Finalement, j’ai donc passé la nuit dans les toilettes handicapé de la salle d’attente. En effet, les lumières sont restées allumées toute la nuit. Il n’y a pas d’interrupteur. Apparemment, d’après un allemand en attente du dernier ferry, ce serait justement pour que personne ne reste dormir et aille plutôt au camping à 3 kms ou dans les chambres d’hôte. Raté ! Même dans les toilettes, il n’y a pas d’interrupteur. Grimpé sur les toilettes, je démonte alors le globe et y insère des journaux trouvés dans la pièce commune. Cela atténue grandement la luminosité. Je peux dormir du sommeil du juste jusqu’à 6h30 du mat’.

Je profite de l’eau chaude pour me raser et d’un jet d’eau extérieur pour laver HakaOne et graisser sa chaîne. A 7h30, après avoir pris un copieux p’tit déj’, je repars sur la route n°17. Comme à chaque port, j’attaque par une belle montée pour me mettre en jambe. Ça pique un peu de bon matin. Une fois arrivé sur le plateau, je tourne à gauche en direction de Stokkvågen distant de 24 kms. Le ciel est à nouveau couvert et la température fraîche (14°C). Mais il ne pleut pas.

Après un démarrage corsé, je retrouve le bord de mer. Le paysage est à nouveau à couper le souffle.

De plus, le ciel bleu commence à percer. Et, cerise sur le pompon, le bitume de la route a été refait. Il n’y a personne pour l’abîmer. Je ne croise que quelques automobilistes matinaux en ce début de week-end. C’est royal.

Alors que je longe la côte à bonne allure, je passe devant l’île d’Aldra avec ces 3 sommets qui culmine à 774m à droite, 839m au centre et 810 mètres à gauche. Ils forment comme un tricorne. C’est magique.

Devant ce spectacle impressionnat, me viennent des paroles en tête en pensant à la chanson « Une super nana » de Michel JONASZ.
Et j'crawle dans l'pentothal.
J'pédale comme un animal
Entr' minéral et végétal.
Normal, suis un pur Dureau mâle !
Super Gaga
Super Gaga
Un super Gaga ...
Peu avant d’arriver au port de Stokkvågen, je m’arrête sur un promontoire pour faire un film de ce panorama incroyable avec, au loin, les ilôts de Onøya, Lurøy, Stigen et Aldra.

Peu après 9h, j’arrive au port. Un ferry à la gueule ouverte est en train de charger sa cargaison de véhicules. Cependant, sur les portiques qui permettent de se diriger vers le bon quai, je ne vois pas ma direction de Nesna. Celui-ci embarque pour l’île d’Onøya et celles de Sleneset et Lovund perdues en mer plus à l’ouest. Je demande à un des gars qui dirigent les véhicules. Il me dit que « The ferry to Nesna is delayed. You must waiting 8 hours. ». Gloups, le ciel me tombe sur la tête. Enfin, façon de parler. Je consulte mes cartes. Nesna est à 66kms. « Let’s go !« .
Et, justement, alors que viens de repartir et que je suis au milieu de la pampa, un gros orage éclate. En 5′, je suis trempé. Je tombe le coupe-vent et mes manchettes pour enfiler ma veste d’hiver et celle de pluie. C’est reparti mon kiki. J’attaque une grosse montée qui mène à 700m d’altitude ! Au bout de quinze minutes, l’orage est passé. En redescendant sur la côte, le ciel bleu refait son apparition. On dirait les giboulées de mars de mon passé. Je contourne à nouveau un fjord. Tout au fond se trouve le village de Nordsjona. Mais, hélas, je ne trouve toujours ni café, ni commerce depuis mon départ.

Finalement, je pousse jusqu’au croisement de la route n°17 et de la n°810 qui mène à Utskarpen. Un magasin Joker se trouve à l’intersection. Je m’y arrête pour acheter de quoi me faire un pique-nique. Il est 11h45. Le café-snack n’ouvre qu’à midi. Je sors dehors pour déjeuner sous un abri déjà occupé par un jeune couple de danois en mode bikepaking (comme tous les jeunes rencontrés !). Ils montent au Cap Nord. Je leur donne quelques conseils. Quant à eux, ils me conseillent vivement de m’arrêter en haut du col sur le parking donnant sur le fjord. Bien noté. Après avoir déjeuné de ma traditionnelle salade de patates accompagnée d’une part de pizza (il me faut des calories), je vais boire mon café et rédiger ces lignes. Il est 13h, l’heure de reprendre le taf et ma route n°17 et route vélo n°1 vers le port de Nesna, sis à l’entrée de ce fjord, à 30 bornes d’ici. Je quitte ce magasin installé au milieu de nulle part mais qui dépanne bien quand même.

