J150 – vendredi 28 avril – Phakkagna / Thakhek

Le vendredi, c’est comme le jeudi : réveil aux aurores. Alors que 6h du mat’ vient juste de sonner aux cloches du temple taoiste, je suis déjà prêt à partir pour cette nouvelle longue étape. Je quitte Bouasavan GuestHouse, champêtre et ventilé. Aujourd’hui, comme hier, je n’ai pas besoin de tracer ma route. Je n’ai qu’à suivre la route 11 jusqu’à Thakhek qui se trouve à 90 kms. Je ne croise personne en partant ce matin. Heureusement, le portail est ouvert.

Je me dirige vers le soleil levant mais cela ne va pas durer longtemps. Je vais ensuite suivre la route bien vallonnée direction nord-ouest pour retrouver le Mékong situé à 20 kms.

En ce 100ème jour de ce périple à vélo en Asie du Sud-Est, la campagne est encore endormie. D’ailleurs, je viens enfin de passer le cap des 100 jours. Sur mes autres périples européens, je n’avais jamais dépassé le cap des 3 mois. Les gargotes et magasins sont encore fermés.. Je suis parti le ventre vide n’ayant plus de banane en stock. Je patiente avant de pouvoir déjeuner.

A 6h30, je traverse le village de Xaybuly. Je repère de l’agitation sur la gauche de la route. C’est bon signe. En effet, une gargote est ouverte. Des conducteurs de scooters et des voisins s’arrêtent pour récupérer leur déjeuner matinal. Quant à moi, je me pose sur l’unique table en compagnie du mari de la cuisinière. Il y a au choix des brochettes de poulet, d’abats de poulet ou de poisson. Pour moi, ce sera des abats.

La patronne me fait signe d’attendre pour me servir ma brochette avec le riz que sa fille est en train de préparer. Elle vient juste de sortir un gros pavé de la marmite. Puis il va le malaxer …

… avant de me servir une petite assiette. Il y en a au moins pour 3 personnes ! Alors qu’une maman arrive avec ses filles, je leur propose de partager mon assiette. Le patron me fait signe que je dois manger pour pédaler. J’attaque à la mimine. Mais je ne mangerai que la moitié. L’autre est mis dans un pochon qui composera mon repas du soir.

Avant de repartir, comme il n’y a pas de café, je partage une tisane avec le patron. Après ce copieux p’tit déj’, je quitte cette sympathique famille pour reprendre ma route. J’enchaîne de belles montées avant de rejoindre, longer puis traverser la rivière Xe Bangfai.

De l’autre côté du pont, j’aperçois le Mékong qui récupère les eaux de cette nouvelle rivière.

Devant moi, je repère un arbre remarquable planté au pied de cette rivière. Je pense que les toulousains Bigflo&Oli, que je suis en train d’écouter, apprécieraient également la splendeur de cet arbre. Pour l’anecdote, c’est le fiston qui me les avait fait découvrir à l’époque où ils débutaient dans les petites salles toulousaines. Un de ses potes connaissait les frangins. Comme le fiston sait que j’apprécie les beaux textes, il m’avait conseillé d’écouter les paroles. Effectivement, j’avais accroché et les suis depuis leur début.

Je me pose un peu plus loin à l’ombre en bordure du Mékong pour déguster des mangues bien mûres cueillies sur l’arbre. Par contre, je n’ai toujours pas repéré de kiosque à boisson.

Ce ne sera qu’une heure plus tard que je pourrais me poser pour boire un café au lait glacé. C’est vraiment compliqué la commande de café ici. Je me pose à nouveau en bordure de fleuve sous un grand hall. Dessous, une table est occupée par 5 hommes qui tournent à la Beerlao. Les tournées s’enchaînent. Il est 9h30 du mat’. Ils font être frais les gars pour aller bosser.

Je poursuis ma route alors que la chaleur commence à bien se faire sentir. Heureusement, la route est plate quoique bien défoncée par endroits. Il me reste encore une vingtaine de bornes avant d’arriver à destination. Je sature un peu. J’ai besoin d’une nouvelle pause fraicheur. Je trouve un endroit sympa où un jeune papa sert du jus de sucre de canne. Parfait. Je me pose.

