Réveillé à 5h30 par les rayons du soleil, je me rendors jusqu’à mon alarme de 7h. La nuit a été hachée par des réveils douloureux dès que je fais un mauvais mouvement m’envoyant une décharge en bas du dos. A 7h, j’émerge sous les derniers rayons de soleil. Les nuages ont repris possession du ciel. Cela faisait un bail. Par contre, la lumière est superbe pour immortaliser à nouveau ce décor de rêve.

D’ailleurs, alors que je prends mon p’tit déj’ avec terrasse en bord de mer, une marcheuse matinale m’aborde. Avec sa tenue rose fluo et sa svelte silhouette, elle parait aussi jeune et dynamique que moi. Elle me questionne sur mon parcours et me dit son admiration. Avant de me laisser, elle me confie également que cet endroit est son préféré de tous les environs. Je suis bien d’accord avec elle. Pour mon dernier bivouac d’une très longue série, je suis gâté. On se salue avant que chacun ne reprenne son chemin. Il est 8h, l’heure de reprendre la route en ce 61è jour de périple, mon année de naissance et l’anniversaire posthume de ma maman née un 10 août 1937.

A propos de coïncidence, je viens de finir mon sachet de thé noir à la bergamote acheté en partant. De plus, je casse la capsule en plastique de ma bouteille de gaz qui est également en fin de vie. Hier soir, j’ai terminé mon sachet de Tipiak que j’avais gardé en réserve de la République au cas où. Il a finalement servi vu que je me suis arrêté sans avoir prévu de victuaille. Tout ceci sent la fin. Même la météo est de la partie. Quelques gouttes de larme tombent du ciel. Je quitte cet endroit qui, d’après les indications sur un des bâtiments, est une « Ecole populaire en bord de mer » (Folkhögskolan vid havet) avec son manoir qui la domine. Peut-être un centre aéré ?
Je repars sur ma petite route d’hier en remontant au nord vers Vagnhärad. J’emprunte à présent la route jaune n°218 support de l’itinéraire cyclable « SverigeLeden« . A une intersection, je me pose pour prendre cette photo d’une entrée de piste cyclable avant cette bourgade. Je continue tout droit, traverse cette bourgade et file à l’ouest vers l’autoroute E4. Donc vent dans le nez. Bizarre. Je regarde ma carte. J’ai zappé de tourner à droite à l’endroit de ma photo. Demi-tour.

Je retrouve la bonne route jaune n°800. Il n’y a personne dessus. Ce devait être l’ancienne route avant que l’autoroute parallèle ne draine toute la circulation. Tant mieux. Je navigue à nouveau sur des collines enchaînant de longs faux-plats montant puis descendant. Et toujours entre lacs à l’ouest et fjords à l’est. Dans ces cultures céréalières fraichement coupées, des oies sauvages se gavent.
Je me fais aussi ma plus grosse frayeur du voyage. En effet, je longe un champ dans lequel je remarque un jeune sur son tracteur allant à toute berzingue pour l’aplanir. Quelques kms plus loin, alors que j’arrive en haut d’un raidard, je vois dans mon rétro ce tracteur qui arrive à toute vitesse. Il ne va quand même pas me doubler sans aucune visibilité. Mais si. Une voiture déboule en face. On ne passera pas à trois. Je freine à mort en empiétant sur le bas-côté. Les deux véhicules se frôlent. C’est passé vraiment juste. A trois, j’étais mort.

Puis ma route secondaire se rapproche de l’autoroute. La grande ville de Södertälje approche. L’heure de ma pause-café également. Cette commune cumule plus de 100.000 habitants avec un grand site Scania, l’ancien sponsor du SCO d’Angers mon club de cœur, qui emploie plus de 15.000 personnes. Il y a également un centre de production AstraZeneca employant près de 5.000 personnes. D’ailleurs, cette ville est en plein chantier. Il y a des travaux partout. Heureusement que des itinéraires bis cyclables sont fléchés.

Je m’arrête en plein centre pour y boire un Americano et un appétissant Kanelbulle. Je profite du wifi pour me renseigner pour mon carton : le 1er magasin est définitivement fermé, le second ne fait que de la réparation.

