Alors que je venais de me coucher pour bouquiner mes magazines, la pluie s’est remise à tomber. J’aime bien quand je suis à l’abri de ma tente et qu’il pleut. Puis, vers 4h du mat’, c’est le vent qui me réveille. Ça souffle fort et me rappelle des souvenirs irlandais. Finalement, je me rendors puis me réveille avec l’alarme à 7h du mat’. La journée risque d’être chargée. Je déjeune, sans prendre de boisson chaude, à l’abri de ma tente avant de la plier difficilement puis de plier les gaules peu avant 8h. La météo est encore superbe. Quel bol !

Il me faut remonter le chemin pendant 1,5kms avant de retrouver ma route E69.

Je jette un dernier coup d’oeil sur ce superbe bivouac avec ce lac rond qui se déverse dans la baie où j’ai trouvé cette maison et, au loin, la mer.

A cette heure matinale, il n’y a pas grand monde sur la route. Même les rennes sont au repos ce samedi matin. Par contre, moi je ne vais pas y être très longtemps.

En effet, après un échauffement d’une dizaine de kms, j’attaque la première difficulté de la journée. Je vais franchir le tunnel sous-marin qui relie le continent à l’île de Magerøya, où se trouve le Cap nord. Ce tunnel fait 6.870mètres de long et 212 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette fois-ci, je mets mes bouchons d’oreille gwendosonique, mon buff et mes gants chauds. Et je fais bien.

Il fait un froid de canard. Il y a même de la glace sur le trottoir que j’évite. De plus, j’attaque par une grosse descente puis un court faux plat avant de remonter par un sacré pente de plus de trois bornes. Autant dire que je suis content d’apercevoir le jour et de sortir à l’air libre.

Le paysage est toujours aussi beau avec ces fjords bordés de maisons multicolores.

Là, c’est un fjord ouvert sur la mer avec cette symétrie parfaite partagée par ce rayon de soleil. Incroyable effet involontaire. J’en prends à nouveau plein les mirettes et les naseaux. Quant aux esgourdes, elles ne sont, pour l’instant, par le bruit des véhicules à moteur.

Après avoir franchi un nouveau tunnel terrestre de 3,5kms, j’arrive dans la ville portuaire de Honningsvåg. Cette ville de plus de 2.000 habitants est la ville la plus au nord de l’Europe. Malheureusement, je ne peux pas la prendre en photo depuis la sortie du tunnel, un immeuble flottant en bouche complètement la vue. Encore une aberration écologique mais bon, c’est comme les vols à 50 balles pour aller sur les îles, c’est pas cher et c’est super … Il me semblait que, pendant le COVID, on avait pris conscience de certains abus. Il semblerait que ni le COVID, ni les canicules, ni le reste ne nous font prendre conscience du monde laissé à nos enfants et petits-enfants.

J’arrive donc dans le port de cette ville. Je me dirige vers le premier café trouvé mais c’est un peu trop chicos à mon goût.

Je file sur le port et trouve un café qui m’a l’air plus sympa. Je commande mon café noir et un gâteau à la cannelle. La jeune serveuse blonde me répond en français. Quelle surprise ! Mon coupe-vent du Stade Toulousain et mon subtil accent anglais m’ont trahi. Sur l’enseigne, que je n’avais pas vu en arrivant, est inscrit « HONNI BAKES – Boulangerie – Pâtisserie – Crêperie« . Tout est dit. Le patron est également français.

Cette jeune serveuse est originaire de Banyuls/mer, son père étant chercheur à L’Observatoire Océanologique (Laboratoire Arago) et sa mère norvégienne of course. Elle a étudié à Bordeaux puis Toulouse. Elle vient bosser ici tous les étés. Elle me donne des conseils pour éviter de payer au Cap nord et pour des options navales. Après ce moment fort sympathique, il me faut attaquer l’autre gros morceau de la journée. Auparavant, je passe à l’Office de Tourisme pour avoir des infos sur l’Hurtigruten.

