J31 – samedi 11 juillet 2026  – Gaël : la vie de château (de cartes)

Je profite de cet intermède pour faire une introspection et me demander à quoi rêvait ce gamin de 13 ans à la casquette rouge et chemise bariolée, ici avec mon frangin Yves-Marie, dans cette petite cabane suédoise, prêtée par un couple suédois d’amis de mon oncle, sise au-dessous d’Älvaden. Mes doigts fourmillent. Je sors mon piano à 26 touches et c’est parti.

Ce petit bonhomme est né le 20 septembre 1961 dans la belle ville d’Angers. J’ai vécu mes quatres premières années dans  dans le village de Saint-Clément-de-la-Place à quelques encablures d’Angers. Mon grand-père maternel y était boulanger. Ma grand-mère y tenait la boutique et élevait, aidée de ma mère l’ainée de la fratrie, mes trois oncles (Jean-Maurice dit Jeannot, André dit Dédé et Marc dit Marco) et ma tante Geneviève dite Gene, qui tenait le rôle de grande soeur que nous n’avions pas eu.

Château des Brosses à St-Clément-de-la-Place

Puis, mes parents ont acheté une (trop) grande maison de ville sur la route de Paris à Angers. Un couple de retraités y occupait le RDC et jardinait. Au fond du jardin, nous avions un fox-terrier nommé Pucinette. En bon fox, elle faisait des trous partout. Nous y sommes restés jusqu’à mes 11 ans. A l’école, j’étais un élève « Peut mieux faire« . J’étais bon dans toutes les matières mais je n’excellais nulle part. Comme en sport où je jouais au foot avec une bonne patte gauche mais sans briller non plus. J’ai connu une jeunesse simple mais heureuse avec mes 3 frangins entouré de parents aimants mais sans le montrer ni le dire. Par contre, les difficultés financières de mes parents, qui ne nous cachaient rien, les ont obligés à vendre cette maison.

Château du Roi René à Angers en bord de La Maine

Pendant cette période, nous allions passer un dimanche par mois chez mes grands-parents paternaux, paysans comme on disait à l’époque possédant une vingtaine de vaches laitières. Ils possédaient une ferme « Le Grand Friche » dans la commune de St-Jean-de-la-Motte proche de La Flèche dans la Sarthe.  Nous y retrouvions souvent la demi-soeur de mon père Réjane qui tenait la culotte, son triste mari Gaston, et leurs 3 enfants ainsi que Muriel et Rémi de la DASS (bon revenu complémentaire). Autant dire que leur relation n’était pas folichonne et que la compétition scolaire entre la fratrie était sévère. A table, endimanchés comme des princes, nous devions nous tenir à carreau. Sinon le regard noir de mon père nous remettait dans le droit chemin. En fin d’après-midi, nous rentrions en Anjou, le coffre chargé de pommes de terre et de betteraves. Je mange de tout mais les betteraves …

Château privé de Gallerande à Saint-Jean-de-la-Motte

Pour augmenter ses revenus, le parcours professionnel de mon père diéséliste nous menèra ensuite à Saint-Malo pour 4 années au grand air et en toute liberté (surveillée). J’y rencontre mon premier amour de jeunesse Mattea, une des filles des amis corses de mes parents qui habitaient dans le même immeuble que nous. De temps en temps, nous retournions à Angers où vivaient dorénavant mes grands-parents paternaux pour retrouver nos oncles, tantes et, plus tard, cousins et cousines. Et, là, ça rigolait, ça chantait, ça s’engueulait (ah !  la politique …), ça jouait aux cartes. Ce n’était pas du tout la même ambiance dans la famille paternelle …

Château de Saint-Malo dans Intra-muros en bord de mer

Puis ce fut Tours pour mon adolescence difficile. Avec un seul salaire sans bourse, les études ont vite été écourtées. J’avais le choix entre cuisinier, photographe et informatique. J’ai passé un bac informatique (bac H à l’époque). Pendant mes week-ends et vacances scolaires, je travaillais ainsi que mon grand frangin, et, ce, grâce à mon oncle Dédé, comme pompiste extra à Monnaie sur l’autoroute A10. Cela nous permettait de gagner notre argent de poche, de se rendre compte de la valeur de l’argent et de me payer mon 103 Peugeot et ma chaîne Hi-fi.

