En ce dimanche matin, jour du Seigneur, ce n’est pas grasse mat’. Après une longue nuit d’une seule traite, je suis à nouveau réveillé à 6h30. Chaque matin, je me dis que j’ai trop dormi. Et, lorsque je rallume mon portable, l’heure me signale que finalement non. Ma nuit a été excellente mais ce n’était pas gagné hier soir, toujours à cause de ces lumières qui restent allumées. Et là, les spots envoyaient du lourd. J’ai trouvé une combine en sortant mes supports de tente en carbone et posant par-dessus ma bâche noire de vélo.

Hé oui, il ne faut pas que pédaler comme une machine en itinérance, il faut aussi bricoler, inventer, improviser, … Une fois mon barda plié, je sors déjeuner dehors. Le ciel bleu essaie encore de se faire une petite place dans cet océan de nuages blancs, gris et noirs. La température est toujours frisquette (12°C). A 7h30, je quitte ce squat fort bien venu d’autant plus qu’il a plu hier en sortant du snack.

Je retrouve ma route n°17 Bein vallonnée comme d’hab’. C’est d’un calme olympien. Je me dirige vers la ville de Sandnessjøen.

Après une bonne heure de route, je quitte le continent pour aller sur l’île d’Alsta. Pour ce faire, j’emprunte un spectaculaire pont incurvé et une partie plate au milieu du fjord …

… avec vue magnifique sur le fond du fjord où perce quelques rais de lumière,

Arrivé à l’entrée, je me pose sur l’estrade dominant le fjord, comme cette mouette sur la balustrade, afin d’admirer ce pont.

Puis je jette un oeil à cette nouveau « paysage de sculpture » avec les inscriptions suivantes « frigidus minus / humidus magis » (du froid en moins, de l’humidité en plus) ou l’inverse (du froid en plus, de l’humidité en moins). Tout est résumé en quelques mots !

Je profite une dernière de cet ouvrage, avec cette route construite au milieu du fjord, sur fond d’humidis et de frigidus avant d’attaquer un rampaillou et de redescendre sur la ville.

Une zone industrielle en bordure de fjord m’accueille. Puis je traverse cette ville à nouveau sans charme, comme beaucoup de ces villes du nord de l’Europe. Quelle chance d’avoir nos beaux villages avec église, place et petits commerces autour. Quoique, tout cela se perd aussi. Les commerces ferment, les uns après les autres. Nos villages et petites villes de province meurent. Et nos métropoles grossissent telles la grenouille de la fable de La Fontaine. Elles vont finir aussi par imploser ! Et que font ces gens sans ces commerces où le lien social est si primordial ? Ils passent leur temps devant les charognards des chaînes d’info en continu et se vont lessiver le cerveau à la sauce Bolloré. J’y reviendrai …
A la sortie de la ville, je m’arrête devant cette construction nommée Høvdingsete på Sandnes (La maison du chef à Sandnes). Je suppose que, comme dans la superbe série « Viking« , cette bâtisse devait servir de salle de réunion. Dommage que je ne puisse entrer à l’intérieur.

Je continue mon p’tit bonhomme de chemin à travers cette plaine agricole où paissent vaches et moutons. Au loin, les nuages accrochent les 5 sommets de cette île dont 3 culminent à plus de 1.000 mètres. Il doit vraiment y avoir de belles randos à faire.

Alors que le ciel s’éclaircit, je m’arrête à l’aérodrome. Deux hôtesses de l’air prennent l’air en fumant une clope. Etonnant non ? Je leur demande s’il y a un café à l’intérieur. Elles m’indiquent une pièce à gauche. Je m’y rends. En fait, c’est la salle de repos du personnel. J’y prends un café vite fait et je m’éclipse après avoir demandé à un employé la destination des vols : Oslo (prononcez Ochlo) bien sûr. Et dire qu’en deux heures de vol, j’y serai alors qu’il me reste 1.177kms à couvrir !

Arrivé à la pointe de l’île, je bifurque en suivant les panneaux qui me mènent au musée Petter Dass, structure moderne dont l’arrière donne sur le fjord, bâtie entre deux blocs de rochers. Je me pose pour boire un café, déguster une pâtisserie maison et rédiger ces lignes.

Ce célèbre norvégien (1647-1707) était un pasteur luthérien et le poète le plus important de sa génération. Il est l’auteur d’hymnes baroques et de poèmes descriptifs (source Wikipédia). Il était vicaire de l’église ci-dessous de 1689 à sa mort.

En sortant, je fais le tour de cette charmante église qui est une des sept dernières de l’époque médiévale de la Norvège du nord. Je tente quand même le coup. Ô miracle ! La porte s’ouvre et c’est gratos. Alléluia !!!

