J6 – dimanche 17 avril – Valbiska / Karlobag

Au lever du jour, le vent s’est remis à souffler fort. Cette fois-ci, je ne me suis pas rendormi. A 7h00, j’avais déjà rangé mon barda et attaqué les 800m de mauvais chemin pour remonter sur la route principale. Puis redescendre au ferry afin d’embarquer à 7h45 en direction de l’île de Rab. Le soleil n’a pas encore percé et le froid pique en ce dimanche matin. J’achète mon ticket et file me boire un café bien chaux accompagné d’un cheese-cake en attendant le départ du ferry.

Dans ce café trône un vieux vélo aménagé en comptoir. Cela me donne des idées pour de futures réhabilitations. En effet, je continue à entretenir le parc de vélos de l’Arche ainsi que de redonner vie à de vieux vélos. Depuis la fin de mon dernier périple autour de la péninsule ibérique et de la botte italienne, j’avais terminé mon mécénat de compétence à L’Arche-en-Pays-Toulousain puis rendu mon tablier fin septembre de chez AtoS. Le 1er octobre 2021, j’étais un tout jeune retraité après avoir fêté mes 60 piges le 20 septembre.

Je suis ensuite parti 3 semaines à Montréal voir le fiston. Nous en avons profité pour faire un road-trip de Montréal aux chutes du Niagara en passant par les Laurentides à bord d’une grosse Chevrolet. A mon retour, le choc fût d’autant plus rude qu’il me fallait m’inventer une nouvelle vie. J’ai essayé de mettre en place une nouvelle « routine » pour occuper mes désormais longues journées.

Avant
Après

En voici la trame. Lundi : course à pied, atelier vélo. Mardi : sortie vélo. Mercredi : maraîchage à l’Arche en tant que bénévole. Jeudi : sortie vélo TGV. Vendredi : course à pied, atelier vélo. Samedi : course à pied. Dimanche : sortie vélo. Tout cela en fonction de mes envies et de la météo (sauf pour le mercredi). Je continue également mes activités politiques en écrivant des articles pour notre gazette « L’hirondelle déchaînée » et en m’impliquant toujours pour la promotion des déplacements alternatifs. Sans oublier, ma lecture quotidienne de l’Equipe et parfois de Libé pour me tenir informé de l’actualité. Donc un programme bien chargé.

Revenant à nos moutons qui surfent sur les vagues de l’Adriatique. Ça tape sec mais le ferry, dans lequel n’ont embarqué qu’une dizaine de voitures et un couple de randonneurs, trace sa route vers Lopar sur l’île de Rab. Je tente une sortie pour prendre une photo de l’extérieur mais ça souffle vraiment très fort. Je n’aimerais pas être ni sur un voilier, ni sur un bateau de pêche par ce temps.

Je traverse cette île d’une vingtaine de kms en suivant l’unique route pour me rendre à Misnjak et prendre un nouveau ferry vers Jablanac et le continent. En débarquant dans le mistral, cela m’y fait penser vu que c’est vent glacial qui vient du nord, j’aperçois l’île de Crès et au loin Krk.

En ce dimanche matin, il n’y a pas grand monde sur cette joli route vallonnée qui traverse l’île de part en part. A part des oliveraies, quelques cultures, l’élevage de moutons, j’imagine que la ressource principale de ces îles est le tourisme. D’ailleurs, il y a énormément d’apartemani à louer.

Je rejoins l’embarcadère alors qu’un ferry s’apprête à faire la courte traversée de 30’ pour le continent. Une nombreuse file de voitures attend. Je double ! J’arrive à Stinica dans la tempête. Il me faut remonter la montagne pour rejoindre la route D8 qui longe la côte. Et là, je vais vivre, non pas l’Enfer du Nord du Paris-Roubaix qui se court ce jour, mais l’Enfer du Sud. Je fais un détour par Krivaca en espérant trouver un bar ou un commerce. A part des voitures slovènes, il n’y a personne dans ce hameau. Rien que pour arriver là, je galère comme un malade. Des rafales m’obligent à descendre du vélo et à le pousser.

