Après une bonne nuit couchée sur le banc (et sur le matelas) de mon shelter, j’émerge peu avant 7h. Le ciel est d’un bleu immaculé. Que cela fait du bien de se réveiller dans ces conditions enfin estivales. Je plie vite fait mes affaires et m’installe pour prendre mon p’tit déj’.
Mais avant de partir, il faut que je vous raconte la fin de ma soirée. Après avoir publié mon post journalier, effectué ma pratique de Qi Qong puis diné, je suis parti en balade digestive le long du lac. A une centaine de mètres de mon abri, je tombe sur un sauna. Il est ouvert moyennant une contribution de 25 SEK pour le bois. Je retourne chercher ma serviette, une pièce de 2€ et me fais une séance avant d’aller me coucher.

Après 800 mètres de piste bien pentues, je retrouve la route bitumée en direction de la petite ville de Säffle aux 15.000 âmes. Je traverse le centre-ville fort peu animé en ce mardi matin. Je fais juste un stop devant cette tour en brique sur laquelle il y a inscrit Konst, traduit par Art. Elle me fait penser au château d’eau de Toulouse qui a été transformé en centre d’expositions de photos. Et bien, c’est également l’ancien château d’eau construit en 1915 transformé en centre d’art contemporain. Étrange similitude …

Puis, à la sortie de la ville, après avoir traversé l’immense cimetière, je retrouve ma piste. Celle-ci est sur l’itinéraire cyclable n°6 de VänerLeden. Pour récupérer la n°4 (UnionsLeden), j’aurais dû remonter 10 bornes avec les fameux raidards. Je circule à travers les cultures céréalières.

Dans un des ces immenses champs, j’aperçois une biche. Mais elle est trop loin pour la photo. De temps en temps, je passe devant une ferme. Comme en Norvège, c’est très bien entretenu. En bas sur la gauche, un espace de repos est posé le long d’un petit lac. Elle est pas belle la vie ?

Je traverse ensuite de grandes collines boisées de pins avant d’arriver dans la bourgade de Liljedal posée au bourd du lac Vänern. Avant de descendre au lac, je traverse un lotissement de belles maisons. Devant l’une d’elles, le drapeau thaï est hissé. Comme dans tous ces pays nordiques, contrairement aux pays latins, le drapeau national se dresse devant pratiquement chaque maison.

J’y ai repéré un restau-café. Cela tombe bien, il est 10h30, l’heure de ma pause syndicale. Je m’y dirige. Manque de bol, il n’ouvre qu’à 11h. Tant pis. Je continue ma route. J’enjambe le bras de lac qui relie le grand lac à un plus petit.

Quelques kms plus au nord, je retrouve la civilisation en l’occurrence la grande route E18. Et aussi une station-service où je me pose pour boire mon café matinal accompagné d’un kannelbulle et commencer à pianoter.
Un couple de motards s’installent à la table d’à-côté. Ils parlent français. Je les interpelle. C’est un couple suisse parti de Lausanne. Elle se nomme Fabienne et lui Aldo. Évidemment, avec un prénom pareil, il est d’origine italienne. D’ailleurs, ils roulent tous les deux en Moto Guzzi, constructeur de motos italien créé en 1921 mais racheté par Vespa. Comme moi, ils se baladent en Scandinavie. Ils viennent de prendre 30 jours de mauvais temps sur la tronche. Même à moto, c’est chiant ! On papote de nos parcours respectifs, de la cohabitation moto/vélo, du caractère renfermé des norvégiens, du coût de la vie entre nos différents pays. Ils me confirment que les salaires sont très élevés (salaire médian : 7.500€). Mais que ces salaires ne prennent pas en compte la cotisation à la Sécu, mutuelle, retraite, …
Encore une bien belle rencontre. D’ailleurs, si vous me lisez ce soir, n’hésitez pas à m’envoyer un message sur ce blog lorsque vous passerez à Toulouse. Après s’être salué, chacun reprend sa route à sa vitesse. Tchao les p’tits suisses !

Je longe maintenant la route principale où le trafic s’est intensifié. Après ma matinée dans la cambrousse sans avoir croisé grand monde, cela me fait bizarre. Par contre, le relief s’est bien aplani. Devant ce grand complexe industriel Billerud, leader mondial dans le domaine des papiers et matériaux d’emballage, je bifurque à gauche pour me diriger vers le centre de Grums. Le frigo est vide. Je m’arrête faire mes emplettes dans le premier supermarché venu.

Puis je repère un centre équestre à la sortie de la ville pour pique-niquer et faire un siestou à l’ombre d’un bel arbre. Au sommet de ce parc se dresse la splendide ferme Karlberg (Karlbergs gård).

Je traverse le parc avant de retrouver la route E18. Heureusement, une belle piste cyclable la longe. Stockholm est à 324 kms et Karlstad à 22 kms en direct-line. Certainement, un peu plus à vélo.

D’ailleurs, après avoir parcouru quelques hectomètres en suivant l’E18, je pars dans la campagne et retrouve mes itinéraires cyclables. Je n’ai plus qu’à les suivre pour arriver et traverser la grande ville de Karlstad et ses presque 100.000 habitants, périphérie comprise.

Autant dire que je ne vais pas m’attarder à la visiter. Surtout que l’heure tourne et qu’il est déjà 17h. Je fais un stop pour prendre en photo la rivière Klarälven qui traverse la ville avant de se jeter dans le lac Vänern au sud. Ce lac est le plus grand de Suède avec ses 5.650 km2 (L=150kms, l=80 kms, p=106m). Alors que je repars, je tape légèrement la sacoche avant droite dans le muret. Ce qui a pour effet de me déséquilibrer. Je n’ai pas le temps de déchausser que le motard, derrière moi, crie déjà dans son micro : « Chute à l’arrière du peloton !« . Rien de cassé contrairement à l’an dernier. Juste une égratignure au genou.

Je repars en suivant le superbe réseau de pistes cyclables qui sillonnent la ville. Les automobilistes, eux, sont coincés dans les embouteillages de sortie du boulot. Cela faisait un bail que je n’avais pas vu un tel bordel. A Helsinki et Oslo, vu le réseau efficace de transport en commun (métro, tram, bus) et de pistes cyclables, les centre-villes sont désertés par les automobilistes. Je quitte la ville alors que le ciel s’assombrit.

Il me faut trouver de l’eau (aucun robinet dans les parcs ou plagettes) et un bivouac pour ce soir. Je file jusqu’à la bourgade de Skattkärr. Cette ville est mondialement connue pour avoir créé le fameux gâteau nommé chez nous « quatre-quarts« . Pour l’eau, il me faut trouver soit un supermarché (il y a souvent des toilettes à l’entrée), soit une station-service, soit un cimetière. Finalement, ce sera un magasin Coop. Je me pose pour étudier ma carte. Je repère un observatoire à oiseaux à quelques encablures. Cela me rappelle de bons souvenirs de bivouacs. Je m’y dirige en empruntant une passerelle en bois.

Au bout se trouve mon AirBnB ! Parfait pour la soirée. Je pourrais même dormir à l’intérieur de l’observatoire.

Pour le moment, je me pose sur le banc pour regarder et écouter les oies sauvages. Puis il est temps de pianoter et diner.

Fin de cette 55è journée ô combien contrastée avec une première partie seul au monde sur mes pistes vallonnées et une seconde à éviter le trafic des grands axes en empruntant petites routes et pistes cyclables en plaine.
Résumé :
91kms, 5h45, 15,9km/h, 690D+ 690D-, beau temps, squat
