J22 – jeudi 2 juillet 2026 – Karigasniemi / Porsanger

Cette nuit, c’est le froid qui m’a réveillé à 3h du mat’. J’ai enfilé un chaud polo et gros dodo jusqu’à 6h45. Plutôt que de m’enfiler ma tenue de cycliste, allongé dans la tente, ce qui, je vous avouerai, n’est pas très pratique, je plie les gaules et me dirige vers les sanitaires. Je vais en profiter pour prendre une bonne douche chaude et me raser au savon. Manque de bol, seul un pauvre filet d’eau coule des robinets. Ce devait être 10€ pour une seule douche ! Tant pis. Je m’habille debout, file déjeuner, salue les 2 cyclistes allemands arrivés du nord hier soir, puis quitte ce superbe camping à 8h pétantes. Je traverse le village endormi puis passe devant le poste frontière.

Je traverse ensuite le fleuve qui, comme déjà écrit, délimite ces deux pays. Au revoir la Finlande ! Cela fait déjà 21 jours passés dans ce pays et 2.111 kms parcourus à travers forêts et lacs. Suite à ma traversée balte l’an dernier, je m’étais préparé à de l’éprouvant mentalement, je n’ai pas été déçu ! Entre lignes droites plates et interminables, paysages monotones, moustiques virulents et finlandais sympas mais fermés comme des huîtres, cette longue traversée a été rude. 

Je retrouve la Norvège où j’avais terminé la 1ère étape de mon Tour d’Europe en août 2020 avec une arrivée à Oslo et un retour en France pour le moins imprévu et précipité …  Maintenant, j’emprunte la route n°92 qui remonte le fleuve sur quelques kms avant de bifurquer plein nord vers la ville de Lakselv distante de 93 kms. Le Cap Nord, lui, est à 283 kms. Je me rapproche tranquillement. Je retrouve aussi l’EV11.

Mais, auparavant, j’attaque un long, long, long faux plat qui m’amène au-dessus du fleuve. Le ciel est à nouveau bleu. La température de 16°C. Le vent pratiquement nul. Condition idéale pour tailler la route à vélo. Je retrouve mes bancs de sable mais côté norvégien. Je passe au-dessus d’un cingle qui me rappelle ma Dordogne d’adoption où j’ai travaillé et vécu quelques années à Bergerac puis dans le charmant village de Lanquais. Pas très loin, le cingle de Trémolat était très connu. Quant à celui-ci, il a été fortement apprécié par une finlandaise d’une cinquantaine d’années, solo en périple à voiture, qui avait eu la bonne idée de planter sa tente à cet endroit.

Après plus d’une heure de grimpette, j’arrive dans la bourgade de Karasjok. A la sortie, il y a un musée et un parc dédié aux samis. Je m’arrête visiter le village où je retrouve ces huttes de terre … 

… ainsi que ces grandes tentes où les familles se réunissaient. Devant, une barque typique pour naviguer sur ces fleuves et rivières.

A la sortie, j’emprunte la route européenne E6 qui longe le fleuve côté norvégien. Par contre, j’ai zappé mon café matinal. J’aurais dû faire comme hier et le prendre de suite vu qu’il n’y aucun café, restau, commerce répertorié sur mes cartes avec ma destination finale. Je roule alors sur une route rectiligne avec au fond les montagnes enneigées aperçues hier. Le ciel commence à se voiler et un méchant vent froid d’ouest se lève.

Le paysage est composé à nouveau de forêts de bouleaux. D’immenses lacs entourent maintenant la route. Quelques maisons isolées bordent ces lacs. Il faut aimer la solitude pour vivre ici !

Puis les arbres se font de plus en plus rares laissant la place à des zones marécageuses. Par contre, le thermomètre chute. Le vent froid me gèle. Je m’arrête sur un parking avec toilette sèche pour sortir mes mitaines, enfiler mes jambières et ma veste d’hiver.

Cela va beaucoup mieux. J’ai aussi branché ma musique pour me couper du bruit des motos, autos, camping-cars et rares camions qui me doublent. Le long de la route, j’aperçois mon seul renne de la matinée. Il est venu faire trempette.

Je poursuis mon chemin sur cette route sauvage. Les nuages ont recouvepris possession du beau ciel bleu. Alors que l’heure avance et que je cherche un nouveau parking pour me faire un pique-nique, j’arrive en vue du village de Skuvvanvárri. Un camping avec restau est affiché. Coup de bol. Ce restau n’était pas indiqué sur mes cartes.

