J54 – samedi 4 juin – Panorama / Yapildak (TR)

L’horloge biologique est bien réglée. A 6h du mat’, je m’éveille après une belle nuit bercée par le souffle du vent. Ce matin, le p’tit déj’ sera frugal (thé, gâteau sec, yaourt). Je n’ai pas trouvé grand chose hier dans les 2 petits supermarchés et mon frigo est à nouveau vide. Peu après 7h, je quitte le Panorama des lidos et du cabot.

Cet endroit doit être fréquenté par la jeunesse d’Alexandroupoli qui est à une dizaine de kms d’ici. D’ailleurs, c’est là que je me rends. En y arrivant, je passe devant l’Université de Médecine et celle des Sciences. Comme d’habitude, je longe au maximum le front de mer pour éviter de rentrer dans cette grande ville portuaire qui dessert l’île de Samothrace et qui a aussi son aéroport. Le vent est de nouveau de la partie … et la chaleur aussi. Je m’arrête dans un Super Market pour refaire le plein. J’attache mon vélo pour ne pas connaître la même mésaventure que le jeune tahitien croisé à Thessaloniki. Puis je reprends la direction de la frontière. Avant de rentrer dans les terres, j’immortalise le dernier bout de mer que je verrais en Grèce.

Je retrouve la route EO2 qui m’emmène vers la frontière. Dès que je peux, je bifurque sur de petites routes campagnardes. C’est ainsi que, en milieu de matinée, j’arrive au bourg de Loutros. Sur ma carte Maps.me, aucun café n’est indiqué. C’est assez étonnant. En demandant, je finis par le trouver et commander mon dernier café frappé grec. La TV est allumée et mobilise les clients. Apparemment, cela parle du prix de l’essence. Actuellement, le diésel est en moyenne à 1,80€, le super lui est à 2,20€. Évidemment, beaucoup roule au diésel, notamment les nombreux possesseurs de pickups. Il semblerait que les prix vont augmenter et cela fait jaser …

… excepté ce vieux monsieur qui a l’air bien dubitatif devant son café. A quoi pense-t’il ? Sa femme l’attend-t-elle à la maison ? Est-il veuf ? Finirais-je comme lui seul et dubitatif ? Je ne sais. Ce que je sais, c’est qu’il y a des cons partout. Quand le diésel sera trop cher, peut-être rentrera-t’il avec son pickup dans le bar pour ne pas trop gaspiller ?

Je repars sur ma petite route de campagne où je ne croise à nouveau personne. Uniquement un jeune pâtre grec à la barbe noire bien fournie. Il chemin sur la route avec son troupeau de moutons. Je m’arrête pour le laisser passer. Il me regarde et me demande « Gallos ? ». C’est bien le premier qui ne me prend pas pour un allemand ! A chaque fois, j’y ai droit « Deutch ? ». Franchement, avec mon mètre 75 tassé, mes 68 kgs tout mouillés, mes cheveux poivre et sel, est-ce que j’ai la gueule d’un allemand ? Ce qui est étonnant avec mon pâtre grec, c’est qu’il se balade avec des bottes blanches comme celles portées dans toutes les entreprises alimentaires. Il doit avoir les orteils qui baignent avec cette chaleur ? Je n’ose pas lui demander de lui tirer le portrait et continue ma route.

C’est à nouveau le no man’s land. Quelques hameaux déserts. Je finis par retrouver la route EO2 à Ardani. Je file jusqu’à Peplos, dernier village avant la frontière, où j’ai repéré une taverna. J’y arrive après un beau tape-cul à grimper. Manque de bol, le patron me dit qu’il est fermé mais m’en indique une à la sortie du village. Je m’y rends et y déjeune de souvlakis accompagnés d’une salade de tsatsiki … et de ma dernière Bertina. Tout cela pour 8€.

Je trouve un endroit à l’ombre pour siester avant de traverser la frontière. Avant cela, j’immortalise ma dernière église orthodoxe; l’église orthodoxe que je tiens à remercier pour l’accueil de leur auvent et leurs points d’eau les bienvenus. Je bois également un dernier Hellenik cafe.

