J53 – lundi 20/7 – Brockdorf(DE)/Sieverbüll(DE)

J’avais bien intuité de me trouver un abri en dur pour la nuit. En effet, l’orage qui menaçait a éclaté cette nuit. Je me réveille aux aurores sous un ciel gris qui pleure encore sa misère. Et oui, il pleuviote mais je ne sors que mon ciré. Je déjeune tranquillou sur ma table et, à 7h30, je suis déjà « on the road again, again » comme le chante B. Lavilliers. La pluie s’est arrêtée. Je reprends la trace des pistes cyclables le long de la digue mais j’ai du mal à me mettre dedans. Je suis mou du genou. De plus, le vent du nord commence à se lever lui aussi. Il faut dire que les paysages et la météo ne prêtent pas à l’euphorie non plus.

Ce n’est qu’un enchaînement d’usines et de centrales. Heureusement, j’ai les moutons qui me font le spectacle et, de temps en temps, j’aperçois encore de sublime chaumière en bord de chemin.

Lorsque la piste bifurque pour éviter une usine et longer la route, je suis encore ébahi de la considération donnée aux cyclistes et aux piétons. Même lorsqu’il y a des travaux, une signalétique et une déviation est mise en place pour les sécuriser. Même du bitume a été déposé pour faciliter le passage !

Encore des leçons à tirer pour chez nous. A ce sujet, cela me rappelle une anecdote frappante, si je puis dire, du peu de considération de nos élu.es pour ces modes de déplacement malgré les beaux discours de façade. A Blagnac, une petite rue, la rue des Sœurs, descendant de la route de Grenade, axe traversant, pour rejoindre le centre historique est resté en travaux très longtemps. En janvier, elle a été réouverte aux automobilistes dans les 2 sens, malgré son étroitesse avec des places de stationnement disséminées à droite et à gauche. Pour les piétons et les cyclistes, c’est hyper dangereux. Si Ecosol avaient pris les commandes, nous n’aurions fait qu’un sens de circulation avec élargissement des trottoirs. Mais, sur le trottoir hyper étroit, de la signalétique avec des plots noirs au sol a été laissé pendant un long moment. Un matin, alors que Kevin, travailleur handicapé de l’Arche, se rendait au travail à pied après avoir pris le tram. Il a heurté un de ces plots au sol sans signalisation dessus, est tombé sur le genou et a récolté 2 semaines d’arrêt de travail. Histoire véridique et vérifiable.

J’arrive à Brünsbüttel et j’emprunte à nouveau un traversier qui permet de franchir le Canal de Kiel (Nord Ostsee Kanal) qui traverse tout ce Land pour rejoindre Kiel au Nord Est et rejoindre la mer Baltique. Ce canal fêtera d’ailleurs ces 125 ans en juin 2021.

Arrivé de l’autre côté, je traverse le centre et m’arrête prendre un expresso, cela me changera des grands cafés noirs allemands, dans une pizzéria-glacier italien ouvert de bon matin. J’espère que cela me donnera aussi du tonus pour repartir. En plus de cela, lorsque je ressors de là, le soleil et des trouées de ciel bleu ont fait leur apparition. Que du bonheur !

Je reprends la digue. Le trafic maritime est toujours aussi intense.

Le vent aussi. Et ce sera comme cela toute la journée. Je comprends pourquoi ont été implantés d’immenses champs d’éolienne (et de choux-fleurs aussi) dans toute cette région.

Arrivé à Friedrichskoog, je m’arrête pour faire des courses. En sortant de la supérette, je repère un charcutier-bistrot qui propose des plats du jour pas cher du tout. Je prends celui de lundi. Il s’agit de polenta aux raisins, d’un morceau de lard de cochon accompagné d’une sauce à la cerise. Parfait. J’adore le mélange sacré-sulé. Je me régale.

Comme d’hab’, je ramène mon assiette bien propre. J’ai horreur de jeter la bouffe. Certainement mon éducation où les fins de mois étaient parfois compliquées et il ne fallait pas gâcher surtout avec 3 autres morfales à côté de moi. Ma mère avait d’ailleurs le don d’accommoder les restes. Et là, je vois qu’un autre client a laissé les 3/4 de sa polenta. Allez où, j’ai besoin de calories. J’embarque l’assiette en faisant un clin d’œil à une des serveuses et m’enfile une 2è portion.

En sortant de la ville, je me fais une pause digestive avec un café et une pâtisserie maison devant la mer de Wadden où les kite-surfers locaux s’en donnent à cœur joie.

