes motivations. Ils me demandent également si la tente plantée à l’intérieur de l’abri m’appartient. Ben non. J’arrive. Cette tente serait là depuis 2 jours. Si personne n’arrive, je l’utiliserais cette nuit. Alors que nous papotons, une voiture, tractant une caravane, débarque. Un couple d’une trentaine d’années en sort. Ils vont me tenir compagnie ce soir.

Pendant qu’ils s’installent, je vais me doucher dans la cabane où trône une toilette sèche. C’est parfaitement nickel. Ces espaces sont vraiment superbes et très bien entretenus. Aucun détritus ne traîne.

Résumé :

115kms, 5h30, 20,9km/h, 290D+ 290D-, beau temps, bivouac


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