Puis je vais acheter un casse-croûte en prévision du repas de ce midi. Derrière le supermarché du coin, je rencontre Loïc de Pontivy, en train de manger sur une table avec vue sur l’arrière du magasin (quelle drôle d’idée !), qui me dit que je vais en baver. En attendant je reprends la route vu qu’il est déjà 12h30. Je passe devant un lagon norvégien. La douceur avant la douleur …

Effectivement, ça commence à grimper sec. Je mets tout à gauche et c’est parti la moulinette. D’ailleurs, je ne regrette pas d’avoir changé ma cassette pour mettre un 34 dents.

Une fois, cette première longue montée terminée, j’arrive dans des contrées montagnardes qui me rappellent fortement mes randos pyrénéennes à pied et à vélo. Je me fais rejoindre par un couple de jeunes cyclotouristes allemands, déjà croisé au magasin, en mode bikepaking (vélo et équipement plus léger). J’essaie d’accrocher leurs roues mais ils prennent un peu d’avance en montée puis je reviens sur eux en descente.

Après ces 33 kms très exigeants (« C’est du brutal » comme aurait pu dire Bernard Blier), j’aperçois enfin au loin la boule blanche. J’y arrive peu après 14h. J’évite donc l’entrée pour traverser le musée et file directement sur le côté.

Je retrouve avec beaucoup d’émotions l’endroit où j’étais venu avec mon grand frangin, mon oncle et ma tante alors que je n’avais que 13 ans. La sculpture a changé. Moi aussi. La météo est beaucoup plus clémente. Moi aussi.

D’ailleurs, j’ai fini par retrouver la fameuse diapositive photographiée de l’époque. La qualité n’est pas terrible mais je me reconnais quand même entre Yves-Marie et Dédé ! Et il y avait beaucoup moins de monde à l’époque. Il faisait aussi plus froid (10°C de mémoire mi-août). Là, les gens font la queue pour être pris devant le globe !

Je profite de ce site exceptionnel pour dévorer mon sandwich et une banane assis sur un banc. C’est quand même plus sympa.

Je prends un dernier cliché avant de remonter sur HakaOne et de prendre le chemin du retour. Peut-être reviendrai-je dans 52 ans ? Allez, soyons raisonnable, disons plutôt 25 !

Comme chaque jour, les nuages ont refait leur apparition. La température a légèrement chuté mais cela reste fort agréable. J’aperçois la route qui serpente au loin à travers ces petites montagnes de 350m d’altitude !

Sans le soleil, les paysages semblent beaucoup plus austères.

Après avoir vu un troupeau de rennes sauvages dans la pampa, j’ai la chance d’apercevoir un renne au milieu d’un névé devant un lac. Je ne pense pas qu’en véhicule motorisé, les passagers l’ait remarqué. L’avantage d’avancer tranquillou à l’écoute et à la vue de Dame Nature.

Après u retour moins abrupte que l’aller, j’aperçois au loin le site près du lac qui me fait penser que j’approche de la ville.

Effectivement, je reviens au niveau de la mer, passe devant la piste de l’aéroport qui ne doit pas pouvoir accueillir un A380. J’arrive enfin en ville après une grosse journée de 100 bornes et 1.500 D+.

Je repasse à l’Office de Tourisme pour profiter des toilettes, me laver au gant de toilette et me changer. Puis je file au « Honi Bakes » mais il est fermé ! Dommage, je ne connaîtrais pas « la longue histoire » du patron pâtissier black qui l’a amené ici. Finalement, je trouve un autre café-restau un peu plus loin. Et, coïncidence encore incroyable, c’est un endroit tenu par des thaïlandais où réside une petite communauté dans cette ville. J’en profite pour réserver mon billet pour demain matin. J’y déguste un pad thaï délicieux. Et, cerise sur le pompon, j’assiste au match Maroc-Canada, deux pays que j’affectionne particulièrement.

Fin de cette extraordinaire journée ô combien éprouvante mais si riche en émotions, rencontres incroyables et paysages époustouflants.
Résumé :
102kms, 6h43, 15,2km/h, 1510D+ 1540D-, beau temps/nuageux, bivouac

Pas mal les dénivelés aujourd’hui. Merci pour la bouffée de fraîcheur que nous dégustons en lisant tes récits.
A bientôt
Michèle et Joel
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