J27 – lundi 26 décembre – farniente VS handicap à Pattaya

Réveillé de bonne heure, je chausse mes runnings et je pars explorer le coin. Je descends vers la plage à 300m de la résidence mais il est impossible de courir dans le coin. Je remonte et pars plutôt vers la pointe. Le centre-ville de Pattaya s’étend le long d’une immense baie. A son extrémité sud se trouve un promontoire rocheux qui ferme cette baie.

Forcément, il y a du dénivelé. Et comme cela fait un moment que je n’ai plus couru, le cardio s’affole un peu. Au bout d’une petite heure de crapahute, je rentre déjeuner à mon studio. Puis je rejoins Dédé qui m’emmène au rooftop où se trouve la piscine avec vue superbe sur l’océan et l’île de Koh Larn.

Nous restons un moment à discuter avec Dédé. Il se remémore son adolescence dans notre village de St-Clément-de-la-Place à côté d’Angers. Il me rappelle l’importance qu’a eu mon père à cette période de sa vie. En effet, Dédé était pour le moins turbulent au lycée et a fini par se faire virer en classe de 3è alors qu’il avait une classe d’avance. Mon grand-père lui avait alors proposé soit de partir en apprentissage, soit de reprendre l’école dans un autre lycée. Dédé décida d’arrêter les frais malgré de fortes aptitudes intellectuelles. Mon père, diéséliste de son état, lui proposa alors d’effectuer un stage dans son entreprise angevine (Guilleux) et de suivre des cours aux Compagnons du Devoir d’Angers où il enseignait également. Dédé accepta, bifurqua vers un boulot de magasinier puis embrassa la carrière de commercial pour finir Directeur Commercial chez un gros fournisseur de Total. Belle carrière pour un « sauvageon » comme disait JP Chevènement.

En évoquant ces souvenirs, j’ai bien sûr une grosse pensée pour mes oncles Jean-Maurice et Marc et ma chère tante Geneviève. Sans oublier ma maman, aînée de cette fratrie, qui gravite sur une autre planète depuis quelques années déjà dans son EHPAD lavallois.

Nous déjeunons ensemble avant de partir siester chacun dans son studio. Puis je monte au rooftop où je m’installe pour reprendre la lecture d’un blog retrouvé par hasard. Ce blog se nomme Extropied – Redonner de la patate au légume (extropied). Il est rédigé par Michel SORINE, co-fondateur de l’agence événementielle extrasport basée à Lyon. Cette agence a notamment créé la course hivernale SaintéLyon bien connue dans le monde des runners.

J’avais connu ce blog à l’époque où je recherchais des infos sur l’accidentologie à vélo pour mon asso 2P2R (2Pieds-2Roues). Michel SORINE, tout juste 50 ans, sportif chevronné, entrepreneur accompli, divorcé et père de 3 grands enfants, futur père d’une petite Agathe, adepte du déplacement à vélo, eût un grave accident le 1er avril (sic!) 2014 en empruntant le tunnel piéton-cycliste de la Croix-Rousse. Il se brisa la moelle épinière au niveau des vertèbres C6/C7. Une lésion synonyme de tétraplégie incomplète.

Il commence alors à rédiger ce blog d’une écriture ciselée. A travers ses articles, il nous fait partager son quotidien d’handicapé moteur après avoir été un sportif hyper-actif. C’est trash. C’est drôle. C’est émouvant. C’est captivant. C’est vrai ! Et c’est aussi une formidable leçon de résilience (terme très à la mode en ce moment).

Voici sa présentation : « Depuis ce mois d’avril 2014, j’ai publié plus de cinquante billets sur ce blog. En les relisant, je réalise l’ampleur du chemin parcouru depuis sept ans, la violence des moments traversés, l’importance de certaines rencontres, l’acceptation froide d’une réalité insupportable, ce long et nécessaire apprentissage du handicap normalisé… Je vous invite à partager cette expérience originale en découvrant les billets “Extropied”, dans leur ordre chronologique de parution. Il est sans doute important de respecter cette progression dans la lecture afin de percevoir la lente transformation du papillon en crysalide autonome et l’évolution psychologique qui fut la mienne, au gré de mes doutes, des épreuves traversées et de l’actualité extérieure. Des attentats de 2015 au feuilleton politique, de l’affiche culturelle aux avancées scientifiques ou au Covid 19, le monde vu depuis un lit d’hôpital, puis d’un fauteuil roulant. »

Je dois avouer que ces articles m’ont pas mal secoué. D’ailleurs, à l’époque où je faisais encore de la compèt’ à pied ou à vélo, combien de fois ai-je pensé à lui alors que le corps et la tête ne voulait plus avancer ? Et aussi pendant mes voyages à vélo, alors que les vents étaient contraires, combien de fois ai-je relativisé en me disant que j’avais cette chance énorme d’être libre et de pouvoir vivre ma passion à fond ?

De plus, alors que j’étais bénévole dans l’antenne toulousaine de Handicap International, j’ai eu à me confronter au handicap moteur. Et j’ai toujours eu l’angoisse de me retrouver un jour dans cette situation. Enfin, de par mes nouvelles activités dans le monde du handicap mental au sein de l’Arche-en-Pays-Toulousain (Arche), je suis également confronté aux difficultés rencontrées par ces personnes. Il faut savoir qu’en France, 3,5 millions sont en situation de handicap moteur (+5% de la population) dont 650.000 en fauteuil. Vous en voyez beaucoup autour de vous ? Lisez l’article « Inclusif VS Exclusif », c’est éloquent.

Et quand nos politiques de tout bord aborde le terme (ô combien à la mode également) d’inclusion, je dois dire que je bondis (« de mon fauteuil » aurait certainement ajouté Michel S.), et, ce, d’autant plus depuis mon implication politique au niveau local. Entre les beaux discours, les belles paroles et les promesses qui n’engagent à rien, sur le terrain il ne se passe rien (ou vraiment pas grand chose) : des trottoirs toujours pas aux normes malgré la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM 2019), des Services Publics souvent inaccessibles, des accès au métro, train et bus impossibles, de l’administratif kafkaïen : « HONTE À VOUS Mesdames et Messieurs les Politiques !!! ».

J’espère que je ne vous ai pas trop plombé la journée ou la soirée avec cet article. Mais je pense que, en cette période pour le moins compliquée, il est primordial de relativiser et de se satisfaire d’être valide et en bonne santé.

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