J14 – mercredi 24 juin 2026 – Li / Kemi

Après une nuit agitée, je me réveille dès potron-minet. J’enfile mes jambières et mon buff avant de sortir de ma tente que j’ai finalement installée sous l’abri hier soir. En effet, le froid (12°C au lever) et les moustiques m’attendent de pied ferme. Je déjeune rapidement sans prendre le temps de faire chauffer du thé. Même avec ce froid et cette heure matinale, c’est Pearl Harbour sur ma personne ! Quelle saloperie ces bestioles.

Peu après 7h, je repars avec mon fidèle HakaOne en empruntant un mauvais chemin qui me fait longer un champ avant de traverser une ferme puis de retrouver la route. Cela m’évite de me retaper mon numéro de funambule sur le parcours de planches. Dommage je n’ai pas pris de photos mais c’était assez chaud. Imaginez rouler pendant 800m sur deux planches, de 30 cms de large au total, posées sur des traverses au-dessus d’un sol marécageux, avec les moustiques qui vous attaquent les mollets !  

Pour en revenir à hier soir, moi qui pensais être tranquille dans cet endroit perdu, je ne fus pas déçu du voyage. Rembobinons. Tout d’abord, c’est un papa patibulaire (mais presque) accompagné de ses deux filles qui occupent l’endroit. Il a allumé le feu afin de faire griller des saucisses. Lui ne parlant pas anglais, c’est sa fille aînée, une ado d’une quinzaine d’années au physique ingrat et visage boutonneux, qui se charge de la traduction. Elle m’explique qu’ils ne restent pas dormir. Donc je reste. Je me pose donc derrière l’abri pour faire ma toilette de chat et me changer en mettant mes fringues amples et couvrantes. Puis, une fois les saucisses avalées en silence, ils partent. Fin du 1er acte.

Ensuite ce sont deux jeunes joggeuses, couvertes de pied en cape, qui traversent le campement. Je vous rappelle que nous sommes dans un marécage et qu’elles doivent courir sur des planches. Je les salue. Elles ont l’air aussi surprises de me voir là avec mon vélo et mes sacoches (en principe interdit vu le panneau à l’entrée de cette zone !). Elles me saluent et repartent. Fin du 2nd acte.

Alors que je commence à dîner, j’entends une voix derrière moi. Je me retourne. Un homme d’une quarantaine d’années, en maillot de bain noir, à la mine fort sympathique, commence à me baragouiner en finnois. Je l’arrête de suite n’y comprenant queue de chique. Il m’explique, dans un anglais pire que le mien, qu’il est propriétaire des terres et des moutons (sheeps) qui paissent dans les marécages alentour. Et qu’il rentre à la nage chez lui en surveillant son troupeau. Véridique ! Il me fait un signe d’au revoir et part à la brasse dans ce bras de marécage. Fin du 3è acte.

Après cet intermède hallucinant, je finis de manger mes pâtes bolognaises lyophilisées lorsque débarquent 4 ados encombrés de leurs cannes à pêche. Le plus débrouillard du quatuor me parle en anglais. Il m’explique qu’ils viennent manger et pêcher. Décidément, c’est « the place to be » ! Pendant qu’ils se font chauffer leurs saucisses (« the meat to eat ! »)  sur le feu que j’avais entretenu, j’installe ma tente et me couche. Les jeunes discutent en mangeant, partent pêcher puis, en partant, le chef de bande me saluent d’un « Good night ! » sonore. Fin du 4è acte.

Je finis de bouquiner mes magazines et m’endors. Alors que je suis dans les bras de Morphée, un bruit de moteur me réveille. Je regarde mon portable. Il est plus de minuit. Je pense que c’est un couple qui débarque et s’installe près du feu. Vu ma présence, ils chuchotent. Forcément, je ne les vois pas. Eux non plus. Chacun respecte la présence de l’autre. Puis le bruit des voix s’estompe. Le moteur redémarre. Le silence revient. Ce matin, au réveil, près de mes affaires, je trouve un sachet entamé de chamallows avec un petit mot dessus « Have a nice trip« . Incroyable ! Fin du 5è acte.

Fin de cette pièce en 5 actes et de cette stupéfiante soirée qui me fait adorer ces voyages à vélo et ces rencontres improbables.

