J32 – dimanche 12 juillet 2026 – Narvik / Skarberget / Lødingen

En ce dimanche matin, c’est grasse mat’ ! Je me réveille vers 8h. Le temps de prendre une dernière douche avant quelques jours, de sortir sans bruit mes sacoches du dortoir, d’aller prendre un très copieux p’tit déj’ (pommes de terre / saucisse, pain complet / beurre / confiture, céréales, thé), je décolle peu avant 9h. Il faut dire que la soirée s’est finie tôt. Le match Norvège-Angleterre (1-2) a été jusqu’aux prolongations.

J’ai regardé le match dans un bar. C’était blindé avec ambiance assurée. De plus, j’avais un phénomène devant moi. Il a dû aller pisser au moins une dizaine de fois. A chaque fois, je lui gardais son tabouret. Il faut dire qu’entre chaque pause-pipi, il s’enfilait une pinte ! Beaucoup de norvégiens ont fini avec la gueule de bois à cause du résultat. Mais lui, il n’y avait pas que la gueule de bois ! A la mi-temps, peu avant minuit, je suis sorti prendre l’air. Le ciel était presque dégagé avec ce toujours incroyable soleil de minuit au loin, devant cet hôtel ArtiK Narvik assez impressionnant.

Une fois mes sacoches chargées, je reprends la route en empruntant à nouveau une belle piste cyclable pour sortir de cette ville assez incroyable. En effet, c’est une ville portuaire d’à peine 20.000 habitants. Mais au-dessous de la ville, sur cette montagne, il y a une station de ski alpin. Et, dès que vous sortez de la ville, vous pouvez faire de superbes randos. Sans parler qu’il y a aussi des endroits pour se baigner.

Je contourne donc cette baie et laisse au loin dans la grisaille cette ville au paysage urbain assez hétéroclite.

Et, ce matin, comme depuis quelques jours maintenant, je chante du Johnny. Cela fera plaisir à Henri, notre traceur et à Jean-Louis, notre ancien président qui se bat contre le crabe. La bise à tous les deux. Mais aussi à tous les potes du STC et du VCB en ce dimanche où ça a roulé de bonne heure pour éviter les grosses chaleurs.

Noir c'est noir.
Il n'y a plus d'espoir.
Oui gris c'est gris.
J'n'ai pas de répit.

A marée basse, cette mer d’encre matinale se confond presque avec le ciel.

Je contourne cet immense fjord en longeant à nouveau la côte et empruntant la route E6. En ce dimanche matin, le trafic est très calme. Tant mieux. Pourvu que ça dure. Je franchis ce nouveau pont avant de contourner un nouveau massif. La route est plutôt roulante. J’avance bon train après cette journée de repos salvatrice.

Vers 11h30, je m’arrête, pour ma pause syndicale, dans une station-service-café-restau à Ballangen où une jeune caissière, d’origine finlandaise, est très intriguée par mon périple. Elle m’explique en effet qu’elle a souvent fait la route pour revenir voir sa famille à Helsinki et que, à vélo, cela lui paraît bien loin. Je confirme, surtout en passant par le Cap Nord ! Puis je repars en laissant la route E6 qui coupe cette pointe et en empruntant la jolie route cotiêre n° 819. Je vais en direction de l’embarcadère de Kjeldebotn pour me rendre dans l’archipel des Lofoten. Il me reste 25 bornes. Au loin, une ferme à saumon est perdue au milieu de ce fjord.

A propos de fjord, j’en aperçois deux dans un champ. Ce sont ces fameux chevaux trapus à la crête noire et nommés « Fjord norvégien« . Lorsque je vivais en Dordogne, un voisin avait un élevage de bouviers bernois et quelques chevaux dont un de cette race. J’avais toujours rêvé d’en voir un dans son milieu naturel. Ce rêve avait déjà été réalisé en 2020. Ces chevaux me font également penser au Pottok du Pays Basque et au Mérens du Pays Ariégeois.

La route est quelque peu vallonnée et vraiment très agréable. Comme souvent de charmantes maisons sont posées en bordure de fjord. Quelques-unes sont d’ailleurs à vendre (tils salgs). Si vous cherchez une villégiature … Des troupeaux de vaches et de moutons paissent tranquillement dans les champs avoisinant de belles fermes toujours aussi bien entretenus.

Peu après 13h, j’arrive sur zone. Devant le port, ce restaurant est également à vendre. Cependant, un couple s’active à l’intérieur pour le service de 14h. Je vais me renseigner. Finalement, ils ne serviront que du café et des gâteaux. Il faut réserver à l’avance pour ouvrir la cuisine. Ça sent effectivement la fin d’activité. Je me renseigne également pour les horaires du traversier.

Manque de bol, il n’y en a pas le dimanche ! Le prochain est à 5h15 demain matin. Comme cette superbe affiche vue sur un des hangars du port : « J’suis chocolat ! ».