Je m’arrête et commande le plat du jour (finnbiff) : un ragoût à base de renne accompagné de purée, airelles et compote de cornichons (me semble-t-il). Je me régale. Par contre, les prix sont toujours aussi exorbitants. Je pense que je vais éviter les restaus le midi. C’est presque le prix d’une location de chalet en Finlande !

Je me rends compte que l’heure s’est réalignée sur celle de la France. Il faudra que je règle mon compteur kilométrique. Je bois mon café et reprends ma route. Il me reste 26 bornes jusqu’à Lakselv. Pendant ma pause méridienne (petit clin d’oeil à mon frangin Franck), le vent a chassé les nuages. Le ciel bleu réapparaît. Je peux ranger ma veste d’hiver avant de jeter un oeil au lac de Bajitjávri  en bordure de camping puis de reprendre ma route à 13h30 heure norvégienne.

Je longe à présent de petites montagnes abruptes culminant à 800m d’altitude. De la neige accroche encore les sommets versants est. Au pied de ces monts, le fleuve Leavdnjajohka (atchoum !) serpente dans la vallée après avoir gonflé par l’apport de multiples torrents et cascades descendant des montagnes. Cela compose un paysage superbe.

En longeant fleuve et monts, j’aperçois quelques fermes et habitations perdues dans la forêt. La circulation s’intensifie. J’approche de la ville. Auparavant, j’avais traversé une zone militarisée (photo interdite) avec, pour base militiaire, le village de Porsangmoen. Dans de grands hangars, j’ai aperçu quad, motoneige et petits véhicules à chenille prêts à intervenir au cas où … J’avais vu ce même type de matériel du côté d’Ivaro en Finlande alors que je n’étais qu’à une cinquantaine de kms de la Russie à hauteur de Mourmansk.

A 15h, j’arrive sur les hauteurs de Lakselv, ville de plus de 2.000 habitants avec son aéroport et ses nombreux commerces. Il n’y a plus qu’à descendre puis me rendre en ville où j’ai repéré un Intersport.

Je m’y rends direct pour essayer de trouver un boulon afin de refixer mon attache de sacoche avant-gauche. J’ai un peu de mal à expliquer en anglais à un des mécanos ce que je cherche. Finalement, j’amène HakaOne et après recherche, il trouve mon bonheur : un écrou à la bonne taille. Je pars au Spar d’à côté faire quelques emplettes et consulter mes cartes.

En effet, avec cette heure récupérée, il est encore tôt, et, vu la météo, j’ai envie d’avancer un peu plus. Je repère une zone marécageuse avec observatoire « Bird hide » à proximité. C’est à une quinzaine de kms soit une heure de route. Je m’y dirige.

En sortant de la ville, le décor change complétement. Je retrouve à nouveau ces monts dominants sur ma gauche avec, cette fois-ci, le fleuve Rávttosjohka qui coule au pied.

Mais, de l’autre côté, c’est le fond du fjord de Porsangen ! Beaucoup d’îles sont éparpillées au milieu. C’est ce fjord que je vais longer jusqu’au nord avant de se jeter dans la mer de Barents (océan arctique). Je retrouve ces paysages incroyables de bord de mer avec ces odeurs iodées alors qu’il y a quelques kilomètres, je naviguais dans un océan de verdure. 

Après quelques belles montées, j’arrive sur zone. J’emprunte un sentier interdit aux véhicules motorisés. Tant mieux ! Puis j’arrive à l’endroit repéré. C’est à nouveau inespéré. C’est un abri d’observation ornithologique, bâti sur la falaise …

… avec vue imprenable sur le marais et le fjord. Et aussi un improbable arc-en-ciel que je capte alors que je viens juste de publier.

De plus, il est ouvert et je peux m’installer au sec pour cette nuit. Quel coup de bol ! Après avoir rédigé ces lignes, je passe un moment aux jumelles hyper puissantes à observer les oiseaux en bord de mer. J’ai à nouveau une pensée pour Pascal de la LPO. Il adorerait. Il y a même des bouquins de description des oiseaux que je feuillette sans rien comprendre au texte évidemment.

Et bien pour une première journée en Norvège, je serai passé par tous les sentiments et tous les états. Mais quelle belle journée encore !

Résumé :

108kms, 6h15, 17,3km/h, 760D+ 880D-, nuageux / beau temps, squat


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