Réveillé peu avant 7h, je sors de mon duvet sous un ciel à nouveau plombé. La température est de 16°C. Le sol est encore humide. Il a dû pleuvoir cette nuit. Assommé de fatigue, je n’ai rien entendu. Il est l’heure de ranger ma belle chambre boisée, de déjeuner sur la terrasse et de faire un brin de toilette à HakaOne. Peu après 8h, je grimpe la pente raide pour sortir de cet agréable endroit en poussant mon fidèle compagnon avant de reprendre la route.

Je trace à nouveau à travers la campagne déserte. Des coins de ciel bleu essaient de percer timidement à travers cette couche nuageuse. Alors que je passe le long d’un champ, j’aperçois une biche à l’orée de la forêt. Elle me regarde. Je la regarde.
Biche, oh ma biche. Lorsque tu soulignes
Au crayon noir tes jolis yeux.
Biche, oh ma biche. Moi, je m'imagine
Que ce sont deux papillons bleus.
Puis, ne me trouvant finalement pas à son goût, elle rentre à l’abri des bosquets.

Le long de la route, une nouvelle borne m’indique que j’avance à un bon rythme. Celle-ci a été restaurée et, de ce fait, est beaucoup plus lisible que la première.

Je continue sur cette superbe petite route à travers de grandes forêts de pins. De temps en temps, des prairies où de massifs chênes ont été plantés changent ce paysage. Durant cette vadrouille matinale, je n’aurais croisé que 4 voitures.

Je contourne la bourgade de Godegård pour emprunter une piste en suivant toujours l’itinéraire cyclable SverigeLeden. Celui-ci me mène dans le village-musée de Godegård säteri (manoir de Godegård). Le soleil perce à travers le coton. Dommage pour le contre-jour.

Au fond, le manoir domine le petit village …

… de maisons rouges datant de la fin du XVIIIè siècle. Celle au premier plan date de 1787.

Il est 10h20. C’est l’heure de la pause. La prochaine bourgade est Prästköp mais il n’y a aucun commerce. Je m’arrête donc au camping de Småängens (traduit par « petites prairies »). Pour la prononciation avec, ces deux « a » accentués, faudra demander à un suédois. Avec le traducteur, cela donne « smo-ègnén ». Vu ce village de caravanes, vous comprenez pourquoi je préfère mes bivouacs au milieu de nulle part …

Je me pose pour boire mon café noir accompagné d’un kanelbulle (roulé à la cannelle). Bien qu’il soit plus petit que le norvégien, le prix est lui trois fois moins cher (3,20€). Pourtant, c’est un camping où les prix sont souvent un peu plus élevés. Après cette pause toujours bien venue, je reprends ma petite route jusqu’à la bourgade pré-citée. Au carrefour, je récupère la route orange n°51 qui va de Örebro à Norrköping. Autant dire que ça circule ! Pendant quelques hectomètres, je roule les fesses serrées sur le bord de la chaussée, avec l’oeil gauche dans mon rétro. Heureusement, je récupère rapidement une piste cyclable en stabilisé.

Après cette petite partie merdylique, j’entame une nouvelle partie idyllique. Je desserre les fesses. Je libère mon oeil. J’ouvre mes chakras. De plus, cette piste part ensuite dans la cambrousse. Je suis à nouveau seul au monde. A ce propos, sur la fameuse route 51, juste après avoir pris ma photo, une horde sauvage d’une dizaine de Harley Davidson est passée. Parait-il qu’il y a des amoureux du bruit de son moteur. Je respecte. Mais, ce que je respecte moins, c’est que, pour le plaisir d’une seule personne, il en fait chier des centaines voire des milliers. Même chose pour les jet skis en bord de mer. Les moto-cross ou les squads en campagne …
D’ailleurs, en parlant de respect, j’ai créé un concept : le SAVE-RESPECT ! Je vous en reparle plus tard.