En attendant de me décider, je remonte au magasin Joker devant lequel je suis passé en arrivant. J’arrive devant. Il y a de la lumière mais la porte est fermée. Il doit juste venir de fermer. Décidément, c’est pas mon jour. Un VTTiste s’arrête. Il m’explique qu’il faut payer une caution (1€) avec sa CB pour ouvrir la porte, faire ses courses, payer ses achats à la caisse automatique et sortir avec le ticket de caisse. Incroyable ! Jamais on ne verra cela en France. Je fais donc quelques emplettes que je mange à une table à l’intérieur du magasin. Là, une cafetière est à disposition avec une tirelire pour payer son café.

J’en profite pour étudier mes cartes. J’ai deux options. Soit j’attends demain matin pour prendre le traversier et monter au nord. Soit je traverse la pointe pour rattraper l’E6, partir à l’ouest et prendre un traversier pour remonter au nord sur l’île d’Hinnoya. Il y a une quarantaine de kms. Il n’est que 14h30. Je décide de repartir. Une fois restauré, j’attaque donc la traversée de cette pointe en empruntant la superbe petite route jaune n°7562. Le paysage est à nouveau magnifique : de grandes forêts de pins, des lacs, des cascades et des sommets autour. Et personne !

Pourtant quelques fermes et hameaux sont à nouveau éparpillés dans ce territoire sauvage. Comme il n’y a qu’une seule voie, des emplacements pour se ranger sont indiqués avec un panneau « M« . Et non, ce n’est pas le métro !

Évidemment, je me tape du dénivelé. De plus, la température a chuté depuis ce matin. Il ne fait plus que 13°C. Je sors ma veste d’hiver qui ne me quittera plus de l’après-midi. Par contre, alors que j’écoute le sublime morceau Cachemire de Led Zepp‘, j’attaque une belle descente. Mon écouteur droit se fait la malle comme c’est arrivé déjà. Je pile, stationne HakaOne et remonte la pente en marchant. J’ai beau faire trois allers/retours en farfouillant sur le bas-côté et dans la végétation, impossible de le retrouver. Et merde ! De plus, c’était un cadeau du fiston qui me les avait achetés à Tbilissi. Tant pis. Je mettrai mes écouteurs avec fil. Au sud de cette pointe, je retrouve la route E6 puis la mer.

Le paysage change à nouveau. Ce sont maintenant des parois rocheuses culminant à 700 mètres qui tombent dans la mer. Avec ce ciel toujours aussi menaçant, c’est assez impressionnant.

J’emprunte un tunnel de 800m puis un pont qui relie cette pointe à une autre. On l’aperçoit au milieu à gauche. Au centre, ce sont les sommets du Storinden (847m) et du Kulhornet (981m) qui ont la tête dans les nuages. La route E6 va passer entre les deux.

Autant dire que ça grimpe sec pendant quelques kms. Il y a notamment 2 kms affiché à 8% pour atteindre le point de bascule. Je mouline tout à gauche (petite plaque de 26 dents et grands pignons de 34) et avance tranquillou sans faire monter le cardio. De temps en temps, je me mets en danseuse pour soulager un peu les guiboles.La vue est à nouveau splendide On devine la mer au milieu à gauche.

Il ne me reste plus qu’à me laisser glisser jusqu’à la mer, longer la côte et arriver au port de Skarberget. D’ailleurs, j’aperçois un ferry au loin qui est déjà en pleine mer.

J’arrive au port. Un drakkar est amarré. Au loin se détache la silhouette impressionnante du sommet que je viens de contourner. J’attends quelques minutes avant que le ferry ne revienne. Après une courte traversée, j’accoste au port de Bognes. De là, je prends un nouveau ferry pour aller au port de Lødingen plus au nord.

En patientant sur le port, je rencontre un cyclo-touriste bruxellois qui est en galère avec son vélo. Sa jante arrière est en train d’éclater (remember Nico en Thaïlande) ! Je le rassure en lui disant qu’il trouvera des magasins de vélo à Narvik. Puis, c’est une charmante jeune femme, arrivant d’Oslo avec un ami qui l’a déposée en voiture, et venant rendre visite à ses parents. Elle a un magnifique chat angora dans son sac. Et, comme elle voit que je suis légèrement frigorifié, elle me donne une petite couverture polaire pour me couvrir. Trop sympa. J’embarque sur un des ferry de la compagnie Fjord1 et profite de cette longue traversée d’une heure pour diner et rédiger ces lignes.

Arrivé au port, je remarque, comme sur l’autre port, un bâtiment d’accueil. J’avais initialement prévu d’aller bivouaquer au phare de Lødingen sis derrière le port de plaisance. Je m’y dirige. C’est parfait. Il y a des toilettes avec eau chaude pour ma toilette de chat non angora. Et une grande pièce où je vais pouvoir m’installer au chaud et à l’abri.

Fin de cette très longue, mais ô combien magnifique, nouvelle journée de cyclotourisme à travers ces paysages fantastiques norvégiens. Je ne m’en lasse pas ! Demain, j’attaquerai la traversée de cet archipel (ensemble d’îles relativement proches les unes des autres). 

Résumé :

103kms, 6h15, 16,5km/h, 1.290D+ 1.310D-, nuageux, squat


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