Je viens de passer une très bonne nuit dans mon abri ornithologique. Après mes préparatifs habituels, je plie les gaules peu avant 8h. Avant de partir, je laisse un petit mot dans le Livre d’Or. Puis je sors HakaOne qui a dormi, lui aussi, à l’abri. Je refais les 800 mètres de mauvais chemin pour récupérer la route E6.

Mais avant de continuer le récit de cette magnifique journée que j’entame à 18h, je voulais la dédier à mon p’tit frangin Manou, montalbanais d’adoption, qui fête aujourd’hui ses 58 ans ! J’ai toujours l’impression que c’est encore un gamin. C’est dingue comme le temps passe vite. Je t’aime frangin.
Le temps est à nouveau superbe et la météo idéale. J’entame donc la remontée de cet immense fjord en longeant la côte. Des perchoirs à mouette ont été installés devant une ferme. Je n’avais encore jamais vu cela.

Vu l’heure matinale, la circulation est encore relativement calme. Je profite d’être à vélo pour pouvoir m’arrêter où je veux, quand je veux. Le spectacle est tellement superbe que ça me prend les tripes. Entre ces petites maisons colorées posées dans des champs fleuris, la mer, les îles, l’autre côté du fjord et ce ciel bleu laiteux, c’est incroyable.

Et je vais en prendre plein les mirettes toute la journée. Je passe devant une église catholique Kistrand Kirke et une protestante à côté posées sur un promontoire dominant la mer.

Par contre, le parcours est exigeant. J’enchaîne à nouveau de belles montées / descentes notamment lorsqu’il faut couper à travers une pointe. En milieu de matinée, j’arrive dans le village de Olderfjord en norvégien, décliné aussi en same et en ?. Au centre de ce village, je trouve un café-restau où je m’arrête boire mon café accompagné d’un cookie au chocolat. Le prix reste raisonnable. J’arrive après qu’un chargement de 3 bus touristiques reprennent la route. Ouf !

Puis je vais au commerce du coin pour y acheter de quoi manger ce midi. Ce commerce fait également station-service. Devant les pompes, il y a embouteillage de motards. Les automobiles et camping-caristes tirent la gueule. Je passe mon tour et reprends ma route. Le spectacle est continuel. Le temps passe vite. Là, c’est un séchoir à poissons dressé devant un petit port de pêche. J’imagine qu’il ne doit plus trop servir (le séchoir pas le port !).

Puis plus loin, je surprends un troupeau de rennes d’élevage broutant le long de la barrière de sécurité. Je m’arrête pour profiter du moment.

J’adore ! Je m’arrête aussi dans un magasin de souvenirs lapons dans lequel j’achète le drapeau sami que je trouve très joli et que j’accroche à l’arrière d’HakaOne.

Au loin se dresse une énorme falaise. Je me demande par où la route va passer. Finalement, c’est sous un tunnel de 3,6 kms équipé, fort heureusement, d’une voie cyclable hors chaussée. Par contre, le passage des véhicules crée un boucan d’enfer comme disait Renaud. Je croise un autre cyclo-touriste qui s’arrête pour me laisser passer. On ne peut même pas discuter tellement ça résonne.

A la sortie du tunnel, j’attaque une descente vertigineuse dans laquelle j’atteins les 63 kms/h ! Arrivé au niveau de la mer, il y a un immense parking squatté par les camping-caristes. Plus bas, deux huttes abritent des cyclotouristes. Dans la mienne, c’est un jeune couple allemand qui arrive de Malaga. Cela fait 170 jours qu’ils sont partis. Ils montent au Cap nord puis retournent chez eux dans le sud de l’allemagne.

Le temps de déjeuner et de discuter, la pluie a cessé et le ciel bleu refait son apparition. Je ne suis plus qu’à 100 kms à peine du Cap Nord. Les allemands voudraient atteindre la ville d’Honningsvåg ce soir. Il est déjà 14h. Cela me parait ambitieux. De mon côté, je verrai.

Les forêts de bouleaux ont disparu. Il n’y a presque plus d’arbres. De plus, la route coupe maintenant à travers des formations de schistes. Cela me fait penser à des journaux empilés les uns sur les autres.

Je poursuis cette superbe route. Là, ça tourne sec à gauche. Au loin, j’aperçois la pointe est de ce fjord. Je me rapproche donc de la sortie.

Il suffisait de demander, la voici quelques kilomètres plus loin. Par contre, du côté ouest, il y a encore un peu de route à faire.

Il faut en effet faire le tour de ce lagon dans lequel j’aperçois une ferme à saumon. Cette production intensive est tellement décriée que j’ai également arrêté d’en manger.

Là, je passe devant ce que je pense être des anciens hangars à bateaux de pêche justement. Mais cette pêche artisanale a été remplacée par de la pêche intensive qui a épuisé les ressources d’où ces élevages. On marche vraiment sur la tête et on commence à en subir les conséquences.

De temps en temps des maisons font face à l’immensité. Il faut aimer la solitude pour vivre dans de tels endroits.

Ici, c’est un hameau dont l’accès est formellement interdit. On comprend pourquoi. La tranquillité n’a pas de prix. Alors que j’entame une grosse montée pour passer cette pointe, je croise devinez qui ? Et oui, Catarina à fond les ballons dans la descente. On se salue, comme à chaque fois qu’on croise un cyclotouriste, mais je ne sais pas si elle a eu le temps de me reconnaître. Je pense que, cette fois-ci, je ne la reverrai plus.

Je continue à avancer bon train mais l’heure aussi. A l’embranchement d’un chemin, je m’arrête pour consulter mes cartes. La ville est encore à une trentaine de bornes. Cela fait déjà un moment que je roule. De plus, de gros nuages s’amoncellent à l’horizon. Je prends le chemin qui mène à la mer. Je trouverai bien un endroit pour planter le bivouac.

Au bout de quelques encablures, je repère un terrain plat en bordure de mer. Ce sera parfait. Je me dépêche de monter la tente avant que l’orage n’arrive sur moi. Finalement, il pleut un peu, l’orage passe plus loin. Ouf ! Une fois le bivouac monté, je pars en expédition à la recherche d’eau. Il ne me reste qu’un demi-bidon. Cela va être juste pour la soirée.

Au bout de cette pointe, j’aperçois la ville de Honningsvåg qui est donc la ville la plus au nord de l’Europe vu que le Cap Nord est au-dessus.

En arrivant le long de la mer, je tombe sur une maison perdue au milieu de nulle part, accessible par le chemin emprunté à vélo puis par une piste. Elle est évidemment fermée à clé. Je fais le tour pour retrouver le chemin. J’aperçois un couple de rennes sauvages qui broutent tranquillement sans être enquiquinés par les voisins.

En reprenant le sentier, j’aperçois en contrebas des fondations de baraques. Il devait y avoir une activité humaine (pêche, mine, …) dans le secteur. Mais comment faisaient-ils pour vivre ici ?

Un peu plus haut, je trouve une source qui me permet de remplir ma gourde. Deux pastilles d’Aquatabs pour la purifier vont me permettre de manger chaud ce soir. Ce sera pâtes carbonara au menu. Et bien quelle nouvelle journée fantastique ! Demain, je devrais enfin arriver au Cap Nord.
Résumé :
113kms, 6h28, 17,5km/h, 850D+ 830D-, beau temps, bivouac