Je traverse ensuite une banlieue pavillonnaire en suivant la voie ferrée. Arrivé dans la cité ouvrière de Rönninge, je repaire une Coop. Je m’y dirige. Mais, juste à côté, il y a un bistrot dont beaucoup de tables sont occupées. C’est bon signe. Je regarde la carte. C’est parfait. C’est un restau-ouvrier comme je les aime. Un plat au choix à 135 SEK (12,38€) avec entrée, café et dessert en libre-service. Ce sera une escalope de poulet et des pommes de terre à la sauce oseille.

J’en profite pour recharger mes batteries avant de rejoindre Stockholm à 35 kms d’ici. Les villes banlieusardes sans charme s’enchaînent : Tumba, Tullinge, Huddinge. J’emprunte un vaste réseau de pistes cyclables. Je ne me pose pas de question. Je suis ma trace.

Puis j’entre dans la périphérie de Stockholm. La circulation s’est sacrément intensifiée. Sur le bord du périphérique, je remarque une entreprise nommée De Laval, ville d’où est originaire ma belle-sœur, sa maman et mes neveux que je vais retrouver à Ampus. Drôle de clin d’oeil !

De temps en temps, des travaux de voirie me contraignent à changer de trace. Heureusement, je n’ai qu’à suivre les déviations cyclistes fléchées en rouge. On ne peut pas les manquer. J’entre dans la banlieue de Stockholm. Mon GPS m’indique encore 10 bornes. Je n’en vois pas le bout.

De plus, je passe en plein centre-ville. Il y a des piétons, des cyclistes et des trottinettistes partout ! Je redouble d’attention. Heureusement, les automobilistes respectent vraiment les modes actifs. D’ailleurs, contrairement à la France, les STOP sont placés avant le passage de la piste cyclable. Ce qui fait que les automobilistes ne bloquent pas, ou ne forcent pas, le passage. Je finis par arriver à destination. Je suis lessivé ! Je descends les sacoches dans cette auberge de jeunesse, nommée fort à propos « Nomad Gärdet« , après avoir attaché HakaOne à côté d’un compagnon. Je récupère mon lit du dessus dans ma chambrée de six.

Puis, après m’être rasé puis douché, je file dans le bar le plus proche afin de planifier la suite. Comme le plan Märsta (ville la plus proche de l’aéroport) est râpé, je recherche, sur les conseils du vélociste, dans la ville d’Upplands Väsby un peu plus au sud. J’essaie donc de joindre le magasin CykelHuset (La maison du Vélo) dans le centre de cette ville. Mais il n’est pas facile de correspondre lorsque vous tombez sur un répondeur en suédois. Je me fais aider par le jeune barman. Finalement, j’arrive à joindre l’accueil. Ils ont des cartons en stock. Je n’aurais qu’à passer. J’espère qu’il ne va pas me faire le coup du patron de Culture Vélo de Blagnac comme à l’aller. Je réserve ensuite un hébergement dans cette ville pour la nuit de mercredi à jeudi. Puis je charge l’appli SL et réserve également un billet de train entre la gare de Stockholm Odenplan, distante de 5 kms de mon hébergement, et celle d‘Upplands Väsby. En effet, la gare principale de Stockholm City n’accepterait pas, selon ChatGpt, l’embarquement des vélos. Dans les autres gares, ils sont acceptés gratuitement mais en dehors des heures de pointe. Quand je vous dis que ce n’est pas simple, cette problématique du vélo à embarquer. Ensuite, il faudra que je me débrouille pour conditionner le vélo puis trouver un moyen de transport pour aller à l’aéroport. Mais ça, c’est pour mercredi. Une fois tout cela bouclé, je n’ai plus qu’à trinquer à ma santé. Je l’ai bien mérité !

Cela faisait un moment que j’en rêvais de cette bière. Je dois dire que, pendant ce périple, j’ai été fort raisonnable. Il faut dire que les conditions météo ne m’ont pas poussé à la conso. Et puis, quand il faisait beau, je faisais souvent mes emplettes très tôt. Et boire une bière chaude … En parlant d’emplette, je traverse cet immense parc pour aller à l’ICA du coin. J’y achète un wrap que je mangerai dans ce parc en regardant le coucher de soleil et tous ces sportifs du soir.

Et bien voilà, c’est presque fini. Demain, j’irai me balader dans Stockholm. Puis mercredi, ce sera journée carton. Et jeudi, journée départ. La nostalgie de mes longues journées de vadrouille à vélo et mes soirées de bivouac commence déjà à pointer.
Résumé :
91kms, 5h19, 17,1km/h, 670D+ 660D-, nuageux / beau temps, hôtel