Je croise quelques VTTistes et coureurs à pied avant d’arriver dans la ville industrielle de Finspång qui compte un peu plus de 20.000 habitants. A l’entrée, une grande usine Siemens Energy doit faire vivre une partie de la population. Vu la météo, je décide de faire un pique-nique. Je m’arrête dans une Coop pour y faire mes emplettes. Je sors ensuite de cette ville pour trouver un endroit calme et sympa. Je me pose et regarde mes cartes. Ma trace « Cyclotourisme », qui privilégie les pistes cyclables, me fait suivre la route n°51 au nord du lac Glan. Cela ne me plait pas des masses.

Je préfère emprunter une petite route blanche qui contournera le lac par le sud. De plus, l’église et le grand cimetière de la ville se trouvent sur ce tracé. Je m’y arrête et trouve un endroit au bord du lac Hultbosjön pour pique-niquer. C’est parfait.

Je profite du calme de l’endroit pour faire un bon siestou. Forcément, je suis au bord du cimetière. Les occupants ne vont pas venir me déranger.

Après mes trente minutes, l’alarme sonne. Il est temps de repartir. Je retrouve une petite route blanche vallonnée. J’enjambe à présent un pont qui passe au-dessus d’un canal qui relie le petit lac Dovern à l’ouest au grand lac Glan à l’est.

Un peu plus loin, je rattrape la route jaune n°215 qui m’emmène jusqu’à la ville de Skärblacka, 6.000 habitants dans l’agglo. Là, c’est une méga papeterie Billerud, fabriquant notamment du papier kraft, papier d’emballage et carton ondulé, qui m’accueille avec ses nuages de fumée blanche. Des tonnes de pins attendent de passer à la moulinette. Auparavant, j’ai aperçu ce panneau sur le bord de la route : « Traversée de sulky ! ». Quand je disais que le cheval était roi ici.

J’arrive vers 16h dans cette ville. Je trouve enfin une boulangerie-pâtisserie café où je peux boire un café à volonté, comme en Norvège, et un délicieux fondant au chocolat. Je me pose pour regarder la montée du Mont Ventoux par les femmes du Tour de France. La polonaise Kasia Niewiadoma fait un sacré numéro alors que PFP (Pauline Ferrand-Prévot pour les non-initiés) est encore à la peine.

Ce n’est pas le tout mais j’ai encore à peine I MIL à parcourir pour rejoindre le shelter repéré dans les collines. Je retrouve la route n°215 jusqu’à la bourgade de Kimstad. Puis je bifurque à l’ouest pour emprunter une piste pentue qui me mène jusqu’à la ferme Sätra. La patronne, une femme d’une quarantaine d’années, est toute étonnée de me voir débarquer avec, non pas armes et bagages, mais vélo et sacoches.

Elle me demande ce que je fais là. Je lui explique, en anglais, que j’ai repéré un Outdoor shelter à 300 mètres d’ici d’après ma carte. Elle me dit que non. Puis, finalement, que, effectivement, ils ont construit un abri en haut de la colline. Vu l’heure avancée, je lui demande la permission de m’y installer. Elle acquiesce. Mais pas de déchet. Pas de feu. Pas de femme (je plaisante !). Je fais le tour de la ferme avant de grimper un sacré raidard pour arriver enfin à destination.

Après avoir installé ma tente en contrebas dans une partie moins caillouteuse, je pars en expédition et grimpe en haut de la colline. La forêt a été ratiboisée mais, grimpé sur un énorme rocher, j’aperçois la vallée en bas. Il faut quand même être un peu taré pour s’aventurer dans des endroits pareils. J’aurais pu m’installer dans un camping ou trouver une chambre à 100€ la nuit.

Mais non ! Je suis seul au monde, tranquille au milieu de la Nature. J’adore. J’ai aperçu un lièvre en montant. Là, j’entends un cervidé bramer dans le couvert de la forêt. Je finis de rédiger ces lignes. Puis je vais diner tranquillou. Encore un bien belle journée de cyclotourisme sur mes petites routes blanches et mes pistes cyclables en stabilisé
Résumé :
97kms, 5h22, 18,1km/h, 510D+ 590D-, beau temps, bivouac
