J’ai passé une super nuit bien au chaud et au sec. Par contre, ce matin, c’est morose quand je sors du duvet peu avant 7h. Il pleuviote. Le ciel est bas. Une fois de plus, j’ai bien intuité. Cette nuit, il a dû tomber des cordes et y avoir du vent. En effet, ma bâche de vélo était trempée et (presque) envolée. Cela donne envie de replonger sous la couette. Finalement, je me prépare et sors de ma pièce peu après 8h. Le ferry arrive au port ouvre sa grande gueule pour engloutir ses passagers.

Allez, c’est reparti mon kiki ! Je remonte un peu au nord avant de bifurquer rapidement plein ouest en empruntant la route E10. Le plafond est bas. La température est de 13°C. La journée s’annonce longue. D’autant plus que je commence par attaquer par une bosse afin de couper cette première pointe. A froid, la pique un peu !

Une fois cette bosse descendue, je tombe sur un fjord que je vais longer jusqu’au bout. Le décor est à nouveau splendide.

J’emprunte une route dont le bitume est strié jusqu’à arriver sur un chantier pharaonique avant construction d’un pont et perçage d’un tunnel tout cela pour éviter quelques virages. Ils sont fous ces norvégiens. A partir de ce chantier, la route a été refaite.

Je bifurque au sud en direction de Svolvaer. Je longe dorénavant la rivière Lakselva. La météo est toujours aussi fraîche.Depuis hier aprèm’, j’ai ressorti ma veste d’hiver et mes jambières.

Plus loin, je tombe à nouveau sur ce panneau. J’en ai vu quelques-uns identiques depuis mon arrivée en Norvège. D’autres représentent un cycliste. En fait, il s’agit de panneaux pour inciter à ralentir. La traduction est « Au-dessus de la limite de vitesse ?« . De mon côté, ça va. Je respecte.

Et c’est reparti pour une petite grimpette …

… avant d’emprunter un long, long, long tunnel ! Avant d’y pénétrer, je sors mes bouchons d’oreille et mon buff.

De l’autre côté, il fait toujours aussi gris. Les paysages sont somptueux. On se croirait dans Jurassik Park. C’est d’un sauvage. De plus, il n’y a presque aucune habitation. AUcun bruit. Aucun oiseau. C’en est presque angoissant. Certains sommets culminent à plus de 1.000 mètres. Les parois abruptes, ainsi que d’immenses cascades, plongent dans la mer.

Par contre, le revers de la médaille est qu’il n’y a aucun commerce. Pas de café. Pas de station-service. Pas de supermarché.

Peu avant midi, je fais un crochet pour descendre au petit port d’Hanøy. Mais il n’y a rien non plus. C’est beaucoup plus calme que son homonyme d‘Hanoï, capitale du Vietnam et véritable coupe-gorge pour les cyclistes. Une éclaircie a percé dans les nuages. On croirait voir un lagon. Cela ne va pas durer hélas.

En retrouvant la route principale, je profite encore d’une superbe vue sur ce hameau perdu sur la presqu’île de Holdøya. Par contre, après, cela se corse. Il me faut emprunter le tunnel sous-marin de Sørfalstunnelen qui mesure 6,3 kms pour rejoindre l’île d’Austvågøya. Comme le « tunnel de la mort qui tue » pour aller au Cap Nord, cela descend sec pendant la moitié de la distance puis ça remonte fort pour retrouver la surface.

Puis je file jusqu’à l’embarcadère de Fiskebol. Il est 13h30 et je n’ai toujours pas déjeuner à part quelques gâteaux secs. Heureusement, j’ai gardé en réserve un sachet de Tipiak et une boîte de thon. Ce sera parfait pour ce midi. Je m’installe dans la salle d’attente où je rencontre un jeune couple allemand avec leur bébé. L’homme tire une carriole identique à celle que j’avais pour trimbaler Titouan à l’école.
Arrive une famille de bordelais, enfin de Talence exactement, composée de Marie et Jean-Baptiste les parents avec leur fille Apolline et le fiston Ulysse (14 et 11 ans de mémoire). Ils sont partis depuis le Danemark et progresse en train ou en ferry. A vélo, sur de superbes Genesis Croix de Fer, le best-seller de la marque britannique, ils se tapent des étapes entre 60 et 80 bornes par jour. Chapeau bas les jeunes. Par contre, j’ai bien pris une photo mais, comme à chaque fois, je demande l’autorisation de la publier sur mon blog. Le papa, pas trop friand des réseaux sociaux, refuse. Pas de pb, je vais juste flouter les visages. Bon voyage à cette sympathique et dynamique famille bordelaise.

Quant à moi, je retrouve ma route E10 et ces paysages toujours aussi extraordinaires. J’aurais pu emprunter la route jaune n°7638 qui faisait une boucle par l’ouest en longeant la mer. Mais, vu la météo et les 30 bornes en plus, je préfère couper à travers champs.

Par contre, le vent s’est levé et ça souffle vraiment très fort. Je manque me casser la margoulette à quelques reprises. Vent de face sur le plat, je n’avance pratiquement pas ! Un couple de cyclotouristes, débarqué du ferry et parti avant moi, s’est arrêté sur le bord de la route. Je leur demande si tout va bien. La jeune femme est tétanisée. Je leur conseille de se mettre à l’abri et d’attendre un peu. Moi, je file avant de m’arrêter prendre en photo le petit port Sildpollen.

Je ne sais trop s’il pleut ou si ce sont les embruns de la mer projetés par le vent. Je décide de ne pas mettre ma tenue de pluie et de continuer avec mon coupe-vent. Ça bruine et ça souffle. Je n’en vois pas le bout. Je continue à longer ce fjord qui devrait me conduire à la ville. Je passe au-dessus du hameau de Silpollnes, bati sur une avancée, avec sa superbe petite église blanche.

Encore un dernier petit tunnel à traverser, une descente vers la mer et j’arrive enfin à Svolvaer, ville de plus de 5.000 habitants. Finalement, ce seront 7 tunnels et 15 kms empruntés. Il est plus de 17h. Quel chantier ! Je me dirige dans le centre pour boire un café nommé désiré et déguster un délicieux spandauer (croustillant feuilleté à l’abricot) recouvert de noix de coco. Puis je fais quelques emplettes dans la galerie marchande attenante avant de filer sur le port à la recherche de la salle d’attente de l’HurtiGruten. En cherchant, je suis interpellé par un couple toulousain et leur fils ! Avec mon coupe-vent, du Stade, je ne passe inaperçu mais, ici, le rugby … On papote un moment du pays et de mon périple. Par contre, je n’ai pas demandé les prénoms. Si vous me lisez, commentez-les … Eux sont des passionnés des pays du nord (Irlande, Islande, Norvège, Suède, Finlande) et y pratiquent le ski l’hiver. Il y a plus moche comme destination.

Je finis par trouver l’endroit et tombe sur le couple d’allemands avec qui je m’étais tiré la bourre pour monter au Cap Nord ! Ils prennent l’Hurtigruten pour descendre dans le sud. Je regarde. C’est complet. Tant pis. Je continuerai à vélo demain. Je vais passer la soirée ici. Fin de cette très longue (la plus longue en temps) et très éprouvante journée.
Résumé :
103kms, 6h50, 15,1km/h, 1.020D+ 1.010D-, nuageux / pluvieux / venteux, squat