J’attaque par une portion plate. De l’autre côté du fjord, j’aperçois ce massif granitique et désertique sur l’île d’Handnesøya. Le sommet culmine à 600 mètres en aplomb de la mer. Aucune végétation. Quelques habitations sont disséminées au pied de ce massif accessible par une petite route jaune relié à sa pointe ouest par un petit port. Il faut aimer la solitude.

Une fois l’échauffement terminé, j’attaque les choses sérieuses. La pente monte régulièrement à 7 ou 8%. Je suis tout à gauche et je mouline. A mi-pente, je domine un peu plus ce massif.

Après une belle partie de manivelle, j’arrive au sommet à presque 400 mètres d’altitude. Je redescends un peu avant d’arriver à ce fameux parking. La vue est effectivement exceptionnelle avec le massif en face …

… et la sortie du fjord à l’ouest, avec l’île d‘Hugla qui se trouve en face du port de Nesna.

Après avoir descendu les rochers escaladés pour profiter de cette splendide vue, j’ai, à nouveau, le bol de voir un arc-en-ciel qui se dessine au-dessus du fjord. Extraordinaire ! Je publie un nouveau story sur Instagram. Ces paysages sont vraiment de toute beauté. Je me régale les yeux. Même si c’est dur, l’effort est récompensé.

Après une belle descente piégeuse avec quelques épingles et sur route humide, je reviens dans la plaine. Je rattrape une femme d’un certain âge, pour ne pas dire d’un âge certain, sur un VAE. Elle est bridée à 25km/h. Je lui passe devant sur le faux-plat descendant. Malgré mon rythme soutenu, je suis toujours en éveil des surprises de Dame Nature. Et là, c’est le pompon ! En contrebas de la route, dans un champ en bordure de fjord, où des round ball blanc attendent d’être rentrés, j’aperçois deux formes marrons. Bingo !!! C’est un couple de caribous. Je pile et me pose pour les observer.

Cela faisait un bail. La femme à VAE me rattrape et s’arrête à ma hauteur. On tape la causette en regardant ce couple qui a l’air piégé par la route. Je les filme alors qu’ils tentent de la traverser sans succès. J’adore. Par contre, il faudra que je prévois d’acheter un petit appareil avec objectif. Celui de mon téléphone est quand même limité.

Après cet intermède animalier, je file vers le port. L’embarquement a commencé. Avec un motard, nous rentrons en premier. J’ai oublié de préciser que ces ferries sont gratuits (au moins pour les deux-roues). Puis, après une courte traversée, nous sortons également les premiers dans le petit port de Levang. J’hésite à me poser maintenant. Je me dirige vers la waiting room beaucoup moins accueillante que celle d’hier. De plus, un panneau indique clairement « Closed at night« . Cette fois-ci le message est clair.

Je consulte ma carte. La prochaine ville est Sandnessjøen, sur l’île d’Alsta, distante d’une trentaine de bornes et accessible par un pont. Cela fait un peu loin. Par contre, je repère une bourgade, Leland, à mi-chemin de l’autre côté de cette pointe. Je décide d’y aller. Comme cela, je vais grimper, à chaud, la bosse ce soir. Je contourne le massif enneigé du mont Lihauet à 848 mètres. Puis je replonge vers un nouveau fjord le long duquel se trouve cette bourgade. J’en fais le tour à la recherche d’un coin où me poser. Pas évident d’autant plus que le crachin refait son apparition.

Finalement, je repère un espace toilette/wc le long d’un parking pour les bus. Il est accessible. Ce sera à nouveau parfait pour dormir au chaud et au sec. Je vais finir par sortir un guide des toilettes norvégiennes pour routard ! En attendant, je vais me poser au chaud dans un snack pour y boire un café en attendant d’aller squatter ma chambre. J’ai également oublié de préciser que le café, payé assez cher (3€ environ) est à volonté. Il suffit d’aller se resservir à la cafetière à disposition.
Hé bé ! Quelle magnifique journée à nouveau. Entre ces paysages superbes, ces averses intempestives, ce dénivelé impressionnant, ces 4 passages sous tunnel (6 kms) et ce couple de caribous, j’ai encore été gâté par Dame Nature. Merci ! Que ce pays est beau !!!
Résumé :
105kms + 10kms ferry, 6h18, 16,7km/h, 1.160D+ 1.160D-, nuageux avec averses, squat