Coté sud
Côté nord

Je repars avec le vent toujours aussi présent. J’ai l’impression d’être dans le Lauragais avec un bon vent d’Autan. J’oscille entre 15 et 17km/h. De temps en temps, je me mets en position triathlète, courbé sur ma machine avec les 2 mains sur ma sacoche centrale. Je finis par arriver à Büsum de l’autre côté du golfe. Je me balade dans cette station balnéaire hyper fréquentée. Le vieux-centre est très sympa avec ses rues piétonnes et ses vieilles bâtisse.

Par contre, en me dirigeant vers le port, cela devient peuplé.

Et que dire de la « plage » … Il y en a même qui se baigne avec ce vent glacé et l’eau qui ne doit pas être bien chaude, il faut oser !

Mais je dois avouer que, bien qu’aimant l’Homme, je déteste l’hommelette (alors celle-ci, je la fais breveter comme celle de la mère Poularde au Mt-St-Michel !), ce gloubi-boulga (pour les djeunes, cf Google mon ami) d’humains qui baffre, tchatche, picole, se déplace en troupeau, s’agglutine dans des campings immenses où s’enchevêtrent mobil-homes, camping-cars et caravanes. Je déteste !!! D’ailleurs, j’ai toujours fui les bandes. Plus jeune, j’avais horreur d’aller en boîte de nuit. A partir de 3 ou 4 personnes, l’Homme en meute redevient un véritable sauvage.

Je fuis l’endroit et me retrouve ma digue et mes moutons. J’assiste d’ailleurs à une scène que n’aurait pas renié Brassens : « Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics, bancs publics, … ».

Je vous laisse les amoureux et reprends le vent dans le pif. A un moment, je repère un couple à VAE pas très loin devant moi que je finis par rattraper. Je prends les roues pour m’abriter et leur fais signe « OK » en disant « Gut ! ». Le vieux s’écarte, baragouine quelque chose à sa femme. Elle ralentit et je suis obligé de passer devant. Ils se mettent à 10m derrière moi. Au bout d’un moment, je finis par baisser le rythme. Ils me repassent devant. Je reprends la roue … et ils s’arrêtent 100m plus loin. Suis vénère ! Certainement dès camping-caristes qui sortent leurs supers VAE pliants pour faire leur petite balade. Je n’ai plus qu’à poursuivre mon effort solitaire.

Je pense avoir un traversier à prendre pour franchir l’Eider mais c’est un pont-levis qui permet de franchir cet obstacle.

J’aimerais arriver à St-Peter Ording pour ce soir mais j’en bave. J’ai envie d’une bonne bière avant de me poser et je trouve mon bonheur en bordure de route dans une charmante chaumière.

Par contre, l’accueil n’est pas des plus sympathiques. A peine arrivé, le proprio me dit qu’il ferme dans 20’. Je commande une bière (sans verre !) et une belle part de gâteaux que je déguste tranquillement dans un décor charmant.

Pour la wifi, je repasserai. Malgré un réseau détecté au nom du restau, le patron me dit qu’il n’y en a pas. Ils ouvrent de 13h à 18h et ne doivent pas avoir besoin de trop bosser vu la baraque et la belle caisse garée devant. Je me casse. Par contre, j’ai bien peur que cette ville de St-Peter soit le pendant de Büsum et je décide donc de tailler à travers champs pour aller directement au nord de ce bec. Mais pas évident de trouver un bivouac.

A ce sujet, je vais vous faire l’inventaire de ma sacoche arrière gauche « ma chambre à coucher » :

  • Sac de couchage Forclaz 985g Ultralight allant jusqu’à -5°C
  • Sac à viande 100g
  • Matelas gonflable Forclaz Air 550g
  • Paire de pantoufle piscine
  • Bâche de protection « Rose » du vélo
  • Antivols avant et câbles+cadenas pour sacoches
  • Livres papier
  • Pantalon+tee-shirt+veste Uniqlo que j’ai à porter de main dès que je m’arrête le soir pour ne pas prendre froid

Je suis en effet dans le Parc National de la mer de Wadden et il est interdit de camper. D’ailleurs, après avoir repéré un endroit sympa dans un petit port et demandé à une habitante si je pouvais planter ma tente, elle me fait bien comprendre que c’est « Verboten ! ». Je continue en longeant la digue et finis par trouver un endroit possible. Je me change, dîne, pianote cet article avant de planter la tente vers 21h00 après que les quelques cyclistes et promeneurs soient rentrés chez eux. Par contre, il va falloir que je fasse gaffe si je me lève cette nuit pour aller pisser !

Je vais admirer le coucher de soleil et ce sera la fin d’une longue journée bien ventée et harassante avec 7h de vélo. J’ai les deltoïdes en compote et aurais bien besoin d’un bon massage.

Résumé : 115kms, 7h00, 16.3km/h, bivouac

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