Ce n’est pas le tout mais il faut repartir. Ça cogne de plus en plus fort. Avec la fatigue physique et mentale qui s’est installée, je dois me faire violence pour ne pas m’arrêter dès que je vois un Guesthouse sur le bord de la route. Par contre, je fais un nouvel arrêt en traversant un village où de nombreuses vendeuses à la sauvette proposent des pochons de ce fruit. Ces fruits sont extraits des fameuses boules violacées que j’avais pris pour des aubergines rondes. J’en achète un sachet. Il faut éplucher l’enveloppe blanche qui le recouvre. Cela a la consistance charnue du leetchi. Après recherche, ce fruit s’appelle le mangoustan tiré du mangoustanier.

J’en déguste quelques uns pour tenir jusqu’à l’arrive. Vers midi, j’arrive à quelques kms de Thakhet. Sous un arbre, un cyclotouriste d’une trentaine d’années assez corpulent consulte ses cartes. Je m’arrête. Nous faisons connaissance. Je comprends qu’il est espagnol mais vit à Cologne en Allemagne. Apparement, il arriverait de Chine avec son VTT chargé comme un mulet à l’arrière et son roulement de pédalier qui est en train de rendre l’âme. Bizarre. Il me propose de faire route ensemble jusqu’à la ville. C’est étrange mais je ne le sens pas ce gars. Enfin, quand je dis « sentir », ce n’est pas au niveau olfactif. Parce que, de ce côté-là, il sent plutôt fort le bougre. Je me dirige vers l’hébergement repéré mais il est en travaux. J’en pointe un 2nd. Auparavant, le gars, dont je n’ai pas retenu le prénom, me dit que les chambres sont augmentées pour les touristes et que, lui, ne les paie que 80.000LAK max. Moi, c’est plutôt de l’ordre de 150.000LAK et cela me convient parfaitement vu le rapport qualité/prix. Nous arrivons au 2è GuestHouse. Le gérant nous demande 150.000LAK pour une chambre avec clim dans un endroit qui me parait très correct.

Le gars commence à dire que c’est beaucoup trop cher et en propose 100.000LAK. Le patron tire la gueule et nous en demande 130.000LAK. L’autre en veut 120.000LAK. Il me gonfle ce con. J’ai faim. J’ai envie de me poser. Et j’ai cet abruti qui négocie pour 50 centimes d’euro ! Finalement, le patron refuse. Je tire la gueule. Et nous voilà partis à la recherche d’un nouveau toit. Evidemment, les 2 ou 3 autres demandent la même somme. Au bout d’un moment, ça me gave. Je le plante pendant qu’il tente vainement de négocier et reviens à mon point de départ. La chambre est parfaite. Alors qu’il est déjà 13h passé, je me douche et pars déjeuner dans un restau pas loin. Puis je me couche pour un bon gros siestou. C’est bien la première fois que je tombe sur un con à vélo. Désolé, mais je ne trouve pas d’autres mots pour décrire sa façon de se comporter. Et les cons, j’ai tendance à les dégager de mon entourage pour qu’ils ne me polluent plus la tête.

Après un après-midi tranquillou à me reposer, je repars à la recherche d’une chambre à air. Mais sans succès. Il y a quand même un commerçant qui a voulu m’en refourguer une de 700x25c pour mes pneus de 32 et 35. En plus, il a fait la gueule quand je lui ai dit que cela n’allait pas. Incroyable ! Je reviens sur les bords du Mékong où le soleil se couche au-dessus de la Thaïlande. Il est temps de faire quelques courses, sans oublier la Beerlao pour fêter ce 100è jour de périple à vélo, avant de rentrer dans mes pénates.

Demain, j’attaque le Thakhek Loop … à vélo. En fait, c’est un des deux circuits laotiens, avec le plateau des Bolovens, proposés pour les motards (à moto ou scooter évidemment). La boucle de 500kms fait le tour des montagnes à l’est. Je vais emprunter la même route, sur la 1ère moitié de ce tour, pour rejoindre le Vietnam.

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