Et il me faut encore remonter cette route en lacet. Un coup je prends le vent dans le dos et je monte à 30km/h sur le plat, un coup sur le côté et je pars dans le décor , un coup dans le nez et je n’avance plus ! Et à un moment donné, je me prends une telle rafale que le bonhomme et tout son barda se retrouve le cul par terre. 100kgs balayés comme une plume ! Je m’en tire avec quelques égratignures et une belle frayeur. Dame Nature est irrésistible.

Je finis par rejoindre la D8 qui n’est, heureusement, que très peu fréquentée. J’avance cahin-caha. Je croise des motards qui n’en mènent pas large non plus, roulant à faible allure, une jambe sortie pour équilibrer leur machine. Par contre, le paysage est grandiose. D’un côté l’aridité de la montagne, de l’autre la mer en furie toute blanche d’écume et au loin les îles désertiques.

Ça souffle tellement fort que je décide de descendre sur la côte à Prizna et de prendre le ferry pour aller sur l’île de Pag en espérant que le vent sera moins impétueux. Après une longue descente de 3 kms bien pendue et ventue, j’arrive à destination. Mauvaise pioche. Le ferry est à l’arrêt à cause de la tempête. Et les rares magasins sont fermés. Il commence à faire faim avec mon seul cheese-cake et une barre de céréales dans le ventre. Je ne sais pas trop si je prends le risque d’attendre la remise en service du ferry ou celui de remonter la côte en plein zef ? Je suis dans l’impasse. Mais, comme souvent, tout se fera. En effet, un homme arrive et me demande en anglais si je suis au courant pour le ferry. A son accent, je reconnais un concitoyen; je dirais même un briochin.

C’est le 1er français que je croise depuis ma rencontre avec Quentin. Je lui explique le peu que je sais. On discute quelques minutes et me dit qu’il m’aurait bien chargé mais que cela s’avère compliqué. No problem. Finalement, il revient et me propose que l’on essaie au début même. C’est une famille avec 3 ados originaire de St-Brieux qui passe ses vacances de Pâques en Croatie. Finalement, en poussant les sacs et les jeunes, on arrive à rentrer mon destrier ! Il me remonte sur la D8 après que sa charmante femme m’a offert un morceau de quiche et une pomme. Trop sympa. Ils voulaient même me déposer vers Zadar où ils ont réservé un gîte mais nous sommes quand même un peu à l’étroit.

Je reprends ma route pour m’arrêter déjeuner à Karlobag. Je n’avance pas. Je décide de mettre le clignotant à gauche et de m’arrêter là. C’est vraiment trop dangereux (surtout après avoir picolé 0,5l de bière !).

Cevapi u Ispinji

J’ai trouvé une chambre dans le village. Je vais pouvoir prendre une bonne douche et soigner mes égratignures. Je sors donc du restau. Je prends des petites rues abritées du vent puis rejoins la route en front de mer qui tourne à angle gauche (?) devant une églisette (petite église) avant de prendre une rue sur la gauche pour trouver la maison à 500m. Et là, je me prends une méchante rafale qui me couche littéralement sur la route !!! Heureusement, la voiture derrière moi m’évite et s’arrête pour prendre des nouvelles. Tout va bien, je vais bien … sauf le coude droit qui a tapé mais rien de cassé. C’est vraiment hallucinant. Je finis en poussant mon vélo.

L’appartement se trouve au 1er étage d’une grande maison individuelle. L’accueil est chaleureux. J’ai même droit à de petites pâtisseries locales en guide de bienvenue. Et la venue sur la mer est sympatoche aussi ! Allez une douche bien chaude et ça ira mieux demain … Mais quelle journée de Pâques … je me suis bien fait sonner les clôches !!!

Résumé : 50kms, 3h35, 14km/h, beau mais tempête, bivouac

2 commentaires sur « J6 – dimanche 17 avril – Valbiska / Karlobag »

  1. Bien sûr, si l’on ne se fonde
    Que sur ce qui saute aux yeux,
    Le vent semble une brut’ raffolant de nuire à tout l’monde…
    Mais une attention profonde
    Prouv’ que c’est chez les fâcheux
    Qu’il préfèr’ choisir les victim’s de ses petits jeux!

    Bonne route.

    J’aime

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