Château de Tours en bord de Loire

Puis après avoir passé mon bac d’anglais un samedi matin de juin, je suis parti, dans la foulée, en train pour travailler à Saumur, distant de 60 kms de Tours, dans une petite société de service informatique (6 salariés). C’étaient les prémices de l’informatique. J’ai même connu la carte perforée ! Cela parlera aux anciens. Je n’avais pas encore 18 ans et je quittais déjà le cocon familial. Il fallait que je m’assume. Au départ, je passais l’été au camping municipal (vous comprenez pourquoi je ne suis pas dépaysé avec mes bivouacs !) avant de trouver un petit appartement, chauffé au fuel, dans une maison aux cloisons fines. Mes horaires étaient (théoriquement) de 14h à 22h. En effet, à partir de 18h, je partais, juché sur mon 103 Peugeot, au nord de Saumur pour passer nos traitements sur l’ordinateur du service informatique, tenu par le beau-père de mon patron. Quand je rentrais du boulot en plein hiver, il ne faisait pas plus de 10°c dans mon appart. Autant dire que j’ai passé le permis fissa du premier coup pour m’acheter une Simca 1100. Le samedi soir, c’était baltringue avec les copains du foot avant d’enchaîner sur le match du dimanche aprèm’ .

Château de Saumur en bord de Loire

Puis, à 20 ans, j’ai effectué mes classes dans l’armée de l’Air au Bourget avant d’être affecté, sans être pistonné, dans le service informatique du Centre Administratif Territorial Air (CATA 852) sur la base aérienne de Tours sis à Parçay-Meslay ! Village dans lequel j’ai repris le foot et où j’ai rencontré mon premier amour de jeunesse, la jolie Sophie, infirmière de profession. Après cette année de service national, j’ai retrouvé facilement du boulot chez Cap Sogeti pour effectuer une mission au Crédit Agricole de Tours. Ses parents, très conservateurs, voulaient qu’on se marie avant de s’installer ensemble. A l’époque, j’avais déjà la bougeotte et pas du tout envie d’avoir la corde au cou. A 2 mois de la date fatidique, alors que nous devions rencontrer le prêtre du village pour une cérémonie non désirée, j’ai tout arrêté. Autant dire que la fin de ma saison de foot a été compliquée.

Château-Grange de Parcay-Meslay

Après quelques mois de célibat, j’ai repris la patate chaude des pattes de notre cher et regretté Philippe, le meilleur ami d’Yves-Marie devenu notre 5è frangin, parti beaucoup trop tôt. Cette patate chaude se nommait Sylvie au porte-monnaie percé, déjà maman d’une petite Nathalie. Après une longue mission chez Burroughs à côté de Rouen, mon parcours professionnel m’a envoyé à Bergerac pour bosser au Crédit Agricole de la Dordogne.

Château Henri IV à Bergerac en bord de Dordogne

Après quelques mois passés dans le vieux Bergerac, j’ai acheté une vieille maison périgourdine de 400 ans avec poutres au plafond, mur en pierre, cheminées. Celle dont je rêvais depuis gamin. Un véritable coup de foudre. Je me suis également battu pour récupérer la garde de Nathalie, 10 ans à l’époque. Ma chère fille Gwendoline est née à ce moment-là, un des plus beaux jours de ma vie. Mais, comme dans la chanson Cendrillon de Téléphone, l’histoire s’est mal terminée. Confronté à de sérieux problèmes financiers, le jour de mes 30 ans, j’ai tout perdu : mon boulot, ma maison, ma fille (une déchirure indélébile) et ma belle-fille. Mon château de cartes construit patiemment s’écroulent.

Château de Lanquais au pied du lac

« Gaël, de ses trente ans, est le plus triste des papas« .  Je ne sombre ni dans l’alcool, ni dans les drogues, mais dans le sport. Je cours pour oublier. Cela me lave la tête et m’évite de sombrer. Je retrouve du boulot sur Toulouse. Je deviens un papa alternatif à faire la navette un week-end sur deux entre Toulouse et Bergerac puis Cahors. Après tous ces chocs émotionnels, le crabe me tombe dessus à 35 piges. Un an sur le carreau à lutter contre cette saloperie faute de ne pas m’être suffisamment protégé du soleil et de mes démons intérieurs.