Puis je descends, avec une grosse pointe de nostalgie, vers la frontière gréco-turque. Cette frontière est délimitée par le fleuve Maritsa/Evros/Meriç (?). De part en part de ce fleuve, d’immenses marécages difficilement franchissables.

Il est 15h30 lorsque je rentre en Turquie après avoir grillé toute la file de voitures qui patientaient sous le cagnard (35°c à l’ombre !). Notamment deux véhicules aménagés, immatriculés en Slovaquie, dont les couples n’avaient pas l’air content. J’ai pas la clim’ à bord ! En plus, avec mon vélo, cela ne prend que 30’’.

Me voilà de retour en Turquie. Après une semaine à Atanlya il y a 22 ans, alors que Titouan n’avait même pas un an (son 1er voyage à l’étranger). Puis une semaine à Istanbul, toujours avec Titouan, pour passer les Fêtes de fin d’année 2016 ensemble, avant qu’il ne parte faire ses études à Montréal. J’attaque donc par la route D110 qui mène justement à Istanbul à 220 kilomètres à l’est. Je suis impressionné par la file de camions stationnés sur le côté droit de la route. C’est une file ininterrompue depuis la frontière pratiquement jusqu’en haut de la côté d’Ipsala, la première ville turque. Soit presque 6 kms ! Je ne sais si les routiers vont attendre lundi pour passer mais je leur souhaite bien du courage et de la patience.

Quant à moi, je bifurque à droite en haute de cette côte pour éviter de prendre cet axe principal. Au départ, cela part plutôt bien avec une route bitumée, certes en mauvais état, mais bitumée. Et cela se complique rapidement après quelques kms et avoir passé le 1er village de Kumdere. D’ailleurs, le choc est rude entre le contraste de mes lidos chicos de ce matin et la pauvreté de ce village rural. J’emprunte donc une piste à gauche.

Je me retrouve vite à devoir circuler sur ce chemin carrossable, des camions y passent, au milieu de prairies immenses où paissent des troupeaux de vaches et de moutons surveillés par leur pâtre. Je surprends même une colonie de cigognes qui s’envolent à mon approche.

Les pâtres turcs sont aussi très surpris de me voir débarquer au milieu de nulle part. Je les salue d’un geste amical qu’ils me retournent. Au second village, je m’arrête pour immortaliser ma première mosquée et aussi trouver de l’eau. Je suis à sec et, entre le vent, la chaleur et l’effort, je n’ai pas intérêt à me déshydrater. Je demande à l’homme au tee-shirt bleu qui arrive en bas à droite de la photo.

En lui montrant ma gourde, je lui indique mon besoin vital. Il me fait signe à droite derrière la mosquée. Un gamin à vélo arrive. Le vieux l’interpelle et lui demande de m’indiquer. Comme dans les églises orthodoxes, il y a un robinet d’eau disponible (sans parler de ceux pour les ablutions). Je remplis mes gourdes et « discutent » avec le jeune et son pote qui l’a rejoint (pote qui conduit son vétuste VTT avec un demi-guidon … j’aurais du boulot de réfection). Je leur montre sur ma carte d’où je viens et où je vais. Je leur détaille aussi mon système de panneau solaire pour recharger mes batteries et mes appareils. Ils semblent impressionnés.

Je les laisse car il me faut trouver un bivouac pour la soirée. Je ne pourrais évidemment pas rejoindre le bord de mer mais je repère des forêts au loin. Je passe donc le village de Yapildak et, à la sortie en haut d’un promontoire, une forêt de pin mais clôturée. Zut ! J’en fais le tour. Il y a un portail vu qu’il s’agit du cimetière musulman du village. Je rentre et, tout au fond, je trouve en emplacement qui ne gênera personne, ni mes voisins, ni leurs familles. Tout du moins, je l’espère. Je me pose après cette nouvelle longue et belle journée, certes mélancolique, mais cela fait aussi partie du voyage.

Pendant que je dîne, j’ai de la visite. Ma petite mascotte vient me saluer alors que je vais passer demain matin la barre des 5.000kms depuis Venise. Comme quoi, qui veut aller loin ménage sa monture …

Résumé : 90kms, 6h00, 15km/h, chaud, bivouac

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