La journée d’hier ne s’est pas terminée si tôt que cela. En effet, j’avais zappé le match France-Paraguay que j’ai regardé après mon copieux diner. Match horrible avec une équipe de bouches paraguayens et un arbitre catastrophique (pourquoi mettre un arbitre ouzbek, je n’ai rien que l’Ouzbékistan, sur ce type de match à enjeu ?) mais heureusement gagné dans la douleur. Le match s’est donc terminé vers 1h du mat’. Ensuite, il a fallu que je trouve un endroit où dormir quelques heures avant de prendre mon bateau de 6h. Heureusement, il fait toujours jour. Je trouve un coin isolé, un peu spartiate, derrière un bâtiment sur le port pour me poser. Je rentre dans mon duvet et dodo …

Après quelques heures de sommeil, je me réveille vers 5h15 pour rejoindre l’embarcadère. Je vais donc prendre un bateau de la compagnie Hurtigruten. Elle dessert 34 ports le long de la côte atlantique de Bergen au sud jusqu’à Kirkenes au nord. Quant à moi, j’ai pris un billet qui m’emmène au port de Hammerfest. Cela m’évite ainsi de redescendre les 120kms et de reprendre le tunnel de la mort, pour rejoindre la route E6 et la côte ouest. Vers 5h30, le ferry entre au port.

Nous sommes une dizaine de cyclistes et quelques autres passagers à attendre sur le quai. Il y a notamment un lyonnais en bike-paking et un autre à vélo couché. Je retrouve également Niki de Tchéquie que j’avais croisé au bar hier soir. Je vais passer une partie du voyage avec lui. C’est un jeune vidéaste qui voyage en auto-stop et BlaBlaCar à travers le monde entre 2 reportages. Nous papotons de voyage, de la vie, de politique. Une belle personne.

Après l’embarquement, nous quittons l’île de Magerøya puis passons au-dessous du tunnel sous-marin. C’est quand même plus cool assis le cul sur un fauteuil bien confortable !

Je profite de la vue superbe sur cette côte déchiquetée avec ce ciel bleu cotonneux.

Nous faisons un arrêt rapide à Havøysund sur l’île d’Havøya. Une fois Niki parti en exploration, je prépare la suite du voyage, l’idée étant de rejoindre les îles Lofoten.

Vers 11h, le bateau accoste au port de Hammerfest. Il est temps de prendre congé des personnes rencontrées sur ce bateau. Je rejoins HakaOne puis retrouve la terre ferme. Je déniche un endroit isolé pour me changer et remettre mon bleu de chauffe. Il est l’heure de reprendre la route. En sortant du port, je passe devant cette église moderne construite l’année de ma naissance. Comme moi, elle a dû aussi en entendre et en vivre des vertes et des pas mûres !

Je laisse derrière moi cette ville portuaire et ouvrière avec sa grande usine de production de gaz au fond à gauche. La remise en route est difficile avec un enchaînement de belles bosses sur cette route n°94 qui mène à Skaidi.

Heureusement, cela se calme. La route retrouve de la platitude comme la mer d’ailleurs. Les paysages sont à nouveau époustouflants. Je rencontre aussi beaucoup de rennes qui se baladent en famille au milieu de la route. C’est dimanche. On en profite.

Par contre, comme presque tous les jours, ça se couvre à l’horizon. Il est 13h passé. Je m’arrête sur une aire de repos avec toilettes et tables pour casser la croûte. La reprise est difficile. La fatigue d’hier avec la nuit très courte se fait sentir. J’ai l’impression d’être mollasson du mollet.

J’avance à mon rythme dans une espèce de brouillard cotonneux identique au nuage. Après avoir contourné deux tunnels interdits aux vélos et piétons, je franchis le pont qui enjambe le fleuve Repparfjorelva qui se jette dans la mer un peu plus haut. De l’autre côté de la rive, je prends un gros grain sur la tête. Ce qui a le don de me réveiller.

Un peu plus loin, je tombe sur le Festival des Trolls. Quelques stands sont aménagés dans cette grande ferme de passionnés.

Et oui, nous sommes au pays des Trolls ! J’aurais bien pris un café avec un gâteau maison mais j’ai complétement oublié de retirer des couronnes norvégiennes (NOK), la monnaie locale hors euro. Dommage. Ce sera en ville.

Je retrouve également les forêts de résineux et de bouleaux. Je longe pendant un moment ce fleuve où de nombreux pêcheurs s’adonnent à leur passion de la pêche à la mouche pour attraper truites et saumons sauvages.

En milieu d’après-midi, j’arrive à Skaidi au carrefour de la route n°94 et de la route E6 que je retrouve. Je m’arrête boire un café dans la station-service-commerce-café-restau du coin. J’en profite pour consulter mes cartes vu qu’ici, à part un camping, je ne peux pas bivouaquer. J’hésite à aller au camping pour voir le match mais je pense qu’à 22h, je serai KO. Je repère donc des abris extérieurs à 14kms d’ici. Je m’y rends. Je passe dans des paysages désolés où les bouleaux sont morts. Pourtant, sur le côteau qui longe la route, de nombreuses maisons ont été construites. Entonnant.

Finalement, j’arrive sur zone. Ce n’est pas ce que j’espérais mais ça ira pour la soirée. Je plante le bivouac. Par contre, je retrouve avec déplaisir les moustiques. C’est à nouveau infesté. J’ai été tranquille quelques jours dans le grand nord. Mais je vais encore déguster. Avant de dîner, j’allume un feu avec des restes existants. La fumée les chasse. Avec le vent, c’est le seul remède efficace.

Il est déjà tard. Le soleil est parti, non pas se coucher, mais se cacher derrière la colline. De mon côté, je rentre sous la couette. Fin de cette très, très longue journée.
Résumé :
75kms, 4h32, 16,4km/h, 770D+ 610D-, beau temps / nuageux, bivouac