Comme toute église protestante, l’intérieur est évidemment très sobre excepté quelques tentures murales,

Au-dessous de l’entrée, trône un orgue au milieu du balcon. J’ai évidemment une pensée pour Guillaumine qui doit se balader sous le chaud soleil madrilène. Si ce soir, elle supporte l’Argentine, elle risque de se faire sacrément chambrée.

Le chœur est plus coloré avec cette impressionnante sculpture en bois.

Je fais également le tour de cet ancien village …

… avant de reprendre ma route.

Il me faut faire un S inversé en suivant la côte avant d’atteindre le port de Tjøtta. Je traverse sur une étroite bande l’îlot de Ofersøya. De nombreuses vaches et moutons paissent tranquillement le long de la route dans un décor de film.

J’enjambe ensuite un petit point qui relie cet îlot à celui de Tjøtta. Je croise des motards puis des véhicules ralentis par un tracteur puis deux cyclotouristes. J’approche donc du port. J’accélère avec toujours cette petite crainte de voir partir le ferry sous mon nez. Ce n’est pas le cas. Il m’attend. J’ai le temps de faire quelques emplettes au Joker du coin avant de m’installer confortablement pour pique-niquer.

Après une traversée d’une quarantaine de minutes en passant entre les îles de Rodøya et de Mindland, nous débarquons dans le port de Forvik sur le continent. De là, je reprends la route n°17 qui mène au port d’Anddalsvåg à 16kms au sud. Alors que je sors de la piste cyclable qui traverse la bourgade de Forvik pour reprendre la route, j’aperçois deux formes étranges dans un champ sur ma droite. Ce ne sont ni des vaches, ni des moutons, ni des rennes mais des lamas blancs (ou des alpagas ?) !

Revenu de ma surprise, je repars. La route est toute droite et pratiquement plate. Sur ma gauche, j’ai la montagne avec le mont Hornistinden qui la domine à 885 mètres. D’ailleurs, sur un parking blindé, de nombreux randonneurs doivent profiter du beau temps pour y grimper. Au centre, je suis la route à travers la campagne verdoyante. Sur ma droite, la mer. Il y a pire comme décor. A ce sujet, je pense que mes routes toulousaines pour aller rouler vont me paraître bien fades. J’avance bon train mais pas suffisamment. A quelques kilomètres du port, je croise un flot de véhicules. Et puis, au large, je vois le ferry qui prend la mer. Je patiente une trentaine de minutes avant qu’il ne revienne de sa traversée.

Je patiente au soleil. Le voilà qui revient. J’embarque pour une courte traversée entre Forvik et Horn qui se trouve à nouveau sur le continent. Horn est au nord de cette pointe allongée d’une longueur de 50 kms rattachée au continent en son milieu par une petite partie terrestre. Au sud se trouve Vennesund et son port où je dois me rendre. Mais, pour ce soir et comme hier, je décide de couper la poire en deux et de prendre à Berg à 32 kms d’ici. C’est compliqué ? Je sais. Même moi, j’ai du mal à me suivre !
Allez, c’est reparti mon kiki. Heureusement, la route est relativement plate à part quelques longs faux-plats montants. En milieu d’après-midi, je m’arrête, sur un parking fléché d’un panneau marron « Traelvikosen« , pour me restaurer et regarder la fin de l’étape du Tour de France.

Le panneau d’explicitation indique ceci : « Cet endroit Les Pierres de Gué parle du temps, des changements de la nature et de l’émerveillement. » Tout un programme. Quant à moi, je poursuis ma route à bonne allure après avoir vu une belle bagarre dans le plateau de Solaison. Et le jeune Seixas qui s’accroche aux meilleurs. Je retrouve mon triptyque « campagne, mer, montagne » en suivant cette côte.

J’approche de Berg quand, sur ma gauche, je vois un panneau Traelnes Kapell. Je pile, emprunte le chemin et tombe sur cette charmante chapelle à la pelouse parfaitement tondue. Le cimetière est derrière en contrebas d’un impressionnant massif montagneux. Il y a un point d’eau. Parfait pour un bivouac. Je monte ma tente au soleil à l’abri d’une butte au pied de la chapelle. Quel coup de bol !

Derrière la pinède, j’aperçois la mer. La route la longe. Je ne serai pas dérangé par le bruit des véhicules. Cela faisait un bail que je n’avais pas bivouaqué (9 jours exactement). Il faut dire aussi que, avec le soleil, tout devient beaucoup plus facile.

Mais « Où est-ce qu’il trouve toute cette énergie !« . Je plaisante Jordan. Par contre, je me répète : « Quelle magnifique journée !« .
Résumé :
103kms + 21 kms ferry, 5h54, 17,5km/h, 640D+ 640D-, nuageux / beau temps, bivouac
