Ce matin, je traîne un peu au lit dans ma chambrée très calme de 4 personnes dans cette auberge de jeunesse moderne, adossée à la garde de Bodø et au tarif raisonnable (37€). Je pense que, à l’origine, ma chambrée était une chambre classique avec toilette et douche. Puis certaines ont été transformées en chambrée de 4 à 6 personnes.

Il faut dire que je me suis couché fort tard hier soir. Je vous raconte. En effet, après mon installation pour le moins tardive, je me pose dans la salle commune et devant ma tablette, la TV ne fonctionnant pas, pour regarder l’autre 1/2 finale Argentine-Angleterre. Une jeune femme arrive ensuite et se pose sur un canapé proche du mien. Elle regarde également le match sur son téléphone. Mais, comme j’ai installé le VPN et que je suis en direct sur M6, j’ai un temps d’avance. Donc, quand les argentins ont des occasions pour égaliser, je réagis avant qu’elle ne voit l’action. Ce qui nous amuse beaucoup.

Nous engageons la conversation. Et il s’avère qu’elle est française ! Elle se nomme Guillaumine (« Mine » pour les intimes). Elle est née à Paris mais est partie très jeune vivre à Le Muy dans le Var à quelques encablures d’Ampus où vit ma belle-sœur Florence. Décidément, le monde est vraiment petit. Son métier est organiste. Et, elle a fait ses études à Toulouse où se tient tous les ans le Festival international « Toulouse les Orgues« .

J’y ai déjà assisté vu que ma mère, lorsqu’elle était jeune, jouait de l’orgue dans l’église de notre village angevin. Elle devait justement rejoindre un ami, organiste toulousain, à Madrid. Mais, à l’aéroport de Bodø, elle s’est trompée de salle d’embarquement pour son vol vers Oslo puis Madrid, deux avions partant au même horaire. Et, comme elle habite avec son compagnon dans une hut à 30kms d’ici, elle est venue passer la nuit dans cet hôtel avant de reprendre un vol ce matin. Nous passons donc la soirée à papoter jusqu’à minuit passé. Encore une extraordinaire rencontre avec cette jeune femme baroudeuse et au métier insolite. J’espère que l’on aura l’occasion de se revoir sur Toulouse ou ailleurs …
Quant à moi, je décolle peu avant 9h. Je quitte Bodø en laissant train, ferry, voitures, camping-cars derrière moi et en repartant avec mon fidèle HakaOne.

Il fait 16°C. J’ai gagné 5° en une traversée. La mer est calme. Le vent est nul. Le paysage est reposant après cette chevauchée à travers ces sauvages et rudes Lofoten. J’aperçois enfin le ciel bleu et un peu de soleil. Cela commençait à me manquer. J’emprunte à nouveau une superbe piste cyclable pour sortir de la ville, longer la route principale n°80 qui mène à Fauske et contourner cet immense fjord en plongeant vers le sud.

J’emprunte alors une magnifique petite route déserte.

Je suis en pleine la campagne. Quelques moutons paissent dans les prés. Les foins sèchent sur des armatures en bois. Les oiseaux chantent. La mer est au loin. Les montagnes enneigées en arrière-plan complètent ce tableau enchanteur. J’aimerais pouvoir circuler continuellement sur de telles routes. Mais je retrouve la route orange n°17 que je vais emprunter un moment. Celle-ci est en travaux. Heureusement, la circulation est calme en ce jeudi matin.

Peu après 10h30, je m’arrête dans le superbe hotel-restaurant dominant la baie. J’ai droit à un tarif cycliste pour déguster cette assiette de vafler (gauffres) accompagné de brunost (fromage brun de vache ou chèvre caramélisé et présenté ici en rouleau), de rømme (crème aigre) et de confiture de fraise, avec café à volonté. Je profite du Wi-Fi et de ce splendide cadre pour faire courir mes doigts, non pas sur les claviers d’un orgue, mais sur celui de ma tablette. Mais il me faut repartir.

Je suis au niveau du fjord, donc de la mer ! Je distingue, au loin à gauche, de l’autre côté du fjord que je viens de contourner, la ville de Bodø (53.000 habitants).

Finie la rigolade. Je vais devoir traverser l’île de Straumoya avec un massif qui culmine à 1.285 mètres. Quant à moi, je vais suivre la route et monter un col à plus de 500 mètres d’altitude donc 500 mètres de dénivelé positif. Avec ce ciel bleu de retour, le cadre est grandiose.

