J’ai encore dormi comme un bébé. Et pas besoin de berceuse. Il faut dire que la soirée a été riche en émotions. Après ma frayeur quant à l’emplacement du shelter, j’ai l’agréable surprise d’être dérangé par une harde de biches. Elles sont une dizaine sur la colline boisée, à 300 mètres au-dessous de mon bivouac. Elles font un sacré boucan. J’essaie de ne pas faire de bruit. Alors que je suis en tenue de camouflage avec ma doudoune verte et mon pantalon gris, je me faufile dans le chemin. Hélas, je marche sur une branche. La vigie donne l’alerte. Elles détalent à couvert. J’ai beau me planquer, elles ne ressortent plus. Je les enregistre mais le son n’est pas assez fort. Je ne suis pas Vincent Munier, réalisateur entre autres de « La Panthère des neiges » et du superbe « Le Chant des Forêts« . Je n’ai plus qu’à rentrer sous mon duvet.

Ce matin, le soleil et le ciel bleu sont de sortie. Je déjeune sur un des bancs du shelter. Puis je décolle. Je me retape les 3 bornes de chemin avant de retrouver la route. Au loin, en ce samedi, les cheminées de l’usine de Finspång crachent toujours leurs fumées blanches et malodorantes. Je traverse la bourgade endormie de Kimstad.

En sortant de cette bourgade, je fais une halte pour essayer d’apercevoir, en grimant sur le mur d’enceinte, le château (slott) de Löfstad, construit au XVIIè siècle.

J’approche de la grande ville de Norrköping, 145.000 habitants et 10è ville de Suède. Je traverse des quartiers résidentiels toujours en empruntant de belles pistes cyclables.

Puis je bifurque pour me balader dans le centre-ville dont voici une petite visite guidée.






Après cette visite de cette ville surprenante avec ses usines en plein centre ville transformées en salle de concert, je traverse la zone industrielle avant d’emprunter la route jaune n°209 qui part à l’est. C’est une ligne droite pratiquement plate de 20 bornes, sans piste cyclable et sans bas-côté, traversant d’immenses cultures céréalières. On se croirait en Beauce. J’ai le fort vent d’ouest qui me pousse au cul. J’avance à 30 km/h en serrant les fesses.
En effet, je suis doublé par beaucoup de véhicules avec des vélos accrochés à l’arrière. En ce samedi matin, ils se rendent tous à l’île d’Oléron ou l’île de Ré suédoise. C’est incroyable ! J’arrive enfin dans la bourgade de Östra Husby. Je comprends pourquoi toute cette circulation. Il y a un bike&run (course en relais à deux avec un cycliste et un coureur) organisé dans cette commune ! Les parkings sont blindés. L’arche de départ est assez originale. C’est à la bonne franquette. Je vais faire mes emplettes et prendre un café à l’ICA du coin. Puis j’assiste au départ avant de reprendre ma route en remontant au nord.

Je me dirige à l’embarcadère de Skenäs pour traverser le fjord de Norrköping. Cette fois-ci, c’est un flot de véhicules que je croise. L’embarcadère a vidé son contenu. Quand j’y arrive, il vient juste de repartir. J’en profite pour taper la causette avec un jeune couple de Stockholm en mode bike-paking pour 2 semaines.

Le traversier revient. Après un changement de capitaine, il traverse à nouveau ce bras de mer pour rejoindre la bourgade de Kvarsebo.

Et, c’est vrai, c’est beau ! C’est même très beau. C’est tellement beau que je m’y arrête pour pique-niquer et siester. On se croirait sur les îles justement. Je profite du kiosque, juste derrière, pour boire un café accompagné d’une chocolaterie évidemment. Ce kiosque est tenu par une jeune fille. Son copain, au visage boutonneux et jean rapiécé, ne moufte pas. Elle n’accepte pas la CB. Je la règle avec un bifton de 20€ auquel elle me rend un bifton de 10€ et 60 SEK.

Par contre, en sortant de ce petit port, il faut grimper une belle bosse afin de faire le tour du promontoire. Je me fais doubler par un jeune bike-paker, co-équiper de Remco Evenepoel de la Bora Hansgrohe. J’essaie d’accrocher sa roue, lui essaie de me décrocher en montant en danseuse. Je finis une cinquantaine de mètres derrière lui. Il met alors pied à terre pour consulter ses cartes. Petit joueur ! Je file ainsi jusqu’au village côtier de Nävekvarn. Il est 16h. A la bonne heure, c’est l’heure du goûter ! Je me pose dans ce sympathique café-restau pour rédiger ces lignes au frais et à l’ombre. Et oui, dehors, ça tape ! Incroyable non ?

Alors que je sirote tranquillement mon café accompagné d’un morotskaka pas caca du tout (gâteau à la carotte), un français m’interpelle. En fait, il est installé à Stockholm et reçoit sa fille et son gendre. Il leur conseille d’ailleurs le plat pris au restau (galette pomme de terre et lard frit). A moi, il me conseille le camping en bord de mer juste à côté. Je le remercie poliment. On papote un moment avant que sa fille ne vienne le chercher pour déjeuner. Puis je fais le tour du port à la recherche d’un point d’eau pour remplir mes gourdes. J’aperçois le camping à côté. C’est blindé. Je vais suivre mon plan solitaire.

Je retrouve ma charmante route longeant le bord de mer qui tourne, virevolte, monte, descend. Mais, alors que j’entends des voix, je m’arrête le long de cette paroi rocheuse . « Jeanne d’Arc sort de ce corps ! ». En fait, c’est une paroi d’escalade. J’aperçois quelques prises. Des grimpeurs doivent être sous couvert des arbres. Je continue ma route en étant rassuré sur mon état mental.

J’abandonne cette route blanche qui remonte vers la ville de Nyköping au nord. Je m’embarque à nouveau sur une piste rejoignant le bord de mer. Il me reste encore 5 bornes à mon compteur. Cela me parait énorme. J’emprunte alors des chemins gris …

… puis des chemins noirs avant de traverser, comme hier, une ferme. Puis il serpente entre deux terres et te fait faire toutes les guerres. Houlala je m’égare. J’écoute trop Téléphone. Enfin pas tout à fait.

Au bout du chemin, je trouve enfin mon bonheur au bout du hameau de Ålbäck. Dure limite. C’est la mer. Je me pose après cette courte mais intense journée.

Il ne me reste plus qu’à planter le bivouac, me laver, finir le compte-rendu de la journée et dîner avec vue sur mer dans un calme olympien. Le vent est tombé. C’est l’étale. Je vous fais profiter de la vue derrière mon écran. Il y a pire comme bureau !

Il faut que j’en profite un max. D’après mes traces, il ne me reste plus que 150 kms jusqu’à Stockholm soit 2 jours de périple. Ensuite, tout va s’enchaîner très vite avec la visite de cette capitale et la recherche d’un carton pour embarquer HakaOne en soute. Je dois avouer que, vu les conditions météo et les paysages traversés sur ces petites routes, je n’ai pas trop envie de rentrer. Heureusement qu’il y a l’objectif ampusien. Mais ça, c’est une autre histoire …
Résumé :
81kms, 4h50, 16,8km/h, 500D+ 550D-, beau temps, bivouac