Château d’eau à Toulouse en bord de Garonne

Heureusement, à mon boulot, je rencontre la Belle Hélène au caractère bien trempé, voileuse aux yeux verts. Entre-temps, mon père, tout juste  retraité, a préféré déposer le bilan. Nouveau choc émotionnel. Quelques années plus tard, ma mère sombre, pendant de beaucoup trop longues années, dans Alzheimer. De la rencontre avec Hélène, naîtra Titouan (en hommage à T. LAMAZOU, peintre navigateur originaire du Béarn et non pas de Bretagne !). Une nouvelle vie blagnacaise commence. Avec cette épreuve, j’ai compris qu’elle pouvait s’arrêter du jour au lendemain, que les biens matériels étaient superficiels, que la richesse du coeur valait beaucoup plus que la richesse du compte en banque. Dorénavant, la Vie, je vais la vivre et la croquer à pleine dent.

Pas de château ! Coeur de village de Blagnac (j’habite en bas à droite !)

Mais les démons reviennent. Après quelques années de bonheur, un coup de foudre aux cheveux de jais et yeux asiatiques me fait tout envoyer paître. J’abandonne tout et repars à nouveau à zéro. Le château de cartes s’écroule à nouveau. Cette passion éphémère ne durera qu’un an. Je cours encore et toujours. J’enchaîne les marathons pour ne pas sombrer. En mission impromptue chez Orange, je croise le regard sombre de Corinne. Silhouette affutée. Tête abimée. Ma Coco, ma cocaïne, mon héroïne. 18 ans de passion « Je t’aime. Moi non plus« . D’aller. De retour. De vie alternative entre Beauzelle, Seilh, Blagnac et Toulouse.  De torride. De glacial. Mes enfants y laissent des plumes. Moi aussi. Après l’année de son bac passée ensemble, mon fils Titouan décide de partir faire ses études à Montréal. C’est son choix. Je le respecte. J’ai fait de même. Mais j’étais à 60kms de chez mes parents. Là, l’océan nous sépare. Nouvelle déchirure.

Moulin de Naudin à Beauzelle sur la Garonne

J’arrive enfin à l’heure de la retraite. Je commence mes premiers trips à vélo. Coco travaille. Notre séparation devient inévitable. Heureusement, j’ai l’incroyable chance de pouvoir bénéficier d’un Contrat de génération et d’effectuer un Mécénat de compétence à L’Arche-en-Pays-Toulousain. Cette communauté devient ma seconde famille. J’y travaille à temps partiel comme maraîcher pendant deux ans et y crée un atelier de réparation de vélos. J’y rencontre également Carmina, la belle personne que je cherchais éperdument. Hélas, malgré notre relation d’âme-soeur, nos vies dissemblables lui font prendre du recul et partir sur un autre chemin. Dommage.

Château de Merville en bord de Garonne

J’arrive sur mes 65 ans. J’ai l’impression d’avoir toujours 20 ans. J’ai encore tellement de projets dans la tête. J’ai mes superbes enfants tellement dissemblables mais qui sont mes deux piliers quand le moral chute. Je suis en location meublée avec mes affaires qui tiennent dans le coffre de mon Peugeot Partner. Mon fils gère mes finances d’heureux retraité. Je suis pleinement en accord avec moi-même. Je suis en parfaite harmonie avec que je pense, ce que je dis, ce que fais. Je suis libre comme l’air. Je suis tout simplement heureux.

Château de cartes en bord de Vie

Et ce p’tit bonhomme de 13 ans, qu’en aurait-il dit de ce parcours ? Je pense qu’il aurait aimé emprunter un chemin un tout petit peu plus linéaire (euphémisme). Mais je pense aussi qu’il peut être fier de ce parcours semé d’embûches. Il s’est toujours relevé. Il n’a jamais abdiqué. Il a deux superbes enfants, ses deux frangins et ses belles-sœurs, ses ami.es sur qui il sait pouvoir compter et ses activités épanouissantes. Il continue d’avancer et de croire en l’avenir.  Voilà son parcours, aussi tortueux et sinueux que ces routes norvégiennes. Et, comme il le dit souvent : « TOUT SE FERA ! »


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