Je franchis deux ponts avant d’attaquer la grimpette. Des paroles me viennent à l’esprit. Elles m’occupent la tête pendant que j’avance tranquillement en moulinant.
J'embarque, de mes mots, les bons.
J'emmerde, avec force, les cons.
J'encaisse, pour L'Arche, les dons.
J'endure, de l'âme, les bas-fonds.
J'enrage de sortir de mes gongs.
J'emmagasine en force les ions.
J'enlace au vent le doux jonc.
J'enquille ce périple si long.
J'enchaine, sous le sun, les monts.
J'emporte fièrement mon nom.
J'enjambe, entre deux îles, des ponts.
J'enroule pour faire de beaux ronds.
J'enregistre, comme Vince, les sons.
J'engloutis mon bon Tipiak-thon.
J'enchante les mondes qui vont.

Arrivé sur un replat, je m’arrête pour aller voir de plus près cette superbe cascade de Valnesfossen de 60 mètres de hauteur. bas, elle doit être impressionnante !

Alors que je grimpe tranquillement, je croise quelques cyclotouristes. On se salue d’un petit signe de main. Un belge, à l’arrêt, me confirme qu’ils ont eu aussi du mauvais temps sur le continent. Cela me conforte dans mon idée d’avoir été au Lofoten. Une fois le col franchi, je bascule sur l’autre versant. Arrivé au pied du fjord, je me pose pour une pause pique-nique bien méritée.

Vers 14h, je reprends ma route vers le sud et le port d’Ørnes. Que c’est quand même agréable de rouler sous ce beau soleil. D’ailleurs, cela fait belle lurette que j’ai rangé ma veste d’hiver et mes jambières. A l’intersection de la route qui mène à l’île de Sandhornøy, je fais un nouvel arrêt dans un endroit charmant qui fait aussi motel pour y boire un café.

Je reprends ma route et longe ce fjord scintillant baigné par Râ. Par contre, la route est exigeante avec de longs faux-plats montants lorsqu’elle ne peut pas rester au niveau de la mer.

Au fond du fjord, je peux admirer le massif de Grytviktinden (746m) qui domine l’île de Sandhornøy.

Après avoir passé le village de Sundsfjord qui ferme ce fjord, j’attaque une grosse montée qui se termine par le passage sous un tunnel pour couper cette pointe. Celui-ci est praticable. Mais, comme tous ces tunnels, il ne faut surtout pas être claustrophobe !

A la sortie, j’admire le panorama qui se présente devant moi. Ces paysages sont vraiment superbes. Je ne m’en lasse pas. Par contre, ça se mérite. Je croise d’autres cyclos dont certains poussent leur vélo tellement les pentes sont rudes.

J’enchaîne par une nouvelle descente puis une autre montée avec passage sous tunnel avant de redescendre et, ainsi, couper la pointe d‘Inndyr où un port accueille des ferrys en provenance de Bodø. Cela aurait été moins fatigant. Mais, vu les conditions météo, je préfère crapahuter. D’autant plus que Dame Nature me gâte.

Par contre, de gros nuages noirs accrochent les sommets dont le plus élevé culmine à presque 1.000 mètres. Cela se gâte. J’espère que ça va tenir jusqu’à ce soir. Là, je vais direct dans le sombre. Je contourne par la droite avant d’attaquer une dernière montée et traverser le tunnel de Storvik d’une longueur de 3.8 kms. Celui-ci est en rénovation et est fermé la nuit. Quel boulot de bosser là-dedans la nuit ! Comme d’hab’, je m’arrête à l’entrée pour mettre mes bouchons d’oreille et fermer mon coupe-vent. A l’intérieur, la température tombe à 12°C.

A la sortie, le ciel est toujours aussi noir. Je m’arrête faire quelques emplettes à la supérette à l’entrée de Storvik puis me dirige vers le port que l’on aperçoit en bas à droite. Tout est fermé. Aucune possibilité de me mettre à l’abri au cas où. Finalement, je reviens vers le camping en face de la supérette. L’accueil est fermé.

Je repère un shelter où je pose HakaOne. Puis je vais me prendre une bonne douche chaude avant de filer dans la pièce commune pour diner et rédiger ces lignes bien au chaud. La température a chuté. Je vais essayer de dormir sous l’abri sinon je me rabattrai dans les toilettes.
Encore une magnifique journée avec, enfin, le retour du ciel bleu et du soleil. Pourvu que ça dure … Demain, je vais entamer un parcours entre mer et terre.
Résumé :
101kms, 6h15, 16,2km/h, 1.350D+ 1.350D-, beau temps, squat