Avant de reprendre ma route, je prends en photo le nichoir à hirondelles installé devant la cabane. Il y a même un appareil  qui imite leur trisse pour les attirer je pense. Il faudrait en installer dans nos villes pour faire revenir les hirondelles, prédatrices des moustiques comme les chauve-souris d’ailleurs. Je vais faire court vu ma longue introduction. Je passe donc ma matinée entre pistes forestières pour éviter d’emprunter l’E8 et voie d’arrêt d’urgence quand il n’y pas d’autre alternative.

Autant vous dire que je préfère la première option même si je manque de me casser la margoulette à plusieurs reprises après m’être fait piéger dans des ornières ensablées. Heureusement, avec mes pneus de tracteur, ça accroche beaucoup mieux que l’an dernier sur le même genre de piste. 

Au cours de cette longue matinée, je passe devant une maison rose, une belle maison rouge en bordure de mer, un pêcheur à la truite dans la rivière Simojoki (rejouant une des scènes du superbe film de Robert Redford, datant de 1992, « Et au milieu coule une rivière »), une patineuse à roulette bien roulée (sic!), un promeneur de labrador, un lièvre me mettant minable à la course, un mulot voulant se suicider en me traversant devant, deux pélécaniformes dans un champ. Et c’est tout ! Personne sur les chemins. Et, bien sûr, de nombreuses voitures et camions sur l’E8.

Après 4h de chevauchée, il est midi pétante lorsque j’arrive devant l’emplacement de mon appart réservé lors de ma pause-café dans une station-service de l’E8. Il se met à tomber quelques gouttes juste au moment où j’arrive. Cet appart se situe au 7è étage d’un immeuble dans le centre. De là-haut, j’ai une belle vue sur la baie. Je profite d’un tuyau d’arrosage, à disposition devant le parc à vélo, pour faire un brin de toilette à HakaOne. Après ce sera mon tour. Une bonne douche chaude après 12 jours de vadrouille est la bienvenue.

J’en profite aussi pour laver toutes mes affaires qui en ont bien besoin aussi. Las. Je n’arrive pas à ouvrir le tambour de la machine à laver. Après avoir envoyé un message au proprio, il me retourne une vidéo avec une astuce pour l’ouvrir. En fait, c’est le crochet du hublot qui ne fonctionne plus. Un simple bout de ficelle (en l’occurrence un lacet que j’emporte avec moi au cas où) permet de remédier au problème. Puis je vais déjeuner d’une pita kebab dans le seul restau ouvert du quartier. Je suis tout seul. La patronne n’est pas spécialement accueillante. Ceci explique peut-être cela. 

Puis je rentre au sec alors qu’un gros orage éclate. J’ai bien intuité ma pause ! Je profite de l’après-midi pour faire une grosse sieste sur le canapé confortable sans moustique, laver et étendre mon linge, nettoyer mes sacoches et mes bidons, changer ma chaîne de vélo, préparer la suite de mon périple, me dégourdir les doigts sur le clavier de ma tablette et les gambettes en allant me balader en front de mer !

Autant dire que cette ville de Kemi d’à peine 20.000 habitants ne restera pas dans mes annales. A part ce joli bord de mer aux vieilles bâtisses en bois, la ville est quadrillée de larges artères où, le long, ont poussé des bâtiments modernes sans charme. Il est temps de clôturer cette journée en buvant une bonne bière Karhu avant de prendre la route demain matin pour la seconde partie de ce voyage avec la montée vers le Cap Nord avec plus de 1.000kms à parcourir. Je vais quitter la mer de Botnie pour rejoindre la mer de Barents dans l’océan Arctique.

Et, j’allais oublier ! Spéciale dédicace à ma nièce Eloïse qui fête aujourd’hui son anniversaire, 3 jours après celui de sa maman Corinne. Elle se rapproche aussi d’une barre fatidique mais je n’ai toujours rien dit. Et dire, par contre, que même à Brest elle suffoque. Un comble ! Elle et son chéri, fanas du Stade Brestois 29, pleurent également la disparition inattendue d‘Eric Roy, coach emblématique de cette équipe.

Résumé :

73kms, 3h56, 18,6km/h, 160D+ 150D-, nuageux, hôtel


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