Après une soirée pluvieuse et venteuse, je m’endors comme un bébé, bien au chaud dans mon duvet et sous ma tente installée sur la plateforme de ma tour d’observation. A 6h45, j’émerge des nimbes. Le temps de tout plier, de déjeuner, de descendre mon barda et de charger HakaOne, je décolle à 8h00.

Auparavant, je fais un nouveau tour de plateforme pour immortaliser cet incroyable paysage à 360°C sous ce beau ciel bleu matinal. Il fait




Après avoir franchi le pont à quelques centaines de mètres de ma tour, la route bitumée se transforme en piste forestière. Ce panneau m’indique en finnois « Il n’y pas de panneaux sur la route« . Merci de m’en informer. Je parcours une dizaine de kms sur cette piste lorsque je tombe sur un panneau « La ferme des Huskis » en français dans le texte.

Interloqué, je m’y dirige. Au bout du chemin, je suis accueilli par les aboiements d’huskis forcément enfermés dans différents parcs grillagés.

Je monte à la maison au-dessus de ces parcs. Puis frappe à la porte. C’est une femme d’une quarantaine d’années qui m’ouvre. Elle se nomme Emmanuelle et est originaire de Strasbourg. Elle est avec sa chienne, un superbe Golden Retriever nommé Umanak. Elle m’explique qu’elle est locataire, installée ici depuis quelques mois, et qu’elle reprendra en 2027 l’exploitation du domaine. Celui-ci appartient à un couple de retraités français de 75 ans que je rencontrerais en repartant. On passe un long moment à discuter de sa passion des animaux, notamment des chiens, et ses activités ici. Mais il me faut repartir. Auparavant, elle me conseille de monter à Utsjoki pour y voir un village typique sami datant du XVIIIè siècle puis de redescendre à Karigasniemi en longeant, côte finlandais, le fleuve Tana.

Comme elle connaît très bien la région, je m’exécute. Initialement, je voulais faire une boucle par l’extrême nord-est de la Norvège mais elle me le déconseille. On se souhaite mutuellement « Bonne continuation ». Et je poursuis ma route. Je retrouve la route 92 qui mène directement au Cap Nord en partant à l’ouest. Mais je prends à l’est pour retomber rapidement sur la route n°4 (E75) qui monte à Utsjoki. Le paysage est à nouveau sauvage.

Comme il est déjà plus de 10h, je m’arrête dans le hameau de Kaamasjoki pour y prendre mon café matinal. Avant d’y pénétrer, je discute avec un cyclotouriste anglais sur le départ. Il chevauche un antique vélo, au cadre Reynolds en acier datant de 50 ans, mais dont tous les accessoires ont été changés. Il vadrouille à travers le monde avec. Encore un sacré personnage ! Je prends mon café, accompagné d’un gâteau maison à la myrtille, sous la surveillance d’un lynx. J’ai bien fait de m’arrêter là vu que je ne trouverai plus aucun commerce jusqu’à mon arrivée !

En effet, je traverse des hameaux au nom imprononçable que ce soit en finnois ou en same. Mais il n’y a que de rares fermes ou maisons les composant. Sur la route, c’est pareil. Il n’y a que très peu de circulation.

Par contre, les forêts de pins ont fait place à une vaste plaine marécageuse couverte de bouleaux pubescents et de bouleaux argentés . Tout au loin, j’aperçois les sommets enneigés du Grand Nord ! Par contre, je ne suis pas si seul que cela. En effet, une escadrille de taons m’encadrent. C’est d’autant plus incroyable que je venais, au café, de publier un post pour répondre à Isabelle F.V. sur une liste de fadas de longue distance (dont le président du Club de Colomiers, Philippe D. et sa femme, sont également de sacrés cyclotouristes et des adeptes de longue distance). Elle venait de se faire piquer sur la fesse par un taon !

Je venais de lui écrire : « C’est louche. Sans douche, les mouches new souche touchent sous les couches. Ouchhh !!!« . Incroyable coïncidence. J’ai beau piquer des pointes à +30km/h (en faux-plat descendant), elles me suivent toujours. Un panneau m’indique encore 50 bornes. Mais aucune chance de tomber sur un café-souvenir ou un restau.

Vers 13h, je décide donc de m’arrêter casser la croûte sur un grand parking avec table et toilette sèche. Au menu de ce midi, ce sera sandwich de thon à la sauce citron. J’ai toujours quelques boites en réserve au cas où. Cela tombe bien.

Après avoir gravi un petit col, le décor change complètement. Je laisse derrière moi cette plaine monotone mais pleine de taons. Et je retrouve de grandes forêts de pins et d’épicéas avec lacs …

… et torrents sur une route beaucoup plus vallonnée.

Alors que je viens de franchir la barre des 2.000 kms et 8.000D+ parcourus en 100 heures, j’arrive au village de Kirkkotuvat avec son église datant de 1850 …

… et son intérieur pour le moins austère !

Puis je descends en contrebas de la route pour visiter ce superbe village de huttes en bois. Vers 1930, il y en avait une trentaine. Aujourd’hui, il n’en reste que treize mais parfaitement entretenues.

Le cadre est magnifique. En contrebas, l’eau était à disposition et la pêche permettait de nourrir les familles.

Quant à l’intérieur, il me donnerait presque l’envie d’en squatter une pour la nuit !

Celle-ci est la dernière en terre construite sur une armature de pieux en bois. Je profite du café installé dans une des ces huttes pour me poser un peu et analyser mes cartes à la recherche d’un hébergement pour ce soir. A la terrasse, je rencontre une flamande d’une soixantaine d’années qui est en vadrouille à bord d’un Dacia je-ne-sais-plus-quel-modèle qu’elle a équipé. Elle monte justement dans le nord-est de la Norvège. En voiture, c’est plus safe quand même.

Sur le parking, j’avais aussi repéré un utilitaire immatriculé 31. Elle me dit que c’est un couple de toulousains croisé dans le village. Il me semble bien qu’ils m’avaient aussi doublé sur la route. Je les croiserai à nouveau au Market du coin mais, malgré mon maillot cycliste de L’Ariégeoise, ils ne me calculeront pas du tout. Tant pis. Après mes emplettes, je passe devant le pont qui enjambe la rivière et qui marque la frontière entre Finlande et Norvège. Un superbe renne mâle hésite entre rester ici ou basculer de l’autre côté.

Quant à moi, je me dirige vers cet endroit à la sortie de la ville où il y a un hôtel, un café-restau, de superbes villas à louer et … un abri extérieur un peu à l’écart. Je m’y dirige en empruntant une sente. Banco ! C’est superbe.

Je vais pouvoir dormir à l’abri. Par contre, il faut que je bricole un peu des fils électriques pour avoir un semblant de lumière à l’intérieur. Je ne vais pas allumer de feu pour ne pas indiquer ma présence ne sachant pas si ce kota (refuge mal isolé) fait partie du village ou pas.
Fin de cette nouvelle superbe journée, quoique bien éprouvante dans sa 1ère partie, mais avec, à nouveau, de superbes paysages, de belles rencontres et un hébergement incroyable pour finir.
Résumé :
107kms, 5h21, 20km/h, 530D+ 600D-, beau temps, squat
